Deux curieux vous racontent leurs vadrouilles parisiennes, franciliennes, françaises, internationales , littéraires, cinématographiq ues, théâtrales ...
CITATION DU MOMENT :
Les citations sont les béquilles des écrivains infirmes. Paul Morand
LIVRE S EN COURS :
- La découverte de la lenteur de Nadolny
- Gamines
PROCHAINES VADROUILLES :
- Musica nuda
- Chirico au MAM
PROCHAIN S ARTICLES :
euh là on est plus qu'en retard mas promis, on reviendra écrire un jour !
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Publié le Samedi 24 janvier 2009 à 00:51
Par cjcenvadrouille
 | Qu’y a-t-il de pire pour un professeur en littérature, écrivain de surcroit que d’être blessé à la main, et de vivre comme une souffrance ce geste si naturel et indispensable pour lui que d’écrire. Patrick Grainville nous présente, à travers le personnage principal de son roman « La main blessée » cet homme qui souffrant d’une crampe à la main va chercher à comprendre pourquoi il a ce mal et comment en guérir. Après avoir usé les cabinets de médecin impuissant devant son problème, il cherche une origine psychologique à cette douleur qui pourrait selon lui être lié à son enfance ou sa vie amoureuse. | Il est tiraillé entre l’amour qu’il a encore pour sa femme dont il s’éloigne pourtant un peu chaque jour et l’attirance qu’il éprouve pour sa maîtresse : une jeune femme égyptienne passionnée d’équitation. Cette attirance est très bien retranscrite par la sensualité et l’érotisme qui imprègnent les descriptions qu’il fait de sa maîtresse et des moments qu’il passe avec elle. Il éprouve pour elle une véritable passion, mais aussi de l’admiration pour ce qu’elle est et pour son corps. Ce roman n’est pas juste l’histoire d’un homme qui a laissé sa femme pour une maîtresse plus jeune, ou d’un homme qui recherche une explication à une douloureuse blessure, c’est en fait un morceau de vie d’un personnage amoureux des mots, des femmes et des chevaux, dont il fait l’éloge avec passion.
Vous l’aurez compris, j’ai aimé ce livre, que j’ai trouvé très bien écrit, très agréable à lire. Patrick Grainville a su faire ressentir la passion de son personnage.
Publié le Jeudi 13 novembre 2008 à 20:38
Par cjcenvadrouille
Un vieux monsieur est sur le pont d'un bateau et voit les cotes de son pays s'éloigner.Il a toujours vécu dans ce pays, il l'aime, il doit pourtant y laisser tous ses souvenirs et toute sa vie. Les dernières images qu'il a sont celles des conséquences de la guerre, de sa famille, ses amis morts.Pourtant, il a de la chance : il tient contre lui un bébé c'est sa petite fille ; elle n'a que trois semaines, il l'a retrouvée près de ses parents qui hélas n'ont pas survécu à la guerre. Il la protège tant qu'il peut sur ce bateau qui l'emmène vers un lieu inconnu, mais peu importe, il ne pense qu'à une chose cette petite fille qu'il veut élever et voir grandir. Le bateau fait débarquer ses passagers, le vieux monsieur et sa petite fille ne sont pas trop mal accueillis, pourtant tout est tellement différent dans ce pays : le paysage, les gens, la langue, les odeurs.Il vit à l'écart des autres réfugiés dans son foyer d'accueil. Le sentiment de solitude le gagne jour après jour, malgré l'amour pour son bébé, il décide donc d'affronter sa peur, de sortir un peu pour marcher, et reprendre un peu de force.Il va alors faire une rencontre qui va changer son quotidien, un homme avec lequel il va très bien s'entendre, beaucoup échanger, sans jamais vraiment se parler, puisqu'aucun d'eux ne connait la langue de l'autre. Ce roman est émouvant, il décrit ce moment tragique que représente pour ce vieux monsieur le départ forcé de son pays.Il arrive dans un pays hostile, sa rencontre uniquement due au hasard avec cet homme qui cherchait lui aussi un ami surprend le lecteur.Ils vont savoir trouver les gestes pour donner de la force à l'autre, le réconforter, lui faire comprendre que la présence de l'autre suffit à donner un sens à leur vie. Une belle histoire qui recèle aussi de moments surprenants, durs tout en étant touchants que je vous laisse découvrir en lisant "la petite fille de monsieur Linh" de Philippe Claudel.
Publié le Lundi 27 octobre 2008 à 20:43
Par cjcenvadrouille
Une ferme sans ses animaux, c'est impensable, ils sont donc indispensables.C'est en se faisant cette remarque, que les animaux s'aperçoivent qu'ils ne sont pas traités à leur juste valeur, ils fournissent tout le travail, et sont pourtant à peine nourris.Un bruit de révolte s'entend dans les étables, et grandit chaque jour. | | | | Chevaux, vaches, cochons, chiens, chats et même pigeons s'allient pour mettre le propriétaire dehors et prendre le contrôle de leur ferme. Ils espèrent que leur vie sera alors à l'image des promesses de leur guide, celui qui a fait naître la révolte : du repos, de la nourriture à profusion et surtout la liberté. Bien sûr, ils acceptent de travailler un peu, mais cette fois ça sera pour eux.Leur nouvelle vie s'organise, les habitudes, le rôle de chacun, et les règles se mettent en place. Tout est idyllique ... Ou presque. L'égalité entre les animaux qui était un des piliers de leur révolution s'effrite, ceux qui savent lire prennent la tête de ce peuple et découvrent le pouvoir, la manipulation. |  | |
C'est la vie de ce cette communauté que ce livre nous fait découvrir. On est vite curieux de savoir s'ils vont réussir à se passer des hommes pour devenir indépendants, et faire autre chose que de copier les habitudes et le modèle des hommes : ils ne sont peut être si différents de nous. En présentant ce modèle de société au travers des animaux ce livre donne un côté amusant, et une note d'humour à un récit qui n'est pas si drôle que ça, sûrement parce qu'on retrouve plus les travers des hommes que des animaux dans ces "quatre pattes" mais surtout parce que ce modèle de société nous rappelle quelque peu des passages douloureux de notre histoire.
Publié le Vendredi 06 juin 2008 à 23:36
Par cjcenvadrouille
Et si on vous proposait de devenir une œuvre d’art ? Vous réagiriez comment ? Apprécié pour votre beauté, votre originalité, votre physique unique, vous seriez exposé dans les plus grand musées, photographié comme les célébrités, regardé et admiré et critiqué pas des centaines voir des milliers de personnes.
Comme beaucoup d’œuvre que l’on peut trouver dans les musées, vous auriez été créés pour plaire, mais surtout surprendre, choquer. Pièce de collection parmi les autres, vous seriez réduit au rang d’objet, la création d’un artiste, la propriété d’un musée ou d’un collectionneur, qu’elle serait alors votre place dans la société. Plus aucune place ? Enfin, pas plus qu’une toile, une sculpture ou tout autre objet qui n’a pas les moyens de s’exprimer. Bien sûr, vous vous pourriez le faire, mais vous n’en auriez plus le droit, ni l’occasion. En fait, qu’est ce qui pourrait pousser quelqu’un à accepter ces conditions de vie ? Et qui pourrait avoir l’idée de créer ce concept ? Pour cette fois, ce n’est pas un artiste, enfin si un peu tout de même puisque c’est Eric Emmanuel Schmitt, mais son œuvre n’est pas un humain, mais un roman : « Lorsque j’étais une œuvre d’art », où il nous fait vivre l’histoire de Tazio Firelli. Jeune homme de 20 ans, il pense avoir tout raté dans sa vie, jusqu’à ces multiples suicides ratés. Ses deux frères jumeaux sont de très célèbres mannequins qui font chaque jour la couverture des magazines. Lui n’est ni célèbre, ni beau, ni même laid, il est juste banal, et selon lui inutile. Il ne voit plus qu’une issue à sa vie, y mettre fin. Il choisit l’endroit idéal pour que tout se passe bien, enfin plutôt comme il le souhaite, vu que de toute façon il voudrait réussir cette fin tragique. Les rochers tranchants ne peuvent lui faire de cadeau, tout comme la mer déchaînée, le vent qui souffle en rafale. Oui, mais voilà, un homme interrompt ce moment personnel, pour lui proposer un marché : comme lui ne veut plus de sa vie, il lui propose qu’il lui en fasse don. Lui, c’est Zeus Peter Lama, un artiste excentrique, il veut juste que Tazio lui laisse 24h de sa vie, pour le faire changer d’avis. Le jeune homme fait alors un premier pas dans l’engrenage infernal, il signe un pacte avec le diable. Emerveillé par le monde de l’artiste, dans lequel il prend un rôle central, Tazio accepte de tout donner, de renoncer à sa vie pour devenir une œuvre d’art. Sa mort est alors mise en scène pour que rien ne puisse être un obstacle au projet de son nouveau créateur. Le début est assez passionnant, voire excitant, il quitte la peau du jeune homme sans intérêt pour devenir : Adam bis, la vision déjantée de l’homme dans l’esprit tourmenté d’un savant fou, qui veut marquer les esprits. Finalement devenir un objet quand on avait comme seul but dans la vie de mourir, ce n’est pas si gênant. Mais, être un objet quand on rencontre deux personnages attachants, et que parmi eux, il y a la femme dont on tombe amoureux, la seule qui arrive à réveiller cette flamme qui fait dire que c’est bon de vivre, et qui apprécie chaque moment subtil de la vie, c’est là que la situation devient gênante.
Une bataille va être menée par ce personnage qui a appris un peu trop tard que la vie n’est pas si mal et qu’elle vaut le coup d’être vécue. Il a la chance de ne pas avoir sauté de sa falaise, car il semble qu’il soit plus facile de s’échapper de l’emprise d’un artiste fou que de la mort, et pourtant comment prouver qu’on est un être humain, quand on a réussi à montrer qu’on était en fait qu’un objet, qu’une créature de musée. Une histoire surprenante parce que basée sur un thème difficile à imaginer mais qui fait réfléchir à beaucoup de chose : à la définition de l’art, à ce qu’on à le droit de faire mais surtout à la valeur de la vie. Un cadeau précieux qu’il serait dommage d’abandonner, même si elle n’est pas toujours aussi somptueuse, et avec autant d’éclat qu’on le voudrait.
| Lorsque j'étais une oeuvre d'art d'Eric-Emmanuel SCHMITT en Livre de poche, 2002. |
Publié le Jeudi 15 mai 2008 à 20:00
Par cjcenvadrouille
| Un universitaire nous fait partager les moments forts de sa vie, ceux qui lui ont fait prendre les tournants importants, qui l'ont construit tel qu'il est au jour où il raconte cette histoire. Il est devant un hommage que lui ont offert ses étudiants, un cadeau qui le touche, mais qui lui fait prendre conscience qu'on le voit différemment de ce qu'il est, il ne peut pas en vouloir à ses étudiants de l'imaginer comme un homme qui a toujours été passionné par les études, et les livres dès sa plus jeune enfance, et pourtant c'est loin de la réalité. Il profite de ce moment pour se remémorer certains moments qui l'ont marqué, qu'il ne saurait oublier.
Son père était instituteur, il a donc vécu dans cette ambiance particulière, stricte assez rigide, il ne pouvait distinguer l'image de l'homme, du père, de celle de l'instituteur qu'il voyait sur son extrade. Cette instruction lui a fait prendre en horreur les études et la littérature, et c'est sous la contrainte qu'il va partir pour l'université à Berlin. Son manque de volonté va vite l'entraîner sur des chemins très éloignés de ce qu'imaginait son père, émerveillé par la grand ville, les soirées, les fêtes, et les jeunes filles qui tombent très vite sous son charme. C'est donc l'alcool, la musique, les amies, et les aventures qui vont rythmer son premier semestre.
C'est une visite impromptue de son père qui va lui faire prendre le premier tournant de sa vie. Cet homme reste silencieux devant ce qu'il découvre, la chambre de son fils est à l'image de cette vie dissolue, et il voit ces livres qui n'ont vu l'université que le premier jour de l'année. Prêt à se révolter contre son père, à faire barrage à tout autorité, Roland est ému et bouleversé par la réaction de son père : il ne se fâche pas, ne s'énerve pas, il demande juste à son fils ce qu'il compte faire. Cette confrontation d'adultes, réfléchie et émouvante va le faire grandir, lui faire prendre conscience qu'il ne doit pas juste agir pour s'opposer à son père, mais pour lui. Il décide donc de déménager, de changer d'université, et de repartir du bon pied. Il arrive dans une petite ville, où les tentations seront moins grandes qu'a Berlin. Le premier contact qu'il a avec son professeur de littérature anglaise le transforme, l'émerveille, le laisse sans voix. Il est absorbé par l'énergie de cette homme, par la passion débordante qu'il communique pendant son exposé, il fait vivre son sujet, ceux qui sont avec lui ... ce professeur a une telle aura que lui ne peut que rester figer devant ce groupe d'étude.
Ensuite, tout va très vite, il est pris d'une envie insatiable de lire, de découvrir Shakespeare. Il vit dans un studio qui se situe juste au dessus de celui de son professeur et de sa femme. Jour après jour, un lien assez fort se crée entre eux. Ils passent beaucoup de temps ensemble à étudier, à discuter. Il arrive à le persuader qu’il faut qu’il écrive un livre, qu’il mette sur papier tous ces discours si captivants qu’il tient en conférence. C’est le projet d’une vie, le livre que le professeur a toujours voulu écrire, sans en avoir la force. Pourtant, cette amitié, et ce lien de confiance qui se construit sont difficiles à saisir, d’humeur attachante, mais changeante le professeur trouble les sentiments de ce nouveau disciple. Un secret pèse sur leur relation, la relation de couple entre le professeur et sa femme, la relation d’amitié entre le professeur et l’étudiant, les relations de collègues entre les différents professeurs de l’université, et même les relations sociales que ce professeur qu’il adore a avec le reste de la ville. Cette tension est accentuée par des périodes où cet homme disparaît complètement, sans donner de nouvelles et sans s’expliquer.
Je vous laisse découvrir quel est ce secret qui apparaît très tôt dans l’histoire et que l’on ne découvre qu’à la fin. Avec ce secret, se dévoile aussi un personnage complexe, un éventail de sentiments, de peurs qui font que ce roman est très fort. Il pourrait même être perturbant, s’il n’était écrit avec cette subtilité, et finalement cette pudeur qui donne toute la force à ces personnages. J’ai beaucoup aimé l’histoire, l’écriture et l’ouverture que ce livre nous propose.
La confusion des sentiments de Stefan Zweig. |
Publié le Lundi 31 mars 2008 à 23:45
Par cjcenvadrouille
Pour vous, qu’est ce qui différencie un rêve de de la réalité ? Un cauchemar de la vie réelle ? Avez-vous déjà eu l’impression que vous étiez en train de rêver que vous rêviez ? Ou alors, ne vous est-il jamais arrivé, de vous demander si ce que vous veniez de vivre était réellement arrivé ? A-t-on la preuve que l’on a vécu un moment, autrement que par notre souvenir ? Toutes ces questions sont à l’origine de la théorie du philosophe : Gaspard Languenhaert, personnage du roman d’Eric-Emmanuel Schmitt : « La secte des égoïstes ». Le personnage principal de ce roman est un chercheur littéraire qui va découvrir le nom de ce philosophe dans une encyclopédie : il va se reconnaître étrangement dans ces théories et ces recherches, et va s’engager dans une longue recherche, parcourant les livres, les bibliothèques, les pays. Il sait que Gaspard Langhenhaert a vécu au XVIII ème siècle, il a commencé en parcourant les salons mondains, prétendant que le monde n’a pas de réalité extérieure, n’existe pas en dehors de son esprit, que la matière n’a aucune réalité.
Chaque étape de la difficile quête de ce chercheur va apporter des éléments étonnants sur Gaspard et va l’inciter à en découvrir encore plus, mais aussi une vision à chaque fois plus extrême de sa théorie de l’égoïsme. Ce roman interpelle par cette sensation de vécu que l’on a, à la découverte de cette philosophie, étonne par le déroulement de l’enquête, effraie par la description de ce personnage issu de l’évolution de Gaspard, et surprend en fin de compte alors qu’on pense avoir tout appris. Alors qui est Gaspard Languenhaert ? Un philosophe, un fou, le créateur de son monde, Dieu … ou peut être autre chose, de finalement plus intéressant : je vous laisse le découvrir .
Publié le Mercredi 26 mars 2008 à 00:14
Par cjcenvadrouille
| A la vue de ce titre, il m'a été difficile de savoir à quoi m'attendre.
Une sorte de confession, dictée par le patient d'un psy sur son canapé ? Les mémoires d'un animal, de la même famille que la mante religieuse, qui non contente d'avoir mangé son mari, a mangé aussi son père (qui ceci dit aurait déjà dû être mort) ? A moins, que ce ne soit, un traité de philosophie ? Ou encore, une phrase lancée à la légère, qui ne signifierait que : je n'ai fait qu'une bouchée de mon père, pendant la dernière partie de je ne sais quel jeu de société ? En tout cas, j'aurais pu aller vers ce livre avec méfiance, et même peut être une certaine retenue, ne sachant pas à quoi m'attendre. Bien sûr que non, la curiosité l'a emporté, et je me suis jeté dans le livre, afin de lever le mystère sur ce titre : je suis gentil, je vous dévoile tout, la raison de ce titre, c'est tout simplement ce qui est décrit et expliqué à la dernière page.
La lecture de la préface m'encourage encore plus, à continuer ma lecture, ce roman a été traduit de l'anglais, parce que celui-ci devait être le livre "le plus drole qui n'a jamais été écrit" : rien que ça !! Alors, qu'est-ce ?
C'est le récit de la vie d'une famille vivant il y a environ 2 millions d'années. Je ne vais pas faire un récapitulatif des diffférentes étapes de l'évolution subhumaine et humaine, je vous laisse le loisir de le (re)découvrir. On découvre cette famille assez étendue, avec ces occupations de tous les jours : manger, boire, dormir, rester en vie, s'occuper, fonder une famille etc ... Ernest, c'est le narrateur, c'est un des fils de cette famille et il en a des choses à raconter. Il faut dire que ca famille, c'est quelque chose. Son père n'a qu'une idée en tête : l'évolution. Son évolution personnelle, l'évolution de sa famille, l'évolution de l'espèce ... il cherche, réfléchit, fait des expériences, et c'est payant. Le roman commence par le récit de ce qui va changer la vie de cette petit troupe : la découverte du feu. Vania, l'oncle, contrairement à son frère, n'a qu'une envie vivre dans les arbres, comme un singe, espèce dont il n'est pas si éloigné. Le père n'en a jamais assez. Après avoir trouvé comment récuperer le feu à partir d'un volcan, il va découvir qu'il est possible de le déplacer en le faisant passer d'un combustible à l'autre, de l'entretenir, mais aussi de le créer à partir d'un silex. Il va comprendre qu'il est possible de l'utiliser pour durcir la pointe des javelots afin de chasser et d'en faire profiter ses papilles en faisant cuire la nourriture. Cette recherche incessante du progrès ne s'arrête pas au plan technique. En effet, il pense que pour que l'espèce puisse évoluer, il faut que ses fils quittent la horde pour aller chercher leur femme ailleurs, dans d'autres tribus. Rétissants au début, ils finissent par reconnaître le bienfait d'avoir dû séduire leur compagne(n'oublions pas tout de même que c'est il y a 2 millions d'années, la méthode n'est donc pas une invitation au resto, dans un bar, ou une boîte), plutôt que de créer une famille avec leur soeur. Cependant, plus ils grandissent, plus ils prennent conscience que leur père n'a pas de limite et qu'il ne réalise pas les effets secondaires de la puissance qu'il a entre les mains. Se faire mordre par le chien qu'on tente de dresser, ce n'est pas si grave, faire brûler toute une forêt empêchant toute chasse pendant quelques mois voire années c'est déjà avoir trop joué avec le feu, mais donner à des tribus incapables de le gérer cette puissance qu'est le feu, ça en devient un danger pour l'humanité.
Ce roman est raconté avec beaucoup d'humour, mêlant les anecdotes et surtout les anachronismes, donnant à cette espèce qui ne devrait communiquer qu'avec des gestes un langage des plus soutenus, une réflexion moderne sur la famille, la séparation droite gauche, conservateurs ou progressistes.
Il est difficile de ne pas rire devant les situations décalées. Pourtant on s'aperçoit vite que la plupart des réflexions sont modernes et d'actualité et traitent de sujets comme la gestion de la puissance nucléaire, mais aussi du clônage et de tous les sujets où la question de l'évolution sans maîtrise peut être dangereuse.
Alors, pourquoi ce titre ? Je vous laisse le découvrir en lisant vous aussi ce roman, qui vous surprendra je n'en doute pas. Ah oui, si vous cherchez un livre où trouver des recettes de cuisine ... trouvez autre chose. |
Publié le Mardi 25 mars 2008 à 21:50
Par cjcenvadrouille
 | "Je restai quelque temps dans cette heureuse famille, tout occupée de celui qui leur apportait la convalescence de son coeur. Je revins à Paris où j'écrivis cette histoire telle qu'elle m'avait été racontée. Elle n'a qu'un mérite qui lui sera peut-être contesté, celui d'être vraie. Je ne tire pas de ce récit la conclusion que toutes les filles comme Marguerite sont capables de faire ce qu'elle a fait ; loin de là, mais j'ai eu connaissance qu'une d'elles avait éprouvé dans sa vie un amour sérieux, qu'elle en avait souffert et qu'elle en était morte. J'ai raconté au lecteur ce que j'avais appris. C'était un devoir."
Alexandre Dumas (Fils)
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Cela fait déjà quelques jours, que j'ai envie d'écrire cet article sur "La dame aux Camélias" et pourtant je le repousse à chaque fois ne trouvant pas les mots justes. Il faut dire que j'ai beaucoup aimé ce livre, il est très fort ... très touchant, et c'est difficile de le décrire avec les mots qui transcrivent vraiment cet effet.
C'est avant tout une histoire d'amour, celle qui va naître entre Armand Duval et Marguerite Gautier. Il tombe amoureux d'elle dès le premier regard, elle ne va alors plus quitter ses pensées et il n'a plus qu'une envie, la connaître, lui parler, et se faire connnaître d'elle. Chaque moment passé à attendre cette rencontre va créer en lui une image idéale de cette femme. Il a peur d'être déçu, qu'elle ne soit pas à la hauteur de son imagination, ou plutôt il craint que leur histoire ne soit pas aussi belle qu'il ne le voudrait. Si tout allait trop vite, était trop facile ... ça ferait disparaître ses rêves et ses envies. Ce qu'il apprend sur elle ne va pas l'aider à se rassurer : elle est jeune, jolie mais surtout c'est une courtisane très en vue à Paris.
Leur première rencontre va lui faire découvrir un peu amèrement la légèreté de cette femme qui le tourne en ridicule et s'amuse de lui. Quelques minutes après avoir réussi à la rencontrer dans sa loge du théatre, il la quitte vexé, et en colère.
Le hasard va heureusement lui permettre de la revoir, quelques temps après. Accompagné d'un ami, il profite de l'invitation chez la servante de Marguerite pour poursuive la soirée avec la maîtresse. Cette seconde rencontre sera beaucoup plus heureuse pour lui.
Même si elle ne se souvient pas de ce jeune homme qu'elle a ridiculisé, Marguerite est touchée par celui qu'elle a devant elle : elle apprend qu'il est venu tous les jours prendre de ses nouvelles pendant qu'elle était souffrante sans même s'annoncer et avoir des remerciements. La courtisane est surtout séduite par l'intérêt et l'amour sincère qu'il lui porte. A partir de cette soirée, il sera son amant.
La joie de cette nouvelle lui laisse supposer qu'il a réussi à séduire cette femme dont il rêve depuis si longtemps. Mais Marguerite est malade, et il sera le seul à s'inquiéter pour elle, à venir à sa rencontre parce que c'est insuportable pour lui de la voir souffir.
Son rang de courtisanne est difficile à vivre, il ne peut s'empecher d'être jaloux à la vue des amants de Marguerites et ses mensonges sont loin d'arranger les choses. Il voudrait être le seul, mais la réalité de son monde à elle est dure, il ne peut subvenir aux besoins de cette femme, endettée, dont la vie est faite de sorties, de théatre, de mondanité, d'éclats ... il est donc tiraillé entre ce qu'elle lui demande, être la pour elle sans lui demander l'impossible, et ses sentiments trop forts pour se contenter de ça, et la voir souffrir sans réagir.
Ils savent tous les deux, que pour guérir elle doit être raisonnable : se reposer, vivre, manger et boire seinement. Chacune de ses soirées la rende encore plus faible.
Va-t-il réussir à la protéger d'elle même et de sa vie ? Les sentiments qu'il y a entre eux vont-ils être plus forts que les histoires d'argent qui lui imposent de rester en bon terme avec ces amants, et de garder la relation avec Armand secrète ?
Je vous ai dit que c'était une histoire très belle, très touchante ... comme on peut se l'imaginer la suite de l'histoire de va pas être le récit d'un pur bonheur, ou même d'une vie banale. Il ne vont pas devenir un couple ordinaire,vivant heureux à la campagne.
Non, c'est là que cette histoire devient prenante, que le livre parvient à faire ressentir chaque sentiment au lecteur, la suite est faite de bonheur et de souffrance. Autant le bonheur décrit fait penser que tout est possible, que son rang de courtisanne n'a pas enlevé à Marguerite la sensibilité et le droit d'aimer, autant les moments qui décrirvent sa souffrance sont forts, intenses. Entre trahison ou du moins trahison apparente, maladie, et presque torture, ce livre retranscrit parfaitement ce sentiment de souffrance, d'injustice, de violence et de regrets que peuvent ressentir les personnages. Les dernières pages en sont presque dures à lire, même si la contruction du roman fait qu'on connait le dénouement de cette histoire dès les premières pages.
Cette histoire est une histoire vraie, relaté par un auteur qui n'est pas Armand Duval, ni Marguerite Gautier, mais un personnage qui à Armand a tout raconté. Ce narrateur a connu Maruerite de vue comme beaucoup, mais en allant à une vente dans ses anciens appartements, il ne se doutait pas de la vie qu'elle avait eu, il ne se doutait pas qu'en achetant un de ses livres sur un coup de tête, ce serait le lien entre lui et Armand et que cela lui permettrait de découvrir une des plus belles histoires qu'il a eu l'occasion d'entendre.
Il nous livre cette histoire comme un témoignage démontrant qu'il serait trop simple de juger les gens sur leur apparence.
Publié le Mercredi 23 janvier 2008 à 09:37
Par cjcenvadrouille
François de Seyrieuse se partage entre la vie avec sa mère à la campagne et Paris. Un jour, il rencontre le Comte et la Comtesse d'Orgel. Pour faire une plaisanterie à un ami, ils jouent à être très proches. Petit à petit, une véritable amitié se forme. François est attiré par le charisme du Comte et s'éprend petit à petit de la Comtesse. Partagé entre l'amitié et la passion, il profite des moments doux sans tenter quoique ce soit pour vivre sa passion. Cependant, la Comtesse se rend peu à peu compte que ce qu'elle avait pris pour une profonde amitié envers François était de l'amour inavoué.
Le bal du Comte d'Orgel a été écrit par Raymond Radiguet à 18-20 ans. Il n'avait pas terminé de le corriger quand il a été emporté par la fièvre typhoïde. C'est son ami, Jean Cocteau qui le fit, ce qui lui valu le reproche de ne pas conserver assez de Radiguet et d'avoir fait de l'oeuvre un "très bon Cocteau". Que ce soit réel ou non, il est impressionnant de découvrir les oeuvres de Radiguet en les mettant en relief avec sa jeunesse. Il décrit les sentiments avec tant de précision qu'on pourrait croire à beaucoup d'expérience.
 | Il écrit à propos de son livre : "Roman où c'est la psychologie qui est romanesque. Le seul effort d'imagination est appliqué là, non aux évènements extérieurs, mais à l'analyse des sentiments. Roman d'amour chaste, mais aussi scabreux que le roman le moins chaste. Style : genre mal écrit comme l'élégance doit avoir l'air mal habillée. Côté "mondain". Atmosphère utile au déploiement de certains sentiments, mais ce n'est pas une peiture du monde; différence avec Proust. Le décor ne compte pas." |
J'ai sans nul doute préféré Le diable au corps qui raconte la découverte de l'amour d'un jeune homme avec une femme mariée d'expérience. Mais, Le bal du Comte d'Orgel reste un chef d'oeuvre à lire.
Publié le Jeudi 17 janvier 2008 à 12:21
Par cjcenvadrouille
George Orwell l'a fait, en 1948, il a écrit un roman : 1984 (il a inversé les deux derniers chiffres). Il faut donc bien voir dans ce titre, une vision du futur dans l'imagination d'un écrivain.
On découvre cette société, en suivant la vie de Winston Smith, un homme d'une trentaine d'année, qui travaille au Ministère de l'amour. Répression, absence de liberté, de plaisir, de loisir, de relation entre homme et femme, entre parents et enfants, entre voisins, entre amis .... Voilà les quelques thèmes qui caractériseraient au mieux le monde de 1984. Le monde est sous l'emprise d'une guerre sans fin, qui doit rester la motivation de chaque individu.
Plus généralement encore, la force de cet Etat totalitaire est le contrôle de l'esprit, des gestes, du présent, de la mémoire, du passé, finalement de la vie de chaque personne.
 | Big Brother, c'est lui, enfin plutôt cette représentation du pouvoir qui contrôle tout. Partout, dans les espaces publics et privés, des télécrans surveillent les gens et cherchent chaque personne qui aurait un comportement suspect : un sourire, une grimace, un tremblement, une parole douteuse. Mais ce n'est pas tout, les enfants sont éduqués pour surveiller leurs parents et les dénoncer au moindre faux pas, au moindre signe qui pourrait être une sortie des chemins prévus par Big Brother. La notion de plaisir n'existe pas, que ce soit par les loisirs qui sont contrôlés, par les relations amoureuses qui sont interdites et pointées du doigts par le système éducatif comme tous les rapprochements physiques autre que pour le boulot. Le mot amour, plaisir a aussi été supprimé du dictionnaire. |
Eh oui, pour un meilleur contrôle, un nouveau dictionnaire est créé, il permet de supprimer les mots inutiles au fur et à mesure, pour que la notion même de ce qui est interdit soit supprimée.
Mais la plus forte manipulation de cette société est peut être le contrôle de la mémoire, celle des gens, mais aussi la mémoire écrite dans les journaux, les romans, les rapports en tout genre : tout est réécrit et modifié pour que la seule vérité soit celle de big brother et que rien ne puisse contredire le fait qu'il a toujours raison et a toujours eu raison.
«Vous ne possédez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne.»
Dans cette société, où chaque personne semble manipulée, Winston se pose des questions et commence à douter : il ne réussi pas à être heureux à chaque victoire de l'armée de l'Océanie (le nom de l'état où il vit), il se rappelle d'une époque du passé ou tout était mieux ... où il semblait plus libre, il ne comprend pas pourquoi les gens oublient tout d'une journée à l'autre .... et se rend compte que le travail qu'il fait n'est qu'une manière de mentir, et créer une grande supercherie.
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Mais, il sait aussi qu'il doit cacher chacune de ses émotions et chacun de ses doutes, s'il ne veut pas être arrêté par la police de la pensée. Cette police a pour rôle, de traquer les personnes qui pourraient déstabiliser l'équilibre, remettre en cause le pouvoir, en n'étant pas à 100% d'accord avec les idées du parti. Pour cela, ils torturent les "criminels" et les font disparaître : physiquement, mais aussi de l'histoire, en supprimant chaque document qui pourrait prouver que cette personne a existé le but étant aussi de faire disparaître cette personne de l'esprit de la population : faire disparaître quelqu'un qui n'a jamais existé, voilà où est la subtilité, n'est pas vraiment critiquable, voilà où est leur subtilité.
Mais voilà, un jour, Winston reçoit un mot secret, déposé dans sa main ... un mot d'amour. Ca confirme tout ce qu'il avait en tête, il n'est pas le seule à douter des principes qu'on lui a appris, l'amour existe .... et avec tout ça, les relations entre les gens ... et même pourquoi pas, une Fraternité qui pourrait se révolter.
Je n'en dirais pas plus sur l'histoire de 1984, et sur cette histoire d'amour naissance entre Winston et Julia, une histoire bien sûr impossible, interdite .... Une relation entre deux, qui est en même temps, une relation contre tout le parti. J'ai beaucoup aimé ce livre, qui est très bien écrit, et construit. Même si on ne peut qu'être contre la théorie élaborée, la manière dont le parti arrive à contrôler la population, à garder le pouvoir, je suis impressionné par la solidité de ce qu'a écrit orwell. Un monde improbable et pourtant qui se tient, une réflexion politique et économique réfléchie et approfondie, un monde horrible et pourtant, à propos du quel il est difficile à dire : ça n'arrivera jamais. Mais il n'y a pas que le coté politique, et social qui m'a plu, c'est aussi la relation entre ceux deux personnes, cet amour interdit : cette affirmation de liberté, cette manière de profiter de chaque instant, qui nous paraît presque normal, et qui est pourtant pour eux quelque chose d'exceptionnel et de précieux.
Le fait de pouvoir se balader main dans la main, de dormir ensemble, de s'aimer .... de boire un café chaud ... Ce roman permet aussi une réflexion sur le rôle des écrits, de l'histoire, du maintien des souvenirs, du passé. On voit que sans ces souvenirs, ce moyen de comparaison, plus rien n'est possible, on a besoin d'élément de comparaison pour pouvoir réfléchir, et être critique. Je voulais le lire depuis assez longtemps, et je ne suis pas déçu !
Pour toute information sur l'auteur ou son oeuvre : http://fr.wikipedia.org/wiki/1984_(roman)
Publié le Jeudi 17 janvier 2008 à 11:17
Par cjcenvadrouille
Philippe Claudel, en 2003, signait un livre qui reçut le prix Renaudot (1ère fois pour les Editions Stock) puis le prix des Lectrices de Elle 2004. En 2005, les Âmes grises sortaient au cinéma. Philippe Claudel a lui-même scénarisé son roman.
L'histoire : 1917, une petite fille de 10 ans, Belle de Jour, est retrouvée assassinée sur le bord du canal d'un village proche des lignes de combat de la grande guerre. Le juge Mierck est chargé de l'instruction et le Colonel Matziev de l'enquête. Le narrateur est un policier obnubilé par cette "Affaire". Peu à peu les indices se forment contre l'ancien procureur Destinat qui habite "le Chateau" tout près du canal. Ce roman plus qu'une histoire est avant tout une galerie de personnages. Le fil conducteur reste l'enquête du policier-narrateur mais le but du roman est de montrer que les apparences sont trompeuses, que nul n'est entièrement bon, ni entièrement mauvais...
Après avoir eu un peu de mal à entrer dans le roman, j'ai été happée par la façon d'écrire de Philippe Claudel. Il a un style très agréable et le suspens est au rendez-vous. Les descriptions de personnages sont limpides et n'alourdissent pas la narration. La vie à deux pas de la guerre avec les culpabilités ou les profits de ceux qui restent, est bien rendue. Le roman est froid à souhait, tout est gris, triste, morne ...
"Les salauds, les saints, j'en ai jamais vu. Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc, c'est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c'est pareil... T'es une âme grise, joliment grise, comme nous tous..."
Les âmes grises de Philippe Claudel, Stock, 2003.
Pour plus d'informations sur l'auteur : http://www.philippeclaudel.com/ Pour plus d'informations sur le film : http://wwws.warnerbros.fr/lesamesgrises
Publié le Lundi 07 janvier 2008 à 10:16
Par cjcenvadrouille
J'ai chipé à ma soeur, inconditionnelle d'Erik, La révolte des accents, troisième ouvrage de l'auteur sur la langue française. Dans le premier, La grammaire est une chanson douce, nous faisions connaissance avec Jeanne et son frère Tom mais aussi avec les mots, les noms et les phrases. Dans le second, Les chevaliers du subjonctif, Jeanne apprenait la valeur de la conjugaison et la manière dont le subjonctif nous permet de rêver et d'imaginer. Dans ce dernier ouvrage, Jeanne part à la recherche des accents qui faute d'être respectés et utilisés, décident de fuir. Ils rejoignent les épices et les comédiens en Inde parce que les accents sont comme les épices qui rajoute du goût à la cuisine et comme les artistes qui donnent du rêve et du relief à la vie quotidienne, ils dynamisent et rendent plus belle la langue française. Jeanne les retrouve donc en Inde où elle rencontre un Hindou qui travaille à distance pour la ville de Brest et où elle retrouve Tom qui avait fui l'Île lui aussi.
 | " Depuis quelques temps, les accents grognaient. Ils se sentaient mal aime, dedaignes, meprises. A l'ecole, les enfants ne les utilisaient presque plus. Les professeurs ne comptaient aucune faute quand, dans les copies, ils etaient oublies. Chaque fois que j'en croisais un dans la rue, un aigu, un grave, un circonflexe, il me menaçait. [...] Une greve, allons donc ! Et qui ça derangerait, une greve des accents ? [...] - Chaque langue a sa logique, Don Luis. Libre à l'anglaise et à l'americaine de vivre sans accents. Mais toi, tu nous as trahis. Dorenavant, c'est la guerre. [...] Nous avions moins écouté l'histoire de Don Luis que frissonné en entendant ces phrases auxquelles manquaient les accents : leur absence éteignait les mots. On aurait dit que notre langue française avait, soudain, perdu tout élan, tout éclat, toute lumière." |
Monsieur Orsenna m'avait habituée à mieux. J'ai été déçue par l'histoire et je suis restée sur ma faim concernant la connaissance de la langue française. J'avais trouvé que l'idée était géniale d'écrire des histoire permettant d'appréhender des règles de grammaire de manière imagée et donc de manière moins stricte et ennuyeuse, moi qui déteste les règles ! Eh bien là, à part nous donner l'objectif d'un accent c'est à dire, distinguer des lettres les unes des autres afin de créer des mots différents et de les reconnaître, il n'y a pas grand chose. Nous n'apprenons rien sur le circonflexe ou le tréma et c'est bien dommage ! Mis à part ça, l'écriture d'Orsenna est toujours aussi limpide et c'est toujours très agréable de le lire. Espérons que le prochain, si prochain il y a, sera plus étoffé.
La révolte des accents, Erik Orsenna, Stock 2007. www.erik-orsenna.com
Publié le Jeudi 13 décembre 2007 à 14:23
Par cjcenvadrouille
Noël et sa magie ... : le sapin, ses décorations qui scintillent, la famille, les cadeaux, le repas, la neige, les enfants, Charles Dickens.
Pourquoi Charles Dickens ? Parce que je viens de finir "Un chant de Noël", un livre qui me tient particulièrement à coeur parce qu'il m'a été offert pour un premier Noël commun.
| | | Monsieur Scrooge est un vieux monsieur, qui s'occupe tout seul de sa maison de commerce depuis que son associé Marley est mort. C'est la veille de Noël, la ville est sous un épais brouillard, alors que les gens commencent à s'agiter à la préparation de Noël, lui est impassible, aussi froid que l'air de l'hiver rude. Triste, avare, insensible, il n'est pas aimé et n'aime pas les autres : ce n'est pas l'invitation pour Noël de son neveu, le mariage de celui-ci, et encore moins son commis qui devra le supplier pour passer sa journée de Noël en famille qui va le toucher. Il prévoit de passer le réveillon de Noël seul, dans sa maison sombre et lugubre.
Enfin, C'était sans compter sur une visite surprise ... la seule qu'il ne pourra refuser, pour cause c'est Marley son ancien associé. Tétanisé devant l'apparition du fantôme, il ne pourra que l'écouter lui expliquer qu'il est venu pour son bien, pour lui montrer cette chaîne qu'il doit traîner derrière lui, chaîne qu'il a assemblé de son vivant, faite de méchanceté, d'erreur, du mal qu'il a fait aux autres. Son temps est cependant compté, et il est surtout là, pour le prévenir de l'arrivée de trois fantômes, pour les nuits prochaines. Scrooge va recevoir la visite de ces trois personnages, le fantôme des Noëls passés, présents et futurs. Ils vont l'emmener revoir son enfance, découvrir les petits moments oubliés, lui rappeler qu'il a été un enfant, qu'il a eu des rêves, des envies, des sentiments ..... découvrir le présent, la vie de ces proches auxquels ils portent tellement peu d'attention, et surtout l'image qu'on a de lui, et finalement, découvrir ses noëls futurs, ce qu'il deviendra : une vision très noire qui finit de lui faire prendre du recul sur sa vie.
Je vous laisse découvrir ce que ces visites vont changer pour Scrooge ... et comment va être son Noël cette année-là, et sûrement toutes les années suivantes .....
C'est le livre qu'il faut lire au moment de Noël, que ce soit en roman comme je l'ai fait, ou comme un conte à raconter au pied d'un feu en soirée ... On est tout de suite transporté par l'esprit de Noël, il est émouvant, on retrouve l'image des noëls ou il n'est même pas question de gros cadeau, mais de la joie d'être ensemble, de passer une soirée magique, devant un repas agréable ... chanter ... partager ... être heureux .... vivre  |
Publié le Mercredi 12 décembre 2007 à 18:36
Par cjcenvadrouille
| Jean Echenoz quelques mois après la mort de Jérôme Lindon, patron des Editions de minuit, écrivait un hommage à son seul et unique éditeur après avoir refuser tout commentaire à la presse lors de l'annonce du décès. L'histoire de ses 2 hommes débute en 1979. Echenoz a écrit un livre qu'aucun éditeur n'a voulu publier. Il l'envoie alors aux Editions de Minuit sans beaucoup d'espoir. Un appel lui apprend que Jérôme Lindon souhaite le rencontrer. C'est le début d'une collaboration de 22 ans ponctuée de beaucoup d'accords et quelques désaccords. Cette relation de travail se transforme peu à peu en grand respect mutuel puis en amitié. En avril 2001, Jérôme Lindon décède d'une longue maladie.
C'est avec beaucoup de pudeur et d'affection qu'Echenoz parle du plus important patron des Editions de Minuit. Avec quelques anecdotes, il trace le portrait d'un homme passionné par son métier, très professionnel mais qui savait entretenir une véritable relation avec ses auteurs, respectueux de chaque travail mais capable de refuser un projet sans avenir, perspicace mais se laissant persuader lorsqu'il le fallait. Un très bel hommage qui ne se veut que ça...
Les Editions de Minuit ont été créées pendant la seconde guerre mondiale de manière clandestine. Elles se sont développées à partir de 1948 avec l'arrivée de Jérôme Lindon à son Directoire. En 2001, sa fille Irène prendra sa suite. Les Editions de Minuit ont publié de grands noms comme Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Robert Pinget, Claude Simon et bien sûr Jean Echenoz. http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&livre_id=1639 |
Publié le Lundi 10 décembre 2007 à 14:53
Par cjcenvadrouille
 | Roman peu connu de l'auteur du Meilleur des mondes, Le Génie et la Déesse commence par un dialogue entre un romancier et un scientifique, John Rivers. Ce dernier soutient que le défaut de la fiction est qu'elle est trop cohérente par rapport à la réalité, que même ce qui est censé être le plus vrai est en fait le moins réel, comme la biographie. Il s'appuie sur la biographie de son maître et raconte ce qu'il a vécu auprès de cet homme. Il montre ainsi que si la biographie dit des choses vraies, elle cache les choses les plus incohérentes de la vie d'Henri Maartens. John Rivers, quand il a connu le Génie, était un jeune homme de 28 ans, un peu gauche sans expérience charnelle, enfermé dans sa relation avec sa mère depuis que son père, pasteur, est décédé. Il devient son assistant et s'installe dans la maison familiale des Maartens. La femme du scientifique, la Déesse, s'occupe de son mari totalement irresponsable et puéril qui ne peut vivre sans être au centre de l'attention de sa mère-maîtresse. Ils ont deux enfants : Tommy, garçon sage, et Ruth âgée de quinze ans qui s'ouvre à ses premiers émois avec l'aide de la poésie. John Rivers voue un culte religieux à la femme de son mentor, la considérant comme un mélange de plusieurs déesses grecques tandis qu'il fuit la fille qui se prend d'une passion dévorante pour lui. Pour connaître la suite, lisez ce livre 
Une fois passées les premières pages, un peu philosophiques mais très intelligentes, l'histoire nous emporte et ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Ces premières pages plus difficiles à appréhender prennent tout leur sens au fil des pages. Une oeuvre d'Huxley à découvrir ...
Le Génie et la Déesse (Genius and the Goddess), 1955, Aldous HUXLEY Sur l'auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aldous_Huxley |
Publié le Mardi 04 décembre 2007 à 22:43
Par cjcenvadrouille
| David Lurie, professeur quinquagénaire du Cap, entretient des relations particulières avec chacune de ses conquêtes féminines. Jusqu'au jour où il rencontre Mélanie Isaacs, jeune étudiante passionnée de théâtre. Suite à cet élan de désir, il se voit contraint de démissionner de l'université pour cause de harcèlement sexuel. Il décide alors de rendre visite à sa fille Lucy dans la campagne africaine. Lucy a une ferme et s'occupe d'un chenil. David se crée peu à peu une vie auprès de sa fille et projette d'écrire un opéra sur Byron et sa maîtresse. Un jour, trois hommes viennent, maltraitent le père et abusent de Lucy. Ce drame fait réfléchir Lurie à son comportement avec les femmes et aux relations entre les anciens esclaves et les blancs restés en Afrique du Sud. Bien qu'il n'y ait que de rares allusions à l'appartenance ethnique des personnages, on ne peut faire abstraction de l'environnement politique et social de l'Afrique du Sud post-apartheid dans ce roman. L'histoire bien que poignante est traitée avec humour, ironie et clairvoyance sur la vieillesse, la sexualité, les relations père-fille et bien sûr l'apartheid. L'auteur John Maxwell COETZEE a reçu le prix Nobel de littérature en 2003 ainsi que le Booker Prize à deux reprises (fait unique jusqu'à aujourd'hui). Ancien afrikaners, il est Distinguished Service Professor à l'université de Chicago depuis 2002.
Pour plus d'informations sur JM Coetzee ou ses différents romans : http://www.evene.fr/celebre/biographie/john-maxwell-coetzee-14933.php http://www.voixauchapitre.com/archives/2003/disgrace.htm |
Publié le Mercredi 21 novembre 2007 à 23:04
Par cjcenvadrouille
 | On a tous des pensées secrètes, le genre de pensées qui traverse l’esprit juste un instant, des pensées qui ne peuvent être dévoilées parce qu’elles n’auraient pas la même ampleur dès qu’elle sortiront de notre bouche. Ce sujet de réflexion que l’on pourrait tous avoir, c’est en fait surtout le centre d’intérêt de Ralph Messenger, responsable de la section de sciences cognitives à l’université. Son travail, pour ainsi dire sa passion, va lui faire tenter une expérience : enregistrer sur cassette ses pensées pour en étudier le cheminement, les analyser, les comprendre … découvrir ce qui régit nos réactions. On découvre alors très vite qui il est. La cinquantaine, il ne peut se passer de relations extraconjugales, de séduire, de réagir devant une jolie femme. La trame de l’histoire va être une rencontre avec Helen Reed, écrivain, qui s’occupe d’un atelier d’écriture à l’université. Lui est marié, elle est veuve depuis seulement quelques mois, lui est volage, macho, elle est fille d’une famille catholique pratiquante, lui est un scientifique de renom, elle une littéraire connue, il est épicurien, elle est responsable, sérieuse et raisonnable … en fait, tout les oppose, sauf une chose, lui étudie le comportement humain d’une manière scientifique pour le reproduire dans le développement de robots, elle l’étudie pour créer des personnages de roman. Tout l’intérêt de ce livre réside dans l'opposition qui va les séparer et pourtant les rapprocher, les intriguer. C’est cette double vision, celle de leur relation dans leur milieu social respectif, et celle qu’il confit à son dictaphone, son projet, qu’elle confit à son journal intime pour ses futurs romans. Ce livre traite finalement de sujets intéressants, alternant entre deux visions radicalement différentes. Il nous permet de prendre du recul sur certains sujets, certaines valeurs …. Comme ces secrets qu’on a tous au fond de nous. Je vous laisse le découvrir. |
Publié le Mercredi 21 novembre 2007 à 17:48
Par cjcenvadrouille
 | Tout le monde connaît George Orwell pour ses romans 1984 et La ferme des animaux dans lesquels il trace les contours de sociétés dictatoriales imaginaires. Avec Dans la dèche à Paris et à Londres, Orwell raconte ses années de misère dans deux capitales européennes reconnues comme puissances mondiales, Londres et Paris, au cours des années 30. Ce livre est un carnet de voyage dans le pays de la misère. La description de la misère en France puis en Angleterre témoigne plus que l'on ne peut penser du fonctionnement des deux sociétés. Orwell, loin d'être un simple rapporteur, produit des réflexions sur les affronts et les coups subis par les miséreux et les vagabonds. Il apporte quelques "solutions" pour faire des ces "sous-hommes" des humains à part entière. Effectivement, depuis les années trente les conditions de vie ont changé aussi bien en France qu'en Angleterre, mais les réflexions d'Orwell sur la condition humaine reste d'actualité. Si les moyens de subsister se sont quelque peu améliorés, le regard des gens sur les vagabonds restent le même. Dans la dèche à Paris et à Londres est un très bon livre et donne de bonnes bases de réflexion sur les autres ouvrages de George Orwell. Tout d'abord, c'est un de ses premiers écrits. Ensuite, les positions de l'auteur dans ce livre sont les prémisses de la description des sociétés "imaginaires" de 1984 et de La ferme des animaux.
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