Marie NDiaye suscite l'admiration. Elle est consacrée!
Sa voix s'élève, parfaitement nette, singulière, au-dessus de tous les bavardages. Et laisse derrière elle un écho vibrant, comme le montre fort bien son dernier roman, Trois femmes puissantes, véritable concentré de toutes les qualités dont elle avait fait preuve jusque-là et que vient de reconnaitre le jury du prix Goncourt en lui attribuant son prix pour 2009.
Pour moi une question se pose: Marie NDiaye est elle seule ou à peu près autant que les femmes de son titre et que l'ensemble de ses personnages comme dans Rosie Carpe (édit.de Minuit, Prix Fémina 2001).
Cette solitude est même absolument centrale dans Trois femmes puissantes.
C'est elle qui fonde le destin des êtres et, presque, leur humanité. Elle qui ravage et met en miettes, elle qui suscite la douleur et l'incompréhension, mais elle aussi qui permet de se construire : à partir du balcon que leur solitude avance au-dessus du vide, les humains peuvent prendre conscience d'eux-mêmes et de leur existence.
Chacune pose la question de la perversité, du mal et de la liberté. Autrement dit, de la manière dont les êtres peuvent laisser le malaise des autres s'infiltrer en eux, la "corruption" les gagner, puis comment ils peuvent reprendre possession de leur propre vie.
D'une histoire à l'autre, le livre est traversé par deux courants:
Le premier marque l'invasion du mal, qui prend des formes très variées sur le chemin du mensonge, de la cupidité, de la violence et de l'humiliation, mais aussi des trahisons.
C'est au point le plus bas du malheur que s'amorce le deuxième mouvement : l'émergence d'une conscience, au milieu des décombres.
C'est quand ils parviennent enfin à voir (en eux-mêmes et autour d'eux), quand le "masque de la cruauté" est enfin arraché, que les individus sont, en quelque sorte, sauvés.
Et ce qui donne force et cohérence, c'est évidemment l'écriture de Marie Ndiaye. A la fois introspective et précise, tour à tour éruptive et contenue, cette langue ouvre sur le monde mystérieux des pensées les plus secrètes, là où nichent, tels de grands oiseaux inquiétants, le surnaturel et la magie qui naissent à l'intérieur de l'homme.
grâce à monsieur Raoult marie NDiaye fait aussi l'actualité politique; ce monsieur lui demande de se taire sur la vie politique française à la suite dune interwiev donnée par l'auteur. A la question posée dans l'entretien incriminé,« Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?», Marie NDiaye avait en effet donné cette réponse :
« Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants - ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »







