Et si on vous proposait de devenir une œuvre d’art ? Vous réagiriez comment ?
Apprécié pour votre beauté, votre originalité, votre physique unique, vous seriez exposé dans les plus grand musées, photographié comme les célébrités, regardé et admiré et critiqué pas des centaines voir des milliers de personnes.
Comme beaucoup d’œuvre que l’on peut trouver dans les musées, vous auriez été créés pour plaire, mais surtout surprendre, choquer.
Pièce de collection parmi les autres, vous seriez réduit au rang d’objet, la création d’un artiste, la propriété d’un musée ou d’un collectionneur, qu’elle serait alors votre place dans la société.
Plus aucune place ? Enfin, pas plus qu’une toile, une sculpture ou tout autre objet qui n’a pas les moyens de s’exprimer.
Bien sûr, vous vous pourriez le faire, mais vous n’en auriez plus le droit, ni l’occasion.
En fait, qu’est ce qui pourrait pousser quelqu’un à accepter ces conditions de vie ?
Et qui pourrait avoir l’idée de créer ce concept ?
Pour cette fois, ce n’est pas un artiste, enfin si un peu tout de même puisque c’est Eric Emmanuel Schmitt, mais son œuvre n’est pas un humain, mais un roman : « Lorsque j’étais une œuvre d’art », où il nous fait vivre l’histoire de Tazio Firelli.
Jeune homme de 20 ans, il pense avoir tout raté dans sa vie, jusqu’à ces multiples suicides ratés.
Ses deux frères jumeaux sont de très célèbres mannequins qui font chaque jour la couverture des magazines. Lui n’est ni célèbre, ni beau, ni même laid, il est juste banal, et selon lui inutile.
Il ne voit plus qu’une issue à sa vie, y mettre fin.
Il choisit l’endroit idéal pour que tout se passe bien, enfin plutôt comme il le souhaite, vu que de toute façon il voudrait réussir cette fin tragique.
Les rochers tranchants ne peuvent lui faire de cadeau, tout comme la mer déchaînée, le vent qui souffle en rafale.
Oui, mais voilà, un homme interrompt ce moment personnel, pour lui proposer un marché : comme lui ne veut plus de sa vie, il lui propose qu’il lui en fasse don.
Lui, c’est Zeus Peter Lama, un artiste excentrique, il veut juste que Tazio lui laisse 24h de sa vie, pour le faire changer d’avis.
Le jeune homme fait alors un premier pas dans l’engrenage infernal, il signe un pacte avec le diable. Emerveillé par le monde de l’artiste, dans lequel il prend un rôle central, Tazio accepte de tout donner, de renoncer à sa vie pour devenir une œuvre d’art.
Sa mort est alors mise en scène pour que rien ne puisse être un obstacle au projet de son nouveau créateur.
Le début est assez passionnant, voire excitant, il quitte la peau du jeune homme sans intérêt pour devenir : Adam bis, la vision déjantée de l’homme dans l’esprit tourmenté d’un savant fou, qui veut marquer les esprits.
Finalement devenir un objet quand on avait comme seul but dans la vie de mourir, ce n’est pas si gênant.
Mais, être un objet quand on rencontre deux personnages attachants, et que parmi eux, il y a la femme dont on tombe amoureux, la seule qui arrive à réveiller cette flamme qui fait dire que c’est bon de vivre, et qui apprécie chaque moment subtil de la vie, c’est là que la situation devient gênante.
Une bataille va être menée par ce personnage qui a appris un peu trop tard que la vie n’est pas si mal et qu’elle vaut le coup d’être vécue.
Il a la chance de ne pas avoir sauté de sa falaise, car il semble qu’il soit plus facile de s’échapper de l’emprise d’un artiste fou que de la mort, et pourtant comment prouver qu’on est un être humain, quand on a réussi à montrer qu’on était en fait qu’un objet, qu’une créature de musée.
Une histoire surprenante parce que basée sur un thème difficile à imaginer mais qui fait réfléchir à beaucoup de chose : à la définition de l’art, à ce qu’on à le droit de faire mais surtout à la valeur de la vie.
Un cadeau précieux qu’il serait dommage d’abandonner, même si elle n’est pas toujours aussi somptueuse, et avec autant d’éclat qu’on le voudrait.| Lorsque j'étais une oeuvre d'art d'Eric-Emmanuel SCHMITT en Livre de poche, 2002. |
