Quatre ans et demi de prison pour trafic de Subutex, un produit de substitution à l’héroïne. La peine infligée à Christophe Caterino peut, vue de France, paraître très sévère. Même si les 51 000 comprimés saisis dans les valises de l’ex steward d’Air France constitue une prise record dans l’île sœur. Pour tenter une comparaison, les peines les plus lourdes infligées récemment à la Réunion à des trafiquants d’Artane (un médicament pour lutter contre la maladie de Parkinson détourné de son usage) remonte à août dernier : deux ans et demi et deux ans ferme pour les deux prévenus qui faisaient venir les cachets de Madagascar en les cachant dans des lecteurs DVD. Contrairement à la France, la législation mauricienne considère le Subutex comme un produit stupéfiant et pas comme une substance vénéneuse. Et, c’est une constante, la justice mauricienne s’est toujours montrée beaucoup plus sévère en matière de stupéfiants. Certains jeunes Réunionnais l’ont appris en le payant très cher, à l’image de ces deux Portois condamnés à vingt et douze ans de réclusion pour avoir fait rentrer cinq kilos de zamal cachés dans une housse de surf. Cette politique pénale axée sur les lourdes peines à l’encontre des trafiquants de drogue marque à quel point l’île est obsédée par ce problème. Il faut dire que l’héroïne constitue depuis plusieurs années un fléau à Maurice.
LA PEUR DU SIDA
En juin dernier, l’île a une nouvelle fois été classée comme le deuxième pays au monde consommateur d’héroïne et autres opiacés par l’ONU. Un classement que contestent les acteurs locaux de lutte contre la drogue (L’Express du 28 juin 2009). Ce que ne remettent pas en cause les travailleurs sociaux mauriciens, c’est le nombre de consommateurs d’héroïne évalué entre 20 000 et 25 000 personnes. “Une situation alarmante”, constatait fin juin Imran Dhanoo, responsable d’un centre de désintoxication sur les ondes de RFI. Et d’ajouter que la population des usagers est de plus en plus jeune et se féminise. Mais ce qui alerte encore plus les autorités mauriciennes, c’est que le sida se propage dans l’île sœur par le biais des consommateurs d’héroïne. En 2005, une étude a montré que 94 % des nouveaux cas avaient été contaminés par des seringues souillées. Ces dernières années, beaucoup d’associations n’ont cessé de lancer des cris d’alarme à destination de l’État. Et rappellent que les peines de prison infligées ne doivent pas masquer le manque de moyens accordés aux travailleurs sociaux.
Jérôme Talpin
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