B A H I A F A R A H
1917 - 1984
De son vrai nom Bounouar Fatima Zohra, Bahia Farah est née à Bouira en 1917.
Orpheline dès son enfance, elle est prise en charge par son oncle qui décide de s'installer en Tunisie. Elle est inscrite dans un centre de formation artistique, où elle étudie les rudiments préliminaires de la danse .
La jeune Fatima Zohra se trouve à Paris en 1931, pour tenter une carrière artistique.
Agée de 14 ans, elle est accueillie par des compatriotes qui, tout en l'encourageant à exercer son art, lui assurent le minimum pour s'installer.
Ses prestations dans la danse orientale lui valurent beaucoup de succès au sein de la communauté émigrée à Paris. Malgré son jeune âge, elle est vite intégrée au sein de la troupe artistique maghrébine que dirigeait le grand compositeur et interprète tunisien Mohamed El Jamoussi (1910 - 1982).
En qualité d'interprète chanteuse, elle choisit de reprendre certaines œuvres du grand compositeur Mohamed El Kamel (1919 - 1953) comme "Sghira mesrara", "Bent ami", "Edounya" et "Zmane el youm".
Malgré son succès dans la chanson, grâce à son timbre de voix particulier, elle continue à assurer certains de ses numéros de danses orientales.
Chacune de ses représentations provoquait l'ovation du large public qui se déplaçait pour l'apprécier.
Bahia Farah, son pseudonyme, devient l'artiste modèle, mais aussi la digne représentante de son pays d'origine.
En 1937, elle fit une rencontre avec le grand peintre Mohamed Temmam dit Sid Ali (1915 - 1988), nouvellement inscrit à l'école supérieure des arts décoratifs de Paris, qu'elle épousera plus tard.
Mohamed Temmam est considéré comme une figure de proue de la miniature algérienne, mais aussi un musicien jouant du banjo et du violon avec une grande adresse.
Bahia Farah l'intègre dans son orchestre à l'occasion d'une grande tournée artistique organisée à travers les sanatoriums de France au profit des travailleurs maghrébins en France.
Ali ou Amara, l'un de ses amis les plus proches veillait au bon déroulement de cette tournée, ainsi que toutes les autres représentations et galas où figurait Bahia Farah, il était son manager. Musicien lui même, jouant du tambourin ( tar ), il était aussi son protecteur le plus fidèle.
La maison d 'édition Pathé Marconi, lui fit appel en 1949 pour l'enregistrement de six disques 78 tours en arabe dont les titres suivants : "Rayeh maâdoum", "Ya omri lik" et "Yalli qlaqtou".
Une année plus tard, c'est avec le grand chanteur marocain Hocine Slaoui qu'elle réalise, un autre titre en duo intitulé " El Hbib el ghali " chez le même éditeur.
Ahmed Wahby sortait pour la première fois chez Pathé au même moment son succès éternel " Wahran wahran ".
En dépit de la dispersion des membres de la troupe artistique maghrébine, au lendemain du déclenchement de la Lutte de Libération Nationale, Bahia Farah n'a pas cessé de chanter. Elle estimait qu'il fallait, bien au contraire, se mobiliser pour mieux exprimer sa solidarité avec la cause nationale au sein de la communauté algérienne rongée par la nostalgie, la solitude et le désarroi.
Plusieurs artistes se joignent à elle, en constituant une troupe composée de 24 personnes, dont elle assumait la responsabilité. Appelée "troupe artistique du FLN", cet ensemble sillonnait l'Ile de France et bien au delà, transmettant un seul message, celui de l'Algérie qui a décidé, plus que jamais, de se libérer du joug colonial.
C'est durant cette période qu'elle rencontre Slimane Azem, avec lequel, elle réalise en duo deux chansons intitulées "Kem aouk dhnek" et "Atass issevragh". Cette seconde chanson qui veut dire "j'ai tant patienté" lui apportera un large succès auprès du public qui lui témoignait de beaucoup d'admiration et de respect.
A l'indépendance, Bahia Farah n'a pu rejoindre le pays, objet de son plus beau rêve, pour des raisons professionnelles.
Elle rentre définitivement à Alger, le 1er Février 1965, pour se mettre aussitôt au service de cheikh Noureddine Meziane qui dirigeait une émission musicale à la chaîne II de la R T A.
Elle interprétera une série de chansons, sous la direction orchestrale de Chérif Kheddam et de cheikh Noureddine, dont un titre en duo avec Chérifa intitulé "Ourthet sough iguelilène".
Pour la Télévision nationale, elle réalise deux chansons filmées.
Cette dernière n'a jamais daigné, les diffuser à ce jour (2003).
Avant de quitter la R T A en 1967, elle enregistre son ultime chanson ayant pour titre "Thefouk el ghorba thefouk".
Elle décide à compter de cette date, de ne se consacrer qu'à l'animation des fêtes familiales et des galas publics.
Bahia Farah, constitue, pour ce faire, une troupe féminine appelée " El Farah " avec laquelle, elle répond aux multiples sollicitations de ses admirateurs.
La fin de sa vie a été marquée par un très long silence, qu'elle vécut aux côtés de son époux le grand peintre Mohamed Temmam. C'était surtout le mépris de la part des responsables artistiques de l'époque et la déception d'un vécu qu'elle n'a jamais imaginé au moment où elle militait âprement pour la libération du pays.
Fatiguée et affaiblie par la maladie, elle s'éteint par une journée printanière le 24 Avril 1985. Elle était âgée de 68 ans.
La phonothèque centrale de la radio algérienne a sauvegardé 22 titres de ses chansons. Bahia Farah en a réalisé, en tout une cinquantaine.
Quelques titres extraits du répertoire de Bahia Farah :
1. Rayek maâdoum
2. Ya omri alik
3. Yalli qlaqtou
4. Ffloucek qebl el klam
5. El habib el ghali (duo avec Hocine Slaoui)
6. Adhve dleme laâouène
7. Saâdiou anidha throuhedh
8. Ichour lahlalisse
9. El mektoubik
10. Silbhar ghardine
11. Ilha svar
12. Ayaghriv
13. Embrouk el aidh
14. Ourthet south iguelilene (en duo avec chérifa)
15. Akye khdhaâ rebi ayouliw
16. Imessassène
17. Thebouyi el moudja
18. Atir el âli
19. Miss el qasba
20. Ouretsrou ourets khemim
21. Atassaï nesbar
22. Yeqsiyi ouzrène
23. Zahriou irouh
24. Dhil ghorva inigh midemektigh
25. Kem aou dhmek (en duo avec Slimane Azem)
26. Atasse issevragh (en duo avec Slimane Azem)
27. Thefouk el ghorba thefouk
Abdelkader bendamache
