Livrez à mes oreilles Du Keziah jones Du Marvin Gaye, du Jo Jackson, du Nirvana Du Charlie Winston, du Sade et Des milliers d'autres
Leurs rythmes pénétrant Me laissent dans un état second Je ne suis plus là, mon coeur bas fort Mes mains sont moites Envie de bouger de sauter, de vibrer
Matt est dans l’arbre, perché comme à son habitude, s’isolant de tous, criant, chantant des refrains incompréhensibles. Je l’observe de loin, et l’écoute. Il redescend marchant à tout allure pour se coller contre le mur au soleil, tel un lézard.
Il semble toutefois qu’il y ai un besoin plus profond que d’être au soleil, Matt paraît exprimer le besoin de sentir son corps, il se colle contre ce mur, se malaxe, comme si ce mur était de grand bras qui l’entourait.
Le lendemain je m’assoie au pied de l’arbre, sans le regarder, sans rien dire, une fracture dans les habitudes de ce jeune garçon. Il me crache dessus, je comprends que je ne suis pas la bienvenue. Je pars, et rentre dans le bâtiment, je l’observe derrière une fenêtre.
Matt ce grand ado, cette perche maigrelette qui ne sait que faire de lui, lui dans l’errance folle de sa psychose.
Le lendemain je retourne m’asseoir sous son arbre, je le regarde etlui dit : « Bonjour Matt, comment est la vue d’en haut ? ». Il me regarde et me réponds : « Tu le connais le père Noël toi ? ». Je lui réponds : « Non et toi le connais tu ? », « Oui me dit-il, je le connais le salaud ! ».
Il descend et part contre le mur quelques secondes avant de remonter dans son arbre. Il me crache à nouveau dessus. Je lui souhaite une bonne journée et repars vers le bâtiment. Je l’entends crier : « Père NoëlSALAUD !!! ». Dans la journée il me croise à plusieurs reprises et ce cogne contre moi avec force comme si j’étais invisible.
Un nouveau matin, je l’entends qui chante dans son arbre perché, je ne le rejoins pas, j’écoute sa mélodie qui résonne comme une plainte. J’éprouve de la tristesse que l’on puisse le laisser dans cet état de souffrance. Matt descends rapidement, et cherche affolé. Il cherche avec des temps d’arrêts pendant lesquels, ilmet un doigt sur sa bouche en fronçant les sourcils,comme pour réfléchir. Il arrive droit sur moi, me prends par la main et je le suis à son rythme effréné, vers son arbre, dans lequel il monte comme une fusée. Il se met à chanter, cette même mélodie lancinante qui me donne l’impression d’une plainte.
Le lendemain matin, j’apporte ma guitare, je m’installe sous l’arbre et je joue en chantant un blues, il ne dit rien, il descend de l’arbre et s’installe très près de moi, presque sur moi. Il fredonne la mélodie que je chante en y mettant ses propres paroles. Il caresse la guitare, il ébouriffe mes cheveux, il répète inlassablement ce geste jusqu’à la fin de la chanson. Je ne sais si le psychiatre observe la scènederrière la fenêtre mais cette pensée ne fait que m’effleurer. Matt est descendu de son arbre et communique comme il peut.
Plusieurs jours se passent comme ça et des paroles prennent formes, dans son chant le thème du père noël est récurant.
Un matin d’hiver je lui dit : « Matt, je ne peux pas rester plus longtemps dehors, j’ai vraiment très froid, je dois rentrer me réchauffer, mais si tu veux, tu viens avec moi, et on pourra chanter à l’intérieur ». Matt en tee-shirt manches courtes par 2°C dehors ne semble pas être incommodé par le froid.
Je ne tiens plus, je rentre et je m’installe dans une petite pièce du bâtiment. Je chante« Belle île en mer » de Laurent Voulzy, Matt déboule dans la pièce et s’affale sur un gros pouf. Il caresse ma guitare, et ébouriffe mes cheveux, comme un rituel, je me laisse faire, tant pis pour mon brushing il y a maintenant quelques semaines que je n’en fais plus cas !
Je plaque quelques accords de blues et je ne chante pas, Matt semble bien, apaisé c’est la première fois que j’ai ce sentiment le concernant.
Chaque matin dans cette petite pièce confinée et contenante, Matt attends mon arrivée, il a ma guitare dans les bras lui fait un câlinet me la donne dés que j’arrive, en la caressant et m’ébouriffant les cheveux. Je commence le thème Blues et il chante :
-« Oh toi ma mère, je suis petit,
-Oh j’ai le blues oh oui le blues
-Je suis petit et tu me laisses
-Ça m’donne le blues
-C’est çale père Noël
-Il s’est cassé le salaud
-Salaud qui m’donne le blues… »
Il fredonne "Belle île en mer" ,je chant les paroles , il les chante avec moi, surprenant.
Aujourd'hui encore je repense à cette rencontre si singuliére et je pense toujours à lui lorsque j'entends cette chanson , parce que c'est lui !
« …Vous c'est l'eau, c'est l'eau - Qui vous sépare Et vous laisse à part - Moi des souvenirs d'enfance - En France – Violence - Manque d'indulgence - Par les différences que j'ai - Café - Léger -Au lait mélangé - Séparé petit enfant - Tout comme vous - Je connais ce sentiment - De solitude et d'isolement - Comme laissé tout seul en mer – Corsaire-- Sur terre - Un peu solitaire - L'amour je l'voyais passer - Ohé Ohé - Je l'voyais passer - Séparé petit enfant - Tout comme vous - Je connais ce sentiment - De solitude et d'isolement… »
Je ne peux résister longtemps sans le sel de ma vie , de celui qui m'assaisonne de bonheur , celui qui est sans fioriture , sans projecteur , sans faux semblants, le naturel sans froufrous ou petits pois .
Parce que les vieux clichés qui perdurent conviennent qu'il faut necessairement des petits pois dans le flamenco !
le Flamenco ne se jette pas à la figure, il s'apprivoise, se transmet, et transcende les émotions qui sont en nous ...
Le pur, celui des Gitans, à un plus. Il porte en son coeur, le partage...
Je cours danser avec eux Venga venga .. A hora !! eso es !!!!
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