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Publié le 06/12/2006
Par claude.segard

                            

 

                               COURRIER DE LECTEUR

 

   Cet article est paru en 1998 dans le bulletin de l'association des professeurs d’allemand ( ADEAF ).

 

   Claude SEGARD, professeur au Collège Jean Monnet au Château d’Olonne en Vendée, a pour cette année scolaire 1998-1999 échangé son poste avec une collègue de Blankenburg/Harz dans les nouveaux Länder.Il nous décrit les difficultés rencontrées par cette collègue, Sabine Roloff qui souhaitait comme lui intervenir en primaire pour des cours d’initiation.

   Sabine Roloff a été très surprise à son arrivée de constater que l’initiation à l’Allemand dans le secteur n’avait pas été mise en place.Dans deux écoles, 13 parents au moins désirent que leur enfant soit initié à l’Allemand.Pourtant, malgré l’appui du Principal du collège, rien n’a démarré, et « quand ma collègue pose des questions pour comprendre, elle obtient des réponses telles que : « il y a des problèmes techniques pour vous payer. », alors que le Bulletin Officiel concernant les professeurs d’échange.Elle a même entendu : «  pour nous, vous n’existez pas » ! Bravo l’accueil ! Ici, à Blankenburg, j’ai été en revanche  très bien accueilli ; le russe est en perte de vitesse, et le français en bénéficie car il n’y a pas d’autres langues en concurrence.

   A l’heure de l’Europe, de la naissance officielle de l’Euro, de la nécessaire mobilité des personnels, alors qu’on souhaite de plus en plus que les langues soient enseignées par des professeurs de langue maternelle, on assiste sur le terrain à un « guillotinage » de tout ce qui n’est pas l’anglais ( en contradiction également avec ce qui a été rappelé au récent sommet franco-allemand de Potsdam, à savoir la nécessité d’apprendre la langue du partenaire).Pour moi, il s’agit d’un rouleau compresseur simplificateur ayant pour seule logique une logique comptable.Ah, comme les choses seraient simples si l’anglais était la première langue pour tous.On pourrait bourrer les classes à tous les nveaux dès la sixième.

   Cette pure logique comptable s’applique déjà à l’Espagnol victime de son « succès » avec des classes de plus en plus chargées.Cette même logique – si elle est appliquée jusqu’au bout- atteindra l’anglais lui-même.Alors, les professeurs d’Espagnol, d’Anglais et l’ensemble des collègues seraient bien inspirés de défendre la pluralité des langues proposées et donc entre autres l’Allemand en 6ème car ce sont leurs conditions de travail qui s’aggravent et s’aggraveront encore plus si rien n’est fait contre l’aveuglement ( ?) de notre ministre qui nous construit une Europe à la remorque de l’Anglais et des Etats-Unis au lieu de bâtir une Europe respactueuse de ses diversités (…)Il nous faut une vraie politique DES langues à tous les niveaux et non ce choix qui n’en est pas un : l’Anglais et le reste pour ne pas dire le néant.

   Même si l’Anglais peut servir de langue intermédiaire dans certains cas, il faut voir la mine réjouie des touristes lorsqu’on fait l’effort de les accueillir dans leur langue.Le Ministère du Tourisme n’a-t-il pas édité une plaquette spéciale à l’occasion de la coupe du monde de football avec des rudiments des langues des visiteurs accompagnés d’un descriptif de leurs goûts et habitudes pour ne pas commettre d’impairs ?

   Et quand un Français va à l’étranger, n’est-il pas content lorsqu’on s’adresse à lui en Français ?Même avec un accent et quelques fautes qui d’ailleurs ont leur charme et ne sont pas si graves que cela, l’essentiel étant que la communication s’établisse entre les gens et que ceux-ci aient envie de continuer à faire des efforts pour se comprendre mutuellement.

   De plus, apprendre une langue ne se limite pas à ingurgiter du vocabulaire et quelques règles de grammaire, c’est aussi aller à la rencontre de gens qui vous semblent bien différents, mais qui le sont beaucoup moins dès qu’on communique avec eux dans leur langue  sans passer par une sorte de basic-english.Les industriels et les commerçants le savent bien, les efforts à ce niveau sont toujours récompensés.Alors, pourquoi l’Allemand, langue du premier partenaire économique de la France, langue qui permet également de conquérir des marchés dans de nombreux pays de l’Est, devrait-il être relégué comme les autres langues au rang de sous-langue ?

                                                                                    Claude SEGARD.

                                                                  Professeur d’Allemand et européen convaincu.

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