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Publié le 30/12/2007
Par claude.segard
 

                               LES (MES)AVENTURES DE BEBERT, LE CHEF DE GARE. ACTE V. ( FIN )

                ( LES 4 PREMIERS EPISODES ONT ETE PUBLIES LES 02, 07, 10 et 20 DECEMBRE ).


  
  

 Ah, pour péter, ça a pété ! Non pas que Bébert ait pété un câble, bien au contraire. Ca a pété et cela n'a pas attendu le lendemain. Et quand ça s'est arrêté, Bébert a dit la phrase mémorable : c'est la fin des haricots et ça va bientôt être la fin des espoirs nourris par ceux qui l'ont pris pour une nouille. Bébert, bonne pâte, mais pas idiot, n'aime pas les malhonnêtes qui profitent de sa naïveté et de sa bonté, lui, il ne mange pas de ce pain-là ! Originaire d'un petit village près de Dijon, il lui faut une bonne raison pour que la moutarde lui monte au nez. Sa vie, réglée comme du papier à musique, est claire et limpide, sans fausse note. Le droit chemin est le plus court et le plus direct pour atteindre la vérité. C'est quatre à quatre que demain, il est prêt à descendre les escaliers, mais il ne faut pas faire de faux pas.

   Quoi qu'il en soit, dans un premier temps, il marchera sur des oeufs, car il ne faut pas affoler la volaille; une question titille quand même les neuronnes de Bébert, mais pourquoi donc son remplaçant n'a-t-il pas bronché quand il lui a pris le journal des mains hier ? Il n'est pourtant pas pris des bronches, bien au contraire, il est taillé comme Tarzan, alors, en quoi le gêne un malheureux petit chef de gare, il n'en ferait qu'une bouchée pour son quatre heures. Quatre heures, c'est à quelques minutes près, justement l'heure de la prise de service, mais au fait, Marcel, le fameux Marcel que Julot les Gros Bras n'a même pas mentionné dans le journal « Le Petit Dégourdi », Marcel donc connaît tous les horaires par coeur, d'après Bébert, c'est forcément lui l'indicateur, et il va le coiffer au poteau ! Ah mais, bon sang, mais c'est bien sûr, Marcel l'avait déjà remplacé pendant ses trois semaines de croisière au Brésil avec Micheline; sur place, ils étaient allés au cinéma, et dans le film, ils avaient vu la même scène à Rio, c'est quand même bizarre, il est en train de vivre le même scenario, cette histoire, son histoire, c'est du réchauffé comme le café qu'il est en train de se servir. Précisément, servir ou se servir, là est la question! Marcel se croit encore à l'abri mais Bébert sait à qui il a affaire et l'affaire est simple comme bonjour. Demain matin, ce sera bonjour les dégâts pour celui qui se croit le plus mâlin de la bande, mais pour Bébert, c'est déjà du billard. Julot les Gros Bras s'est fait doubler par Jacquou la Menace, et Jacquou la Menace s'est fait doubler par Marcel qui avait discrètement récupéré les sacs pendant que Jacquou, un homme ne connaissant ni l'art ni la manière, s'occupait à sa façon de Micheline, pas ravie du tout d'avoir un ivrogne comme ravisseur. Elle qui était toujours ravie au lit avec Bébert n'avait pas voulu connaître le huitième ciel, le septième lui donnant pleinement satisfaction; elle avait même peur de connaître une ivresse démesurée vu qu'elle était sujette aux vertiges. Alors, son petit mot d'adieu n'était pas, ne pouvait pas être le sien. Elle ne pouvait pas être partie de son plein gré à l'aéroport et Bébert se dit qu'il fallait mettre un coup d'arrêt aux porcs qui veulent se faire du lard au frais de la princesse.


   Ah, faut pas toucher à sa princesse ! Micheline, c'est SA princesse, l'être qu'il respecte le plus au monde. Il se souvient avoir joué le Prince Charmant un beau soir d'été où il avait réveillé sa Princesse, au bois dormant, derrière sa petite gare.

   Mais que se passe-t-il ? C'est la fin du film, la fin du rêve, et à la place, Bébert ne perd pas au change, c'est une créature de rêve qui lui sourit comme une fée. Il accroche son wagon à sa Micheline et les voilà partis pour un voyage au bout de la nuit, voyage de première classe s'il vous plaît, cerise sur le gâteau, ils sont maintenant dans le compartiment spécialement aménagé à leur intention dans le Paris-Brest, délicate attention de tous ses copains de l'école des Chemins de fer. Ah, il en a de la chance, le Bébert, Micheline, c'est de la formule 1, une formule des cieux, avec elle, il ne rate jamais la correspondance, elle est toujours à l'heure, d'ailleurs, il y a vingt ans, le jour de ses dix-huit ans, jour où ses parents l'avaient expédiée comme un vulgaire colis avec un aller simple, elle s'était dit :  «  bon, puisque c'est comme ça, maintenant, c'est moi qui décide si c'est l'heure ou pas pour tout ce qui me concerne, ma vie m'appartient, et si je veux, je la donne à quelqu'un ».

                                   


   Pour Bébert, elle éprouve de la reconnaissance, lui qui lui envoie sans arrêt des signaux forts, son coeur est un vrai livre ouvert pour elle, elle y lit les plus nobles sentiments, alors, pas question de faire machine arrière, avec lui, tous les feux sont au vert, bon d'accord, les trains, c'est sa passion, il s'y consacre à fond de train, même quand il va tout droit – Bébert est quelqu'un de direct, il va droit au but même s'il ne joue pas pas foot – ses moteurs tournent à plein régime et sans logiciel de simulation. Avec Bébert, pas de salle d'attente, la signalisation est simplifiée, le temps n'est pas perdu en formalités, il les appelle les produits du tiroir, pour lui parler, pas besoin de transiter par une troisième voie, et pour vous répondre, il reste cantonné à ses petites phrases claires, aussi claires que les yeux de Micheline où il peut à son tour lire son avenir, leur avenir à tous les deux. Il l'appelle sa passagère éternelle car il sait qu'elle ne le quittera jamais, même en rêve, et si un jour ou plutôt une nuit, ce rêve devait lui faire prendre un autre chemin ou même un autre train, celui-ci ne serait que temporaire, car pour Micheline, tous les chemins mènent à Bébert, et si elle ne vient pas à Bébert, c'est Bébert qui vient à elle. Ca marche, ça roule pour Bébert et Micheline, et ce sera comme ça jusqu'au terminus. D'ici là, ils ont encore tant de choses à se dire, surtout des mots bleus, ceux que l'on dit dans une langue universelle, la langue de l'amour, et au train où vont les choses, leur merveilleuse histoire va durer, durer toujours.





Claude SEGARD.

 

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Les commentaires
Publié le 30/12/2007
Par Thaddée Segard
C'est décalé, orginal, marrant.. Les vannes fusent .. on ne sait plus où poser les pieds ou les yeux.. Cela me plait bien..
Avez vous déjà publié les aventures de Bébert.. au salon de Wissant, l'ensemble des éditeurs du Nord seront presents..

Thaddée Segard
Publié le 30/12/2007
Par Eric
Un grand moment de bonheur.... Merci à vous Claude pour cette remarquable histoire qui, j'en suis sûr, en aura fait sourire plus d'un ! Et comme nombre de vos lecteurs, j'espère que nous pourront très prochainement suivre d'autres aventures similaires... avec le même entrain ! ;-)

D'ici là je vous souhaite une bonne et heureuse année 2008 !

Eric W.
Publié le 31/12/2007
Par BERNADETTE LANNOYE de CALAIS
Bébert et Micheline coulent des jours heureux et c'est une bien jolie histoire que vous avez écrite. J'espère qu'il y en aura d'autres, c'est ce que dit aussi Eric, de passion-trains, car vous avez une façon très originale de jouer avec les mots pour en faire un humour àla fois distrayant et quand même doté d'une pointe de morale, et c'est ce qui me plaît. Merci. Bernadette LANNOYE de CALAIS.
Publié le 31/12/2007
Par Jean-Luc Lefort
Monsieur, je vous ai déjà mis un commentaire le 13 décembre dernier et je vous remercie pour la réponse que vous m'avez faite. Vous avez une imagination fertile surtout en jeux de mots tous aussi subtils les uns que les autres. J'ai bien aimé votre histoire qui se termine bien, je m'en doutais un peu, de plus, elle se termine comme elle avait commencé, pour la Saint-Sylvestre.
Bonne année à vous.
Jean-Luc Lefort.
Publié le 01/01/2008
Par Aline 62220
Une belle histoire d'amour qui se termine bien.
Heureuse année à vous et au plaisir de lire d'autres histoires de votre composition.
Aline 62220.
Publié le 08/01/2008
Par Thierry du 62
Des jeux de mots bien faits et à répétition, je dois dire que vous êtes doué.Et puis, votre histoire est marrante; on se demande pendant assez longtemps comment elle va se terminer, on se doute que la fin sera heureuse mais l'énigme de l'attaque du train postal est résolue de façon très très originale.
A part ça, bonne chance pour les élections municipales; à ce sujet, j'ai mis un commentaire sur le blog de votre frère Jean sous l'article où il dénonce la possible disparition de la mairie de Sangatte. Si mes souvenirs sont bons, Monsieur Lapôtre avait prévu de construire une nouvelle école près de la salle des fêtes, là où on construit actuellement des logements sociaux.
Amicalement, Thierry du 62.
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