Publié le 23/11/2008 à 18:28
Par claude.segard
RÉPONSE À UN LECTEUR, À ALAIN LAMBERT
AU SUJET DU TOURISME DANS LE NORD PAS DE CALAIS.

Monsieur Lambert,
Le 18 novembre dernier, vous avez eu l'amabilité de me mettre un commentaire sous ma réponse à Monsieur Henri Leclercq qui me demandait ce que je pensais de la volonté de Philippe De Villiers de faire de la Vendée le premier département touristique de France. Vous me demandez ce que je propose pour la Région Nord Pas de Calais, la Côte d'Opale et Sangatte en particulier, et je vous donne ici volontiers une réponse.
Malgré ses nombreux atouts, la Région Nord Pas de Calais n'accueille pas autant de touristes qu'elle le mérite, c'est le moins que l'on puisse dire. Bien qu'elle soit une région privilégiée du passage des Britanniques vers le Continent et des continentaux vers la Grande-Bretagne, elle en reste le plus souvent à ce stade, c'est à dire qu'elle n'est pas forcément une destination, et quand elle l'est, ce n'est pas pour une longue durée.
Si le tourisme dans la région était il y a environ trente ans un tourisme populaire qui venait volontiers passer entre trois semaines et un mois de préférence sur la Côte, il a beaucoup évolué d'abord pour des raisons financières et ensuite parce que les exigences des touristes vont vers plus de qualité tout simplement.
Certes, de gros efforts ont été faits mais la région souffre d'un déficit d'image. Il est certain que le film de Dany Boon, « Bienvenue chez les Chtis » a agi positivement, en ce sens qu'il a éveillé la curiosité des Français « Sudistes » et d'étrangers, nos voisins belges par exemple,en particulier pour la ville de Bergues mais aussi bien entendu pour la région toute entière.
Alors, qu'est-ce qui fait encore défaut à la région pour qu'elle soit mieux connue ? La communication, certains parleraient plutôt de publicité, n'est pas encore au top; heureusement, Internet commence à produire ses effets positifs car de nombreux acteurs du tourisme ont bien compris ce qu'ils peuvent attendre d'un tel moyen de communication peu coûteux par rapport à sa dimension mondiale, chacun sait que les encarts publicitaires classiques ne sont pas toujours rentables.
Plus loin, une fois que l'on a réussi à exister, entre autres moyens, sur le web et à attirer les touristes français mais aussi étrangers, le pari est-il gagné pour autant? Non, bien évidemment; une fois sur place, les touristes se font vite une idée de ce qu'ils doivent penser. Si jamais ils sont déçus, ils ne reviendront pas personnellement, et ne feront pas le meilleur écho non plus. Ne pas décevoir est une des priorités. Chacun connaît le sens de l'accueil des gens du Nord, la chaleur qu'ils ont dedans car le climat n'est pas toujours au rendez-vous.
Pas de problème particulier pour communiquer avec des Français ou des francophones, mais qu'en est-il en ce qui concerne les étrangers ? Nous sommes à un carrefour géographique privilégié avec les Britanniques, les Belges, Néerlandais et les Allemands et même les Scandinaves au pouvoir d'achat supérieur au nôtre et nous souffrons d'un déficit d'image dû au manque de maîtrise des langues étrangères. Ce qui est vrai pour la France entière, l'est pour la région en particulier : les Français ne font pas assez d'efforts en langues. Une étude faite en 1998 par le Commissariat Général au Tourisme à l'occasion du Mondial de Foot-Ball faisait déjà ce constat; les étrangers citent très souvent en priorité ce qu'ils considèrent comme un énorme défaut.
Si l'on prend le problème à l'envers, pourquoi y a-t-il autant de Français qui vont faire un tour sur la Côte belge ne serait-ce qu'une journée ? L'ouverture des commerces, en priorité les cafés et les restaurants en nombre avec bien entendu l'accueil en français même si l'on se trouve en zone flamande, les commerçants faisant l'effort de parler plusieurs langues, car il n'y a pas que le français.
Après ce constat, que proposer pour la région Nord-Pas de Calais, la Côte d'Opale et Sangatte en particulier ? Un gros effort de communication-infrastructures comme par exemple l'électrification de la ligne de chemin de fer Calais-Dunkerque, des parkings gratuits pour les bus en Centre Ville, au passage, c'est ce qui manque aux 4B à Calais, mais aussi dans les communes qui se veulent touristiques; langues étrangères ensuite car tous les touristes étrangers n'apprennent pas le français; enfin, conforter ou créer des évènements qui mettent la Région en situation de destination et non de passage éphémère.
Pour Sangatte, il faudrait commencer par mettre fin à ce désert commercial, car une ville sans commerces-ouverts quand ils existent!- c'est une ville-dortoir. Quant à des équipements directement touristiques ou non, il est préférable de s'orienter vers des structures dont le succès ne dépend pas du temps qu'il fait, ne serait-ce que pour des raisons de rentabilité élémentaire. Que ceux qui veulent un golf par exemple le financent avec leur propre argent, et là, ils connaîtront leur douleur. Comme je l'ai déjà écrit dans un article à ce sujet en été 2007, il est facile de dépenser de l'argent public, donc l'argent des autres, mais quand on doit sortir l'argent de son propre porte-monnaie, on ne se bouscule pas pour investir. Si le projet était viable, il existerait déjà! J'aurai l'occasion de revenir sur Sangatte et la Côte d'Opale également à divers titres.
En espérant avoir répondu, au moins en partie, à votre interrogation, je vous souhaite, Monsieur Alain Lambert, de trouver toujours autant de plaisir à la lecture de mon blog.
Claude SEGARD. Cliquez aussi sur
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