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Le blog de algeriartist
Publié le 08/12/2007 à 17:44
Par algerian_artist
Biographie  



Amar Ezzahi  
(né en 1941). - Brillant auteur et interprète de Chaâbi. 
 

De son vrai nom Amar Aït Zaï, Ezzahi est né le 1er janvier 1941 à Ain El Hammam (Tizi-Ouzou). 
 

C'est en écoutant Boudjemaâ El Ankis, dans les années 60, qu'il aima le chaâbi. 
 

En 1963, il rencontre cheikh Lahlou et Mohamed Brahimi dit cheikh Kebaili qui l'encouragent, lui remettent d'anciennes qacidate  (poésies) tout en lui donnant des conseils sur le rythme avec lequel ses textes étaient chantés. 
 

Autodidacte, il apprendra le chaabi sur le tas. Il aura la chance d'avoir, dans son orchestre, durant quinze ans, un musicien de talent qui lui a transmis plusieurs qacidate; il s'agit de cheikh Kaddour Bachtobdji avec lequel il a commence à travailler en 1964. 
 

Son premier enregistrement date de 1968, Ya djahel leshab et Ya el adraâ furent les deux premières chansons de son premier 45 tours. La musique et les paroles étaient de Mahboub Bati.

En 1971, il enregistre trois 45 tours et en 1976, deux 33 tours. II compte trois chansons à la radio et quatre autres à la télévision. Son unique cassette Ya rab El I bad sort en 1982. 
 

Modeste, réservé, se confiant rarement, fréquentant souvent le café ''El Kawakib", Amar Ezzahi, l'un des plus brillants interprètes du chaabi des années 70, disparaît pratiquement de la scène artistique à partir de 80 et n'est présent que lors des fêtes familiales.

Il réapparaît le 10 février 1987 dans un récital à la salle Ibn Khaldoun à Alger pour s'effacer à nouveau.  
 

Depuis 2000, Ezzahi n'est pas réapparu en public et est rarement retourné à El Kawabib, par suite de problèmes de santé. Le chanteur le plus populaire et le plus talentueux de sa génération est maintenant considéré comme une véritable énigme dans le monde de la musique.

Totalement retiré du circuit des médias depuis plusieurs années, Ezzahi laisse ses nombreux admirateurs sur leur faim.

Cet homme généreux, intolérant face à la verbosité et aux excès, a fait du châabi sa raison de vivre. Bien qu'il refuse de se produire devant de larges publics, il trouve encore un plaisir immense lors de réunions familiales plus intimes, parce que "chanter devant un petit public d'amis est l'un des plus beaux sentiments au monde". 

Ezzahi a enregistré sa seule cassette en 1982, forçant ses admirateurs à fouiller dans les enregistrements personnels des réunions de famille dans les années 1970 ou à rechercher ses anciens enregistrements. 
 

Le talent d'Ezzahi est l'improvisation, capable qu'il est de changer de style avec une facilité déconcertante. Ayant perdu ses deux parents, Ezzahi a longtemps vécu avec une tante. Elle est décédée il y a quelques années, laissant Ezzahi face à la solitude qu'il avait toujours recherchée. 
 

En conséquence, Ezzahi a refusé les feux de la célébrité et s'est toujours décrit lui-même comme étant du côté des humbles. Il a organisé de nombreuses soirées pour des gens communs aux revenus modestes. Ses fans le suivent dans les fêtes de famille, et enregistrent sa musique, qu'ils copient et vendent à plusieurs milliers d'exemplaires.

 

Le chaâbi, ce compagnon inséparable, l’a-t-il sauvé et soulagé ? Probablement. Car Amar a quitté si vite l’enfance. Au contact de la musique, il sut qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait, un moyen d’exprimer ses émotions, un univers à découvrir qui le protégerait de tout. De la peur, de la solitude, de la tristesse.

Jeune donc, il vouait une grande admiration à Boudjemaâ El Ankis, qu’il a d’ailleurs imité à ses débuts. L’élève et le maître se sont par la suite côtoyés, appréciés.

El Ankis ne tarit pas d’éloges sur son cadet. « Amar est un artiste que j’estime beaucoup. C’est un frère pour moi et le meilleur interprète que je préfère écouter. Son travail est bien fait. Dieu l’a doté d’une très belle voix. C’est un perfectionniste dans l’âme, mais qui reste très modeste malgré son talent inestimable », reconnaît aujourd’hui le grand maître du chaâbi qui a animé plusieurs fêtes et mariages aux côtés d’Ezzahi. « Quand je lui parle et le conseille sur telle ou telle chose, il m’écoute attentivement. Dans ce cadre, je lui ai demandé à maintes reprises d’enregistrer ses concerts et d’accorder des entretiens à la presse pour que ses œuvres soient plus connues ainsi que son héritage par les générations futures, mais il a toujours refusé de le faire. Allez savoir pourquoi ? Lorsqu’on essaie de s’expliquer cette attitude et cette fuite des projecteurs, il nous dit qu’il veut rester discret et que c’est un secret. » Ami  amar a toujours été du côté des humbles, des « zaouali » comme il se définit lui-même. Il a ainsi animé sans compter des fêtes gratuitement pour les petites gens aux revenus modestes. 

C’est sans doute parce qu’il est l’un des leurs, que Amar s’est paré de cette popularité que nul ne peut lui contester. Il l’a arrachée par son talent bien sûr, mais aussi par son acharnement à atteindre l’objectif qu’il s’était fixé. Il savait que pour entrer dans les univers musicaux si variés, il lui fallait des clefs et que seul un travail de tous les instants pouvait les lui donner. Amar a bossé durement en solo. Un peu perdu, il se laissait bercer par la musique de la mémoire.

De ces instants magiques qui remontent à loin, Hadj El Ankis en garde encore des moment forts. « Il y a environ 40 ans, le cheikh Kebaili Mohamed a circoncis son fils. Il m’a invité pour lui animer la fête à notre Dame d’Afrique avec Omar Mekraza. Pendant le dîner, on m’a informé qu’un jeune allait chanter pour la première fois. C’était Amar Ezzahi que le grand public ne connaissait pas. Il a commencé par imiter ma voix. Je lui ai donné mon mandole pour chanter. C’était notre première rencontre, et le courant était bien passé entre nous. A le voir chanter avec un timbre de voix assez singulier, je savais qu’il allait percer dans le domaine artistique », avait prédit le disciple d’El Anka.

C’est que le petit Amar a fait du chemin pour appartenir désormais à la lignée des grands maîtres qui se disputent l’héritage musical d’El Anka. D’ailleurs avec El Ankis et El Hachemi Guerrouabi, il reste l’un des derniers monuments du chaâbi.
 

Ezzahi et la scène, c’est souvent une relation d’attraction, de répulsion, voire d’incompréhension. Cela dure depuis des années, au grand dam de ses admirateurs qui en pâtissent en silence. Ezzahi, comme on le sait, a fait l’impasse sur les sorties publiques. Il est toujours quelque part, mais allez savoir où ? Ne vous avisez surtout pas à aller à sa rencontre, là où il s’est toujours retiré dans le café «  l’Etoile de la Rampe Vallée ». Il ne le fréquente plus, ou rarement, depuis qu’il a eu des ennuis de santé. D’ailleurs, même si d’aventure vous réussissez à le trouver, cela ne vous avancera pas à grand-chose, puisque l’homme est peu loquace, préférant le silence aux feux de la rampe.

Le chanteur de chaâbi, le plus populaire et le plus doué de sa génération, est aujourd’hui considéré dans le milieu musical comme une véritable énigme. Complètement retiré du circuit commercial et médiatique depuis quelques années, Amar Ezzahi laisse ses nombreux admirateurs sur leur faim. Sans doute, décèlera-t-on, ce trait de caractère dans l’une de ses premières chansons. « Ô lune, je n’ai pas besoin que tu te poses dans mes bras Je n’ai pas besoin que les étoiles me gratifient d’une danse nadawia ». Une complainte comme il en a tant chanté.  

Depuis la mort d'El Hadj Mohamed El Anka, connu comme "le Cardinal", Ezzahi a été largement considéré comme son successeur dans une lignée de grands maîtres du châabi, bien qu'il évite les médias et en dépit de la forte concurrence des disciples d'El Anka.
Publié le 09/12/2007 à 12:37
Par algerian_artist
Biographie  


El ANKA M'Hamed
(1907-1978) - Grand maître de la chanson Chaâbi  

D
e son vrai nom Aît Ouarab Mohamed Idir Halo, Hadj M'Hamed El Anka naquit le 20 mai 1907 à la Casbah d'Alger, précisément au 4, rue Tombouctou, au sein d'une famille modeste, originaire de Béni Djennad (Tizi-Ouzou).  

Son père Mohamed Ben Hadj  Saîd, souffrant le jour de sa naissance, dut être suppléé par un parent maternel pour la déclaration a l'état civil. C'est ainsi que naquit un quiproquo au sujet du nom patronymique d'El Anka. Son oncle maternel se présente en tant que tel; il dit en arabe "Ana Khalo" (Je suis son oncle) et c'est de cette manière que le préposé inscrivit "Halo". Il devient alors Halo Mohamed Idir.
 

Sa mère Fatma Bent Boudjemaâ l'entourait de toute l'affection qu'une mère pouvait donner. Elle était attentive a son éducation et à son instruction.

Trois écoles l'accueillent successivement de 1912 à 1918: coranique (1912-1914), Brahim Fatah (Casbah) de 1914 à 1917 et une autre à Bouzaréah jusqu'en 1918. 
 

Quand il quitte l'école définitivement pour se consacrer au travail, il n'avait pas encore souffle sa 11ème  bougie.
 
 

C'est sur recommandation de Si Said Larbi, un musicien de renom, jouant au sein de l'orchestre de Mustapha
Nador, que le jeune M'hamed obtenait le privilège d'assister aux fêtes animées par ce Grand maître qu'il vénérait.
C'est ainsi que durant le mois de Ramadhan de l'année 1917, le cheikh remarque la passion du jeune M'hamed et son sens inné pour le rythme et lui permit de tenir le tar (tambourin) au sein de son orchestre.
A partir de la, ce fut Kehouadji, un demi-frère de Hadj
Mrizek qui le reçoit en qualité de musicien a plein temps au sein de l'orchestre qui animait les cérémonies de henné réservées généralement aux artistes débutants. 
 

Après le décès de cheikh Nador à l'aube du 19 mai 1926 à Cherchell, ville d'origine de son épouse ou il venait juste de s'installer, El Anka prit le relais du cheikh dans l'animation des fêtes familiales.
 
 
L'orchestre était constitué de Si Saîd Larbi, de son vrai nom Birou, d'Omar Bébéo (Slimane Allane) et de Mustapha Oulid El Meddah entre autres.  

C'est en 1927 qu'il participa aux cours prodigués par le cheikh Sid Ahmed Oulid Lakehal, enseignement qu'il suivit avec assiduité jusqu'en 1932. 
 

1928 est une année charnière dans sa carrière du fait qu'il rencontre le grand public.
 
 

Il enregistre 27 disques 78 t chez Columbia, son premier éditeur et prit part aussi à l'inauguration de la Radio PTT Alger. Ces deux événements vont le propulser au devant de la scène à travers tout le territoire national et même au-delà.
 
 

Le 5 août 1931, cheikh Abderrahmane Saîdi venait de s'éteindre. Ce Grand cheikh disparu, El Anka se retrouvera seul dans le genre
mdih .
 C'est ainsi que sa popularité favorisée par les moyens modernes du phonographe et de la radio, allait de plus en plus grandissante.  

Dès son retour de La Mecque en 1937, il reprit ses tournées en Algérie et en France et renouvela sa formation en intégrant HadJ Abderrahmane Guechoud, Kaddour Cherchalli (Abdelkader Bouheraoua décédé en 1968 à Alger), Chabane Chaouch à la derbouka et Rachid Rebahi au tar en remplacement de cheikh Hadj
Menouer qui créa son propre orchestre. 
 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et Après une période jugée difficile par certains proches du cheikh, El HadJ M'Hamed El Anka va être convié à diriger la première grande formation de musique populaire de Radio Alger à peine naissante et succédant à Radio PTT, musique populaire qui allait devenir, a partir de 1946, "chaâbi" grâce à la grande notoriété de son promoteur, El Anka. 
 

En 1955. il fait son entrée au Conservatoire municipal d'Alger en qualité de professeur charge de l'enseignement du chaâbi. Ses premiers élèves vont devenir tous des cheikhs a leur tour, assurant ainsi une relève prospère et forte, entre autres, Amar
Lâachab, Hassen Said, Rachid Souki, etc.

EI-Hadj M'Hamed El-Anka a bien pris à cour son art: il a appris ses textes si couramment qu'il s'en est bien imprégné ne faisant alors qu'un seul corps dans une symbiose et une harmonie exceptionnelle qui font tout le génie créateur de l'artiste en allant jusqu'à personnifier, souvent malgré lui, le contenu des poésies qu'il interprète; les exemples d'El-Hmam, Soubhane Ellah Yaltif sont assez édifiants.
La grande innovation apportée par EI-Hadj El-Anka demeure incontestablement la note de fraîcheur introduite dans une musique réputée mono vocale qui ne répondait plus au goût du jour. Son jeu instrumental devient plus pétillant, allégé de sa nonchalance. Sa manière de mettre la mélodie au service du verbe était tout simplement unique. A titre indicatif, El Hadj El Anka a interprété près de 360 poésies (qaca'id ) et produit environ 130 disques.  

Après Columbia, il réalise avec Algériaphone une dizaine de 78 t en 1932 et une autre dizaine avec Polyphone. 
 

Après plus de cinquante ans au service de l'art, El Anka animera les deux dernières soirées de sa carrière jusqu'à l'aube, en 1976, à Cherchell, pour le mariage du petit-fils de son maître cheikh Mustapha Nador et, en 1977, a El-Biar, chez des familles qui lui étaient très attachées. 
 

Le chaâbi, sous sa forme actuelle, doit son existence à Hadj M'hamed El Anka. Il est le créateur incontestable de ce genre particulier de musique populaire qui tire son origine du Moghrabi.
 Il mourut le 23 novembre 1978, à Alger, et fut enterré au cimetière d'El-Kettar.
Publié le 10/12/2007 à 17:54
Par algerian_artist
Biographie 


Cheikha Rimitti, la mamie du raï Algérien
 

« C'est joyeux comme le Funk et profond comme le Blues… Creuset de tous les espoirs et de toutes les mélancolies, la musique RAÏ a de qui tenir son âme» (Nourredine Gafaïti)
Cheikha Rimitti est Née à Tessala (village situé près de Sidi Bel-Abbès, dans l'Ouest algérien) le 8 mai 1923, la petite fille est prénommée Saïda.

Orpheline très tôt, elle mène une vie difficile et bientôt dissolue, traînant de quartiers en quartiers, dormant dans les hammams et frôlant parfois l’illégalité. A l’âge de 20 ans, elle s'installe à Rélizane, un grand centre colonial où la vie est rude, elle se lie à une troupe de musiciens Hamdachis, avec qui elle partagera une vie de troubadour, chantant de cabaret en cabaret et dansant souvent jusqu’à l’épuisement.  D'ailleurs en nulle part, elle rencontre le célèbre musicien Cheick Mohamed Ould Ennems, avec qui elle se met en ménage alors qu'il est père de dix enfants. Il lui fait connaître le milieu artistique algérois et la fait enregistrer à Radio Alger. A cette époque, de terribles épidémies s’abattent sur le pays (Albert Camus l’a relaté dans son roman « La peste » ayant pour cadre Oran), et viennent accentuer le sordide déjà pesant du quotidien.

Cheikha Rimitti s’inspirera de ce spectacle de désolation pour improviser ses premiers vers et son répertoire sera en grande partie une évocation de ce vécu. "C’est le malheur qui m’a instruit, les chansons me trottent dans la tête et je les retiens de mémoire, pas besoin de papier ni de stylo »

L'histoire raconte qu'un jour de pluie où elle entrait dans une cantine pour boire un café, les clients l'ont reconnue et acclamée avec ferveur. Pour les remercier, elle veut leur offrir une tournée mais ne parlant que quelques mots de français, elle ordonne à la serveuse "Remettez, madame, remettez". Le public la baptise aussitôt "la chanteuse Remitti". 

De cette époque, elle préférera néanmoins conserver les souvenirs de fêtes « …je participais aux fêtes en l’honneur des Saints, entre Relizane, Oran et Alger…Les festivités duraient une semaine et les gens venaient de toute l’Algérie. On invitait les plus grandes chanteuses, comme Oum Keltoum ou Cheikha Fadela La Grande… Moi en plus de chanter, je montais à cheval lors de la fantasia, avec un fusil dans chaque main et je tirais. Il y avait les gendarmes qui applaudissaient, le préfet qui me félicitait… »
 

Son premier enregistrement date de 1952 quand Pathé Marconi sort un 78 tours comportant le fameux « Er-Raï Er- Raï », mais c’est en 1954 que Cheikha Rimitti s’impose comme la référence absolue avec son titre « Charrak Gattà », où ses contemporains y voient une attaque en règle contre le tabou de la virginité (« Il me broie, me bleuit // il m’attise…. il m’abreuve, je dis je pars et je passe la nuit // malheur à moi qui ai pris de mauvaises habitudes… »).

Il faut rappeler que Cheikha Rimitti a chanté dès les années 40, la difficulté d’être une femme et a introduit la notion de plaisir charnel. Mais son champ thématique ne s’arrête pas là. Elle a exploré toutes les formes de l’amour, célébré l’amitié, tenté d’expliquer les noyades dans l’alcool, déploré l’obligation d’émigrer et tancé les moralistes. Elle qui avait osé chanter une ode à l’Emir Abdelkader dans les cafés juifs, en pleine guerre de libération, va subir dès l’indépendance les foudres de la censure FLN.

Sa poésie lui vaut dans les années 60 « l’excommunication nationale »… réponse démesurée et cynique d’un nouveau régime dit de « libération nationale » pourtant empreint de traditionalisme religieux. Elle a depuis composé plus de 200 chansons, constituant un véritable « répertoire réservoir » dans lequel se serviront allégrement ses successeurs (comme « La Camel », reprise et popularisée par Cheb Khaled…)

Pour tous les musiciens de Raï, elle incarne une reine, « LA » grande dame vénérée par tous les chanteurs de la jeune génération qui voient en elle « la Mère du genre » (Rachid Taha lui dédie une chanson, « Rimitti »).

Une véritable légende s'est ainsi tissée autour de cette femme qui hante l'imaginaire collectif du Maghreb depuis plus d'un demi-siècle.  

Cheikha Rimitti, redécouverte depuis quelques années par une nouvelle génération, est une visionnaire. Ses chansons, martelées depuis un demi siècle n’ont jamais été aussi proches de la réalité sanglante de l’Algérie des années 90, décennie de tous les dangers (Pour les femmes surtout dont Rimitti fut la porte parole la plus audacieuse et la plus lucide)
 « Entre temps, l'Occident a pu succomber à sa voix langoureuse, douce mais âpre, ajoutée à un art consommé de la danse.... » (R.Mezouane)

Au gré de concerts prestigieux donnés dans les grandes capitales mondiales, Cheikha Rimitti est devenue la principale ambassadrice du Raï (New York, Paris, Londres, Amsterdam, Stockholm, Genève, Madrid, Milan, Berlin, Le Caire…)

Elle reçoit entre temps le Grand Prix du Disque 2000 de l’Académie Charles Cros.

Mais c’est à un autre titre, et au seul en fait, que Rimitti s’accroche, celui de « Cheikha » (la doyenne) !

Plus qu’un titre, le terme « Cheikha » est la marque indélébile de son parcours, emblème du large sillon creusée par sa vie de « Franco-Algérienne rebelle » Cheikha Rimitti ne veut pourtant pas vieillir… Le cœur et l'esprit toujours alertes, elle se veut sans cesse la représentante d’une certaine forme d’avant-garde. Avec l’introduction d’un « band » moderne (basse, batterie, claviers, cuivres) se juxtaposant aux musiciens traditionnels, (Bendir, tar, gasbâ et gallal). Cheikha Rimitti laisse très tôt entrevoir une nouvelle voie, valable non seulement pour le Raï, mais aussi pour l’ensemble des musiques arabes.

Refusant dès le début la voie du « raï variété » empruntée par la génération des « Chebs », elle privilégia plutôt la variété du style offert par le Raï. Ses collaborations avec Robert Fripp et Flea des Red Hot Chili Peppers sur l’album "Sidi Mansour" (1994) illustrent dans la forme un virage « électrique » pris à la fin des années 80. 

Une femme de cœur, toujours rongée par la honte et la timidité d’apparaître en public ou dans certains endroits non conventionnels. « Elle n’aimait pas chanter là où les gens pouvaient la reconnaître, rapporte Mohamed Allalou, ancien animateur de la Chaîne III et ami de la défunte artiste. Elle cherchait à se débarrasser de cette mauvaise réputation qui lui collait injustement à la peau. » Allalou se souvient du jour où il est parti lui remettre une invitation pour animer un concert au Parlement européen de Strasbourg. C’était en 1995. « Elle ignorait même ce que ‘‘Parlement européen’’ voulait dire. Elle vivait dans un minable hôtel du 10e arrondissement de Paris. La chambre était minuscule. Meublée d’un lit, d’une petite armoire, d’une valise et d’un réveil, le décor donnait l’impression d’une femme toujours sur le point de départ. » Après de longues discussions, Rimitti accepte enfin d’aller chanter à Strasbourg. Mais pose, tout de même, deux conditions. Dans la première, elle demande au Parlement européen de lui verser des arrhes en espèces. Chose, en principe, qui ne se fait jamais. Dans la seconde, elle fait savoir qu’elle refuserait, sur place, toute rencontre avec la presse. « Attention ! Journalistes zigzag, wallou », répétait-elle à Allalou durant tout le trajet. « Autrement dit, je ne ferai aucune interview. »
 

Il y a aussi cette anecdote où Rimitti avait refusé de chanter deux fois de suite dans une même salle parisienne. Pour lui faire changer d’avis, son manager n’avait comme solution que de lui annoncer que le concert allait enfin avoir lieu dans autre une ville, située en province. Rimitti accepte donc la nouvelle proposition, obligeant, cependant, son accompagnateur à faire quatre fois le tour du périphérique parisien pour lui faire croire que la ville était vraiment loin. Pourtant, Rimitti se retrouvera, sans se rendre compte, dans la même salle où elle avait chanté quelque temps auparavant. Pas loin de son domicile. « Ne sachant ni lire ni écrire, elle n’avait tout simplement pas reconnu les lieux. »
 

Résolument progressiste, elle assure la transition d’un Raï reposant sur ses bases traditionnelles, indispensables à la mise en place de la « transe », à celle d’un Raï « enrichi et raffiné » aux rythmiques et sonorités plus modernes. Elle dessine les contours d’un Raï pouvant un jour être appréhendé comme un courant musical majeur. Un style mêlant les influences africaines des Gnawa et les harmonies arabo-andalouses de la musique Châabi aux paroles crues et souvent improvisés de cette Soul algérienne.
 

Aujourd’hui sort « N’Ta Goudami », un nouvel album, qui dans le prolongement de « Nouar » (2000) démontre une nouvelle fois la diversité de son art, indique la voix à suivre et impose une nouvelle fois Cheikha Rimitti comme la diva du Raï.
 

La mamie du raï, Cheikha Rimitti est morte, d’une crise cardiaque à Paris. Elle avait 83 ans. Insoumise et libre, l’auteur, à la vie rock’n roll, de Cherak Gataâ et Naouri Y’El Ghaba laisse la musique algérienne orpheline
 
Publié le 12/12/2007 à 11:23
Par algerian_artist
Biographie 

 Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet, né en 1949 dans un village berbère de Haute-Kabylie, Aït Lahcène.

Idir est un chanteur algérien de musique kabyle. Son nom d'artiste signifie en kabyle : « Il vivra », nom traditionnellement donné à un enfant né difficilement, pour l'encourager à vivre.
 

Fils de berger, élevé chez les Jésuites, Idir décida d'étudier
la géologie et était destiné à une carrière dans l'industrie pétrolière algérienne.

L'avenir va cependant le diriger sur un autre chemin. En 1973, il démarre sa carrière par hasard en remplaçant une chanteuse, pour qui, il avait composé une berceuse, à Radio Alger et interprète une chanson qui va devenir son premier succès radiophonique : Rsed A Yidess qui signifie « Que le Sommeil Tombe ».
 

En 1975, il monte à Paris et signe un contrat avec Pathé Marconi qui lui produit son premier album : A Vava Inouva. Le titre éponyme sera un tube planétaire : diffusion dans 77 pays et traduction en 15 langues. La version française a été interprétée par le duo David Jisse et Dominique Marge en 1976, avec des paroles poétiques et une voix de femme très douce.

Cette chanson kabyle avec juste voix et guitare figure comme le premier grand tube venu directement du Maghreb, bien avant le succès d'un Khaled ou d'un Mami. Il représente l'affirmation d'une certaine identité, le retour à des racines ancrées très profondément dans l'histoire de l'Algérie. 

Après son service militaire, Idir est contacté par la maison de disques Pathé Marconi.

Il faut attendre 1976 pour que sorte un premier album sur lequel on retrouve également "A vava inouva".
 

En 1979, il sort un nouvel album : Ay Arrac-Nne
ɣ (Ô Nos Enfants).
 Pour cet homme discret avec un look sérieux, il est difficile de se fondre dans le monde du show-biz et s'il aime composer, ce qu'il fait pour d'autres, les passages sur scène ne le satisfont que rarement.

En conséquence, il s'éclipse environ une dizaine d'années tout en donnant quand même quelques récitals. 
 

Sa carrière est relancée avec la sortie d'une compilation en 1991 de dix-sept chansons de ses deux premiers albums. Après un long procès contre son ancien producteur, Idir a eu la possibilité de réenregistrer ses titres comme le fameux "A vava inouva".

Fort de cet appui discographique, il revient donc sur le devant de la scène et passe au New Morning à Paris du 7 au 9 février 92.

Il reste le représentant de la communauté kabyle à qui on reconnaît maintenant un statut de précurseur de la world music. 
 

L'année suivante, paraît chez Blue Silver un nouvel album "les Chasseurs de lumières" où il chante ses thèmes de prédilection, l'amour, le liberté et l'exil (qu'il connaît puisqu'il est installé dans la région parisienne depuis 1975). Il introduit à côté des derbouka, flûte et guitare acoustique, les synthés qui donnent une touche de modernité. On peut entendre aussi la voix d'
Alan Stivell sur le duo "Isaltiyen". Idir donne ses chansons à écouter au public de l'Olympia à Paris les 26,27 et 28 juin 93.
 En 1999, Idir enregistre Identités dans lequel il réunit Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier, Gnawa Diffusion ou encore Zebda.


Style de musique

La musique d'Idir naît de l'association de différents instruments, mais celui qui est à la base de son œuvre est bien la flûte du berger kabyle. Il s'agit d'ailleurs du premier instrument dont il a appris à jouer dès son plus jeune âge. Les sonorités entremêlées des guitares, flûtes et autres derboukas caractérisent la musique d'Idir.

Bien qu'écrites en kabyle, ses chansons ont une portée universelle et se veulent mondiales. D'où le qualificatif de World Music souvent donné à cette œuvre.

Les sujets de ses chansons recouvrent différents thèmes comme l'exil (A Vava Inouva) , la fête (Zwit Rwit) ou encore les souvenirs (Cfir).

Ce style de musique se veut profond, déclenche l'émotion et la nostalgie.

Bon nombre des chansons d'Idir ont fait l'objet de reprises multiples, et elles ont toujours - année après année - une place de choix dans la programmation musicale des mariages kabyles (et autres).

 

Discographie

 1976 : A Vava Inouva
  1. Isefra
  2. SSendu
  3. Azger
  4. Muqlegh
  5. Zwit rwit
  6. Cfigh
  7. Azwaw
  8. Tagrawla
  9. Rrsed a iddes
  10. Tighri BbwAgdud
  11. Tamachahut n Tsekkurt
  12. A Vava Inouva

1979 : Ay Arrac Negh
  1. Awah awah
  2. Achawi
  3. Ay arrach nnegh
  4. Amnafeq
  5. Weltma
  6. L'mut
  7. W'ibghun
  8. Aghrib
  9. Hay hay a Mumi
  10. Asif abes

1986 : Le Petit village - Chorale enfantine
  1. Petit Village
  2. Aman Yeddren
  3. A3qqa N Yired
  4. Pays de Reve
  5. Amiar
  6. Ta Ribt -Iw
  7. Itran Tiziri
  8. Tiziri Yulin
  9. Am AR
  10. Ta Ribt –Iw



1993 : Les Chasseurs de lumière
  1. Ay al xir inu
  2. Anda yella
  3. Adrar
  4. Ad nughal
  5. Snitraw
  6. Yelha wurar
  7. Baba-S
  8. Ageggig
  9. Mimmi
  10. Abehri tmeddit
  11. Snitraw
  12. Isaltiyen
  13. B an warrac
  14. Ameddyaz
  15. At zik (Iwiziwen, Tiwizi)
  16. Twareg

1999 : Identités
  1. A Vava Inouva 2
  2. A Tulawin (Une algérienne debout)
  3. Un homme qui n'a pas de frère...
  4. Exil (Aghrib)
  5. Tizi Ouzou
  6. Révolution (Tagrawla 2)
  7. Fable (Tamachahuts 2)
  8. Illusions (Awah Awah 2)
  9. Le Jour du don (Tiwizi 2)
  10. Mémoires (Cfigh 2)

2002 : Deux rives un rêve
  1. Pourquoi Cette Pluie?
  2. A Vava Inouva 2
  3. Trompettes
  4. Tizi Ouzou (san Francisco)
  5. Azwaw
  6. Ssendu
  7. Zwit Rwit
  8. Yelha Wurar
  9. Illusions (Awah Awah 2)
  10. Tiwizi
  11. Sirhiyi
  12. Isaltiyen
  13. Chteduyi
  14. Chfigh

2005 : Entre scènes et Terres (Live)
Album live enregistré à Puteaux et DVD sur la tournée du chanteur.
  1. Isefra
  2. Chfir
  3. Mliyi
  4. Abehri Tmeddit
  5. Ssendu
  6. A vava inouva
  7. Tizi Ouzou
  8. Azwaw
  9. Tamacaout
  10. Cteduyi
  11. Awah Awah
  12. Pourquoi cette pluie ?
  13. Zwitt Rwitt

2007 : La France des couleurs
Album dans lequel Idir chante avec plusieurs artistes tels Noa, Sinik, Féfé de Saïan Supa Crew,...
  1. D'où je viens (feat. Rim-K & Sniper
  2. Lettre à ma fille
  3. Marche Sur Jérusalem (feat. Akhenaton)
  4. Ce Coeur Venu D'Ailleurs (feat. Noa)
  5. La France des couleurs
  6. Je Viens De La Où L'On M'Aime (feat. Féfé & Leeroy)
  7. Un coeur venu d'ailleurs
  8. Tout Ce Temps (feat. Zaho)
  9. Africa Taferka (feat. Tiken Jah Fakoly)
  10. Pèlerinage (feat. Oxmo Puccino)
  11. A Mon Père (feat. Nâdiya)
  12. Médailles en chocolat (feat Disiz La Peste)
  13. Afous (feat. Kore)
  14. Sous Le Ciel De Marseille (feat. Kenza Farah)
  15. Mama (feat. Danielito, Guizmo et Manu de Tryo)
  16. Ya Babba (feat. Wallen)
  17. Interlude (feat. Wallen)
  18. Retour (feat. Sinik)

Publié le 12/12/2007 à 11:37
Par algerian_artist
A Vava Inouva 

Paroles: P. Reesinsk. Musique: Hamid Cheriet (Idir)   1970
© traduction par P.Reesinsk dans le fichier périodique Contes Merveilleux et Fables 1976



Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi.

Le vieux enroulé dans son burnous
A l'écart se chauffe
Son fils soucieux de gagne pain
Passe en revue les jours du lendemain
La bru derrière le métier à tisser
Sans cesse remonte les tendeurs
Les enfants autour de la vieille
S'instruisent des choses d'antan

Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi

La neige s'est entassée contre la porte
L'"ihlulen" bout dans la marmite
La tajmaât rêve déjà au printemps
La lune et les étoiles demeurent claustrées
La bûche de chêne remplace les claies
La famille rassemblée
Prête l'oreille au conte

Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi

 
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