| | "Je restai quelque temps dans cette heureuse famille, tout occupée de celui qui leur apportait la convalescence de son coeur. Je revins à Paris où j'écrivis cette histoire telle qu'elle m'avait été racontée. Elle n'a qu'un mérite qui lui sera peut-être contesté, celui d'être vraie. Je ne tire pas de ce récit la conclusion que toutes les filles comme Marguerite sont capables de faire ce qu'elle a fait ; loin de là, mais j'ai eu connaissance qu'une d'elles avait éprouvé dans sa vie un amour sérieux, qu'elle en avait souffert et qu'elle en était morte. J'ai raconté au lecteur ce que j'avais appris. C'était un devoir." Alexandre Dumas (Fils) |
Cela fait déjà quelques jours, que j'ai envie d'écrire cet article sur "La dame aux Camélias" et pourtant je le repousse à chaque fois ne trouvant pas les mots justes. Il faut dire que j'ai beaucoup aimé ce livre, il est très fort ... très touchant, et c'est difficile de le décrire avec les mots qui transcrivent vraiment cet effet.
C'est avant tout une histoire d'amour, celle qui va naître entre Armand Duval et Marguerite Gautier.
Il tombe amoureux d'elle dès le premier regard, elle ne va alors plus quitter ses pensées et il n'a plus qu'une envie, la connaître, lui parler, et se faire connnaître d'elle.
Chaque moment passé à attendre cette rencontre va créer en lui une image idéale de cette femme. Il a peur d'être déçu, qu'elle ne soit pas à la hauteur de son imagination, ou plutôt il craint que leur histoire ne soit pas aussi belle qu'il ne le voudrait.
Si tout allait trop vite, était trop facile ... ça ferait disparaître ses rêves et ses envies.
Ce qu'il apprend sur elle ne va pas l'aider à se rassurer : elle est jeune, jolie mais surtout c'est une courtisane très en vue à Paris.
Leur première rencontre va lui faire découvrir un peu amèrement la légèreté de cette femme qui le tourne en ridicule et s'amuse de lui. Quelques minutes après avoir réussi à la rencontrer dans sa loge du théatre, il la quitte vexé, et en colère.
Le hasard va heureusement lui permettre de la revoir, quelques temps après. Accompagné d'un ami, il profite de l'invitation chez la servante de Marguerite pour poursuive la soirée avec la maîtresse. Cette seconde rencontre sera beaucoup plus heureuse pour lui.
Même si elle ne se souvient pas de ce jeune homme qu'elle a ridiculisé, Marguerite est touchée par celui qu'elle a devant elle : elle apprend qu'il est venu tous les jours prendre de ses nouvelles pendant qu'elle était souffrante sans même s'annoncer et avoir des remerciements. La courtisane est surtout séduite par l'intérêt et l'amour sincère qu'il lui porte. A partir de cette soirée, il sera son amant.
La joie de cette nouvelle lui laisse supposer qu'il a réussi à séduire cette femme dont il rêve depuis si longtemps. Mais Marguerite est malade, et il sera le seul à s'inquiéter pour elle, à venir à sa rencontre parce que c'est insuportable pour lui de la voir souffir.
Son rang de courtisanne est difficile à vivre, il ne peut s'empecher d'être jaloux à la vue des amants de Marguerites et ses mensonges sont loin d'arranger les choses.
Il voudrait être le seul, mais la réalité de son monde à elle est dure, il ne peut subvenir aux besoins de cette femme, endettée, dont la vie est faite de sorties, de théatre, de mondanité, d'éclats ... il est donc tiraillé entre ce qu'elle lui demande, être la pour elle sans lui demander l'impossible, et ses sentiments trop forts pour se contenter de ça, et la voir souffrir sans réagir.
Ils savent tous les deux, que pour guérir elle doit être raisonnable : se reposer, vivre, manger et boire seinement. Chacune de ses soirées la rende encore plus faible.
Va-t-il réussir à la protéger d'elle même et de sa vie ?
Les sentiments qu'il y a entre eux vont-ils être plus forts que les histoires d'argent qui lui imposent de rester en bon terme avec ces amants, et de garder la relation avec Armand secrète ?
Je vous ai dit que c'était une histoire très belle, très touchante ... comme on peut se l'imaginer la suite de l'histoire de va pas être le récit d'un pur bonheur, ou même d'une vie banale. Il ne vont pas devenir un couple ordinaire,vivant heureux à la campagne.
Non, c'est là que cette histoire devient prenante, que le livre parvient à faire ressentir chaque sentiment au lecteur, la suite est faite de bonheur et de souffrance.
Autant le bonheur décrit fait penser que tout est possible, que son rang de courtisanne n'a pas enlevé à Marguerite la sensibilité et le droit d'aimer, autant les moments qui décrirvent sa souffrance sont forts, intenses.
Entre trahison ou du moins trahison apparente, maladie, et presque torture, ce livre retranscrit parfaitement ce sentiment de souffrance, d'injustice, de violence et de regrets que peuvent ressentir les personnages.
Les dernières pages en sont presque dures à lire, même si la contruction du roman fait qu'on connait le dénouement de cette histoire dès les premières pages.
Cette histoire est une histoire vraie, relaté par un auteur qui n'est pas Armand Duval, ni Marguerite Gautier, mais un personnage qui à Armand a tout raconté.
Ce narrateur a connu Maruerite de vue comme beaucoup, mais en allant à une vente dans ses anciens appartements, il ne se doutait pas de la vie qu'elle avait eu, il ne se doutait pas qu'en achetant un de ses livres sur un coup de tête, ce serait le lien entre lui et Armand et que cela lui permettrait de découvrir une des plus belles histoires qu'il a eu l'occasion d'entendre.
Il nous livre cette histoire comme un témoignage démontrant qu'il serait trop simple de juger les gens sur leur apparence.
