iBLOG précédent iBLOG suivant



Ma photo
Le blog de algeriartist
Publié le 31/12/2006
Par algerian_artist
Biographie




Ayant vu le jour le 28 décembre 1917 à Taourirt Mimoun, petit bourg perché sur les monts de la grande Kabylie, Mouloud Mammeri mènera une existence plus ou moins nantie, comparée à celle de ses petits camarades, du fait du rang social de son père qui était l’amine (maire) du village.

Mouloud Mammeri fait ses études primaires dans son village natal. En 1928 il part chez son oncle à Rabat (Maroc). Quatre ans après il revient à Alger et poursuit ses études au Lycée Bugeaud. Il part ensuite au Lycée Louis-le-Grand à Paris ayant l'intention de rentrer à l'École normale supérieure.

Mobilisé en 1939 et libéré en octobre 1940, Mouloud Mammeri s’inscrit à la Faculté des Lettres d’Alger. Remobilisé en 1942 après le débarquement américain, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.

A la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de Lettres et rentre en Algérie en septembre 1947. Il enseigne à Médéa, puis à Ben Aknoun et publie son premier roman, La Colline oubliée en 1952. Sous la pression des événements, il doit quitter Alger en 1957.

De 1957 à 1962, Mouloud Mammeri reste au Maroc et rejoint l'Algérie au lendemain de son indépendance.

De 1965 à 1972 il enseigne le berbère à l'université dans le cadre de la section d'ethnologie. Il n'assure des cours dans cette langue qu'au gré des autorisations, animant bénévolement des cours jusqu’en 1973 tandis que certaines matières telles l’ethnologie et l’anthropologie jugées sciences coloniales doivent disparaître des enseignements universitaires.

De 1969 à 1980 Mouloud Mammeri dirige le Centre de Recherches Anthropologiques, Préhistoriques et Ethnographiques d’Alger (CRAPE). Il a également un passage éphémère à la tête de la première union nationale des écrivains algériens qu’il abandonne pour discordance de vue sur le rôle de l’écrivain dans la société.

Mouloud Mammeri, n’est pas qu’un écrivain, un romancier. C’est surtout un véritable ethnologue. Voyageur dans l’espace de son Algérie et dans les tréfonds de sa mémoire (de l’Algérie), il tente dans sa quête de comprendre les raisons des « mutilations » de l’identité algérienne qui sont, en grande partie, à l’origine de ce mal vivre du présent.

Mouloud Mammeri recueille et publie en 1969 les textes du poète kabyle Si Mohand.
Heureusement qu’au moment opportun, Mammeri était là pour immortaliser cet héritage inestimable. Bien avant lui, Boulifa s’était attelé à la même tâche et il a tracé la voie aux générations futures. Pionnier de ce travail de récupération, Boulifa a donné une forme écrite à des poèmes anonymes de la Kabylie ancienne ainsi qu’à ceux de son contemporain, Si Moh ou M’hand, et qu’il avait dû recueillir auprès de ceux qui les lui avaient récités au gré des circonstances, car le poète ne répétait jamais ses vers ; il fallait les mémoriser dès qu’on les avait entendus.

En 1980, c'est l'interdiction d'une de ses conférences à Tizi Ouzou sur la poésie kabyle ancienne qui est à l'origine des événements du Printemps berbère.

En 1982, il fonde à Paris le Centre d’Études et de Recherches Amazighes (CERAM) et la revue Awal (La parole), animant également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d’éléments fondamentaux sur la langue et la littérature amazighes.

En 1988 Mouloud Mammeri reçoit le titre de docteur honoris causa à la Sorbonne.

Mouloud Mammeri meurt le soir du 26 février
1989 des suites d'un accident de voiture.Le 27 février, sa dépouille est ramenée à son domicile, rue Sfindja à Alger. Mouloud Mammeri est inhumé, le lendemain, à Taourirt Mimoun (dans un petit coin du cimetière d’Aman Imarghanen, au lieudit Abri Bouzal). Ses funérailles furent spectaculaires : plus de 200 000 personnes assistèrent à son enterrement. Aucun officiel n'assista à la cérémonie alors qu'une foule compacte scandait des slogans contre le pouvoir en place.

Mammeri fait partie de ces hommes de grande envergure qui, même partis, restent plus présents que jamais. On n’a pas fini de mesurer la valeur immense de son œuvre belle comme les fleurs printanières gavées d’eau et de soleil.

Ecrivain multidimensionnel, Mouloud Mammeri a produit quatre romans représentatifs chacun d’une période déterminante pour lui et pour son pays. Nous ne les avons pas suffisamment décryptés tant ils renferment de non-dits et d’images quel nul n’a su replacer dans leur contexte véritable. L’auteur avait un style alambiqué sans être obscur ; bien au contraire, il avait la maîtrise de la syntaxe et ses ouvrages sont des modèles de textes classiques trio bien travaillés pour être dépréciés. Personne n’a pu se mesurer à lui ou oser dire avoir été capable d’écrire à sa manière.
Maître de l’écriture, Mammeri a été aussi un habile polyglotte qui savait trouver le mot exact pour dire ce qu'il pensait de manière convaincante dans chacune des langues qu’il maniait avec aisance. Et sa qualité rare, c’était de prendre part à toute forme de discussion, fût-elle dans un milieu d’écrivains ou de paysans illettrés. On le trouvait assis n’importe où pourvu qu’il trouvât quelqu’un d’intéressant pour débattre d’un sujet de prédilection. Son milieu naturel était celui des artisans, cultivateurs sensés, attachés à leurs traditions et détenteurs du savoir ancestral communément appelé « tamusni » accumulée au fil des siècles et dont une partie seulement a pu être sauvegardée par la mémoire. 

Citation
"Vous me faites le chantre de la culture berbère et c'est vrai. Cette culture est la mienne, elle est aussi la vôtre. Elle est une des composantes de la culture algérienne, elle contribue à l'enrichir, à la diversifier, et à ce titre je tiens (comme vous devriez le faire avec moi) non seulement à la maintenir mais à la développer."Réponse de Mouloud Mammeri à propos des donneurs de leçons, texte circulant en Algérie sous forme dactylographiée en avril 1980.  

Jugement
"Ses romans représentent, si l'on veut, quatre moments de l'Algérie :
"La Colline oubliée" les années 1942 et le malaise dans le village natal avec le départ pour le pays des "autres"; "Le Sommeil du juste" l'expérience de l'Algérien chez ceux-ci et le retour, déçu, chez les siens; "L'Opium et le bâton" la guerre de libération dans un village de la montagne kabyle (...). Enfin "La Traversée" depuis 1982 se termine sur le désenchantement (...). 'La mystique est retombée en politique', le dogme et la servitude sont 'programmés'."
Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Editions Karthala, 1984, p. 158  

Biographie

- 1917 : naissance de Mouloud Mammeri

- 1938 : publication d’une série d’articles sur la société berbère dans la revue marocaine Aguedal.

- 1940 : démobilisation du front de la Seconde Guerre mondiale. Il poursuit ses études entamées au Maroc au lycée Louis-Gouraud à l’ex-lycée Bugeaud (Émir-Abdelkader) et prépare l’École normale supérieure.

- 1947 : enseignant à Médéa, puis à Ben Aknoun (Alger), après avoir réussi le professorat de lettres.

- 1952 : publication de La colline oubliée chez Plon

- 1953 : prix des Quatre jurés

- 1955 : publication du Sommeil du juste (Plon).

- 1957 : ciblé par l’armée coloniale, il se réfugie au Maroc.

- 1965 : L’opium et le bâton (Sned)

- 1969-1980 : il dirige le Centre national de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnologiques, le Crape

- 1974 : il élabore sa grammaire berbère qui sera rééditée chez Bouchène en 1992

- 1980 : parution de Poèmes kabyles anciens à l’origine du Printemps berbère de Kabylie

- 1982 : il fonde à Paris le Centre d’études et de recherches amazighes, le Cedam, et crée la célèbre revue Awal

- 1988 : il reçoit le titre de docteur honoris causa à l’université de la Sorbonne, à Paris. Avant sa mort accidentelle, il accorde un long entretien à Tahar Djaout sur l’écriture comme espace identitaire

- 1989 : décès de Mouloud Mammeri, victime d’un accident de la circulation, de retour d’Oujda

- 1991 : création du prix annuel Mouloud-Mammeri par la Fédération des associations culturelles


 Bibliographie

Romans :
"La Colline oubliée" », Paris, Plon, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 ; Paris, Folio Gallimard, 1992.
"Le Sommeil du juste" , Paris , Plon, 1952, 2nde édition, Paris, Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 .
"L’Opium et le bâton", Paris, Plon, 1965, 2nde édition, Paris, Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 , Paris, La Découverte et 1992.
"La Traversée" , Paris, Plon, 1982, 2nde édition, Alger, Bouchène, 1992.  

Nouvelles :
« Ameur des arcades et l’ordre », Paris, 1953, Plon.
« La table ronde », N°72.
« Le Zèbre », Preuves, Paris, N° 76, Juin 1957, PP. 33-67.
« La Meute », Europe, Paris, N°567-568, Juillet-Août 1976. « L’Hibiscus », Montréal, 1985, Dérives N°49, PP. 67-80.
« Le Désert Atavique », Paris, 1981, quotidien Le Monde du 16 Août 1981. « Ténéré Atavique », Paris, 1983, Revue Autrement N°05. « Escales », Alger, 1985, Révolution africaine; Paris, 1992, La Découverte.  

Théâtre :
« Le Foehn ou la preuve par neuf », Paris, PubliSud, 1982, 2nde édition, Paris, pièce jouée à Alger en 1967.
« Le Banquet », précédé d’un dossier, la mort absurde des aztèques, Paris, Librairie académique Perrin, 1973.
« La Cité du soleil », sortie en trois tableaux, Alger, 1987, Laphomic, M. Mammeri : Entretien avec Tahar Djaout, pp. 62-94.  

Traduction et critique littéraire :
« Les Isefra de Si Mohand ou M’hand », texte berbère et traduction, Paris, Maspéro, 1969, 1978 et 1982; Paris, La Découverte, 1987 et 1994.

Les isefra de Si Mohand ou Mhand


Tel est le titre d’un recueil de poèmes de Si Mohand qui savait écrire en arabe classique et qui avait exercé le métier d’écrivain public en langue arabe ; il avait l’arabe classique appris dans une zaouia de sa région de Kabylie ; et paradoxalement le poète n’écrivait jamais ses vers. Il semait à tout vent et que tous ceux qui avaient la chance de se trouver à ses côtés retiennent ses paroles versifiées. Si Mohand était comme dans l’extrait d’Ibn Khaldoun choisi par Mammeri pour une mise en exergue à une communication assez copieuse donnée dans les années cinquante. 

« Chez les Zenata, une des nations du Maghreb, le poète marche devant les rangs et chante ; son chant animerait les montagnes solides ; il envoie chercher la mort ceux qui n’y songeaient pas (Ibn Khaldoun, Prolégomènes).

Le poète, renommé et adulé, a beaucoup intéressé Boulifa et Feraoun qui ont recueilli et traduit son poème. Mammeri lui a consacré un ouvrage à la mesure de son envergure. Son travail d’investigation et de reconstitution a dû nécessiter un travail fondé sur de nombreux témoignages. Sur des centaines de poèmes anonymes, il a fallu trouver lesquels sont de Si Mohand et lesquels sont produits par d’autres. Il n’y avait aucun document écrit qui permette de retrouver quelques références sur les spécificités du poète parmi d’autres. La société a été privée d’écriture pendant des millénaires.

« Poèmes kabyles anciens », textes berbères et français, Paris, Maspéro, 1980; Paris, La Découverte, 2001.

Poèmes kabyles anciens

C’est un ouvrage en double version qu’on lit, non pas comme un roman, mais comme une anthologie de la littérature populaire qui demande des efforts de réflexion pour comprendre, retenir, comparer le talent de l’un et de l’autre. De l’avis de tous, les anciens avaient le verbe facile et leurs vers s’inspiraient du vécu collectif. Ce qui fait leur beauté. «Il était temps, dit Mammeri, de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe. Tant qu’encore s’entendait le verbe qui résonnait depuis plus loin que Syphax et que Sophonisbe 

Chaque texte entre dans une rubrique comme dans la réalité. Il y a réservé une place de choix au poète Youssef Oukaci, l’aîné des aèdes, connus en Kabylie. Il y a eu peut-être avant lui d’autres, mais comme nous étions dans une société sans écriture, leur nom et leur production se sont perdus au fil des siècles. 

Youssef Oukaci, qui doit être né vers 1680, a eu des liens d’amitié avec les Ath Yanni à une époque où des évènements ont terriblement marqué la tribu comme les disettes, épidémies, guerres intestines. Même la mosquée de Taourirt Mimoun s’est construite quelques décennies avant que ce poète meddah n’ait vu le jour. Youssef Oukaci était illettré mais il avait le don de versifier admirablement. Il semble que tout son répertoire s’est transmis de bouche à oreille pour arriver à être mémorisé par des imusnawen de la trempe de Salem Ath Maâmar, père de Mouloud. 

 Le temps des cités est un thème qui regroupe deux poètes conteurs : Larbi Ath Bejaoud et Hadj Mokhtar Ath Saïd très représentatifs d’une époque.

Les poètes se sont évertués à véhiculer des faits de guerre d’importance majeure à une époque où les tribus se livraient bataille pour des bagatelles : une fontaine publique que chacune revendiquait, une délimitation de territoire, une question d’honneur, un affront. 

Cette partie est suivie d’Apologues constituée d’un ensemble de poèmes composés par une diversité d’auteurs qui ont failli être effacés des mémoires. Et comme dans toute société à longues traditions orales, l’auteur y a adjoint le domaine religieux et de la foi ainsi que la résistance à la guerre anticoloniale. Il faut lire les productions poétiques pour se rendre compte des capacités de créativité des anciens. Elles méritent largement les 50 pages d’une introduction assez bien rédigées pour être à la mesure de leur valeur esthétique et historique.

« L ‘Ahellil du Gourara », Paris, M.S.H., 1984 .
« Yenna-yas Ccix Muhand », Alger, Laphomic, 1989.
« Machaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas.
« Tellem chaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas, 1980.  

Grammaire et linguistique :
« Tajerrumt n tmazigt (tantala taqbaylit) », Paris, Maspéro, 1976.
« Précis de grammaire berbère », Paris, Awal, 1988.
« Lexique français-touareg », en collaboration avec J.M. Cortade, Paris, Arts et métiers graphiques, 1967.
« Amawal Tamazigt-Français et Français-Tamazight », Imedyazen, Paris, 1980.
« Awal », cahiers d’études berbères, sous la direction de M. Mammeri, 1985-1989, Paris, Awal

«Je suis homme, et rien de ce qui est humanité ne m’est étranger»
.
Mouloud Mammeri a tenu ces propos pour dire que son œuvre et son travail, malgré leur concentration sur la culture algérienne et maghrébine, ne l’empêchent pas de verser dans l’universalité.



Machaho, contes berbères de Kabylie 
Aucun commentaire
Ajouter un commentaire

Mon calendrier
< Oct. 2008  
L M M J V S D
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  
Trafic
Noter ce blog :
1 5
1 connecté
8218 visiteurs
Ce blog est classé 198ème
Score de ce blog : 4,48
Mes blogs favoris
Aucun blog favori enregistré.