Avez vous lu " Le petit prince ", d'Antoine de Saint Exupery ? Je pensais l'avoir fait. Pourtant, en le relisant, j'en découvre encore de nouveaux sens, de nouveaux mots, de nouvelles interprétations, de nouvelles larmes. C'est un bel écrit, à différents niveaux de lecture.
J'aime deux passages en particulier. Mais, aujourd'hui, j'aimerais partager, avec vous, celui de la rencontre avec le renard. On y parle d'amitié, avec des mots simples, ceux d'un enfant, mais que l'on ferait bien d'appliquer en étant plus grands. En l'enfant il y a la réalité, et en moi-même, l'envie d'y arriver.
Ces mots ne sont pas de moi et je le regrette, mais pour supplanter le fait d'être arrivée trop tard, je vous livre ces quelques lignes. Moi, l'enfant au corps de femme et à l'âme d'une vielle dame...
" Qui-es tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli...
- Je suis un renard, dit le renard.
- Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince, je suis tellement triste...
- Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
- Ah! pardon, fit le petit prince (...).Qu'est-ce que signifie "apprivoiser" ?
- C'est une chose très oubliée, dit le renard. Ca signifie "créer des liens..."
- Créer des liens ?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards.Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde (...) "
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
"- s'il te plaît... apprivoise-moi ! dit-il.
- Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
- On ne connaît que les choses qu'on apprivoise, dit le renard. Les Hommes n'ont plus le temps de rien connaître (...) Si tu veux un ami, apprivoise moi !
- Que faut-il faire ? dit le petit prince.
- Il faut être patient, répondit le renard.Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'assoir un plus prês... "
Le lendemain revint le petit prince.
" Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard.Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dés trois heures je commencerai d'être heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquièterai : je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le coeur (...)
Ainsi, le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche :
" Ah ! dit le renard... Je pleurerai.
- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...
- Bien sûr, dit le renard.
- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
- Bien sûr, dit le renard.
- Alors, tu n'y gagnes rien !
- J'y gagne, dit le renard (...)
Le petit prince (...) : Ca n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait un ami, et il est maintenant unique au monde.
Et il revint vers le renard :
"Adieu, dit il ...
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
- L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir (...)
- Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé (...). "
Oui, c'est le temps que nous accordons à quelqu'un qui fait que cette personne devient unique. Et c'est là, aussi, il me semble, la plus grande preuve d'amitié, d'amour. Que peut-on offrir de plus précieux, à une personne, que le temps ? Celui qui ne reviendra pas, celui qui nous échappe, celui qu'on lui a consacré.
Monsieur, pour m'apprivoiser, me séduire, non ne m'offrez pas de bijoux, de tissus soyeux ou de parfums rares... Donnez moi juste votre temps. Celui pour apprendre à me connaître, tout comme je le ferai.
Ah, messieurs, si vous saviez comme il simple, parfois, de nous "apprivoiser", nous les rebelles, les sauvages, les enfants au coeur tendre.







