Farid Ali, la voix révolutionnaire
Après de brèves études chez les Pères blancs, études couronnées par l’obtention d’un certificat d’études professionnelles, il quitta son village natal en 1935.
Alors que le pays se broyait dans les crocs du colonialisme, Farid Ali débarqua à Alger.
A la rue Randon, il exerça le métier de cordonnier.
En 1937, après la mort de son père, il décida de prendre le chemin d’outre mer.
De café en café, il fut envahit : par des idées nationalistes auxquelles il ouvrit son cœur.
Encouragé par les différents chefs d’orchestre du moment : Mohamed El Kamal et Mohamed Jamoussi, et, plus tard, Amraoui Missoum, le chanteur se consacre à la musique dès la fin des années 1940.
En 1949, il participe aux deux récitals organisés par Mohand-Said Yala à la salle Pleyel (Paris), en compagnie de Mohamed El Kamal, Allaoua Zerrouki, Mohamed Jamoussi et les frères cubains Baretto. Il était programmé pour un numéro de claquettes dont il était virtuose.
Dans son café à Boulogne., il lia amitié avec tous les artistes qui venaient chanter leur amour et la nostalgie du pays natal.
Soupçonné de travailler en parfaite symbiose avec le FLN (Fédération de France), et suite à un attentat secouant une radio française en 1951, la police française engagea des poursuites qui le contraignirent à regagner son village natal.
Activement recherché, Farid Ali s’installa à Ikaânanen, un village reculé de Bounouh, lieu, où il recevait ses amis, Krim Belkacem, L’Hocine Faâdjaben…
En 1956, l’armée française l’arrêta à Bounouh.
A Draâ El Mizan, il vit toutes les couleurs de la torture.
Libéré en 1957, il s’engagea dans la lutte libératrice.
En 1957/1958, Radio-Paris produit quelques sketchs et pièces radiophoniques où Farid Ali tient différents rôles.
Deux sketchs comiques et deux autres pièces de théâtre sont encore disponibles dans les archives sonores du fond Radio-Paris. Les deux sketchs en question sont : « Kirdouch et le marchand de loterie », enregistré le 09 novembre 1957, et « sin yeghyal dheg micro » (Deux nigauds au micro), enregisté le 15 décembre 1957.
En été 1958, avec d’autres artistes algériens arabophones et kabylophones, il fait partie de la troupe artistique du FLN envoyée en Tunisie.
Les deux titres seront diffusés pendant tout le reste de la guerre d’Algérie sur les ondes de Radio-Tunis.
Elles appellent au soulèvement du peuple algérien contre l’ordre colonial. « Abrid ik-yehwan awi-t » (Prend le chemin que tu veux !) est l’une des chansons les plus explicites quand au sens militant qu’il veut diffuser parmi le public.
En 1964, suite à la crise politique de l’Algérie, il était l’hôte de la prison de Berrouaghia où il composa un poème intitulé Saison morte :
Les nuages soupirent au
ras des eaux mortes,
Des roseaux nus déchirent
Leurs sombres cohortes
Grès sale, gris de roche
Un troupeau sur l’onde
triste s’effiloche
et danse une ronde
qui ne semble finir
Nuages qui passent
Un amour s’étire
Au fond d’un regard las
Il est libéré en 1965.
En 1967, réparti en France, il se consacré à la chose artistique, notamment la chanson.
A Paris, il travaille avec l’Académie berbère de Bessaoud Mohand Arab. "Lors des événements du Printemps berbère, il m’avait dit que c’était le plus beau jour de sa vie", se souvient son fils Arezki.
Il rentre au pays, puis pour des raisons de santé, retourna en France en 1977, pour rentrer définitivement, en 1978.
Admis à l’hôpital de Boghni, le célèbre chanteur Farid Ali rendra l’âme le 19 octobre 1981, à l’âge de 62 ans.
Il est inhumé à Bounouh.
Ce n’est que le 05 juillet 1987 qu’une distinction lui est décernée par le président Chadli Bendjedid.
Son chant patriotique et son militantisme avérés ne sont en réalité qu’un cri arraché d’une âme dévouée à l’Algérie entière.
Assez connu du milieu artistique et admiré par un grand public, le répertoire du maquisard demeure méconnu au sein de la génération d’aujourd’hui.
