La cheminée était allumée aussi souvent que possible. Nous allions chercher du bois dans les terrains en friche. Au-delà de nous réchauffer, le crépitement des bûchettes trop sèches nous fournissait un spectacle de flammes bruyantes qui nous rappelait qu'il faisait froid dehors. De là se dégageait un grand sentiment de réconfort. Le soir après le dîner, nous y jetions les peaux des oranges et autres agrumes de saison. Le petit claquement que cela fournissait était apaisant. Puis, lorsqu'il ne restait plus que les cendres, nous glissions des pommes entières dans la cheminée, que la chaleur venait cuire lentement. L'odeur qui s'en dégageait était délicieuse et nous les mangions, juste avant d'aller nous coucher.
J'ai ainsi passé des heures entières à observer ce bois qui se consummait pour notre bien-être. Je me disais que la nature, elle-même, s'offrait en sacrifice pour le bien de l'Homme. Que les plus belles et les meilleures choses qu'on lui enlevait étaient nécessaires à nous faire vivre. Comme si l'équilibre de tout élément dépendait du savent sacrifice d'une unité, pour le bien d'un tout.
Moi, comme la nature, je n'avais pas fait ce choix, non plus. On ne m'avait pas demandé ce que je pensais de ma vie. J'étais née pour assumer un rôle dont je n'avais pas encore pris conscience. Je ne pensais pas être vitale mais, à présent, je savais que l'équilibre des miens passait aussi par tout ce que je vivais, par mon silence, ma résignation. Il ne pouvait en être autrement. Presque métaphysique, ce raisonnement semblait donner la réponse à l'indicible, presque donner un sens plausible à ma vie. J'avais toujours cru que mon sentiment d'appartenance àl'hiver n'avait aucun fondement, que certaines choses existaient sans qu'il y ai nul besoin de chercher à les justifier. Mais cette saison est, en fait, l'expression même de l'explication à tout le gâchis évident que fut mon adolescence.







