Publié le 20/12/2007 à 20:20
Par claude.segard
LES (MES)AVENTURES DE BEBERT, LE CHEF DE GARE. ( ACTE IV ).


Cette nuit-là , il fait froid, il fait froid à ne pas mettre un Bébert dehors; il regarde par la fenêtre et voit de jolis flocons blancs voltiger allègrement et cependant se poser délicatement au sol. Il réalise alors qu'il s'est baladé toute la journée dans cette tenue de nain de jardin et il en rougit quelque peu de honte, lui qui broyait encore du noir avant d'avoir cette idée lumineuse; Bébert ne sait pas trop pourquoi mais quand le rouge et le noir s'associent, il pense aussitôt à ses sandales, peut-être bien à cause d'un livre qu'il a lu dans sa tendre jeunesse. A propos de lecture, le journal lui tend les bras avec Julot qui ne rate pas la Une en vidant son sac. Quand Bébert lit trop vite, c'est un vrai sac de noeuds dans sa tête, alors, il se dépêche de penser qu'il doit aller lentement. Ah, ça y est, voilà l'artiste en photo, notre gangster de service n'est pas passé par une belle porte cette fois-ci. Il s'est bêtement fait coincer dans un contrôle de routine, et pour l'argent, il fera ceinture! Le voilà maintenant derrière les barreaux où il pourra se refaire une santé. Ah oui, quand il a appris qu'il y avait un otage dont il ne savait que faire, il n'a pas arrêté, normal en cette période de fêtes mais pas la sienne, d'enguirlander son complice Jacquou la Menace qui n'a rien trouvé de mieux que de disparaître de la circulation en emmenant à la fois l'otage et les billets.
Julot les gros bras avait pourtant bien ficelé le coup du siècle comme il disait, il avait attendu assez longtemps! Grâce à un complice introduit dans le milieu, il savait comment prendre la place des convoyeurs, il n'avait qu'à attendre que les portes s'ouvrent grâce à une de ces dames innocentes, et hop, à lui les mains pleines! Seulement voilà, Jacquou la Menace, d'origine tchèque mais aussi bête qu'un carnet, voyeur qu'on repère à quinze mille, n'avait pas pu s'empêcher de tomber en admiration devant une vraie Madone en lui disant dans un mauvais français : « Marci pour ce sac que tu m'as donnes ».
Micheline sentit le danger autant que la mauvaise haleine imbibée d'alcool de Jacquou qui s'empressa de refermer la porte du wagon sécurisé en pensant certainement déjà pouvoir se faire la belle. Très affecté par ce chargement supplémentaire au programme, Julot les Gros Bras fit promettre à Jacquou de se débarasser sans autre forme de procès de ce témoin gênant dans la prochaine gare désaffectée sur le parcours. Il suffirait de sauter avec la fille, de lui dire au revoir avec des yeux aussi langoureux que les balles d'un pistolet mitrailleur et le tour serait joué. Julot les Gros Bras, après s'être jeté du train avec les sacs à l'endroit qu'il avait repéré n'aurait plus qu'à venir récupérer Jacquou qui aurait entre-temps repris son soufle après l'enterrement.
Jacquou, même s'il ne savait pas monter à cheval-vapeur ou pas- voulut faire cavalier seul et profita du fait que Julot les Gros Bras avait piqué un roupillon pour piquer les sacs en emmenant avec lui celle qu'il pensait inviter à dîner en tête à tête. Il sauta de joie au moment propice, Micheline poussa un cri pensant déjà qu'elle allait être la prochaine dinde farcie juste après Noël. Elle cria si fort à travers la nuit qu'elle réveilla Jésus, une espèce de marginal qui avait trouvé refuge dans une cabane abandonnée, laquelle servait d'abri côtier aux amateurs de poésie à deux nocturne.
Heureusement, Julot les Gros Bras ne s'était pas réveillé, il était resté dans les bras de Morphée. Par contre, Jésus, lui, effrayé comme une chouette, sorti du lit comme un fleuve en crue, n'en crut pas ses oreilles, et , tel un écho, logique, il restitua le cri jusqu'à la gendarmerie du gros bourg le plus proche.
Là, le gendarme de faction, qui avait raté sa première vocation de curé, n'avait pas réussi à compter les moutons cette nuit-là, reconnut en une seconde la voix d'une de ses ouailles.Il dit : « Chaque fois que Jésus crie, c'est du sérieux ». Alors, bon pied, bon oeil, il déclencha l'alerte et c'est comme ça qu'une patrouille mit la main sur Julot les Gros Bras qui en eut les jambes coupées de se voir cueillir aussi facilement qu'une fleur de province sur une route de campagne, faut dire qu'il avait appuyé sur le champignon pour assurer des lendemains de fête difficiles à Jacquou, lequel l'avait roulé dans la farine; il se promettait de lui mettre un pain conséquent, mais il fut arrêté par la baguette de gendarmerie.
Julot les Gros Bras qui venait de comprendre qu'il avait tout perdu à cause d'un nain capable de faire capoter n'importe quelle voiture, et qu'il n'avait non plus rien gagné à être connu et reconnu par tous les services de police et de gendarmerie de France et de Navarro, décida alors sans qu'on ait besoin de le cuisiner, même s'il n'avait pas spécialement faim, de se mettre à table et de cracher le morceau. Bébert, lui, continuait de dévorer l'article du journal, n'en perdait pas une miette tellement le récit était craquant; non, il n'avait pas soif de vengeance, mais tout en avalant son cassoulet réchauffé, il se dit :
Demain, il passe à la casserole et je lui botte l'arrière-train !
Ca va péter, c'est Bébert qui vous le promet !
La suite au prochain épisode.
Claude SEGARD.
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