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Publié le 09/07/2007 à 21:46
Par Alain
Humeur : Gaie

Deuxième partie: 454 km à pieds de Rabat à Séville (suite et fin)


 

Pour ceux qui aiment le concrêt, voici quelques informations pratiques par rubriques.

 

Haltes de Charme


Cette tranche de mon parcours aura paradoxalement été l'occasion de haltes dans des maisons d'hôtes et hôtels de charme. Il se trouve qu'il y a 4 ans, j'ai co-écrit, avec Ann Cooke-Yarborough, un guide sur les maisons d'hôtes du Maroc. Il m'était difficile, passant dans 3 villes où j'y compte des amis, propriétaires de demeures de charme, de ne pas faire étape chez eux. Aussi, ce paragraphe a pour objet de vous présenter quatre demeures exeptionnelles entre Nord du Maroc et Andalousie, qui pourraient bien être les étapes d'un circuit pour ceux d'entre-vous qui décideraient de venir découvrir ce coin du monde.


La Maison des Oiseaux – Moulay Bousselham


Je suis arrivé chez Gentiane dans la fin de l'après-midi du 22 juin. La veille, Khalla, l'homme de la maison, était venu à ma rencontre sur la route, à 45 km de chez lui, pour m'apporter de l'eau! Je vous ai déjà parlé du charmant petit village de pêcheurs de Moulay Bousselham, de sa lagune, halte obligée de millions d'oiseaux migrateurs en transit vers l'Europe ou l'Afrique. Au bord de la lagune, Gentiane Dartigue a fait construire, au coeur d'un jardin luxuriant, une jolie maison blanche et bleue, organisée autour d'une spacieuse terrasse où l'on peut prendre l'apéritif et dîner devant le spectacle du soleil couchant sur la lagune. La cuisine de Malika est exceptionnelle. J'y ai mangé les meilleures anguilles de mer du Maroc.

Les 4 chambres disposent toutes de leur salle de bain, et d'un petit coin détente, ouvert sur le jardin. En hiver, on peut monter dans le grand salon, entièrement ouvert sur la baie, où Gentiane a son atelier de peinture. Elle travaille avec des guides ornitologues, qui, sur une demi-journée, vous emmènent en barque au coeur de la lagune, pour voir les oiseaux nidifier ou se nourrir. Traverser la lagune pour aller se baigner sur la plage déserte, apprendre des recettes marocaines avec Malika, aller à la pêche dans la lagune ou le long de la plage sont autant d'activités que l'on peut pratiquer à la maison des oiseaux. Ce soir là, nous avons beaucoup parlé de Gentiane avec Khalla et Malika. Elle est toujours plongée dans le coma, suite à une rupture d'anévrisme. Nous prions pour qu'elle se remette très vite.


Berbari - Asilah


Berbari, c'est le rève de Louis Soubrier. Louis, c'est d'abord un ami; un artiste, un vrai créatif en permanente ébullition. C'est un homme d'une profonde et rare générosité. Avant Berbari, il était décorateur de cinéma. Il a rencontré, il y a 10 ans, cette belle région du Djibli - cette campagne merveilleuse du Maroc qui avait déjà chatouillé les pinceaux de Delacroix ou de Matisse, et où Jean Genet a voulu reposer - et Il l'a épousée. Il a racheté une vieille ferme du bled, aux toits en zinc et aux murs de terre, et y a créé un univers à partir de tous les objets, les meubles, les tableaux, les livres qu'il a chiné, et qui lui ont parlé. Les 7 chambres ont chacune leur thème et génèrent un univers à elles seules. Vous pouvez dormir dans la chambre du roi, ou du valet, ou encore dans la chambre andalouse...

Louis vous emmene découvrir des plages secrètes, des sites mégalithiques uniques. Une visite dans le petit village côtier voisin d'Asilah s'impose.

Le soir, dans le grand salon où trône le superbe piano à queue, à la lueur des bougies, on déguste des mets rafinés concoctés par les femmes du village.

Et parfois, si l'ambiance s'y prête, une guitare sèche accompagne des complaintes arabo-andalouses.

Au petit matin, après le réveil au chant du coq, devant le campagne qui s'éveille, j'ai savouré le meilleur petit déjeuner beldi qui m'ait été donné l'occasion de goûter.

Berbari, c'est une maison vivante, vibrante, au coeur d'un village authentique, perdu dans le jardin des Hespérides.

J'y aurais passé une belle journée le 26 juin en compagnie de Louis et de Meryem.

Le matin de mon départ, à 6 h 00, Louis et Meryiem sont debouts, déjeunent avec moi et m'accompagnent sur 4 km... Avec la traversée de trois oueds dont un à la nage, la journée ne sera pas facile. Mais le souvenir de leur bonne humeur et de leur gentilesse me donnera la force d'aller au bout de l'étape. Je les embrasse tous les deux.


L´Hôtel Continental – Tanger


Cet hôtel de caractère n'est certainement pas au niveau des deux adresses précédentes mais c'est là que j'ai décidé de passer mes 3 dernières nuits marocaine. En effet, face au port, devant les départs et arrivées des ferries, je me préparais à quitter l'Afrique.

L'hôtel fût construit à la fin du XIXº siècle par un anglais amoureux de Tanger. Il surplombe le port et toutes les chambres ont une vue imprenable sur la baie. Il conserve le charme de ces vieux hôtels aux sols en marbre, au grand escalier menant aux étages. On prend son petit déjeuner dans un authentique riad aux murs en zéliges beldis et plafonds en stucs, avec vue sur la mer et la cité. Le personnel est attentionné et le prix très doux.


La Casa de Bovedas – Arcos de la Frontera

Je vous ai déjà parlé de Caëcilia et Rémi mais ai omis de vous présenter cette extraordinaire demeure du Xº siècle nichée en haut de l'ancienne cité arabe de Arcos de la Frontera, en Andalousie.

Construite sur le rocher, accrochée à la colline, la maison offre une vue étonnante sur un lac et la campagne andalouse. Caëcilia a fait en sorte que chacune des quatre chambres puisse avoir sa vue. Deux terrasses, dont une panoramique, permettent de lire ou prendre le thé en plein air. Organisé autour d'un patio couvert, la maison a une déco campagnarde dépouillée mais soignée en harmonie avec l'histoire du lieu. Les pièces s'étalent sur des niveaux différents, ce qui créé des perspectives et de chaleureux petits coins: à manger, salon de lecture, salon TV, coin devant la cheminée. Deux chambres ont été installées dans d'anciennes salles voûtées: ambiance monacale. La mienne était tout en haut: un beau salon, une chambre mansardée, des draps brodés, une petite terrasse privée, une salle de bain avec de superbes mozaïques bleues...

A cela s'ajoute un plantureux petit déjeuner servi dans une belle porcelaine anglaise.


Mais que mes lecteurs en se trompent pas. Mon ordinaire sera loin des hébergements décrits plus haut. Mes nuits auront plus souvent été passées sous la tente ou chez l'habitant que dans des hôtels de charme !


 

Santé



Il m'aura bien fallu attendre d'arriver à Tanger pour voir mes pieds reprendre un aspect quasi normal. J'aurai fait mon dernier traitement au hénné chez Gentiane. De nouvelles baskets achetées à Rabat et les marches pieds nus sur la plage auront permis aux plaies de cicatriser. Par ailleurs, un relief plus plat, des routes, moins de chemins, auront reposé mes petons, qui, arrivés à Séville, diront: "chouette, une semaine de repos !"

Pour le reste, alimentation saine, marche au soleil, bains de mer... Je ne peux pas aller mal !



Itinéraire



Je disposais des cartes Michelin classiques (moins précises que celle de la Division de la cartographie marocaine) pour la traversée de l'Andalousie. Aussi, ai-je dû changer mon itinéraire de départ qui se sera rallongé de quelques 20 km entre Algeciras et Séville. E·n effet, des chemins répertoriés passent par de grands domaines privés fermés qu'on ne peut pas traverser.

Avant de vous livrer le détail de mes étapes, je vous précise qu'à partir de Alcala de los Gazules, je marche avec 5 kg de moins sur le dos. En effet, j'ai envoyé tout mon matériel de camping chez ma soeur. Cela change les facteurs et me permet d'avancer beaucoup mieux.

Les étapes andalouses sont plus longues: moyenne de 30 km.

19 mai: Rabat – Plage de Sidi Boughba (bivouac) – 27 km

20 mai: Plage de Sidi Boughba – Oled Al Assal (chez l'habitant) – 29 km

21 mai: Oled Al Assal – Forêt de Oled Miloud (bivouac) – 28 km

22 mai: Forêt de Oled Miloud – Moulay Bousselham (Maison des Oiseaux) – 30 km

23 mai: Moulay Bousselham – Forêt de Oulad Skhar (bivouac) – 24 km

24 mai: Forêt de Oulad Skhar – Plage de Mezgalef (bivouac) – 30 km

25 mai: Plage de Mezgalef – Dchar Ghanem (Berbari) – 25 km

26 mai: Journée de repos à Berbari

27 mai: Dchar Ghanem – Hajra n'Khal (bivouac) – 35 km

28 mai: Hajra n'Khal – Tanger (hôtel) – 24 km

28 et 29 juin: Séjour à Tanger

30 juin: Tanger – Los Barrios (par Algeciras) (hôtel) – 9 km

01 juillet: Los Barrios – Parc de los Alcornocales (Bivouac) – 39 km

02 juillet: Parc de los Alcornocales – Alcala de los Gazulès (hôtel) – 10 km

03 juillet: Alcala de los Gazulès – San Jose del Valle (hôtel) – 25 km

04 juillet: San Jose del Valle – Arcos de la Frontera (hôtel) – 22 km

05 juillet: Arcos de la Frontera – Las Cabezas de San Juan (appartement) – 33 km

06 juillet: Las Cabezas de San Juan – Utrera (hôtel) – 28 km

07 juillet: Utrera – Séville (hôtel) – 30 km
Total:
454 km


 

Météo


Pendant que la France se gelait, j'étais sous la canicule, dont j'ai souffert lorsque j'ai quitté la mer et me suis enfoncé dans la campagne andalouse. Plus de 40º dès 11 heures. Inutile de dire que c'est elle qui dirigeait le rythme de mes journées.


 

Rythme de mes journées


Il est inchangé. Je continue à me lever tôt pour marcher avant la chaleur. En général, je commence à pérégriner à 6 h 00. Avec une moyenne de 26 km par jour, j'arrive à l'étape vers 11 h 00, avant la canicule. Je m'installe, je déjeune, je dors un peu et ai mon après-midi pour moi (visites, temps calmes, choses de la vie quotidienne). En Andalousie, tout se fait tard: déjeuner pas avant 14 h 00, vie sociale qui reprend à partir de 17 h 00 et dîner à 22 h 00. Vu qu'il y a deux heures de décallage avec le Maroc, cela ne me changera pas beaucoup du rythme que j'avais avant. Seule petite frustration, l'animation frénétique dans les rues et aux terrasses des cafés après dîner, qui peut durer, même dans les petits villages, jusqu'à 2 heures du matin, ce ne sera pas pour moi: marche du lendemain oblige ! Je me ratrapperai à Séville...


 


Budget


Je l'aurai complètement explosé en Andalousie pour plusieurs raisons:
1) Je dors à l'hôtel. Mais si je choisis de petits hostales ou pensiones pas chers, cela est quand même bien plus cher qu'un bivouac ou une invitation chez l'habitant. A ce sujet, je trouve incroyablement peu cher (pour ce qui est proposé), ces petits hôtels de villages. Pour € 18 à € 25, j'ai une jolie petite chambre climatisée, toujours impécablement propre, avec cabinet de toilette, WC et douches privés. Allez trouver cela en France !
2) La vie est beaucoup plus chère, surtout sur le plan de l'alimentation.

Sur 34 jours, ma moyenne journalière de dépenses aura été de € 16, alors que de € 47,50 en Espagne ! Je pense réduire cela dès mon arrivée sur le chemin officiel de Saint Jacques de Compostelle, avec l'accès aux auberges pour pélerins.


 

Gastronomie


Mon régime s'est bien amélioré à partir de Rabat. D'abord parce que les amis chez qui j'ai fait étape m'ont gâté. Ensuite, parce que j'ai pu facilement me repaitre de poissons et fruits de mer, même en Andalousie ou la mer n'est jamais très loin: Enfin, parce que la cuisine espagnole est fabuleuse: variée, riche, saine. Je fais une cure de jambon cru, de fromage, de chorizo, de gazpacho, servi glacé.

J'ai décidé, à chaque nouvel article, de vous livrer une recette d'un plat que j'ai aimée et apprise sur place. Aujourd'hui, je livre enfin le secret de la fameuse recette de Requin au Safran de Fatiha que nous servions au Dar Soukaina.

Temps de préparation: 45 mn. Temps de cuisson: 25 mn.

Ingrédients pour 4 personnes

1 kg de queue de requin. Faîtes-la découper en gros cubes de 10 cm de côté par votre poissonnier qui aura pris soin de bien enlever la peau).

1 kg de pommes de terre

½ kg de poivrons verts

1 kg de tomates

2 grosses gousses d'ail

1 bouquet de coriandre fraîche

1/4 l d´huile d'olive vierge

2 g de safran en poudre

sel

La veille, hâchez menus la coriandre et l'ail. Dans un bol, versez l'huile d'olive, incorporez safran, coriandre et ail moulus jusqu'à obtenir un liquide épais et homogène. Etalez cette préparation sur les cubes de requin et laissez massérer au frigo toute la nuit.

Le lendemain, sortez la préparation une heure avant la cuisson.

Epluchez les pommes de terre que vous coupez en lamelles pas trop épaisses. Passez les poivrons sur le feu afin de faire se décoller la peau. Vous pouvez aussi les plonger quelques minutes dans de l'eau bouillante et les enfermer, après les avoir égouttés, dans un sac plastique, afin de pouvoir ensuite les éplucher facilement. Une fois la peau enlevée, coupez-les en lamelles et réservez. Coupez les tomates en rondelles épaisses. Gardez bien les pépins et le jus. Dans une cocotte minute, faîte revenir doucement le requin dans l'huile... Les cubes ne doivent que légèrement blanchir. Mettez par dessus les pommes de terre, puis les poivrons et en dernier, les tomates. Salez (2 pincées). Fermez la cocotte, et faîtes cuire à feu doux pendant 20 min. Le requin ne doit pas cuire plus de 10mn après le début des premiers sifflements.

Servir bien chaud.

Bon appétit !


FIN DES INFOS PRATIQUES DE LA DEUXIEME PARTIE DU SENTIER ALMOHADE

Pour lire la première partie, allez à la page 7

Pour lire la deuxième partie, allez à la page 8

Pour connaître la suite des périgrinations d'Alain à Séville, allez à la page 10.



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Alain marche autour du Monde
Mon bloc perso.
Actuellement, je marche en Syrie et suis presque arrive a la frontiere jordannienne.
Arrivee prevue dans la ville Sainte autour du 22 novembre.

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