LES (MES)AVENTURES DE BEBERT, LE CHEF DE GARE. ( ACTE II ).
Voilà bientôt huit jours et bien sûr huit nuits que Bébert a disjoncté et tout le monde est déjà au courant grâce aux reporters qui ont rempli leurs colonnes avec son sang qui n'a fait qu'un tour au point de perturber la circulation dans sa petite gare provinciale pendant au moins deux bonnes plombes. Sa hiérarchie l'a d'ailleurs mis au repos forcé sans fixer de date de reprise car Bébert est encore tout retourné. Gare à celui qui voudra approcher Bébert qui, on s'en souvient, avait mis un super aller-retour à un psychologue qui n'avait pas su prendre de gants avec notre malheureux alors qu'on était en plein hiver.
La nuit, Bébert ne dort pas, il ne peut pas dormir lui qui, dans sa vie, n'a connu que le droit chemin, à part peut-être les courbes généreuses de Micheline. Soulignons au passage que par courtoisie, nous n'entrerons pas dans les méandres de leur vie privée surtout que Bébert et Micheline nous ont donné pour consigne de garder leurs secrets, il y a dans ce domaine des barrières à ne pas franchir. Pour lui, sa vie est devenue une voie sans issue. S'aimer, c'est regarder tous les deux dans la même direction, mais maintenant, il est tout seul, il n'arrête pas de regarder son film préféré « Il était une voie dans l'ouest ».

Le jour, il parcourt la campagne comme un zombie, oh sa tête n'est pas belle à voir, on croirait bien qu'elle a rencontré un fer à repasser. Faut dire qu'à onze heures – Bébert aime bien manger de bonne heure – sa soupe s'est transformé en bouillon; visiblement, il n'est pas dans son assiette, faut dire qu'il n'a toujours pas avalé le départ de Micheline, alors, il a renvoyé toute la marchandise – remarquez, comme ça, il gardera la ligne - . Il est tellement énervé qu'il n'arrive pas à résoudre cette équation à une inconnue, surtout après vingt ans de voie commune. Non, décidément, Bébert n'en est toujours pas revenu que Micheline, sa Micheline, soit partie on ne sait où et il verse toutes les cinq minutes des larmes de crocodile.

Par défi, il continue à siffler même et surtout quand il traverse le village mais tous les villageois ne sont pas sympa comme les routiers. Au détour d'un chemin de traverse, un habitant malapris a même lancé à Bébert : « Tu peux toujours siffler, tu ne la reverra plus, ta Micheline »! Bien entendu, l'effronté s'est sauvé en quatrième vitesse craignant bien évidemment la foudre de Bébert qui en a ras la casquette de voir les gens se moquer de lui.
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La tête de Bébert est un vrai champ de bataille, alors, il va s'allonger dans l'herbe et il rumine et rumine encore plus comme la vache à côté de lui qui regarde tranquillement passer les trains. Non, il n'est vraiment pas en forme, Bébert, lui le boute-en-train de toujours d'après son horoscope,il n'a décidément pas le coeur à mettre de l'ambiance; en temps normal, vu qu'il est du signe du taureau, il aurait déjà crié : « oh, la vache », non pas en parlant de Micheline, mais de sa ruminante de voisine, une beauté digne de participer à un concours mais les circonstances sont toutes autres.

Bébert ne comprend toujours pas ce qui lui arrive; lui qui a toujours eu du bol jusqu'à présent n'a pas pu boire sa soupe préférée ce midi.Non, il y a vraiment quelque chose qui clôche dans ce départ de Micheline, on n'était pas encore à Pâques de toute façon. Et tout à coup, une idée traverse la tête de Bébert à la vitesse de l'éclair, le transporte sans délai chez lui, il file jusqu'à la salle des pas perdus de sa petite gare chérie car il croit à nouveau à son étoile qui ne l'a jamais quitté et tous ceux qui le voient passer croient qu'il a entendu des voix.
Bébert répète à qui mieux mieux « Faux départ, faux départ ».
La suite au prochain épisode.
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