Un dispositif contre les trafics de Subutex
L'Assurance-maladie et les professionnels de la santé devraient bientôt disposer d'un outil pour encadrer les prescriptions et délivrances de Subutex. Ce système, sur le principe d'un médecin et d'un pharmacien référents, devrait permettre de lutter contre les trafics de ce substitut à l'héroïne, qui crée un véritable marché parallèle à l'image du réseau démantelé à Paris au printemps.L'arrêté est dans les tuyaux, il ne manque plus que la signature de la ministre de la Santé. "Ce nouveau dispositif pourrait permettre de prévenir les trafics et les détournements de Subutex", espère Pierre Fender, le directeur de la répression des fraudes de l'Assurance-maladie. Son principe ? Instaurer un meilleur encadrement des prescriptions et de la délivrance de ce produit de substitution à l'héroïne, accusé d'alimenter un marché parallèle.
Le patient pourrait désormais passer un contrat avec le médecin qu'il aura choisi, dès lors seul habilité à lui fournir son traitement. Un protocole de soins serait ensuite signé entre ce médecin "référent" et un médecin de la CPAM, chargé, lui, de veiller au grain. Le patient devra aussi indiquer la pharmacie dans laquelle il compte se rendre pour acheter son Subutex. Le nom et l'adresse de l'officine seront alors obligatoirement portés sur l'ordonnance et seul cet établissement pourra délivrer les comprimés nécessaires.
Ces contrôles supplémentaires, couplés avec les outils informatiques et statistiques des services de la répression des fraudes de la Sécurité sociale, devraient décourager les fraudeurs et les trafiquants "sans entraver pour autant l'accès aux soins des patients", souligne Pierre Fender. "Ces produits de substitution ont considérablement réduit les risques de transmission du virus du sida chez les toxicomanes, tout comme le nombre d'overdoses", insiste-t-il.
En Haute-Garonne, où ce dispositif est expérimenté depuis deux ans, les premiers résultats semblent plutôt concluants. A en croire Michel Laspougeas, porte-parole de l'Ordre des pharmaciens et pilote de cette expérience, "la consommation de Subutex dans le département a baissé des deux tiers". Reste que les caractéristiques de la Haute-Garonne sont difficilement transposables à l'Ile-de-France ou à la région Paca, hauts lieux de ces trafics.
A Paris, un trafic à 4 millions d'euros
Selon le rapport annuel de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), publié en mars dernier, un quart des prescriptions de Subutex en France serait détourné vers le marché illicite et parfois réexporté. Le vaste réseau découvert au printemps dernier en région parisienne en est d'ailleurs la parfaite illustration. Plus d'une vingtaine de personnes, dont cinq médecins et onze pharmaciens, ont déjà été mises en examen par le juge parisien Marie-Odile Bertella-Geffroy, qui n'hésite pas à parler d'une "affaire d'une ampleur inédite".
Le principe était simple: les trafiquants, munis de simples photocopies d'attestation de CMU (couverture maladie universelle) ou d'AME (aide médicale d'Etat) démarchaient des médecins complaisants qui leur vendaient des ordonnances de Subutex à la pelle, facturées 20 euros l'unité. Ces praticiens véreux se faisaient également rembourser par la Sécu ces consultations fictives. Les enquêteurs ont établi que l'un de ces médecins avait par exemple prescrit, pour la seule année 2006, 30 728 boîtes de Subutex. Une activité qui représentait plus de 80% de ses prescriptions.
Munis de ces ordonnances, les trafiquants n'avaient plus qu'à se rendre dans des pharmacies complices pour obtenir la marchandise gratuitement, grâce aux fausses attestations de CMU ou d'AME. Les comprimés étaient ensuite écoulés soit dans les rues de Paris, à quelques euros l'unité, soit expédiés dans des pays de l'Est comme la Géorgie et la Pologne, ou vers la Finlande et l'Allemagne. Là, ils pouvaient être revendus 60 euros pièce.
A ce stade de l'enquête, difficile d'évaluer le pactole empoché par ces dealers en blouse blanche, mais les enquêteurs estiment déjà le préjudice pour la Sécurité sociale à près de 4 millions d'euros. Et encore... L'affaire n'est pas bouclée. Elle pourrait déboucher sur de nouvelles interpellations de médecins et de pharmaciens ripoux.
Source: http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200727/un-dispositif-contre-les-trafics-de-subutex_34213.html








