Lettre ouverte aux communistes
Depuis plus de 10 ans, les plantes génétiquement modifiées (PGM) sont l’objet d’une campagne d’hostilité menées par une multitude d’associations qui les accusent ayant été conçues uniquement pour servir les intérêts des multinationales d’asservir la paysannerie de mettre en danger la biodiversité et la santé des individus qui les consomment.
Chercheur en biologie, je n’avais aucune opinion tranchée sur la question des PGM. Afin de m’en forger une je fis la lecture de 3 ouvrages, (La guerre au vivant -OGM & les mystifications scientifiques JP Berlan, Agonne) le second de GE Seralini (OGM, le vrai débat, poche), le dernier de L M Houdebine (OGM, le vrai le faux, Le Pommier). Après 30 pages j’ai du abandonner la lecture du premier ouvrage, tellement la caricature était grossière. De la lecture de l’ouvrage de GE Seralini, opposé aux PGM, je ressentais une image négative des biotechnologies appliquées au végétal et l’auteur ne dégageait aucune perspective. Celui de L M Houdebine favorable aux PGM répondait plus à la raison même de mon activité de recherche. Mais la lecture décisive dans la compréhension de la problématique des PGM[1] fut celle de « La marchandise » de K Marx qui me fit comprendre la nature profondément réactionnaire des mouvements anti-PGM.Depuis je me suis engagé dans le combat que j’estime être celui de la rationalité et de la défense de tous mes collègues scientifiques calomniés pour leur contribution au développement d’une technologie que je considère comme majeure dans l’histoire de l’Humanité.
A cette fin j’ai écrit trois tribunes dans l’Humanité sur cette question (Les petits propriétaires terriens, 18 septembre 2003, le titre n’est pas de moi mais de la rédaction !, L’obscurantisme : cela suffit ! 10 septembre 2004, De la technologie à la stratégie, 2 aout 2007 (pour cette tribune la Direction du journal a effacé mon appartenance au PCF, ne tenant visiblement pas à ce qu’un membre du PCF apparaisse favorable au PGM) ainsi que Libéralisme et Capitalisme ne sont pas synonymes avec Jean Claude Delaunay, 15 septembre 2006). Aucun dirigeant du PCF à commencer par Alain Hayot ne m’a porté la contradiction sur les PGM, ce sont les membres d’ATTAC à qui la Direction du journal a complaisamment ouvert ses colonnes qui s’en sont chargés.Afin qu’il n’y ait aucune ambigüité dans ma démarche, j’ai écrit le texte qui suit en tant que travailleur scientifique (Chargé de recherche Inserm), syndiqué à la CGT et membre du Parti Communiste Français.
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Mme MM Robin comme pour « Le monde selon Monsanto » n’aime visiblement pas la critique http://www.metapsychique.org/A-propos-du-documentaire-La.html
Elle avait auparavant réalisé un reportage « vol d’yeux » basé sur des informations non recoupées.
Son film sur Monsanto procède de la même démarche : faire partager ses convictions aux spectateurs. Tout le film est structuré autour d’une trame : le caractère nocif de Monsanto. Ce n’est pas un film d’enquête mais de propagande. Il est truffé d’approximations, de contrevérités et de falsifications. Ainsi les plantes monstrueuses présentées comme des croisements du maïs local avec le maïs transgénique sont en fait des plants d’Arabidobsis Taliana une autre plante dont le caractère « fleur double » est du à une mutation. La rigueur scientifique n’est pas le souci de la réalisatrice. Yann Arthus-Bertrand militant anti OGM expliquait sans détour la démarche militante des écologistes le 19 novembre 2006, dans l’émission de France 5 Arrêt sur image « Je pense que tous les moyens sont bons pour faire avancer les choses ». « On peut se tromper, ça peut être mal fait, manipulateur, n’empêche que c’est bien ». Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ! Le but de cette opération est d’associer, les PGM avec l’agent orange. Bayer a conçu et produit l’ypérite ainsi que l’aspirine. Faut il rejeter le second au nom du premier ? Entreprise de chimie Monsanto a entrepris une reconversion dans les biotechnologies végétales. Faut il associer les PGM à l’impérialisme américain ? Les pratiques commerciales de toutes entreprises capitalistes condamnent-elles ce qu’elles produisent ? Quel est le but réel de ce film ? Le pseudo débat qui a suivi le film avec deux militants anti-PGM (C Vélot et J Bové) et le blog d’Arte y répondent, dénoncer les OGM à travers Monsanto.
Il y a du TF1 dans la stratégie d’Arte. La chaine a supprimé son émission scientifique « Archimède » malgré les très nombreuses protestations pour surfer sans aucune rigueur sur des sujets controversés dans le sens du vent pseudo-radical à seule fin d’élargir son audience.Ce qu’il faut retenir du pamphlet de Mme Robin : Monsanto étend son emprise sur la planète par la corruption des autorités, des scientifiques et en terrorisant les paysans.
La conclusion coule de source: arracher les OGM c’est lutter contre la stratégie de Monsanto Paraphrasant A Bebel qui disait que « l’antisémitisme est le socialisme des imbéciles », je dirais «que « l’anti-Monsanto ou l’anti-PGM est l’anticapitalisme des imbéciles ».Reprenons l’argumentaire anti-PGM.
1°) Par le brevetage des semences les firmes s’approprieraientt le vivant et assujettiraient la paysannerie.
Ce ne sont pas firmes qui décident du régime de la propriété intellectuelle. En matière de semences, les entreprises américaines appliquent le droit américain qui est celui des brevets. En Europe c’est le certificat d’obtention végétal (COV) qui régit la propriété intellectuelle, il s’applique pour les semences conventionnelles comme pour les semences génétiquement modifiées. Ce système vise à protéger le travail de l’entreprise semencière qui a produit la variété tout en maintenant le libre accès à la ressource génétique pour les autres entreprises semencières. Le Burkina Faso qui développe un vaste programme de développement de PGM en collaboration avec Monsanto et Syngeta a imposé le COV à ses partenaires.
Concernant l’achat des semences la transposition en droit français (article 6 de la loi du 29 novembre 2004) de la directive européenne 98/44/EC (journal officiel L213 du 30 juillet 1998) prévoit l’application des modalités de l’article 14 du règlement CE n° 2100/94. Ce règlement s’appliquait déjà pour les semences conventionnelles protégées par un COV. Le législateur européen et français a choisi d’homogénéiser le droit pour les agriculteurs de ressemer une partie de sa récolte qu’il s’agisse de semences conventionnelles ou ayant intégré une innovation biotechnologique couverte par un brevet. Cela ne concerne pas bien entendu les semences des plantes hybrides (maïs et betterave).
La création de nouvelles variétés repose de plus en plus sur la recherche scientifique et nécessite la validation de nombreux tests et essais. La valeur ajoutée se déplace dans les laboratoires. Cette évolution ne plait pas à tout le monde. L’association « semences paysannes » de G Kaestler milite pour que les paysans puissent commercialiser leurs récoltes obtenues à partir de semences non certifiées, c'est-à-dire non génétiquement homogènes. Il est impossible dans ces conditions d’assurer une pureté variétale et une quelconque qualité des semences. Ceci est en totale contradiction avec le sacro-saint principe de précaution mis en permanence en avant par les mêmes pour refuser les PGM. Mais il est vrai que l’essentiel est de se libérer de la tutelle des firmes qui par la maitrise de la technologie domineraient la paysannerie !
Qui assujettit la paysannerie ? Celui qui lui vend la technologie ou celui qui lui achète ses productions ?Monsanto pèse 7,5 milliards de dollars de chiffre d’affaire, quand Carrefour, un des bailleurs de fond du mouvement anti-PGM en France pèse 80 milliards d’euros.
Les centrales d’achat des grandes surfaces prolétarisent la profession agricole maraichère, en lui imposant ses prix et les variétés à cultiver. Il est pour le moins curieux que les tenants « de l’agriculture paysanne » soient silencieux sur cette dépendance économique !
La technologie augmente la puissance de travail. Cet accroissement bénéficie à tous ceux qui ont les moyens d’investir. Cet accroissement sera d’autant plus important que l’investissement technologique est important. La technologie ne fait qu’amplifier une différence entre ceux qui ont les moyens d’investir et ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’investir pour survivre. Fallait il empêcher l’introduction des machines à commandes numériques et garder les tours et autres fraiseuses pour garder les petites entreprises ? C’est tout le sens du combat anti-PGM s’opposer au progrès technologique au lieu de combattre un ordre social. Il y a une confusion entre la technologie et la politique agricole. L’Etat doit aider la paysannerie à accéder à toutes les innovations technologiques lui permettant d’améliorer la qualité de ses productions.
3°) Les PGM représentent un danger potentiel pour la biodiversité et la santé de l’Homme
Si les scientifiques qui travaillent sur les PGM sont achetés par Monsanto, il est logique que les PGM présentent de tels dangers. La théorie du complot à ses limites car cela fait quant même beaucoup de monde soldés par Monsanto à travers le monde.
Pour qui prend-on les scientifiques ? Ces derniers seraient des docteurs Folamour qui se désintéresseraient des conséquences de leur recherche. Il est vrai qu’il est plus facile de s’en prendre aux scientifiques qu’à la nature de l’ordre social. Beaucoup de laboratoires, d’institutions académiques travaillent sur les PGM à travers le monde. Leurs travaux donnent lieux à publications dans des revues à comités de lecture, à des colloques, à des congrès. Et tous feraient semblant de ne rien voir, de masquer les dangers. Comme si l’influence des PGM sur leur environnement ne faisaient pas partie de la démarche scientifique ! Le principe d’équivalence en substance que réfutent les anti-PGM est un principe international qui a été défini conjointement par l’OMS, la FAO et l’OCDE qui bien entendu sont tous complices de la multinationale. Les risques sont liés aux caractéristiques d’un produit et non à la manière avec laquelle il a été obtenu. Il a continuité entre les PGM et les plantes classiques et non rupture, il faut donc évaluer le produit et non la technique.
Il n’y a aucun résultat scientifique qui montre une quelconque dangerosité des PGM et ce ne sont pas les recherches qui manquent. Toutes les opérations alarmistes (papillon monarque, pomme de terre Putzaï, maïs Starlink, contamination maïs mexicain, maïs mon863) se sont effondrées malgré le relai particulièrement actif des médias. Cela fait plus de 12 ans que les PGM sont cultivés en plein champ et il n’y rien mais rien de concret à leur opposer. 10,5 millions d’hectares soit 7 % des terres sont cultivés en PGM. 10, 5 millions d’agriculteurs dont 90 % dans les pays en voie de développement utilisent des semences génétiquement modifiées et tout ce petit monde serait à l’insu de son plein gré subordonné à Monsanto et assimilés !!! Si des paysans se suicident en Inde ce n’est pas à cause des PGM mais de l’usure (le PC indien ne condamne pas les PGM, mais les conditions de prêts des banques aux agriculteurs). Ce ne sont pas les PGM qui sont responsables de la déforestation mais le gouvernement argentin qui ne fait rien pour réguler l’extension des surfaces cultivées.
Si les paysans passent de plus en plus nombreux aux semences génétiquement modifiées c’est tout simplement parce qu’elles ont une valeur d’usage supérieure aux semences conventionnelles.
Si en France nous sommes passés de 40 h de maïs génétiquement modifiés à 22 000 h en 4 ans, c’est que vraisemblablement ce maïs doit présenter un quelconque avantage sur les variétés conventionnelles. Le réchauffement climatique se traduit par un développement des infestations. Dans le sud ouest les agriculteurs sont confrontés à 2 et maintenant 3 cycles d’infestation par la pyrale et la sésamie, ce qui oblige à 8 traitements (minimum) d’insecticides ! Le maïs transgénique Bt présente un taux quasi nul de mycotoxines. Les mycotoxines sont produites par les champignons qui infectent la plante attaquée par les ravageurs. Les mycotoxines (ochratoxine A, trichothécènes, zéaralènone, fumosines, etc..) sont responsables de pathologies chez l’animal. Les fumosines pourraient être impliqués dans le cancer de l’œsophage chez l’Homme. L’aflatoxine est la principale cause du cancer du foie chez l’Homme en Afrique et en Asie. Quasiment absente en Europe, elle a fait son apparition en Italie il y a quelques années et a été détectée il y a peu dans le sud ouest de la France, vraisemblablement du fait de l’évolution climatique. Les teneurs en mycotoxines des PGM sont 100 fois inférieures à celle des plantes bio. Avec le réchauffement climatique, les mycotoxines risquent de constituer un problème de santé publique rendant incontournable le recours aux PGM
Les PGM actuellement cultivées le sont essentiellement pour leur résistance aux pesticides. Il faut 8 ans entre la mise au point d’un PGM et sa commercialisation. Celles qui sont dans les champs ont été élaborées à partir des connaissances scientifiques d’il y a plus de 15 ans. Depuis l’évolution des connaissances a permis de mettre au point de nouvelles variétés qui sont en cours d’évaluation (besoin hydrique moindre, adaptation à des salinités élevées, capacité à fixer l’azote,…). Cette dernière propriété permet de se passer d’engrais azoté (respect de l’environnement et économie d’énergie, il faut 2 tonnes d’équivalent pétrole pour une tonne d’engrais azoté).
Je souligne que la transgénèse a sauvé la papaye d’Hawaï, menacée de disparition par un virus.
La recherche scientifique démultiplie les possibilités de la transgénèse. Ainsi la découverte il y a quelques années chez les plantes, d’un mécanisme de blocage spécifique de la synthèse de protéine par des ARN double brin a permis la création de plantes transgéniques bloquant spécifiquement les fonctions de virus détruisant les récoltes. Les premiers essais montrent que ces plantes transgéniques (non productrices de protéines exogènes) sont totalement protégées des virus infectants. L’impact économique de cette application est considérable.
Pour l’ensemble du dossier scientifique je renvoie le lecteur au lien http://agribiotech.free.fr/
Ces avancées majeures n’ont pas été obtenues en France. Il n’y a plus de recherche privée dans notre pays sur les PGM. Les acteurs privés nationaux suite aux arrachages permanents sont partis en Inde et aux USA. Il ne faut pas être hypocrite en affirmant être pour la recherche sur les PGM, mais uniquement en milieu confiné, à moins bien sur de transformer les terres cultivées en « mer de plastique » comme en Andalousie. Le milieu confiné est un milieu théorique qui ne peut reproduire la diversité des milieux ouverts.
L’agriculture est une activité humaine donc artificielle. Un champ est un espace artificiel dans lequel l’Homme s’est attaqué à la biodiversité pour produire des plantes qu’il a développé pour sa subsistance. Ces plantes sont incapables de pousser en dehors de l’intervention permanente de l’Homme. Dans les jachères, sur les iles volcaniques ce ne sont que des plantes sauvages qui poussent. Les variétés génétiquement modifiées ne se différencient des variétés conventionnelles d’origine que par l’expression ou la disparition d’un nombre restreint de propriétés. Concernant le transfert de gènes, la séparation est quasi-totale entre plantes cultivées et plantes sauvages à l’exception d’une vingtaine d’espèces dont la plupart appartiennent à la famille des crucifères. Le colza qui est une plante hybride du chou et de la navette fixée par l’Homme il y a 4000 ans dans le bassin méditerranéen peut échanger ces gènes avec plusieurs crucifères sauvages. Les PGM sont des outils puissants pour étudier les échanges de gènes entre plantes. L’INRA s’est intéressé, en utilisant une variété transgénique, à la capacité du colza à croiser avec plusieurs crucifères présentes dans le sud-ouest de la France. Ce travail de recherche n’a pu être poursuivi du fait des arrachages répétés des défenseurs autoproclamés de la planète et du genre humain. Il ressort de ce travail de recherche non abouti que la capacité à croiser avec le colza varie suivant les crucifères, que les hybrides formés sont viables mais que leur fécondité diminue très fortement à chaque génération. Bien que le colza existe depuis 4000 ans et qu’il est cultivé à très grande échelle sur plusieurs continents, aucune variété hybride avec les crucifères jouxtant ces cultures n’a été détectée. Les arrachages ont pour but d’empêcher d’apporter la preuve de l’innocuité de ces cultures.
Les expériences en plein champs sont quasiment clandestines. La recherche publique sur les PGM est exsangue ! Cette année, Il n’y a plus d’appel d’offre de l’ANR sur les PGM, Ies réponses aux précédents appels d’offre n’ayant cessé de diminuer. La France est en train de décrocher dans la maitrise des biotechnologies du végétal. L’obscurantisme des talibans anti-PGM n’ayant pas de limites, ils s’en sont pris à plusieurs reprises à la société RAGT, qui bien que ne faisant pas de PGM a le tort d’être une société de biotechnologies pour le monde agricole.
L’enseignement du végétal à l’université est sinistré du fait de la complaisance de la presse et des média à l’égard de la diabolisation des biotechnologies appliquées au végétal.
Après les USA, la Chine et l’Inde ont entrepris un effort considérable dans la création de variétés génétiquement modifiées, qui peut croire que la France pourra ad aeternam se passer des PGM alors que nous ne sommes qu’au début de cette technologie ?
Il y a plus de 60 ans l’idéologie a commandé à la science. La science nouvelle celle du prolétariat allait montrer sa supériorité sur la science bourgeoise. Des biologistes de la science prolétarienne affirmaient avoir transformé des bactéries en virus, des cellules végétales en cellules animales. Cette science nouvelle permettait de démasquer les scientifiques bourgeois. L’agronome Vavilov finit ses jours au Goulag. En Tchécoslovaquie, la statue de Mendel fut abattue. En France, Marcel Prenant fut exclu du Comité central en 1947 et démis de toutes ses responsabilités. Les biologistes membres du PCF quittèrent le Parti sur la pointe des pieds. Ayant euthanasié la biologie, le lyssenkisme s’en prit à la psychanalyse puis à la relativité d’Einstein. Mais le lyssenkisme se cassa les dents sur la physique une discipline déjà bien établie dont les applications tant militaires que civiles validaient le bien fondé. Ce fut le début de sa fin.
Le bilan du prima de l’idéologie sur la démarche scientifique fut terrible. La biologie et l’agronomie soviétique mirent 30 années à s’en remettre.
Que de similitudes entre le lyssenkisme et l’idéologie anti PGM! Que de similitudes entre Lyssenko et Bové !Lyssenko comme Bové instrumentalisés par le pouvoir ne doivent leur notoriété qu’à lui et à la presse, relai de ce dernier.
« Quand la bourgeoisie m’applaudit je me demande quelle bêtise j’ai bien pu commettre » déclarait A Bebel. La bourgeoisie est d’une grande mansuétude à l’égard des anti-PGM. Une partie d’entre elle ne reprend elle pas cette idéologie ?
Lutter contre les OGM serait lutter contre l’ordre des multinationales. Il est pour le moins étonnant de trouver à la pointe de ce combat des personnalités et des journaux qui sont les défenseurs de cet ordre.Quant à José Bové, il bénéficie d’une sympathie des médias et de la presse ainsi que d’un statut d’extraterritorialité dont n’a jamais bénéficié aucun militant syndical salarié. Lui, qui accumule les peines de prisons avec sursis, bénéficie d’une mansuétude stupéfiante de la part de la justice qui jusqu’à présent n’avait pas l’habitude de plaisanter avec le viol du droit de propriété. Sa grève de la faim commencée après les fêtes, fut particulièrement bien couverte par les médias. Il bénéficia de la visite de Mme Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat chargée de l’écologie, qui payant de sa personne, n’hésita pas à lui faire la bise. Mme Royale, toujours elle, vint lui dire tout le bien qu’elle pensait de son combat ! il fut même reçu par Michel Barnier, ministre de l’agriculture !
Les scientifiques ne sont nullement à l’abri des idéologies. Aux USA des scientifiques publiant dans des revues à comité de lecture sont partisans du créationnisme. L’organisation de la cellule est d’une telle complexité qu’elle ne peut être le fruit que d’un dessein intelligent et non de l’évolution. Ceux qui sont opposés aux PGM ne le sont pas sur la base de données objectives mais d’un à priori idéologique. Ils reconnaissent être minoritaires dans la profession. La plupart sont très méfiants à l’égard des biotechnologies qui leur apparaissent modifier l’ordre naturel. Ainsi Jean Marie Pelt, du comité scientifique du CRIIGEN écrit dans Plantes et Aliments transgéniques :J Testart, président de l’association « Sciences citoyennes » milite pour que les citoyens interviennent dans les choix scientifiques. Ce qui est non seulement démagogique mais profondément réactionnaire. « On peut s’interroger sur la place qui sera donnée à la société civile par rapport aux scientifiques dans les futures instances d’évaluation, comme la Haute Autorité sur les OGM ? … Les scientifiques ne doivent pas être les seuls à décider ». Mais décider de quoi ? De cultiver des PGM ou de décider si tel PGM présente ou non des avantages particulier d’ordre économique et sanitaire ?
La société de J Testart est celle des USA ou chaque communauté locale choisit démocratiquement ce que l’école va enseigner (la Bible, le dessein intelligent ou l’évolution).
Sciences citoyennes veut que la société civile interviennent dans les choix de recherche. L’association est membre du réseau international des boutiques des sciences qui est un lobby ayant pour but de fournir ;
« un support de recherche indépendant et participatif qui répond aux préoccupations de la société civile. Les boutiques de sciences sont des organisations qui offrent à des groupes de citoyens un accès très peu cher aux connaissances et recherches scientifiques et technologiques afin qu’ils puissent acquérir des améliorations sociales et environnementales. Leurs activités sont basées sur le fait que des organisations de la société civile ont leurs propres besoins en terme de recherche, en plus des demandes de l’état et du marché. Les boutiques se veulent un outil démocratique dans la production des connaissances scientifiques et servent alors d’interphase entre des groupes de citoyens (des organisations et associations à but non-lucratif, des collectifs, des syndicats) et des institutions scientifiques (universités, instituts de recherches) pour satisfaire une demande croissante.Mais la gauche aussi est présente dans les carnets d’adresse des frères Goldsmith avec JP Berlan et Agnès Bertrand ami de longue date de Teddy qui secrétaire générale d’Ecoropa était aussi membre … du comité de direction d’Attac. Revenons à Ecoropa qui fonctionne grâce à un réseau mondial de correspondants qui partagent ses analyses. Pour Ecoropa, « les sociétés industrielles fondées sur des idéologies dépassées issues du XIXe siècle ont admis comme objectif dominant la production de bien matériels, ce qui implique inévitablement de graves déséquilibres » Ecoropa veut en 1979 « au-delà du Marché commun et des Etats-nations » promouvoir une « démocratie écologique dans une Europe régionale et fédérale » Ecoropa souhaite faire reposer l’unité de l’Europe sur une fédération de régions autonomes. Dans les années 90 Ecoropa s’engagea dans une « alliance paysans écologistes consommateurs » destinées à lutter contre l’agriculture intensive et à promouvoir une alimentation de qualité. Nous retrouvons avec elle la Confédération paysanne, France nature environnement les amis de la terre, etc… Les campagnes vont se multiplier contre le GATT, l’OMC avec les mêmes partenaires. Je renvoie à l’ouvrage de Jean Jacob « l’antimondialisation aspects méconnus d’une nébuleuse » Berg international éditeurs. En 2002 tout ce petit monde avec le Monde Diplomatique organisa un colloque à l’Unesco J Bové, A Gresh, JM Pelt, Ivan Illich, Teddy Goldschmitt, S Latouche y participèrent. On y fit l’apologie des sociétés sans Etats, des communautés agricoles, du commerce sans intermédiaires (les AMAP). Les actes du colloques intitulés « défaire le développement, refaire le monde » furent un hymne à la décroissance. J Bové se proposa d’« en finir avec l’idéologie du progrès » il expliquait pourquoi les paysans du tiers monde doivent absolument continuer à travailler à la main « Aujourd’hui, sur la planète, 28 millions de paysans travaillent avec un tracteur, 200 millions travaillent avec la traction animale et plus de 1.3 milliard travaillent à la main … Que deviendront ces populations si l’agriculture rentre dans la logique productiviste au niveau mondial ? Ce ne sont pas des millions de paysans qui disparaîtront, comme en Europe ou en Amérique du Nord, mais des centaines de millions, peut-être 1 milliard ou plus » et de conclure que « ces gens là n’auraient plus de place »
« Si nous voulons survivre sur cette planète, il faut nous inspirer des sociétés traditionnelles : vivre dans des villages presque autosuffisants, se consacrant à la production de leur propre nourriture et à la manufacture d’objets techniquement simples » Teddy Goldsmith, l’Ecologiste n° 8 octobre 2002.
Ce discours est aussi celui d’ex trotskystes reconvertis dans la communication, comme Jean Claude Besset et Denis Pingaud. Leur parcours est assez similaire. Après des débuts à la JCR et à Rouge suivi d’un passage au Matin de Paris, ils se recyclèrent dans le cabinet de L Fabius, premier ministre, comme chargé de mission et chargé de communication. L’un passa à Libération puis à Politis comme rédacteur en chef puis enfin au Monde qu’il quitta en 2004. Il fit la connaissance de N Hulot qui le chargea de la confection de son pacte écologique et de sa précampagne électorale. L’autre se lança dans la communication et devint directeur de la stratégie du cabinet Euro-RSCG qui conseille Alstom, Areva, Carrefour, Lagardère, Novartis,etc…Or D Pingaud est un proche de J Bové, il est très souvent à ses cotés, il n’est pas pour rien dans la promotion marketing de ce dernier et dans la présence systématique des media et de la presse à chacune des opérations impliquant Bové. J P Besset a pour adversaire « les lobbies industriels et la cléricature scientifique ». Il explicite son ralliement à l’écologie en ces termes « Les grandes organisations écologistes-Greenpeace, Friends of the Earth, WWF occupent dans la contestation de l’ordre du monde, la place qui étaient hier celle de l’internationale ouvrière » !!La radicalité prônée par les défenseurs de l’ordre naturel s’accommode très bien de la manne de fondations gérant des fonds cotées en bourse.
a) L’idéologie de défiance dans le progrès n’est pas neuve. Jacques Ellul et Robert Charbonneau les pères fondateurs de l’idéologie de la décroissance suscitèrent des vocations « Ce sont ces deux hommes (Ellul et Charbonneau) qui ont éveillé et éduqué mon esprit critique et qui m’ont amené à l’écologie dès mes vingt ans » (Noêl Mamère, Ma République ). Ce mouvement est resté très marginal jusqu’au début des années 1970. Ses idées furent validées par le rapport Sico Manshold du Club de Rome cité plus haut.
La crise idéologique générée par le reniement « apparent » du PS de ces promesses d’avant 1981 va constituer le terreau du mouvement écologiste. Ce mouvement né à droite (l’empreinte d’Ecoropa) ne s’intéressant qu’à la nature a intégré un discours social pseudo contestataire au fur et à mesure du recul du mouvement de lutte et de la naissance d’Attac. L’effondrement du socialisme, le recul du PCF, ouvre l’espace à la contestation spontanée. L’union économique et monétaire puis la mondialisation portent au paroxysme la lutte que se livrent les entreprises capitalistes. Chaque Etat va épauler ses multinationales en désocialisant le maximum de richesses au profit de l’accumulation du capital. Des catégories salariales et de travailleurs indépendants vont subir une baisse conséquente de leur niveau de vie, de leurs conditions de travail. Au lieu de s’en prendre à la nature de classe de la société elles vont remettre en cause ce qui leur apparaît comme étant à l’origine de la remise en cause de leur statut social : la technologie. C’est effectivement la technologie qui accélère les transits d’informations, de marchandises, et de voyageurs à travers la planète.
Depuis l’effondrement du socialisme. Le capitalisme règne en maitre sur la planète. La dérégulation, la violence sociale fragilise les individus. Au plan international, les conflits se multiplient. L’avenir est très incertain. Cette crise profonde de la société est un terrain propice pour l’irrationnel.
C’est le titre « Alerte au soja fou » du journal Libération du 1er novembre 1996 qui déclencha la campagne d’hystérie contre les PGM. Ce titre faisait l’amalgame entre le débarquement à Anvers de cargaisons de Soja transgénique venant des USA et la maladie de la vache folle.Le terrain avait été préparé par les scandales sanitaires (sang contaminé, vache folle, amiante). Le sang contaminé était du à la décision des autorités française de retarder l’agrément du test de la société US Abbott afin de permettre à Pasteur vaccin de rattraper son retard dans la mise au point de son test. La vache folle est la conséquence de la modification par une société privée anglaise des conditions de traitement des farines animales pour des raisons d’économie. C’est le désintérêt des gouvernements successifs pour la santé des travailleurs qui est responsable des victimes de l’amiante.
C’est l’agriculture qui va cristalliser les peurs et le rejet de la technologie. L’idéologie des anti-PGM est celle d’un monde agricole immuable dont les valeurs doivent servir de référence à la société. Tout ce qui perturbe ce monde et remet en cause ses valeurs doit être combattu. En 1788, les cahiers de doléances de la paysannerie, la remise en cause des pratiques agricoles nouvelles introduites par les fermiers généraux accompagnaient les revendications sociales. Les luddites anglais de 1807 demandaient au Roi l’application de Chartes tombées en désuétude depuis longtemps. Face à la mondialisation capitaliste, les anti-technologie proposent de revenir à un monde de petits producteurs indépendants dans lequel les agriculteurs produiraient essentiellement pour eux-mêmes et pour un marché local par la vente directe (AMAP). Dans ce monde, il n’est nul besoin de technologie, qui artificialise le lien que l’Homme entretien avec la nature. L’agriculture bio en évacuant la chimie ramène à l’essence même de l’agriculture ; le naturel…
Pour la mouvance J Bové comme pour celle de JM Pelt, plus l’agriculteur intègre la technologie plus il perd de son indépendance. Le travailleur libre est le travailleur indépendant !Il en est de même au niveau international. Les pays en voie de développement doivent garder leur indépendance en se préservant de la technologie occidentale qui ne peut que les dominer. Certains appellent cela la souveraineté alimentaire. Ainsi le différentiel entre ces pays et les pays développés ne fera que s’accroitre ce qui les rendra encore plus dépendants de ces derniers. La souveraineté alimentaire n’est qu’un prétexte pour que ces pays restent dans le sous développement afin de ne pas concurrencer sous une forme ou sous une autre les pays capitalistes développés.
b) Le recul de rationalité est la conséquence de la mise à l’écart de la communauté scientifique dans la définition des stratégies de recherche. Les différents gouvernements n’ont eu de cesse de vassaliser le système de recherche à la stratégie des entreprises et de l’Etat. S’attaquer au statut des organismes de recherche, au statut de leurs personnels afin d’en finir avec la liberté de recherche est l’axe des pouvoirs politiques de droite comme sociaux démocrates. Le Pacte pour la recherche, la loi LRU constituent le levier de cette politique. La marginalisation de toutes les instances scientifiques a ôté à la communauté scientifique tous les moyens d’expression et d’intervention sur les enjeux et les stratégies de recherche qui ne sont plus abordées que dans les Académies et les sociétés savantes.







