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Publié le Mercredi 22 août 2007 à 15:54
Par esteban

 

 

 

 

 

 

 

Verlaine et les Impressionnistes

 

L’Association d'un poème de Paul Verlaine et d'un Tableau Impressionniste

Écrites par Verlaine en 1874 (lors de son séjour en prison)





 

I - Des notations juxtaposées

               1.1 - Walcourt / Portrait d'une femme avec nature morte (Paul Cézanne - 1890).


WALCOURT

Briques et tuiles,

O les charmants

Petits asiles

Pour les amants !

WALCOURT

Briques et tuiles,

O les charmants

Petits asiles

Pour les amants !

Houblons et vignes,

Feuilles et fleurs,

Tentes insignes

Des francs buveurs !

Guinguettes claires,

Bières, clameurs,

Servantes chères

A tous fumeurs !

Gares prochaines,

Gais chemins grands...

Quelles aubaines

Bons juifs errants !


Dans Walcourt, extrait de Paysages Belges, Verlaine raconte tout ce qu’il voit du train où il se trouve alors qu’il est en Belgique avec Rimbaud.

 

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II - La peinture de l'éphémère

2/1 - Ariette VIII / Nymphéas avec iris et branches (Claude Monet).

 

ARIETTE VIII

Dans l'interminable

Ennui de la plaine
La neige incertaine

luit comme du sable.
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.
Comme des nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.
Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive ?
Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.


Dans Ariette VIII, Verlaine nous présente tout le côté éphémère des choses.

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2/2 - Ariette VIII, Bruxelles et Streets / La pie (Claude Monet - 1869).

 

Verlaine utilise également dans le même ouvrage l’esthétique de la peinture de l’éphémère.
« La neige incertaine Luit comme du sable. ». Cette phrase, nous fait penser à une neige qui ne dure pas, qui est donc éphémère, donc à une neige éphémère.

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III - Le refus de la représentation de la réalité

3/1- Ariette VII / D'où venons-nous (Paul Gauguin - 1897).

ARIETTE VII

Ô triste, triste était mon âme
À cause, à cause d'une femme.
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s'en soit allé,
Bien que mon cœur, bien que mon âme
Eussent fui loin de cette femme.
Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon cœur s'en soit allé.
Et mon cœur, mon cœur trop sensible
Dit à mon âme : Est-il possible,
Est-il possible, - le fût-il, -
Ce fier exil, ce triste exil ?
Mon âme dit à mon cœur : Sais-je
Moi-même que nous veut ce piège
D'être présents bien qu'exilés,
Encore que loin en allés ?


 

Dans Ariette VII, Verlaine fuit la réalité. Il est déchiré entre sa femme Mathilde et son amant Rimbaud, déchiré entre l'homme et la femme, son cœur et son âme. Sa fuite consiste à épancher sa douleur sur le papier et à nous livrer sa grande détresse face à son destin. C'est un poème d'une grande tristesse.

Le poème débute comme un refrain avec de multiples répétitions regroupées pas deux.

 



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3/2 - Ariette III / Temps de pluie (Gustave Caillebotte).

ARIETTE III

 

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits
Pour un cœur qui s'ennuie
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui écœure.
Quoi! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine.


 

 

Voici maintenant une peinture de Gustave Caillebotte : Temps de pluie. Ce tableau décrit une scène de pluie dans une rue de Paris (scène courante à Paris).


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IV - Le refus de la construction

4/1- Ariette VI / Régates à Argenteuil (Claude Monet - 1872).


 

ARIETTE VI

C'est le chien de Jean de Nivelle
Qui mord sous œil même du guet
Le chat de la mère Michel;
François-les-bas-bleus s'en égaie.
La Lune à l'écrivain publie
Dispense sa lumière obscure
Où Médor avec Angélique
Verdissent sur le pauvre mur.
Et voici venir La Rainée
Sacrant, en bon soldat
du Roy.
Sous son habit blanc mal famé
Son cœur ne se tient pas de joie
Car la Boulangère... - Elle ? - Oui dam!
Bernant Lustucru, son vieil homme,
A tantôt couronné sa flamme...
Enfants, Dominus vobiscum!
Place! En sa longue robe bleue
Toute en satin qui fait frou-frou,
C'est une impure, palsambleu!
Dans sa chaise qu'il faut qu'on loue,
Fût-on philosophe ou grigou,
Car tant d'or s'y relève en bosse
Que ce luxe insolent bafoue
Tout le papier de Monsieur Loss !
Arrière, robin crotté! place,

Petit courtaud, petit abbé,
Petit poète jamais las
De la rime non attrapée! ...
Voici que la nuit vraie arrive…
Cependant jamais fatigué
D'être inattentif et naïf
François-les-bas-bleus s'en égaie.

 

 


Nous avons trouvé dans Ariette VI que Verlaine mettait en place le refus de la construction. Le poème est écrit en vers octosyllabiques mais il nous laisse l’impression d’un poème désarticulé, à contre courant d’un certain classicisme. Ce poème ressemble à une comptine populaire, à une ronde enfantine.


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V - La représentation de la modernité :

5/1- Charleroi / Cathédrale de Rouen (Claude Monet - 1894) .

CHARLEROI

Dans l'herbe noire
Les Kobolds vont.
Le vent profond
Pleure, on veut croire.
Quoi donc se sent ?
L'avoine siffle,
Un buisson gifle
œil au passant.
Plutôt des bouges
Que des maisons.
Quels horizons
De forges rouges
On sent donc quoi ?
Des gares tonnent,
Les veux s'étonnent,
Où Charleroi ?
Parfums sinistres!
Qu'est-ce que c'est ?
Quoi bruissait
Comme des sistres ?
Sites brutaux !
Oh ! votre haleine,
Sueur humaine,
Cris des métaux!
Dans l'herbe noire
Les Kobolds vont.

Le vent profond
Pleure, on veut croire.


 

Dans ce poème, Verlaine la représentation de la modernité. Le monde moderne ne semble pas l’enchanter. Le tableau nous apparaît sombre et pessimiste, voir même dangereux avec ses amas de métaux, ses gares bruyantes et ses forges crachant milles feux. L’évolution industrielle bascule pour Verlaine vers un univers sinistre et violent.

 

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VI - La fusion d’un état d’âme et d’un paysage par les synesthésies :

6/1- Ariette I / Impression soleil levant (Claude Monet).

 

ARIETTE I

C'est l'extase langoureuse,
C'est la fatigue amoureuse,
C'est tous les frissons des bois
Parmi l'étreinte des brises.
C'est, vers les ramures grises.
Le chœur des petites voix.
Ô le frêle et frais murmure
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l'herbe agitée expire..
Tu dirais, sous l'eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.
Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C'est la nôtre, n'est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s'exhale l'humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?


Le choix de ce poème pour évoquer la fusion d'un état d'âme et d'un paysage par les synesthésies.

 

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