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45. µÑ Ts'ouei / Le Rassemblement (le Recueillement)
Ts'ouei / Le Rassemblement (le Recueillement)
En haut Touei : Le Joyeux, le Lac
En bas K'ouen : Le Réceptif, la Terre
RASSEMBLEMENT. Succès.
Le roi s'approche de son temple.
Il est avantageux de voir le grand homme.
Cela apporte le succès. La persévérance est avantageuse.
Présenter de belles offrandes opère la fortune.
Il est avantageux d'entreprendre quelque chose.
Le rassemblement des hommes dans des communautés d'une certaine importance est, ou bien naturel comme à l'intérieur de la famille, ou bien artificiel comme dans l'Etat. La perpétuation de ce rassemblement s'accomplit au moyen du culte des ancêtres à l'occasion duquel le clan tout entier se réunit. Par la piété unanime des vivants les ancêtres sont si bien intégrés dans la vie spirituelle de la communauté de leurs descendants que celle-ci ne peut se disperser ni se dissoudre. Là où les hommes doivent être rassemblés, la puissance religieuse est nécessaire. Mais il faut aussi qu'un chef humain soit là comme centre du rassemblement. Pour pouvoir rassembler les autres, ce centre du rassemblement doit tout d'abord être rassemblé, recueilli en lui-même. C'est seulement par la force morale du recueillement que le monde peut s'unir. De telles grandes époques d'unification légueront aussi de grandes œuvres. C'est le sens du grand sacrifice qui est offert. Et dans le domaine profane aussi de grandes œuvres doivent être accomplies aux époques de rassemblement.
Le lac est au-dessus de la terre :
Image du RASSEMBLEMENT.
Ainsi l'homme noble renouvelle ses armes pour rencontrer l'imprévu.
Six au commencement signifie :
Si tu es sincère mais non pourtant jusqu'au bout, il y a tantôt confusion, tantôt rassemblement.
Si tu appelles, tu peux rire de nouveau après que l'on t'a prêté main-forte.
Ne regrette pas. Aller est sans blâme.
La situation est ici celle où l'on veut se rassembler autour d'un guide vers lequel on lève les yeux. Mais on se trouve dans une nombreuse compagnie par laquelle on se laisse influencer, si bien que l'on chancelle dans sa résolution. On n'a ainsi aucun centre fixe pour un rassemblement. Toutefois si l'on donne une expression à cet état de détresse et que l'on appelle à l'aide, il suffit que le guide prête main-forte pour mettre un terme au désarroi. C'est pourquoi on ne doit pas se laisser induire en erreur. S'attacher à ce maître est évidemment l'attitude juste.
Six à la troisième place signifie :
Rassemblement dans les soupirs. Rien qui soit avantageux.
Aller est sans blâme. Petite humiliation.
On éprouve souvent le besoin de se joindre à d'autres, mais tous les hommes de l'entourage se sont déjà groupés entre eux si bien que l'on demeure isolé. La situation tout entière se révèle insoutenable. Il importe de nous tourner vers le progrès, de nous joindre résolument à un homme qui se tient près du centre du rassemblement et peut nous introduire dans un cercle fermé. Il n'y a pas de faute, même si au début notre situation de franc-tireur nous vaut une position quelque peu humiliante.
Neuf à la quatrième place signifie :
Grande fortune. Pas de blâme.
Ici se trouve désigné un homme qui rassemble les humains autour de lui au nom de son maître. Comme il ne poursuit pas d'avantage particulier mais travaille d'une façon désintéressée à l'unité de l'ensemble, son travail est couronné de succès et tout entre dans l'ordre.
Un six en haut signifie :
Lamentations et soupirs, larmes à flots.
Pas de blâme.
Il peut arriver que l'on veuille se joindre à quelqu'un, mais que l'on voie son intention méconnue. On est alors plein de tristesse et l'on se lamente. Mais c'est le bon chemin. Car cela peut amener l'autre à réfléchir et l'on peut parvenir encore à la réunion désirée et douloureusement manquée.
Kia Jen / La Famille (le Clan)
En haut Souen : Le Doux, le Vent.
En bas Li : Ce qui s'attache, le Feu.
L'hexagramme représente les lois qui règnent à l'intérieur de la famille. Le trait fort du sommet représente le père, celui du bas, le fils; le cinquième trait, qui est également fort, figure le yang, le deuxième, qui est faible, indique la femme. D'autre part, les deux traits forts à la 5e et à la 3e place représentent deux frères; les traits faibles correspondants, à la 4e et à la 2e place, sont leurs femmes, si bien que toutes les relations et toutes les situations existant à l'intérieur de la famille trouvent ici leur expression appropriée. Chacun des traits a une nature conforme à la place qu'il occupe. La présence d'un trait fort à la 6e place où l'on pourrait s'attendre à trouver un trait faible désigne de la façon la plus claire la ferme autorité qui doit émaner du chef de famille. Ce trait entre ici en ligne de compte, non en sa qualité de sixième, mais en tant que trait supérieur. La famille manifeste les lois qui règnent à l'intérieur de la maison, lois qui, appliquées au monde extérieur, maintiennent également en ordre la cité et l'univers. L'influence qui s'exerce de l'intérieur de la famille vers l'extérieur est représentée par l'image du vent qui est engendré par le feu
LA FAMILLE.
La persévérance de la femme est avantageuse.
La famille a pour fondements les relations de l'époux et de l'épouse. Le lien qui maintient l'unité de la famille est la fidélité et la persévérance de la femme. La place de celle-ci est à l'intérieur (2è trait), celle de l'homme à l'extérieur (5e trait). L'homme et la femme se conforment aux grandes lois de la nature en prenant leur juste place. La famille a besoin d'une autorité ferme : c'est celle des parents. Quand le père est vraiment père et le fils vraiment fils, quand le frère aîné tient comme il faut sa place de frère aîné et le cadet celle de cadet, quand l'époux est vraiment époux et l'épouse vraiment épouse, alors la famille est en ordre. Lorsque la famille est en ordre, toutes les relations sociales de l'humanité s'ordonnent à leur tour. Trois des cinq relations sociales ont leur place à l'intérieur de la famille : celle du père et du fils : l'amour; celle de l'homme et de la femme : la discipline; celle de l'aîné et du cadet : l'ordre. Le respect affectueux que nourrit le fils est alors transféré sur le prince sous forme de fidélité au devoir; l'affection et l'ordre qui règnent entre les frères sont appliqués à l'ami sous forme de loyauté et dans l'attitude envers les supérieurs sous forme de déférence. La famille est la cellule initiale de la société, le sol nourricier où l'exercice des devoirs moraux est rendu aisé par l'affection naturelle, de telle sorte que dans un cercle étroit se trouvent créées les bases à partir desquelles ces principes seront ensuite appliqués aux relations humaines en général.
Le vent sort du feu :
Image de la FAMILLE.
Ainsi l'homme noble possède la substance dans ses paroles et la durée dans sa conduite.
La chaleur crée de la force; telle est la signification du vent qui sort du feu sous forme de flamme. C'est l'influence agissant de l'intérieur vers l'extérieur. La même attitude est nécessaire dans le gouvernement de la famille. Ici également l'influence doit émaner de la personnalité pour s'exercer sur les autres. Pour qu'une telle action soit possible, il faut que les paroles possèdent de la force; mais cela ne peut être que si elles reposent sur quelque chose de réel, comme la flamme sort de la matière brûlante. C'est seulement quand les paroles sont pertinentes et se rapportent clairement à une situation déterminée qu'elles ont de l'influence. Des discours et des avertissements généraux sont sans effet. les paroles doivent en outre être soutenues par l'ensemble de la conduite, de même que le vent agit par sa durée. Seule une activité ferme et conséquente fera impression sur les autres, de manière qu'ils puissent s'y conformer et se régler d'après elle. Si les paroles et les attitudes ne s'accordent pas et ne découlent pas les unes des autres, l'influence fera défaut.
8::::Pi / La Solidarité, l'Union
En haut K'an : L'Insondable, l'Eau
En bas K'ouen : Le Réceptif, la Terre
Les eaux sur la terre unissent leurs cours chaque fois qu'elles le peuvent, comme, par exemple, dans la mer où tous les fleuves se rassemblent. Il y a là un symbole traduisant la solidarité et sa loi. La même idée est évoquée par le fait que tous les traits sont faibles jusqu'au cinquième à la cinquième place, celle du maître de l'hexagramme. Les faibles s'unissent pour s'entr'aimer parce qu'ils subissent l'influence de la volonté ferme à la place d'autorité qui est leur point de réunion. Mais cette personnalité forte et dirigeante conserve en outre l'union avec les autres hommes grâce auxquels elle trouve un complément de sa propre nature.
LA SOLIDARITÉ apporte la fortune.
Sonde l'oracle une fois encore pour savoir si tu as sublimité, durée et persévérance.
Alors il n'y a pas de blâme.
Les incertains se rapprochent peu à peu.
Qui vient trop tard trouve l'infortune.
Il s'agit de s'associer avec d'autres afin de se compléter et de s'avantager mutuellement grâce à la solidarité. Une telle union requiert un centre autour duquel on se groupe avec les autres. Devenir un centre pour l'union des hommes est une affaire grave et lourde de responsabilités. Cela exige de la grandeur intérieure, de la logique et de la force. C'est pourquoi celui qui veut unir les autres autour de lui doit s'éprouver lui-même pour savoir s'il est à la hauteur de la situation. Quiconque en effet veut rassembler les autres sans avoir le sceau de la vocation cause plus de confusion que si aucun regroupement n'avait eu lieu. Mais là où il existe un authentique point de rassemblement, on voit les incertains se rapprocher peu à peu, d'eux-mêmes, de façon hésitante tout d'abord. Ceux qui arrivent trop tard en subiront d'eux-mêmes la peine. C'est qu'il s'agit d'une union à réaliser en temps opportun. Des relations se nouent et s'affermissent suivant des lois internes déterminées. Des expériences communes les consolident. Quiconque arrive trop tard et ne peut avoir part à ces expériences fondamentales aura à pâtir quand le traînard qu'il est trouvera la porte fermée. Cependant, celui qui a reconnu la nécessité d'un regroupement et ne ressent pas en lui la force d'agir comme centre d'union, celui-là a le devoir de se joindre à une autre société organique
Sur la terre est l'eau :
Image de LA SOLIDARITÉ.
Ainsi les rois d'autrefois ont donné les différents Etats en fiefs et cultivé des relations amicales avec les princes féodaux.
L'eau remplit tous les creux de la terre et adhère fortement à celle-ci. L'organisation sociale de l'antiquité était fondée sur cette maxime de l'union entre vassaux et suzerains. L'eau unit d'elle-même ses cours parce que dans toutes ses parties elle demeure assujettie aux mêmes lois. Ainsi la société humaine doit également observer l'union grâce à une communauté d'intérêts qui fait que les différents individus se sentent membres d'un seul tout. Le pouvoir central d'un organisme social doit veiller à ce que chaque membre trouve son véritable intérêt dans l'union, comme c'était le cas dans les relations paternelles que le roi de la Chine antique entretenait avec ses vassaux.
Six au commencement signifie :
Tiens-toi à lui, en étant vrai et loyal. Cela est sans blâme.
La vérité est comme une écuelle d'argile pleine.
La fortune vient finalement de l'extérieur.
Quand il s'agit de nouer des relations, l'entière sincérité est le seul fondement juste. Cette disposition, qui est représentée par une écuelle de terre pleine dans laquelle le contenu est tout et la forme vide n'est rien, ne s'exprime pas en paroles habiles mais par la force intérieure, et cette force est si grande qu'elle attire puissamment à elle la fortune de l'extérieur
Six à la deuxième place signifie :
Tiens-toi à lui intérieurement. La persévérance apporte la fortune.
Quand un homme répond d'une manière adéquate et persévérante aux invites qui, d'en haut, nous exhortent à agir, ses relations avec autrui sont avant tout intérieures et il ne se perd pas lui-même. Mais celui qui recherche l'union avec autrui en arriviste importun ne suit pas le sentier de l'homme noble qui conserve sa dignité et il ne fait que s'avilir.
Six à la troisième place signifie :
Tu te tiens uni à des hommes qui ne sont pas ceux qu'il faut.
Souvent nous nous trouvons avec d'autres hommes qui n'appartiennent pas à notre sphère. Nous ne devons pas dans ce cas nous laisser entraîner par la force de l'habitude à une familiarité déplacée. Il va sans dire qu'une telle attitude entraîne de fâcheuses conséquences. Face à de telles gens, la sociabilité sans intimité est la seule attitude juste. Ce n'est qu'ainsi qu'on se garde libre pour de futures relations avec ses pairs.
Six à la quatrième place signifie :
Extérieurement aussi tiens-toi à lui.
La persévérance apporte la fortune.
Ici les relations avec un homme qui est le centre de l'union sont déjà solidement établies. L'on peut et l'on doit alors en outre montrer ouvertement sa dépendance. Il faut seulement demeurer ferme et ne se laisser induire en erreur par rien.
Neuf à la cinquième place signifie :
Manifestation de la solidarité.
Le roi, à la chasse, ne fait traquer que de trois côtés et renonce au gibier qui s'enfuit devant.
Les citoyens n'ont pas besoin d'avertissement.
Fortune.
Dans les chasses royales de l'ancienne Chine, la coutume était de traquer le gibier de trois côtés seulement. Le gibier traqué pouvait s'enfuir du quatrième côté. Tant que les animaux n'empruntaient pas cette direction, ils étaient contraints de passer par une porte derrière laquelle le roi se tenait, prêt à tirer. Seules étaient abattues les bêtes qui pénétraient là. Quant à celles qui fuyaient par devant, on les laissait aller. Cette coutume était conforme à l'attitude royale : le roi ne voulait pas faire de la chasse un massacre, mais tuait seulement le gibier qui s'était en quelque sorte offert de lui-même. On présente ici un souverain ou un être à la puissante influence vers qui les hommes se tournent. Celui qui vient vers lui, il l'accueille, celui qui ne vient pas, il le laisse aller; il ne prie personne, ne flatte personne : tous viennent de leur plein gré. Il s'établit ainsi une libre subordination chez ceux qui adhèrent à lui. Les gens n'ont pas à se contraindre, mais peuvent exprimer en toute tranquillité leurs sentiments. Il n'est pas besoin d'organisation policière. Les sujets sont librement dévoués à leur maître. Cette liberté est également de mise dans la vie en général. On ne briguera pas la faveur des hommes. Si l'on développe en soi la pureté et la force nécessaires pour créer un centre d'union, les hommes qui nous sont destinés viennent d'eux-mêmes.
Six en haut signifie :
Il ne trouve pas de tête pour la solidarité. Infortune.
La tête est le commencement. Sans commencement juste, il n'y a pas de juste fin. Quand on a manqué la jonction et que l'on demeure hésitant et craintif devant la perspective d'un don de soi véritable et sans réserve, on aura plus tard à se repentir de ses fautes.
43:::::::::::Kouai / La Percée (la Résolution)
En haut Touei : Le Joyeux, le Lac.
En bas K'ien : Le Créateur, le Ciel.
L'hexagramme signifie d'une part une percée après une longue tension accumulée, comme la brèche qu'un fleuve fait à travers ses digues, comme un nuage qui crève. Sur le plan des situations humaines, c'est l'époque où les hommes vulgaires sont en voie de disparition. Leur influence décroît et une action résolue fait que le changement de conditions amène la percée. Ce signe est rattaché au 3 ème mois (avril-mai).
LA PERCÉE.
On doit résolument faire savoir la chose à la cour du Roi. Elle doit être annoncée conformément à la vérité.
Danger. On doit informer sa propre ville.
Il n'est pas avantageux de recourir aux armes.
Il est avantageux d'entreprendre quelque chose.
Même si, dans une ville, il n'y a qu'un homme vulgaire à la place d'autorité, il peut accabler les hommes nobles. Même si dans le cœur une seule passion reste nichée, elle petit obscurcir la raison. La passion et la raison ne peuvent coexister, c'est pourquoi un combat sans merci est indispensable si l'on veut établir le règne du bien. Toutefois il existe dans le combat résolu du bien pour écarter le mal des règles déterminées qui ne doivent pas être perdues de vue si l'on veut obtenir le succès. La résolution doit reposer sur l'union de la force et de la bienveillance. Un compromis avec ce qui est mauvais n'est pas possible; le mal doit en toutes circonstances être discrédité ouvertement. De même les passions et les défauts personnels ne doivent pas être embellis. Le combat ne doit pas être mené par la violence. Là où le mal est stigmatisé, il pense à recourir aux armes, et si on lui fait le plaisir de lui rendre coup pour coup, on a le dessous, car on est soi-même impliqué dans la haine et la passion. C'est pourquoi il importe de commencer par sa propre maison et prendre garde aux défauts que l'on a soi-même stigmatisés. Ainsi les armes du mal s'émoussent d'elles-mêmes quand elles ne trouvent pas d'adversaires. Et même nos propres défauts ne doivent pas être combattus directement. Tant que nous luttons contre eux, ils demeurent victorieux. La meilleure manière de combattre le mal, c'est un progrès énergique dans le bien.
Le lac s'est élevé dans le ciel :
Image de LA PERCÉE.
Ainsi l'homme noble dispense la richesse au-dessous de lui, et craint de se reposer sur sa vertu.
Quand l'eau du lac s'est élevée dans le ciel, on peut craindre de voir crever un nuage. L'homme noble prend cela pour un avertissement et prévient à temps un effondrement brutal. Celui qui voudrait entasser des richesses pour lui seul sans penser aux autres connaîtrait un effondrement. Toute accumulation est en effet suivie d'une dispersion. C'est pourquoi l'homme noble commence déjà à disperser pendant le temps où il accumule. De même, dans le développement de son caractère, il veille à ne pas se raidir et à ne pas s'entêter, mais à demeurer réceptif aux impressions par un constant et rigoureux examen de lui-même.
Neuf au commencement signifie :
Puissant dans les orteils qui marchent en avant.
Si l'on va et que l'on n'est pas à la hauteur de l'affaire on commet une faute.
Aux époques d'avance résolue, c'est le tout premier début qui est particulièrement difficile. On se sent plein d'élan pour une avance vigoureuse, mais la résistance est encore très puissante. Il importe de mesurer sa propre force et de ne pas s'engager plus loin que l'endroit où l'on est assuré du succès. Aller aveuglément de l'avant est mauvais, car c'est précisément au début qu'un choc en retour inattendu a les conséquences les plus néfastes.
Neuf à la deuxième place signifie :
Cri d'alarme.
Armes le soir et la nuit.
Ne crains rien.
Etre prêt, tout est là. La résolution est inséparable de la prévoyance. Lorsqu'on est attentif et réfléchi, il n'est pas besoin de s'émouvoir et de s'effrayer. Lorsqu'on est constamment vigilant tant qu'il n'y a pas encore de danger, on est armé lorsque le danger s'approche et l'on n'a pas à craindre. L'homme noble est sur ses gardes devant ce qui n'est pas encore en vue et attentif à ce que l'on n'entend pas encore; c'est pourquoi il demeure au milieu des difficultés comme s'il n'y avait pas de difficultés. Si quelqu'un cultive son caractère, les hommes s'attachent spontanément à lui. Si la raison triomphe, les passions se retirent d'elles-mêmes. Etre circonspect et ne pas oublier son armure, c'est là le vrai chemin de la sécurité.
Neuf à la troisième place signifie :
Etre puissant dans les os des joues apporte l'infortune.
L'homme noble est fermement résolu.
Il marche solitaire et rencontre la pluie.
Il est arrosé et l'on murmure contre lui.
Pas de blâme.
La situation dans laquelle on se trouve est ambiguë. Tandis que tout le monde est engagé dans le combat résolu contre le vulgaire, on se trouve seul à avoir une certaine relation avec un homme du commun. Si l'on voulait alors se montrer extérieurement fort et se tourner contre lui avant que les conditions aient mûri, on ne ferait que rendre la situation tout entière périlleuse, car l'homme vulgaire recourrait alors à des contre-mesures anticipées. La tâche de l'homme noble est ici des plus difficiles. Il doit être intérieurement résolu et, dans son commerce avec l'homme vulgaire, se tenir éloigné de toute participation à sa vulgarité. Ce faisant, il est naturellement mal jugé. On pense qu'il appartient au parti des hommes vulgaires. Il est entièrement isolé, car personne ne le comprend. Ses relations avec le vulgaire le souillent aux yeux de la foule et l'on se tourne contre lui en murmurant. Mais il supporte d'être méconnu et ne commet pas de faute, car il demeure fidèle à lui-même.
Neuf à la quatrième place signifie :
Il n'y a pas de peau sur les cuisses et la marche s'avère pénible.
Si on se laissait conduire comme un mouton la honte diminuerait.
Mais si l'on entend ces paroles on ne les croira pas.
On souffre d'inquiétude intérieure si bien que l'on ne peut se fixer à sa place. On voudrait avancer à tout prix et, ce faisant, on rencontre des obstacles insurmontables. Ainsi on se trouve en conflit intérieur avec sa situation. Cela provient de l'entêtement avec lequel on voudrait exécuter sa volonté. Si l'on voulait se défaire de cette obstination, tout irait bien. Mais ce conseil, comme beaucoup de bons conseils, ne sera pas entendu. Car l'entêtement fait que l'on a des oreilles mais que l'on n'entend pas.
Neuf à la cinquième place signifie :
Face aux mauvaises herbes il faut une ferme résolution.
La marche au milieu demeure exempte de blâme.
Les mauvaises herbes repoussent sans cesse et se laissent difficilement déraciner. Ainsi la lutte contre des hommes vulgaires à des places en vue réclame une ferme résolution. On se tient en relations avec eux et il est par suite à craindre qu'on ne renonce au combat en le considérant comme sans espoir. Mais cela ne doit pas être. Il faut continuer à lutter résolument et ne pas se laisser détourner de son chemin. Ce n'est qu'ainsi que l'on demeure exempt de blâme.
Six en haut signifie :
Pas d'appel. A la fin vient l'infortune.
La victoire semble être achevée. Il ne demeure plus qu'un restant de mal qui doit être résolument déraciné comme l'époque le demande. Tout semble parfaitement aisé, mais c'est précisément en cela que réside le danger. Si l'on n'est pas sur ses gardes, le mal réussit à se frayer subrepticement un passage et, dès qu'il s'est échappé, de nouveaux malheurs naissent des germes qui avaient subsisté, car le mal ne meurt pas facilement. Face au mal que contient notre propre caractère, nous devons aussi faire un travail radical. Si, par négligence, on omettait de remédier à quelque point, il sortirait de là un nouveau mal.
59
Houan / La Dispersion (Dissolution)
En haut Souen : Le Doux, le Vent
En bas K'an : L'Insondable, l'Eau
Le vent qui, en haut, vagabonde au-dessus des eaux, les disperse et les dissout en écume et en embruns. L'hexagramme contient aussi l'idée que, si la force vitale s'accumule dans l'homme (ce que la propriété du trigramme inférieur donne pour dangereux), elle sera de nouveau dispersée et dissoute par la douceur.
LA DISSOLUTION. Succès.
Le roi s'approche de son temple.
Il est avantageux de traverser les grandes eaux.
La persévérance est avantageuse.
Le texte de l'hexagramme est apparenté à celui de Tsouei, « le recueillement, le rassemblement » (n° 45). Là, il s'agit de rassembler ce qui a été séparé, comme l'eau se rassemble dans les lacs sur la terre. Ici, il est question de la dispersion et de la dissolution de l'égoïsme qui sépare. L'hexagramme « la dissolution » montre en quelque sorte le chemin qui conduit au rassemblement, au recueillement. C'est ce qui explique l'analogie des textes. Pour vaincre l'égoïsme qui sépare, l'homme a besoin de la force religieuse. La célébration en commun des sacrifices solennels et des services divins qui exprimaient en même temps la cohésion et la structure sociale de la famille et de l'Etat était le moyen employé par les grands souverains pour faire communier les cœurs dans les mêmes émotions grâce à la musique sacrée et à la pompe des cérémonies, et leur faire prendre conscience par là de l'origine commune de tous les êtres. C'est ainsi que les séparations étaient vaincues et qu'on faisait fondre les rigidités. Un autre moyen était le travail en commun à de grandes entreprises collectives qui proposent un grand but à la volonté; la concentration sur cet objectif fait tomber tout ce qui sépare, de même que dans un bateau qui traverse un grand fleuve tous les passagers s'unissent dans le travail commun. Toutefois seul est capable de faire fondre ainsi la dureté de l'égoïsme celui qui est exempt de toute pensée égoïste parasite et qui demeure dans la justice et la fermeté.
Le vent vagabonde au-dessus des eaux :
Image de la DISSOLUTION.
Ainsi les anciens rois sacrifiaient au Seigneur et construisaient des temples.
En automne et en hiver l'eau se met à se figer et à geler.
Quand viennent les douces brises du printemps, la rigidité cesse et ce qui était dispersé dans les glaçons se réunit. Il en va de même de l'esprit du peuple. La dureté et l'égoïsme rendent le cœur rigide et cette rigidité le sépare de tout le reste. L'égoïsme et la cupidité isolent les humains. C'est pourquoi il faut qu'une émotion religieuse s'empare de leur cœur. Il doit se dissoudre, pris d'un frisson sacré devant l'éternité, se sentir saisi d'émoi devant la présence pressentie du créateur commun de tous les êtres, et faire l'expérience de l'unité grâce à la puissance du sentiment de communion éprouvé lors du culte d'adoration rendu à la divinité.
Un six au commencement signifie :
Fortune.
Il vient en aide avec la force d'un cheval.
Le point qui importe ici est qu'avant même que la séparation ne se soit accomplie, les premiers symptômes en soient vaincus, et que les nuages soient dispersés avant même que l'orage et la pluie aient fait leur apparition. En de tels moments où les divergences des sentiments commencent à se faire sentir et où les malentendus en sont la conséquence, il faut agir avec promptitude et vigueur pour dissiper les incompréhensions et les méfiances réciproques.
Neuf à la deuxième place signifie :
Lors de la dissolution il court vers son appui.
Le remords disparaît.
Quand on découvre en soi qu'on commence à s'éloigner des autres, à éprouver de la misanthropie et de la mauvaise humeur, il importe de dissiper ces obstructions. On doit se mettre intérieurement en route pour rejoindre son appui. Un tel soutien de l'homme ne se trouve jamais dans la haine, mais toujours dans un jugement mesuré et juste sur les hommes, marié à de la bienveillance. Si l'on retrouve ce regard libre sur l'humanité, une fois dissipée toute mauvaise humeur atrabilaire, toute occasion de remords disparaît.
Six à la troisième place signifie :
Il dissout son moi. Pas de remords.
Il est des circonstances où le travail est si pénible que l'on ne peut plus penser à soi-même. On doit laisser entièrement de côté sa propre personne et disperser tout ce que le moi voudrait rassembler autour de lui pour établir une barrière contre les autres êtres. Ce n'est que sur la base d'un grand renoncement que l'on acquiert la force nécessaire à de grandes tâches. En plaçant notre but hors de nous dans une cause importante, nous pouvons atteindre ce point de vue.
Six à la quatrième place signifie :
Il se détache de son groupe. Sublime fortune.
Par la dispersion on passe à l'accumulation.
C'est là ce que les hommes ordinaires ne pensent pas.
Lorsqu'on travaille à une tâche qui a une portée collective, on doit écarter toutes les amitiés privées. Ce n'est que lorsqu'on se tient au-dessus des groupes que l'on accomplit une œuvre décisive. Celui qui ose renoncer ainsi' à ce qui est proche gagnera ce qui est éloigné. Toutefois, pour pouvoir comprendre cette manière de voir, il est nécessaire d'avoir une vaste vue d'ensemble des différents aspects de la vie et de leurs connexions, ce dont sont seuls capables les hommes sortant de l'ordinaire.
Neuf à la cinquième place signifie :
Ses grands cris dissolvent comme la sueur.
Dissolution. Un roi séjourne sans blâme.
Aux époques de dispersion et de séparation générale, une grande pensée fournit le point autour duquel s'organise la guérison. Tout comme la sueur qui dissout marque la phase critique d'une maladie, de même, aux époques d'obstruction générale, des pensées stimulantes constituent une véritable libération. Les hommes ont un point autour duquel ils peuvent se rassembler : un homme à une place de commandement, capable de dissiper les malentendus.
Neuf en haut signifie :
Il dissout son sang.
S'en aller, se tenir à distance, sortir demeurent sans blâme.
Dissoudre le sang signifie dissoudre ce qui pouvait amener le sang et les blessures, c'est-à-dire éviter le danger. Toutefois la pensée exprimée ici n'est pas que l'on évite les difficultés pour soi-même, mais que l'on délivre les êtres chers en les aidant à partir avant que le danger soit là, à se tenir à distance d'un danger déjà présent et à sortir d'un danger qui les a déjà assaillis. De cette manière on agit correctement.


















