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Le blog de algeriartist
Publié le 15/12/2007 à 17:46
Par algerian_artist
Biographie
 



 
Si Moh n'Amar U Muh, inscrit à l'état civil le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Khelouat Mohammed, a pris le pseudonyme artistique de Cheikh El Hasnaoui qui réfère à sa région natale, le âarch des Ihesnawen, sur les piémonts fertiles du sud de la ville de Tizi Ouzou, au hameau de Taâzibt, du village Tadart Tamuqrant. 

Son enfance est marquée par la disparition tragique de ses deux frères, puis de sa mère, Lla Sadia, en 1916, tandis que son père est mobilisé dès 1914 dans les rangs de l’armée française durant la première Guerre Mondiale. 
 

A 14 ans, après le dur apprentissage des écoles coraniques appelées timaâmrin, il décide de quitter le village rongé, comme d'autres du pays, par le colon.

Il confie, un jour d'été, sur les berges de l'oued, à Si Saïd U L'hadi, un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. »
 

Seul et orphelin, le futur Cheikh El Hasnaoui se rend à Alger pour trouver refuge dans l’ex-belle famille de sa mère (elle avait été mariée à un pêcheur d’origine turque).

Rentré du front, son père le récupère et le fait rentrer à la zawiya de Bouassem. Le jeune garçon y restera deux ou trois ans et en gardera de mauvais souvenirs. Entre-temps, son père se remarie et a trois enfants (Ali, Arezki et Fatma) avant de mourir quelques années plus tard. 
 

Le jeune Mohamed se rend alors de nouveau à Alger. Il y découvre le style musicale chaâbi des Kabyles Algérois Cheikh El-Hadj M’hamed El-Anka et El-Hadj M’rizek.

Après quelques rudiments de musique dans les cafés chantants de la ville de Tizi Ouzou, il perfectionne son art du mandole aux côtés de Cheikh Mustapha Nador.
 

Particulièrement doué pour le chant et musicien déjà confirmé, il commence sa carrière en 1931 en se produisant dans les fêtes familiales.

En 1936, il anime une fête de circoncision avec Cheikh M'hamed El Anka à Tahtaha, sur les hauteurs de la Casbah.
 

Il retourne au village un jour d'été de 1936 et sa demi-soeur, Fadhma, est toute réjouie de le revoir. Elle n'a gardé de lui, que l'image d'un être sensible et généreux : « Il avait insisté auprès de mon père pour me prendre avec lui à la Casbah pour y faire mes études. Notre père refusa net. Il repartit déçu et, depuis, il ne revint plus jamais au village».
 

Vers 1936-1938, devant l’impossibilité de continuer sa carrière dans son pays (rares étaient les chanteurs kabyles produits par le commerce), il décide d’émigrer en France, comme tant d’autres alors. Mais il laisse la femme qu’il aime (sans doute la Fadhma de sa célèbre chanson) tout en lui promettant de la faire venir aussitôt qu’il serait lui-même bien installée. Le destin veut que les parents de la jeune femme lui refusent sa main. 
 

A Paris, il découvre les rythmes afro-cubains et métisse sa musique à l’instar, dans les années 1940, de son ami Mohammed Iguerbouchene ou encore d’El-Hadj M’hamed El-Anka. Toutefois, il ne s’alignera pas sur la nouvelle voie des artistes orientalisant (Juifs d’Afrique du nord et Egyptiens) contrairement à d’autres artistes kabyles.
 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le chanteur effectue le Service de Travail Obligatoire (STO) dans une usine d’Allemagne tout en chantant pour les prisonniers le dimanche. 
 

De retour à Paris, il est invité à Radio Paris Mondial, contrôlée par les Allemands où M. Iguerbouchene et M. El-Kamal auraient animé une émission arabe et kabyle régulière. 
 

La guerre une fois finie, le chanteur constate avec amertume que la misère est toujours de mise dans son pays, poussant la jeunesse à émigrer en masse vers la France.
 Dans sa magnifique chanson Maison Blanche, il dénonce ce drame de l’émigration qui arrache des hommes à leurs familles et dépeuplent les villages kabyles. L’émigration n’est toutefois pas son thème de prédilection, l’amour impossible, la nécessaire modernisation face au poids de la tradition (Bu tabani) ou encore l’émancipation de la femme (Ma tebɣid-iyi nekk bɣiɣ, baba-m yeqqar ala ala) sont autant de thèmes chantés par l’artiste.  

A la fin des années 1940, il est l’un des représentants de la chanson kabyle de Paris avec les figures illustres et amies que sont Slimane Azem, Farid Ali, Zerrouki Allaoua et bien d’autres. 
 

A cette époque, il fait la tournée des cafés avec une petite troupe tout en étant cuisinier. Pendant un temps, il se fait accompagner à la derbouka par la chanteuse Fa
dhma-Zohra. Cette dernière connaissait bien le milieu artistique parisien (Pigalle, Barbès, Clichy), ce qui l’aidera beaucoup. 
 

Avec l’indépendance de l’Algérie, il continue à se produire dans les milieux de l’émigration aux côtés des nouvelles vedettes d’alors, telles Akli Yahiatene. 
 

Pourtant, en 1970, il décide d’arrêter brusquement sa carrière, peut-être à cause de son âge (il a soixante ans), ou encore face au refus de se produire dans des bars où les ouvriers viennent s’adonner de plus en plus à la boisson. 
 

L’artiste quitte Paris pour Nice, pour s’installer définitivement à l’île de la Réunion avec son épouse Denise en 1988. 
 

Musicalement, El Hasnaoui avait une voix en rien comparable aux autres artistes kabyles de l’époque. Joueur de mandole maîtrisant à la perfection le style chaâbi, innovant dans sa manière de chanter, artiste habité par la poésie et la musique, El Hasnaoui restera pour sûr l’un des grands maîtres de la chanson kabyle du XXe siècle, mais dont l’hommage et la reconnaissance officielle attendent toujours d’être rendu.
 

Cheikh El Hasnaoui décède le 6 juillet 2002 à l'âge de 92 ans à l'île de la Réunion, où il est enterré.
 

De Matoub Lounès à Aït Menguellet, tous les chanteurs kabyles se sont inspirés de la discographie de Cheikh El-Hasnaoui, pour sa musique ou sa thématique.

L’exil a joué un rôle majeur dans la vie de l’artiste, quelques fois fait de souffrances mais souvent source de création.

"Son exil a servi l’Algérie en exprimant dans le contexte des plus grands bouleversements socio-économiques du XXe siècle, la sensibilité de ses compatriotes dans ce qu’elle a de vrai et de tragique", estime son biographe Rachid Mokhtari.

Son parcours atypique qui l’a mené de sa profonde Kabylie à l’Océan indien a crée autour de lui une aura de mystère.
 En partageant sa solitude avec les étoiles " Ya noudjoum el lil ", en se demandant où ses pas le menaient " Sani sani ", en pleurant son amour " Nadia ", " Fadhma " ou en maudissant l’exil " Lghrova ", Cheikh El-Hasnaoui a toujours su trouver les justes mots et notes. 

Cheikh El-Hasnaoui est l'un des artistes les plus prestigieux que l'Algérie ait donnés. Ses chansons, si belles et si graves, nous accompagnent depuis au moins trois générations. Il chante depuis plus de 70 ans.

Faites en kabyle et en arabe algérien, ses chansons forment un genre qui lui est totalement personnel.
   

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