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Publié le 10/08/2009 à 19:28
Par Alain
Humeur : Gaie
La Crète et de Rhodes : 670 km a pied par le sentier E4 



A mon arrivée en Crète, je ne suis pas du tout en forme pour entamer le trek supposé être l’un des plus difficiles de l’espace méditerranéen.
Le 27 juin, j’arrive à Héraklion, capitale de l’île, sans grand intérêt, ni caractère. Je m’en écarte pour m’installer 4 nuits au « Prince of lillies », hôtel situé au bord de mer. Là, je ne bouge plus, je bouquine près de la piscine, dans l’attente de désenfler. Le personnel est prévenant, et je guéris, sans savoir quelle aura été la cause de cette allergie… 

Le 01 juillet, à peu près remis, mon sac révisé et allégé, je quitte Héraklion pour me rendre d’abord à Hania, dont tous les guides touristiques ventent les charmes, avant de poursuivre vers Kissamos, point de départ de ma randonnée. A Hania, ancienne « La Cannée » vénitienne, je suis hébergé chez Dimitri, de père grec, et de mère française. Ce parisien a rejoint, il y a un an, son ex-petite amie crétoise. Ils se sont séparés il y a un mois. Ce qui fait que je séjourne chez un Dimitri un peu perdu. Rentrer en France ? Il n’en est pas question. Il se sent bien en Crète. Déménager sur Héraklion pour augmenter ses chances de trouver un travail fixe ? Peut-être. Pour l’instant, il officie saisonnièrement comme barman dans un hôtel du bord de mer, avec les horaires de ce métier de dingue : 16 :00 – 02 :00. Du coup, je n’aurai pas beaucoup l’occasion de le voir.
Je vais séjourner deux nuits dans son petit appartement du centre ville, ce qui me donne l’occasion de visiter la cité. Oui, c’est vrai, la ville a bien du charme : petit port croquignolet, imposante enceinte et forteresse vénitienne, ruelles étroites avec de belles demeures aux façades italiennes, et quelques minarets, qui se mélangent aux campaniles, et rappellent l’occupation turque. Mais les tavernes alignées le long du port affichent les sempiternelles photos défraîchies de tout ce qui est au menu ; toutes les boutiques vendent les mêmes éponges, les mêmes accessoires de plage, les mêmes livres et cartes postales ; et les rues sont remplis de walkyries en maillot de bain, et de vikings torses nus. Tout ceci ne m’a pas donné envie de rester plus longtemps. 
 
Le tout premier matin, Dimitri est rentré vers 3 :00. Comme je dormais sur le divan du salon, cela m’a réveillé. Nous nous sommes mis à discuter, et à 06 :30, au lever du soleil, nous parlions encore. Dimitri me lance :
-      «  Ca te dit de participer au bain des papis et des mamies ? »
-      « Quoi ? »
-      « Est-ce que cela te dit d’aller te baigner, d’aller à la plage ? »
-      « Maintenant ? »
-      « Oui. »
Nous voilà partis à travers les rues encore désertes. Sur la plage, nous avons fait, à nous deux, dégringoler considérablement la moyenne d’âge des baigneurs. 07 :00 est l’heure à laquelle tous les vieux crétois, et crétoises, peuvent jouir tranquillement de leur plage, et papoter en nageant dans une eau agréablement fraîche, avant que le soleil ne commence à brûler. A 08 :00, ils sont de retour chez eux, rendant le sable aux envahisseurs saisonniers. J’ai adoré ce bain du 3° age. Il m’a mis en forme pour la journée.  



Le 03 juillet, j’arrive, avec deux mois « de retard », dans la petite bourgade de Kissamos, située à la pointe nord-ouest de la Crète. Ici démarre le célèbre et difficile sentier de randonnée E4, qui traverse l’île sur 546 km. Ma parenthèse de deux mois d’exploration de la mer Egée s’achève. Je reprends ma marche quotidienne dès le lendemain matin.
 

Pour moi, la Crète, ce sont d’abord les merveilleux romans de Kazantzaki, élevé ici au rang de poète national, au même titre qu’Hugo, Dante, ou Goethe peuvent l’être chez nous, en Italie ou outre Rhin. Le plus connu de ses livres est sans doute Alexis Zorba. J’étais en quête de cette Crète là… Et à bien des endroits, je l’ai trouvée.
 B
ien sûr, il ne faut pas aller la chercher dans les villes, ou les grands centres touristiques. L’île a l’avantage d’être étendue (la cinquième, en taille, de la méditerranée), et son relief très accidenté empêche la construction de routes. On trouve encore quelques villages de pêcheurs, isolés du reste du monde, dont l’accès se fait uniquement par la mer, ou à pied. Il existe aussi de hauts plateaux, comme celui d’Oumalos, de Nida, ou de Lassithi, qui, dans la neige une bonne partie de l’année, ne sont accessibles que par pistes, et où vit une population montagnarde aux traditions encore bien ancrées.
C’est par cette Crète là que passe le sentier de randonnée E4. Il permet de plonger au cœur de la Crète, la vraie. Mais cet isolement se mérite. Le sentier escalade les plus hautes montagnes, traverse de hauts plateaux, passe dans des gorges profondes, longe des falaises escarpées. On ne progresse donc que très lentement, tellement les dénivelés sont importants.
Par forte chaleur (les côtes de la Crête se situe à une latitude plus basse que celles du Maghreb, à seulement 300 km du littoral libyen), j’ai retrouvé le rythme de marche qui fût celui de ma traversée du Maroc : lever avant l’aube ; marche jusqu’à 11 h 00 ; repos sur une plage ou à la taverne d’un petit village de montagne ; marche après 17 :00 et jusqu’au coucher du soleil. 
 

Quand on l’approche, la Crète ressemble à un immense rocher isolé au milieu de la mer. Sur pratiquement toute la longueur de l’île, les montagnes se succèdent pour se jeter dans la mer au nord et au sud. Quatre chaînes dominent et sont séparées par des plaines et des hauts plateaux où l’agriculture est riche. A l’ouest, le massif des montagnes blanches culmine à 2453 m et les sommets y sont souvent couverts de neige, d’où leur nom. Au centre, s’élève la chaîne de l’Ida, un immense bloc de marbre gris qui, avec 2456 m, est le sommet le plus haut de l’île. Plus à l’est, au-delà d’une grande plaine centrale, s’élèvent les monts Dikti à 2148 m. Enfin, à la pointe est, le massif de Sitia atteint 1476 m.
La Crète a été sujette à tellement de forces séismiques que son sous-sol est constellée de galeries souterraines, façonnées par l’eau. De là vient le mythe du labyrinthe, abritant le Minotaure. L’île compte plus de 3200 grottes, dont certaines ont fait l’objet d’un culte aux Dieux, ou servent encore d’habitation pour les bergers, de refuge pour les animaux. A l’extérieur, l’eau a opéré le même travail d’érosion et creusé des gorges étroites et profondes. Les plus grandes gorges sont celles de Samaria qui s’étirent sur 16 km avec un dénivelé de 1000 m.
Avec un relief aussi accidenté, que les crétois maîtrisent totalement, tant au niveau de la gestion de l’eau, de l’agriculture que des pâturages, on comprend que les occupants successifs (turcs, italiens, allemands) aient eu bien du mal à mater les foyers de résistances dont la nature offrait de multiples possibilités de caches, et d’embuscades. Le relief abrupte, et le climat souvent rude (j’ai connu, sur 1700 m de dénivelé, une amplitude de température de 30 ° dans la même journée : passant le matin, sur la côte d’un 43°, à un 13° en montagne le soir !) ont façonné la culture crétoise dont l’honneur, le respect de la parole donnée, la bravoure, sont les clés de voûte.  



Pour ceux qui aiment situer ma route sur des cartes, je livre le détail de mes étapes, tant en Crète qu’à Rhodes :
04 juillet : Kissamos – Afrotolaki : 32 km – nuit à la belle étoile
05 juillet : Afrotolaki – Elafonisi : 20 km – nuit à la belle étoile
06 juillet : Elafonisi – Paléochora : 17 km – Petite pension de famille
07 juillet : Paléochora – Aghios Dimitrios : 20 km – Nuit à la belle étoile
08 juillet : Aghios Dimitrios – Omalos : 24 km – Nuit à l’hôtel
09 juillet : Omalos – Agia Roumeli : 20 km – Nuit à l’hôtel
10 juillet : Agia Roumeli – Sweet water beach : 19 km – Nuit à la belle étoile
11 juillet : Sweet water beach – Hora Sfakion : 3 km – Nuit à l’hôtel
12 juillet : Hora Sfakion – Kato Rodakino : 28 km – Nuit à la belle étoile
13 juillet : Kato Rodakino – Rustika : 22 km – Nuit à l’hôtel
14 juillet : Rustika – Rethymnon : 22 km – Petite pension de famille
15 juillet : Rethymnon – Monastère d’Arkadi : 26 km
16 juillet : Monastère d’Arkadi – Kastri : 28 km – Nuit à la belle étoile
17 juillet : Kastri – Anogia : 22 km – Nuit à l’hôtel
18 juillet : Anogia – Nida Plateau : 23 km – Nuit à la belle étoile
19 juillet : Nida Plateau – Refuge de Prinos : 20 km
20 juillet : Reguge de Prinos – Héraklion : 25 km – Nuit à l’hôtel
21 juillet : Héraklion – Amnisos : 7 km – Nuit à l’hôtel
22 juillet : Amnisos – Tichos : 34 km – Nuit dans une bergerie
23 juillet : Tichos – Avdeliakos : 32 km – Nuit à la belle étoile
24 juillet : Avdeliakos – Prina : 22 km – Chez Dimitri et Tonia
25 juillet : Prina – Pachia Amnos : 21 km – Nuit à l’hôtel
26 juillet : Pachia Amnos – Chrysopigi : 23 km – Nuit à la belle étoile
27 juillet : Chrysopigi – Sitia : 26 km – Nuit à l’hôtel
28 juillet : Traversée Sitia – Rhodes – Couchsurfing chez Sakis
29 juillet : Repos à Rhodes
30 juillet : Excursion en bateau à Lindos et Parasonisi – Nuit à la belle étoile
31 juillet : Parasonisi – Arnitha : 34 km – Nuit à la belle étoile
01 août : Arnitha – Forêt d’Appolona : 31 km – Nuit à la belle étoile
02 août : Forêt d’Appolona – Faliraki : 42 km – Nuit à l’hôtel
03 août : Faliraki – Rhodes : 17 km
03 au 11 août : séjour chez l’habitant à Malona. 

Le balisage du sentier laisse parfois à désirer. Je me suis très souvent perdu. Un jour, à la recherche, depuis plus d’une heure, du chemin qui doit me conduire au village voisin (que je vois, le pire, mais qu’il m’est impossible de rejoindre sans sauter dans un précipice broussailleux), je tombe sur Apollon. Je ne parle pas du Dieu grec mais d’un beau berger, moitié syrien par le père et crétois par la mère. Il est tout fier d’être propriétaire des troupeaux alentours et me demande ce que je fais sur ses terres. Je lui explique que je suis perdu. Il me demande de monter à bord de son pick-up, le temps d’amener à boire à ses moutons, et il me mettra sur la voie. J’acquiesce, bien que réluctant à l’idée de monter dans une machine à moteur. Il m’emmène ensuite à son repère de berger, une cabane en parpaings, avec un simple lit, et un coin cuisine. D’immenses couteaux de boucher trônent sur la table. Après s’être changé, il en saisit un qu’il aiguise. Il me sourit, me lance un regard qui a l’air de dire : « ne t’inquiète pas, ce n’est pas pour toi ». Il place le couteau dans un étui et l’enfonce à l’arrière de son pantalon. Il ne m’est pas venu à l’idée de lui demander ce qu’il comptait en faire.
En Crète, les hommes ont cette espèce de superbe, d’allure que je ne retrouve que chez les berbères ou certains gitans. D’abord, ils portent la moustache, épaisse et soignée. Certains arborent encore le costume traditionnel fait d’un pantalon noir resserré au bas des jambes, des bottes de cuir et ce foulard a franges noires qu’ils s’enroulent autour du front. Tous ont chez eu une arme à feu, et s’exercent sur les panneaux de signalisation routière où il est parfois impossible de lire le nom de la localité, tant il est criblé de trous ! A les voir assis aux terrasses des cafés, à taper le carton ou jouer au backgammon à grand renfort de cris et gestes, vous pourriez penser que ce sont des crâneurs fainéants. N’en faîtes rien. Moi qui me levais aux aurores, je les voyais arpenter leurs terres, en quête du troupeau, ou à jardiner, dès 05 :00 du matin. Seulement ici, on vit au rythme du soleil, et après 11 :00, on attend le soir. 

Alors que je dînais avec un couple d’anglais à la terrasse d’une taverne, un vent chargé d’une chaleur étouffante, chauffant les muqueuses, et asséchant la gorge, s’abat sur nous d’un coup. Il est 23 heures, et il fait 38 ° ! C’est un bon coup de sirocco. Cela ne durera qu’une partie de la nuit, mais suffisamment pour vous empêcher de dormir. 
 



Sur une bonne partie de l’île, la nature est encore préservée. Même si, par le passé, les arbres des forêts crétoises ont largement été utilisés pour la construction d’habitations et de navires, l’environnement naturel de l’île reste tout à fait exceptionnel.
La chèvre sauvage, appelée Kri-Kri, et sinon, en  troupeau, est la reine de l’île. On la voit partout.
Si la chèvre est la reine, l’olivier est le roi. Omniprésent dans le paysage, il est emblématique de la nature méditerranéenne. On dit qu’il y aurait en Crète 60 oliviers par habitant, et que la production de l’île peut à elle seule, satisfaire les besoins en huile de la Grèce tout entière. Il y est cultivé depuis la haute antiquité, époque à laquelle il était considéré comme un symbole de paix et de sagesse. Un jour, j’en ai même vu un qui est supposé avoir été planté à l’époque minoenne : 3450 ans ! L’olivier fait partie aujourd’hui des ressources agricoles qui font vivre l’île.
Comme me l’explique Antoni, propriétaire d’une petite taverne « un crétois qui se respecte n’abandonnera jamais sa terre pour aller vivre du tourisme. Oui, les touristes, c’est bien, mais ce n’est que pour payer les cigarettes. Il y a d’abord le troupeau, l’olivier et la vigne. »
Dans cette nature, ce qui séduit, ce sont les senteurs incomparables. Le nez est sans arrêt sollicité par les herbes aromatiques de l’île : origan, thym, fenouil sauvage, benjoin.
Partout, on trouve des ruches. Les abeilles se régalent du pollen du thym sauvage dont les fleurs mauves couvrent la garrigue. Et le yaourt de brebis au miel de thym, je peux vous dire que c’est un régal !
Dans une telle nature, j’ai bien souvent dormi à la belle étoile. Le ciel y est sans pareil. Chaque minute, une étoile filante vous invite à formuler un vœu. La voie lactée forme un voile de lucioles qui traverse le firmament. Le moment le plus intense, réside dans la tombé du jour, à ces quelques minutes de silence total, quand les cigales arrêtent, toutes d’un coup, leur grabuge diurne, et avant que les grillons ne commencent leur chant vespéral. Allongé dans l’herbe, sous un olivier, on savoure la paix d’une nature qui médite.  



Bien sûr, l’île connaît ses colonies de touristes. Mais celles-ci se trouvent sur la côte, et bien souvent dans les villes. Le touriste vient pour le soleil et la plage. Le sentier passant pour l’essentiel par la montagne, je suis tranquille. Cependant, entre Elafonisi et Hera Skafion, il suit la côte sud, au relief très accidenté. On y découvre de multiples petites criques aux eaux turquoise. Parfois, d’anciennes colonnes de marbres, ou un reste de mozaïque, rappellent que l’île à connu des civilisations prospères.
Les principaux sites minoens voient la plus grosse concentration de touristes de Grèce. Je n’ai visité que Knossos, par curiosité, pour voir les restaurations du palais d’Arthur Evans, si critiquées. Je n’ai pas été choqué. Au moins peut-on se faire une idée de ce que fût ce site fantastique, contemporain de Louxor et Karnak. Les fresques murales sont d’une touchante finesse et les couleurs parfaitement préservées, après 3000 ans !
Le summum du phénomène concentrationnaire a lieu dans les gorges de Samaria. La veille, j’avais quitté la côte pour remonter d’autres gorges, celles d’Agia Irini, peut être un peu moins spectaculaires mais tout de même très belles, et je les ai eu pour moi seul. Je n’y ai croisé, en tout et pour tout qu’une dizaine de personnes. Le lendemain, dès 07 :00, au départ du plateau d’Oumalos, les cars crachent leur flot d’apprentis marcheurs. Ca gesticule, ça hurle dans toutes les langues. Toute la descente se fait dans les odeurs de crèmes solaires tant les gens sont serrés les uns contre les autres. Des pépettes, montées sur des sandales à semelles compensées, en jupes raz la touffe, arborent un tee-shirt « Fashion for aids » et bloquent le passage de tout le monde, tant elles ont du mal à descendre ainsi fagotées. On m’avait prévenu, je m’y étais préparé. Les gorges sont splendides, je lève le regard et essaie de ne pas prêter attention au pandémonium alentour.  



La vraie Crète se situe sur les plateaux. Là, j’ai eu le bonheur de rencontrer des gens curieux et généreux. Les villageois et commerçants n’arrêtaient pas de me faire des petit cadeaux : une miche de pain que l’on refuse que je paie, des fruits, des concombres qu’on me donne, le café systématiquement offert.
J’ai pris l’habitude de m’arrêter, chaque jour, à 11 :00, dans l’une de ces tavernes aux tables ombragées, dirigées par ces grosses femmes habillées de noir, et qui vous dorlotent et viennent vous raconter leur vie. Stella, Maria, Nickie, Katerina, vous fûtes le rafraîchissement de mes chaudes journées. 
Parmi bien des anecdotes dont le récit détaillé prendrait trop de gigas, je vous raconte ma rencontre avec Stella, qui parle pour les autres. Je m’installe à sa terrasse. Elle s’empresse de venir me changer de table, pour me mettre au courant d’air frais, bien à l’ombre de sa superbe tonnelle. Je commande une salade grecque. Elle ne parle pas bien l’anglais, me sourit, me prend le bras, et m’invite à la suivre. Nous passons derrière la bâtisse, elle me montre une cuvette cylindrique en aluminium, couverte et réfrigérante. Elle soulève le couvercle et on découvre la feta, fraîche du matin, qui nage dans son petit lait. Elle prélève une grosse louche de ce qu’on appelle la crème, qui nage en surface. C’est le meilleur. Elle m’emmène ensuite voir son jardin, cueille une grosse tomate bien rouge, un petit concombre, et ramasse au passage, un brin d’origan et un petit citron, qu’elle prend à même l’arbre. Nous revenons à l’auberge. Elle s’installe derrière son plan de travail, saisit une assiette, y découpe la tomate, le concombre, recouvre le tout du fromage, d’origan, se saisie d’une poignée d’olives noires qu’elle jette sur le tout. Elle me tend le citron, une bouteille d’huile d’olive de leur production, du sel de mer, et du pain et me fais signe de me débrouiller. Voilà votre recette du mois… encore, pour en apprécier totalement la saveur, faudrait-il que vous trouviez des produits aussi frais, qui aient mûri au soleil de Crète. On parle sans cesse de ce fameux régime crétois qui produit des centenaires. Mais le secret est là : des produits frais, naturels, une vie saine et sans stress, et le raki, cette liqueur qu’on vous serre à toute heure et à toute occasion. C’est sûr que cela conserve ! 

Ma randonnée crétoise se termine à Sitia, où j’embarque pour Rhodes. Je ne m’appesantirai  pas sur cet autre paradis artificiel, complètement mangé par le tourisme. L’île, au relief bien plus doux, a perdu toute son authenticité. Les villages sont vides. Les gens, peu accueillant, ne comprennent pas qu’un touriste préfère marcher et s’attarde dans les collines, plutôt que de rôtir sur les plages. Je me serais même vu mettre à la porte d’un monastère !  Il ne me faudra que 4 jours pour effectuer les 124 km qui traversent l’île. C’était bien assez.
L’ancienne cité croisée des chevaliers de Saint Jean est absolument magnifique, mais dénaturée par les sempiternelles boutiques, tavernes, bars, discothèques. J’y ai été hébergé deux nuits par Sakis, grec de Thessalonique, qui, après 5 ans de vie sur place, rentre en Macédoine, n’en pouvant plus de vivre dans une ambiance artificielle.
Toute la côte de l’île est couverte d’immenses complexes en bétons, proposant des chambres bon marché avec vue sur mer. Rhodes est une des destinations Low Cost favorite des anglais qui viennent y rougir quelques jours par an. Tout est fait pour ne pas changer d’un iota les habitudes de ce petit monde : on y trouve les mêmes pubs proposant le full English breakfast servi toute la journée, les bars à striptease, les restaurants affichant le sunday roast lunch… L’exotisme réside dans la présence du soleil. C’est pathétique.  



J’ai loué une petite maison traditionnelle dans l’un des seuls villages encore authentique de l’île, pour préparer mon périple turc et mettre mon blog à jour. Vous avez été fort nombreux à y mettre vos commentaires, afin de me faire gagner des mégas, et je vous en remercie vivement. 
 

Je ne pense pas redonner de nouvelle avant mon arrivée à Jésusalem où j’arriverai après la Toussaint. Deux mois de marche en Turquie, un en Syrie, et puis… Israël. Mon objectif est de poursuivre ensuite vers le Sinaï, via la Jordanie. J’aimerai beaucoup fêter Noël à Sainte Catherine et être en haut de la Sainte montagne pour y admirer le premier lever de soleil de l’année 2010. La route m’appelle donc, et sans tarder !
 

Avant de traverser, j’ai une pensée particulière pour tous mes amis grecs, qui m’ont accueilli si gentiment chez eux : Panos, Yannis, les karialotas, Teddy, Dimitri et Sakis. Mille et un mercis pour votre merveilleuse hospitalité et Bonne continuation à vous tous !
Clin d'oeil 
                                                                                                              

Je vous souhaite une bonne fin d’été, une bonne rentrée, et un heureux début d’automne.

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Alain marche autour du Monde
Mon bloc perso.
Je suis arrivé le 24 novembre à Jérusalem. Je me repose d'une bonne tendinite et espère reprendre ma marche vers le sud de la Jordanie; Petra; le Wadi Rum et Aqaba d'ici le 10 décembre.

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