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Publié le 01/02/2009 à 12:28
Par blogo
 Cyrano de Bergerac est la plus célèbre pièce de théâtre d'Edmond Rostand, qui s'est inspiré librement d'un personnage réel, Savinien Cyrano de Bergerac (1619-1655), et l'une des plus célèbres pièces du théâtre français. Elle a été écrite en 1897 et jouée pour la première fois le 27 décembre de la même année au théâtre parisien de la porte Saint-Martin. La pièce, pourtant simple d'accès, est difficile à jouer : elle fait intervenir un grand nombre de personnages, elle est longue, le rôle titre est particulièrement imposant (mille six cents vers, un record), les décors sont très différents d'un acte à l'autre et elle comporte une scène de bataille. Le succès de la pièce était si peu assuré qu'Edmond Rostand lui-même, redoutant un échec, se confondit en excuses auprès de l'acteur Coquelin le jour de la première pour l'avoir entraîné dans une pareille aventure. La suite des évènements démentit le jugement a priori de l'auteur : ce fut un triomphe sans pareil ; non seulement les applaudissements furent copieux – vingt minutes ininterrompues –, mais un ministre vint dans la loge épingler sa propre Légion d'honneur sur la poitrine de l'auteur en expliquant : « Je me permets de prendre un peu d'avance. » Rostand la reçut en effet peu après.
Le succès de Cyrano de Bergerac est à comprendre en rapport avec le contexte de l'époque : omniprésence du théâtre de boulevard, défaite de 1870, affaire Dreyfus, récents attentats anarchistes (dont celui qui coûta la vie au président Sadi Carnot), etc. Dans un tel contexte, cette pièce, grandiose, héroïque, dépeignant un héros qui se bat même lorsque c'est inutile, fut ressentie comme une bouffée d'oxygène dans une époque troublée, et comme un exemple à suivre.
La statue de Cyrano trône sur une des places de la ville de Bergerac. Inspiré librement d'un personnage réel, né à Paris, mort à Sannois, (Val-d'Oise), sieur de Bergerac dans la vallée de Chevreuse sur la commune de Saint-Forget (Yvelines), le personnage de fiction a aujourd'hui pris le pas sur l'authentique Savinien Cyrano de Bergerac.
La tirade
Extrait de Cyrano de Bergerac Edmond Rostand
Acte 1, scène IV, "la tirade du nez"
CYRANO, imperturbable. C'est tout ?...
LE VICOMTE Mais...
CYRANO Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire... Oh! Dieu!... bien des choses en somme. En variant le ton,-par exemple, tenez: Agressif: " Moi, Monsieur, si j'avais un tel nez, Il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse ! " Amical: " Mais il doit tremper dans votre tasse ! Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap! " Descriptif: " C'est un roc ! . .. c'est un pic ! . . . c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ?. .. C'est une péninsule ! " Curieux: " De quoi sert cette oblongue capsule ? D'écritoire, Monsieur, ou de boite à ciseaux ? " Gracieux: " Aimez-vous à ce point les oiseaux Que paternellement vous vous préoccupâtes De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? " Truculent: " Ça, Monsieur, lorsque vous pétunez, La vapeur du tabac vous sort-elle du nez Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ? " Prévenant: " Gardez-vous, votre tête entrainée Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! " Tendre: " Faites-lui faire un petit parasol De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! " Pédant: " L'animal seul, Monsieur, qu'Aristophane Appelle Hippocampelephantocamelos Dût avoir sous le front tant de chair sur tant d'os ! " Cavalier: " Quoi, I'ami, ce croc est à la mode ? Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode! " , Emphatique: " Aucun vent ne peut, nez magistral, T'enrhumer tout entier, excepté le mistral ! " Dramatique: " C'est la Mer Rouge quand il saigne ! " Admiratif: " Pour un parfumeur, quelle enseigne ! " Lyrique: " Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? " Naïf: " Ce monument, quand le visite-t-on ? " Respectueux: " Souffrez, Monsieur, qu'on vous salue, C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue! " Campagnard: " He, arde ! C'est-y un nez ? Nanain ! C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain ! " Militaire: " Pointez contre cavalerie ! " Pratique: " Voulez-vous le mettre en loterie ? Assurément, Monsieur, ce sera le gros lot! " Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot: " Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître A détruit l'harmonie! Il en rougit, le traître! " - Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit: Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres, Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres Vous n'avez que les trois qui forment le mot: sot! Eussiez-vous eu, d'ailleurs, I'invention qu'il faut Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries, Me servir toutes ces folles plaisanteries, Que vous n'en eussiez pas articulé le quart De la moitié du commencement d'une, car Je me les sers moi-même, avec assez de verve Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.
DE GUICHE, voulant emmener le vicomte pétrifié. Vicomte, laissez donc !
LE VICOMTE, suffoqué. Ces grands airs arrogants ! Un hobereau qui... qui... n'a même pas de gants ! Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses ! ...
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