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Publié le 15/12/2007 à 17:46
Par algerian_artist
Biographie
Si Moh n'Amar U Muh, inscrit à l'état civil le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Khelouat Mohammed, a pris le pseudonyme artistique de Cheikh El Hasnaoui qui réfère à sa région natale, le âarch des Ihesnawen, sur les piémonts fertiles du sud de la ville de Tizi Ouzou, au hameau de Taâzibt, du village Tadart Tamuqrant.
Son enfance est marquée par la disparition tragique de ses deux frères, puis de sa mère, Lla Sadia, en 1916, tandis que son père est mobilisé dès 1914 dans les rangs de l’armée française durant la première Guerre Mondiale.
A 14 ans, après le dur apprentissage des écoles coraniques appelées timaâmrin, il décide de quitter le village rongé, comme d'autres du pays, par le colon.
Il confie, un jour d'été, sur les berges de l'oued, à Si Saïd U L'hadi, un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. »
Seul et orphelin, le futur Cheikh El Hasnaoui se rend à Alger pour trouver refuge dans l’ex-belle famille de sa mère (elle avait été mariée à un pêcheur d’origine turque).
Rentré du front, son père le récupère et le fait rentrer à la zawiya de Bouassem. Le jeune garçon y restera deux ou trois ans et en gardera de mauvais souvenirs. Entre-temps, son père se remarie et a trois enfants (Ali, Arezki et Fatma) avant de mourir quelques années plus tard.
Le jeune Mohamed se rend alors de nouveau à Alger. Il y découvre le style musicale chaâbi des Kabyles Algérois Cheikh El-Hadj M’hamed El-Anka et El-Hadj M’rizek.
Après quelques rudiments de musique dans les cafés chantants de la ville de Tizi Ouzou, il perfectionne son art du mandole aux côtés de Cheikh Mustapha Nador.
Particulièrement doué pour le chant et musicien déjà confirmé, il commence sa carrière en 1931 en se produisant dans les fêtes familiales.
En 1936, il anime une fête de circoncision avec Cheikh M'hamed El Anka à Tahtaha, sur les hauteurs de la Casbah.
Il retourne au village un jour d'été de 1936 et sa demi-soeur, Fadhma, est toute réjouie de le revoir. Elle n'a gardé de lui, que l'image d'un être sensible et généreux : « Il avait insisté auprès de mon père pour me prendre avec lui à la Casbah pour y faire mes études. Notre père refusa net. Il repartit déçu et, depuis, il ne revint plus jamais au village».
Vers 1936-1938, devant l’impossibilité de continuer sa carrière dans son pays (rares étaient les chanteurs kabyles produits par le commerce), il décide d’émigrer en France, comme tant d’autres alors. Mais il laisse la femme qu’il aime (sans doute la Fadhma de sa célèbre chanson) tout en lui promettant de la faire venir aussitôt qu’il serait lui-même bien installée. Le destin veut que les parents de la jeune femme lui refusent sa main.
A Paris, il découvre les rythmes afro-cubains et métisse sa musique à l’instar, dans les années 1940, de son ami Mohammed Iguerbouchene ou encore d’El-Hadj M’hamed El-Anka. Toutefois, il ne s’alignera pas sur la nouvelle voie des artistes orientalisant (Juifs d’Afrique du nord et Egyptiens) contrairement à d’autres artistes kabyles.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, le chanteur effectue le Service de Travail Obligatoire (STO) dans une usine d’Allemagne tout en chantant pour les prisonniers le dimanche.
De retour à Paris, il est invité à Radio Paris Mondial, contrôlée par les Allemands où M. Iguerbouchene et M. El-Kamal auraient animé une émission arabe et kabyle régulière.
La guerre une fois finie, le chanteur constate avec amertume que la misère est toujours de mise dans son pays, poussant la jeunesse à émigrer en masse vers la France. Dans sa magnifique chanson Maison Blanche, il dénonce ce drame de l’émigration qui arrache des hommes à leurs familles et dépeuplent les villages kabyles. L’émigration n’est toutefois pas son thème de prédilection, l’amour impossible, la nécessaire modernisation face au poids de la tradition (Bu tabani) ou encore l’émancipation de la femme (Ma tebɣid-iyi nekk bɣiɣ, baba-m yeqqar ala ala) sont autant de thèmes chantés par l’artiste.
A la fin des années 1940, il est l’un des représentants de la chanson kabyle de Paris avec les figures illustres et amies que sont Slimane Azem, Farid Ali, Zerrouki Allaoua et bien d’autres.
A cette époque, il fait la tournée des cafés avec une petite troupe tout en étant cuisinier. Pendant un temps, il se fait accompagner à la derbouka par la chanteuse Fadhma-Zohra. Cette dernière connaissait bien le milieu artistique parisien (Pigalle, Barbès, Clichy), ce qui l’aidera beaucoup.
Avec l’indépendance de l’Algérie, il continue à se produire dans les milieux de l’émigration aux côtés des nouvelles vedettes d’alors, telles Akli Yahiatene.
Pourtant, en 1970, il décide d’arrêter brusquement sa carrière, peut-être à cause de son âge (il a soixante ans), ou encore face au refus de se produire dans des bars où les ouvriers viennent s’adonner de plus en plus à la boisson.
L’artiste quitte Paris pour Nice, pour s’installer définitivement à l’île de la Réunion avec son épouse Denise en 1988.
Musicalement, El Hasnaoui avait une voix en rien comparable aux autres artistes kabyles de l’époque. Joueur de mandole maîtrisant à la perfection le style chaâbi, innovant dans sa manière de chanter, artiste habité par la poésie et la musique, El Hasnaoui restera pour sûr l’un des grands maîtres de la chanson kabyle du XXe siècle, mais dont l’hommage et la reconnaissance officielle attendent toujours d’être rendu.
Cheikh El Hasnaoui décède le 6 juillet 2002 à l'âge de 92 ans à l'île de la Réunion, où il est enterré.
De Matoub Lounès à Aït Menguellet, tous les chanteurs kabyles se sont inspirés de la discographie de Cheikh El-Hasnaoui, pour sa musique ou sa thématique.
L’exil a joué un rôle majeur dans la vie de l’artiste, quelques fois fait de souffrances mais souvent source de création.
"Son exil a servi l’Algérie en exprimant dans le contexte des plus grands bouleversements socio-économiques du XXe siècle, la sensibilité de ses compatriotes dans ce qu’elle a de vrai et de tragique", estime son biographe Rachid Mokhtari.
Son parcours atypique qui l’a mené de sa profonde Kabylie à l’Océan indien a crée autour de lui une aura de mystère. En partageant sa solitude avec les étoiles " Ya noudjoum el lil ", en se demandant où ses pas le menaient " Sani sani ", en pleurant son amour " Nadia ", " Fadhma " ou en maudissant l’exil " Lghrova ", Cheikh El-Hasnaoui a toujours su trouver les justes mots et notes.
Cheikh El-Hasnaoui est l'un des artistes les plus prestigieux que l'Algérie ait donnés. Ses chansons, si belles et si graves, nous accompagnent depuis au moins trois générations. Il chante depuis plus de 70 ans.
Faites en kabyle et en arabe algérien, ses chansons forment un genre qui lui est totalement personnel.
Publié le 16/12/2007 à 12:29
Par algerian_artist
La dernière interview de Mouloud Mammeri
« Mouloud MAMMERI : La mort l’attendait au tournant... »
Très connu du public Nord-africain et étranger grâce à son troisième roman *L’Opium et le bâton*, mais aussi célèbre pour la pertinence de ses interventions dans les différents colloques organisés dans les quatre coins du monde, Mouloud Mammeri vient de nous quitter après 72 ans au service de la cause de la nation et de la culture Nord-africaine.
Mouloud nous a quittés en tant qu’être vivant mais son œuvre et la chaleur de ses sentiments envers ses lecteurs resteront pour toujours des phares scintillants qui nous rappelleront la candeur et la spécificité de cet homme original qui a su réussir un mélange subtile entre sa culture kabyle et son savoir occidental.Il est difficile d’évoquer dans un entretien des problèmes aussi compliqués que ceux du spécifique et de l’universel dans la littérature Nord africaine d’expression française. Mais l’utilité d’une telle tentative réside dans la rencontre de l’un des premiers romanciers Kabyle d’expression française, dont l’expérience personnelle est étroitement liée à ce problème. Car quand on l’a vécu soi-même, qu’on l’a palpé existentiellement comme l’a fait le défunt Mouloud Mammeri, cette expérience ne peut que subir le feu des polémistes.Pour avoir une idée succincte sur cette expérience, nous avons réalisé le présent entretien deux jours avant la mort accidentelle de Mouloud Mammeri.
Le Matin du Sahara Magazine : Quels sont les rapports que peut prendre le problème de la spécificité et de l’universalité pour la littérature Nord africaine d’expression française ?
Mouloud MAMMERI : J’avoue que je suis très satisfait d’évoquer ce problème car j’avais l’habitude, quand j’étais jeune, de ne vivre ce problème qu’à partir du jugement des autres. C’était les autres qui nous jugeaient alors qu’on était le sujet et la matière. Pour les autres notre présence était transitoire, ludique, secondaire et exotique. On n’a jamais été les véritables sujets des problèmes posés.Mon expérience personnelle avec ce sujet a commencé lorsque j’étais au lycée à Rabat. Dès lors j’étais très catastrophé par la tournure générale de l’enseignement que je recevais. Il est certes que j’avais de bons professeurs, mais il y avait toujours une perspective qui me gênait du moment que je me suis rendu compte qu’il était question de tout le monde sauf de nous, les nord africains. On était des étrangers dans l’enseignement qu’on recevait. Et quand on est jeune, cette expérience laisse une trace car elle a fini par créer en nous cette réaction de se sentir péjorativement jugé.
Puisque vous parliez d’une expérience vécue, peut-on évoquer avec vous un cas précis et qui a un rapport étroit avec la problématique posée ?
Mouloud MAMMERI : Quand j’étais en troisième, nous avions à expliquer un texte en latin, qui s’appelait La Guerre de Jugurtha ; et c’est alors que j’ai fait l’admiration de mon professeur. Car quand il nous donnait quinze lignes à préparer je lui rendais cinquante. Chose qui a poussé ce professeur à se demander le pourquoi de cela.Ces questions se sont encore posées, quand on était passé de Salluste à Virgile car avec les textes de Virgile je ne faisais que le nombre de lignes qu’on me demandait. Alors un matin, notre professeur de latin s’amène triomphant et s’adresse à la salle en ces termes : « J’ai enfin compris pourquoi Mammeri écrivait trois fois plus pour La Guerre de Jugurtha, car Jugurtha est l’ancêtre des nord africains ».J’ai donné cet exemple pour faire saisir comment le problème des rapports entre la spécificité et l’universalité pouvait se poser pour les gens de ma génération. « Se définir par rapport aux autres »Sur le plan théorique, le problème se pose de la façon suivante : Etre soi, c’est être au monde, mais sous quel visage ! Et c’est là que réside le problème, car on est obligé de se définir par rapport à soi-même mais aussi par rapport aux autres. D’autant qu’on est pris dans une espèce de dilemme, car ou bien on est spécifique, mais le risque apparaît tout de suite car être spécifique c’est se définir par quoi on ne ressemble pas aux autres.C’est ainsi que le risque réapparaît de nouveau quand on va s’enfermer dans une espèce de définition de nous-mêmes, et qui peut aussi affirmer qu’on est incapable d’agir par notre spécificité. Cela condamne notre spécificité à un usage purement solipsiste et qui rate l’expérience des autres.La deuxième solution consiste à être universel, et c’est le revers de la médaille car on risque de renoncer à soi sous le prétexte de ressembler aux autres. Devant ce problème, je ne me présente pas en totale innocence car je l’ai vécu depuis longtemps sans pouvoir le résoudre dans une espèce de totale objectivité.
Le Matin du Sahara Magazine : Alors comment faire pour concilier les avantages de la spécificité avec ceux de l’universalité ? Est-ce que cela est possible ? Et quelles sont les conditions inévitables par lesquelles il faut passer pour espérer une conciliation possible ?
Mouloud MAMMERI : Je pense qu’on a affaire là à un vœu magnifique, mais comme tous les vœux il ne tient qu’à un poil. Les écrivains de ma génération savent le prix qu’on a payé pour réaliser cette irréalisable conciliation.En simple logique, être spécifique, c’est être différent, mais dans la réalité on ne sait distinguer le spécifique de l’universel. Le premier aspect nous enferme dans notre ghetto culturel et le second nous fait semer à tous les vents. Là, j’ouvre une parenthèse pour dire que la première bonne définition de l’universalité a été donnée par un écrivain maghrébin, qui avait pour nom Térence, il y a plus de vingt-deux siècles. Pour Térence, l’universalité est d’être un homme pour qui tout ce qui est humain n’est pas étranger.Donc, vous voyez que cette problématique a été évoquée depuis fort longtemps. Il est certes que ce problème est compliqué car où faut-il chercher cette universalité ? Pour des raisons historiques les écrivains de ma génération sont allés la chercher dans la culture chrétienne occidentale. C’est l’Occident qui a été pour nous l’universel à cause ou grâce à l’enseignement qu’on a reçu dans les écoles françaises. On a été acculé à définir l’universalité par la spécificité des autres. Donc, c’est un dilemme qui n’est pas logique et dans lequel on s’installait inconfortablement. Et toutes les réponses qui ont été données étaient à la fois personnelles et existentielles. « Un commencement absolu »Le Matin du Sahara Magazine : Pensez-vous que la littérature des années cinquante, qui a brusquement apparu à la fois au Maroc, en Algérie et en Tunisie est un phénomène inouï pour les problèmes qui nous préoccupent pour le moment ?
Mouloud MAMMERI : Oui, cela est vrai, car cette littérature est apparue comme un commencement absolu. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas d’écrivains avant cette date, car il y en avait qui ont marqué par leur empreinte la littérature des aïeux, mais étant donné le contexte politico social dans lequel on était inséré on ne pouvait offrir que la production littéraire qu’on a offerte.Il a fallu absolument que les écrivains de ma génération s’insèrent dans la littérature française de façon à ce qu’ils disparaissent dans le décor.Et il leur a fallu deux propos délibérés. Renoncer à une espèce de spécificité pour rattraper une universalité qui était en réalité la spécificité des autres. Mais ce qui s’est passé historiquement a démontré que les valeurs prônées par les Occidentaux étaient aux dépens des Maghrébins.Puis, par l’épreuve de vérité historique, ils ont changé d’option afin de ne plus tricher avec la vérité.
Le Matin du Sahara Magazine : Après cette première partie qui était réservée au spécifique et à l’universel, passons à des thèmes d’ordre général. Jean Déjeux dans* "La Littérature maghrébine d’_expression française"* vous a qualifié d’écrivain contestataire, alors que d’autres critiques pensent autre chose. Quelle est votre réponse ?
Mouloud MAMMERI : Je pense que pour l’essentiel du point de vue de Jean Déjeux, il est vrai dans la mesure où je considère le rôle de l’écrivain et sa motivation pour défendre un certain nombre de valeurs comme des idéaux nobles, surtout quand ils sont écrasés et niés dans les faits. Je pense que les hommes sont libres de vivre comme ils veulent, et que tout régime qui nie leur liberté, qui nie leur honneur et qui tend à les contraindre doit être contesté. Et c’est le rôle de l’écrivain.L’écrivain n’est pas un homme politique, il est plus que cela, et quand le politicien ne peut trancher pour d’autres considérations, l’écrivain est libre dans ses propos. Il doit toujours rappeler le caractère absolu d’un certain nombre de valeurs. « Je ne fais pas la contestation pour la contestation »Cependant, il ne faut pas faire une formule « appuie bouton », car je ne fais pas la contestation pour la contestation.
« Le Matin du Sahara Magazine : Et que dites-vous de la contestation dans l’art ? »
Mouloud MAMMERI : Je pense que l’essentiel réside dans le fait d’avoir quelque chose à dire. La technique n’est qu’un moyen. Elle est un instrument pour faire passer quelque chose. Or, il ne faut pas que cet instrument devienne l’essentiel car l’essentiel est ce qu’on dit. Il faut aussi ne pas faire passer le souci de la contestation dans l’art pour le plaisir de la forme. Et si on n’a rien à dire dans cette forme, il est préférable de se taire.
Le Matin du Sahara Magazine : Changeons de genre et passons au cinéma. On sait que la guerre de la libération algérienne a été connue par les cinéphiles grâce à deux films : *"La Bataille d’Alger" *et* "L’Opium et le bâton."* A ce sujet, une question s’impose d’elle-même : Est-ce que Mammeri a reconnu son roman dans le film ?
Mouloud MAMMERI : Non ! A mon avis, ce sont là deux langages différents et deux discours différents.Concernant le film, je n’ai pas accepté le scénario, pas seulement parce que je suis l’auteur du roman, mais il me semble que le film privilégiait une sorte de vision western. Il présentait les choses d’une façon manichéenne en classant les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Or, cela ne correspond pas à la réalité et à la profondeur des choses. Certainement, le film a eu un grand succès et a permis aux jeunes algériens de voir sur l’écran comment leurs parents ont vécu le joug colonial.A part cela, je ne nie pas qu’on peut faire de très bons films historiques, car j’ai vu trois versions de *Guerre et paix *de Tolstoï dont deux étaient superbes. Mais ce n’est pas ce que Tolstoï a dit dans son roman Guerre et paix.
Le Matin du Sahara Magazine : Vous êtes l’un des premiers à écrire en français au Maghreb. Est-ce que Mouloud Mammeri se reconnaît dans les nouveaux romans maghrébins ?
Mouloud MAMMERI : J’avoue que je ne cherche pas à me reconnaître dans ces romans, je suis bien content que les jeunes écrivains inventent une façon nouvelle pour s’exprimer et aient de nouvelles choses à dire. C’est leur temps et ils doivent refléter leur époque dans leurs écrits : A deux époques historiques différentes correspondent deux formes littéraires. En plus, ces jeunes écrivains sont obligés de tenir compte de ce qui se passe en Europe surtout avec la vague du nouveau roman et des autres expériences. Ce qui prime, ce n’est pas la marque du verre mais son contenu.
Le Matin du Sahara Magazine : Est-ce que vous êtes toujours en contact avec l’écriture romanesque et théâtrale ?
Mouloud MAMMERI : Oui, je travaille actuellement sur un nouveau roman et une troisième pièce de théâtre, et j’espère continuer jusqu’à la fin de mes jours.
N.B. C’était le samedi 25 février, mais malheureusement la mort l’attendait 24 heures après, et ni le roman, ni la troisième pièce n’ont été achevés.
Le Matin du Sahara Magazine : Et pourquoi ce passage au théâtre ? Est-ce pour une raison d’efficacité ou pour des raisons esthétiques ?
Mouloud MAMMERI : C’est le sujet qui m’a imposé cette forme théâtrale. Je suis certain que lorsque le thème évoque une lutte et une confrontation soit d’idées ou de personnages ou de drame, dans son sens le plus classique, il est préférable d’écrire une pièce de théâtre. Ces personnages, par leurs positions l’un par rapport à l’autre, font apparaître des tas de choses profondes avec peu de répliques. Dans un roman, on est obligé d’écrire plusieurs pages pour présenter une seule idée. C’est pour cela d’ailleurs que je pense que le théâtre est percutent. Il est défini par la concentration des personnages sur leurs propos et leurs sentiments.Concernant la création théâtrale, je n’en ai fait que deux. Le Fœhn, qui est un vent terrible et qui rend un peu fou les gens. Le prétexte c’est la bataille d’Alger pendant la guerre de libération. Et puisque j’ai vécu cette expérience, cela m’a plus ou moins facilité la tâche et m’a motivé.La deuxième pièce a pour nom Le Banquet et s’articule autour de la conquête du Mexique par les Espagnoles.Avant cette conquête, les Mexicains avaient une civilisation extraordinaire, mais à cause de l’occupation espagnole, cette civilisation a été réduite à néant.Je récapitule en disant que les deux pièces évoquent la lutte des hommes pour retrouver leur dignité bafouée par deux puissances coloniales.
Le rendez-vous
Après avoir réalisé pour les lecteurs Magazine cet entretien, je lui ai demandé de me donner son stylo (celui que je tiens dans la main sur la photo) afin d’écrire son adresse. J’ai écrit le nom et le prénom, mais je n’ai pas pu continuer car il n’y avait plus d’encre dans le stylo.Alors je lui ai dit : "Il n’y a plus d’encre dans votre stylo". Il m’a répondu : "Peut-être qu’il est mort !" Et ça a été un motif pour rire et échanger des anecdotes sur les stylos. 24 heures après... La mort tragique l’attendait au tournant ! Et durant son séjour à Oujda, il disait qu’il avait un rendez-vous, et qu’il ne pouvait pas rester parmi nous au-delà du samedi. Avec qui avait-il ce rendez-vous ? Il ne le dit pas. C’était peut-être avec la mort !*Source : Le Matin du Sahara N° 6632 du 12 mars 1989 Le Matin du Sahara Magazine du 12 au 19 mars 1989 (Supplément)*
Publié le 30/12/2007 à 13:02
Par algerian_artist
LE SOUVENIR DE NOTRE JEUNESSE
Une pensée pour les folles années Fugitives comme un rêve oublié.
L'homme vit à son insu, ignorant Ne sait pas ce qui l'attend: Deuil ? Joie ou tourment? Au souvenir des jours de félicité Avec les êtres chers disparus,
J'étais tel un jeune plant au vert feuillage Respectueux sous l'autorité des parents sages
Ores, je suis sur le tard solitaire A grimper une pente raide et austère.
Ah ! Combien il est agréable d'être jeune et sage Quand mon cœur était sincère et plein de courage
Et mon esprit joyeux, même nu ou déchaussé Nous suivions à la trace, la vie et notre destinée
Elle, enragée, va à toute hâte, sans cesse Seul l'homme patient peut triompher de justesse.
J'ai vécu de beaux jours heureux J'en garde encore le souvenir affectueux
Lorsque j'ai un loisir ou désir, La vie le repousse comme un délire
Point de trahison sur ma vie en péril Fais du bien, il te sera utile.
Texte original en berbère (inspiration chanson C.KHEDDAM)
SLAM F ZZMAN N TEMZI
Slam f zzman n temzi Am targit ruhen 3adan I3ac l3avd ur yezri D acu i s-theggin wussan Wissen d lehzen d imetti Wissen t-am3ict di laman
Mi d-mmektagh ussan iw Mi lligh gher widak hemmlegh D axalaf zegzaw yiger-iw Rray lwaldi du3egh Tura lweqt ifut-i Bdigh tasawent wehdi Abrid deg i d-3adagh yeqda3
Zzman n temzi yemleh Mi yella wul d ssafi Lxater-iw yezha yefreh Ma 3rrigh ama ddigh hafi Ddunit nebgha a t-nettef Nettat treggwel tneccef Yerna-t willan d a3afi
Yumayen yelhan 3acegh D widak i d-netmekti Mi bghigh lhaga a t-awdegh Zzman isba3d-it felli Ay arwih hader ak-ixda3 Xdem lxir ad ak-infe3 Tixer i w'illan d imghwelli
Publié le 30/12/2007 à 18:36
Par algerian_artist
Biographie Kateb Yacine est né le 6 août 1929 à Constantine.
Il est issu de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien), et d'une famille de lettrés : Kateb signifie écrivain. Son père est oukil judiciaire (homme de loi en droit musulman) et apôtre de la double-culture.
Ecole coranique et école française. Kateb Yacine semblait voué par la signification même de son nom patronymique en langue arabe à un destin d'écrivain. Issu d'une lignée de lettrés, l'enfant passe, par décision paternelle, de l'école coranique à l'école française.
Le 8 mai 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale en Europe, Kateb Yacine participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l'indépendance. Il est arrêté à Sétif et incarcéré au cours d'une répression sanglante (50 000 morts).
Sa vie bascule : sa mère le croyant mort sombre dans la folie, il est exclu du collège, devient militant de l'indépendance de l'Algérie et se découvre poète.
En septembre de cette même année, à Annaba, il rencontre sa cousine, Nedjma, dont il s'éprend. Le personnage de « Nedjma », la femme et la patrie confisquée, inaccessible, hantera toute son œuvre.
En 1948 il devient journaliste à l’Alger-Républicain, quotidien algérien de langue française, d'obédience communiste où Albert Camus l'a précédé, il se fait docker, manœuvre, écrivain public pour subvenir aux besoins de sa famille à la mort de son père.
Pendant la guerre d'Algérie, Kateb Yacine doit s'expatrier.
De 1952 à 1959, il habite à Paris. Il y rencontre Bertolt Brecht et côtoie de nombreux écrivains. Alors commence sa collaboration avec Jean-Marie Serreau.
En 1955, Le Cadavre encerclé première pièce de théâtre d'un auteur algérien, paraît dans la revue Esprit. Mise en scène par Jean-Marie Serreau, la pièce est interdite en France. Elle sera finalement jouée à Bruxelles.
En 1956, avec Nedjma, son premier roman édité au Seuil, l'auteur fait une entrée fracassante en littérature.
En juillet 1962, après la déclaration d'indépendance de l'Algérie, il rentre à Alger et reprend sa collaboration à l’Alger-Républicain.
En 1966 paraît son second roman Le Polygone étoilé, mais l'auteur n'a de cesse de publier dans les revues littéraires et journaux des deux rives de la Méditerranée.
Le Vietnam, il y effectue plusieurs voyages entre 1967 et 1970, marque un tournant important dans sa vie. "A notre époque, disait Kateb, pour atteindre l' horizon du monde, on doit parler de la Palestine, évoquer le Vietnam en passant par le Maghreb".
Entre 1972 et 1975, Kateb Yacine quitte l'Algérie pour une tournée au Festival d'Automne à Paris, avec ses nouvelles productions : Mohamed prends ta valise et La Guerre de 2000 ans.
Sa troupe, "l'Action Culturelle des Travailleurs" (A.C.T), fondée en 1970, sous l'égide du ministère algérien du Travail, sillonne plusieurs régions de France et de RDA.
En 1979, "l'Action Culturelle des Travailleurs" est dissoute et Kateb Yacine est isolé à Sidi Bel Abbès, où il prend la direction d'un théâtre vétuste au début des années 80. Déterminante, la rencontre avec un public populaire, celui des opprimés dont il s'est toujours senti solidaire, l' a conduit, lui le Maghrébin errant, à rentrer au pays pour se vouer à l' édification d'un théâtre qui parle et exprime les préoccupations d'un peuple "sans voix".
En 1986, L'Oeuvre en fragments, textes de l'auteur réunis par Jacqueline Arnaud, paraît aux éditions Sindbad. L'année suivante Kateb Yacine reçoit le Prix National des Lettres, décerné par le ministère de la Culture en France.
En 1988, Kateb Yacine s'installe provisoirement en France, dans la Drôme pour travailler à sa dernière pièce Le Bourgeois sans culotte ou le Spectre du Parc Monceau présentée à Arras et à Avignon à l'occasion du bicentenaire de la révolution de 1789.
Il entreprend un premier voyage aux USA pour la présentation à New York en version anglaise de La Poudre d'intelligence. En octobre de la même année éclate à Alger une émeute de la jeunesse algérienne, excédée par la corruption de l'équipe dirigeante, réprimée dans le sang.
Le 29 octobre 1989, Kateb Yacine s'éteint à Grenoble, atteint d'une leucémie. Sa dépouille est rapatriée en Algérie où il est enterré au cimetière des martyrs d'El Alia à Alger.
Dramaturge de la libération des peuples, il laisse en friche une pièce sur les émeutes d'Octobre 88 en Algérie et le projet d'une vaste fresque sur les révolutions dans le monde (dans laquelle s' intégrait la pièce sur la Révolution française montée au Festival d'Avignon à l' occasion du bi-centenaire). Mais son oeuvre se prolonge en rameaux vivaces : ceux dont il a délivré la parole : ouvriers, lycéens, femmes...rajoutent des épisodes aux pièces jamais définitivement achevées tandis que d'autres trop nombreux à citer, suivent des pistes d'écriture qu'il a tracées. Par ses changements de forme, de public, l'écriture de Kateb a exploré des voies originales et novatrices tout en restant fidèle à ses racines, l' amour et la révolution.
Repères bibliographiques :
L’œuvre complète de Kateb Yacine est éditée aux Editions du Seuil.
Nedjma - 1956 Mise en scène de Ziani-Chérif Ayad, Théâtre national algérien, 2003

Le cercle des représailles - 1959
 Le polygone étoilé - 1966
 L’homme aux sandales de caoutchouc - 1970
 L’œuvre en fragments - 1986
Le Poète comme un boxeur, entretiens - 1958-1989
 Boucherie de l’espérance Mise en scène de Gilles Chavassieux / Philippe Mangenot, Théâtre les Ateliers, 2001

Théâtre en arabe dialectal algérien :
Mohammed, prends ta valise, 1971
La Voix des femmes, 1972
La Guerre de 2 000 ans, 1974 Mise en scène de Med Hondo, TGP, 2003
La Palestine trahie, 1977
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