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Le blog de fabre-pujol
Publié le Samedi 23 mai 2009
Par fabre-pujol
lettre ouverte à Damien ALARY, Président du conseil général du Gard et Vice président du Conseil Régional Languedoc roussillon.  

Monsieur le Président et cher ami,
   Berceau du vin rosé en France, la Provence s’est lancée dans une croisade contre “l’hérésie” consistant à couper du vin blanc avec du vin rouge, technique à laquelle l’Union européenne s’apprête à donner son feu vert. Les viticulteurs du Languedoc peuvent eux aussi s’inquiéter de ce projet de l’Union Européenne qui a valu une des plus belles volte-face du gouvernement français et de son ministre de l’agriculture Michel Barnier qui après avoir donné son aval à Bruxelles le 27 janvier a demandé le report au lendemain des élections européennes pour lesquelles il est candidat.

   En Provence, du petit producteur aux hommes politiques, tous partis confondus, la mobilisation est totale avant la décision finale des experts des Vingt-Sept sur ces nouvelles pratiques œnologiques, attendue le 19 juin à Bruxelles.

   Sur le fronton du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), dirigé par notre ami Michel Vauzelle (PS), une immense banderole a été déployée pour la défense du terroir. Idem du côté du conseil de la communauté du pays d’Aix présidé par Maryse Joissains (UMP), qui regroupe 34 communes et qui a voté à l’unanimité le principe d’une plainte pour “contrefaçon” au cas où l’UE confirmait l’autorisation du coupage. Je vous suggère d’en faire autant sur le Bâtiment du Conseil Général du Gard et de la Maison de la Région, pour l’affichage, surtout en cette époque de Féria, et pour examiner un éventuel dépôt de plainte.

   Le vin rosé s’obtient par un véritable procédé de vinification : une brève macération de la pulpe et de la peau de raisins rouges. Si l’essentiel de la production française vient de Provence, d’autres régions comme La Loire, la Corse, le Sud-Ouest et la nôtre en produisent également.

   De son côté, le vin de coupage que l’on appellerait aussi “rosé” serait issu du mélange de 98% de vin blanc et 2% de vin rouge, pratique aujourd’hui utilisée en Afrique du Sud, aux Etats-Unis ou en Australie.

   Nous devrions avoir le droit d’étiqueter nos flacons “vin rosé traditionnel” ou “vin rosé véritable”. Devons-nous nous satisfaire de cela ? Clairement non, l’essentiel des consommateurs ne connait pas grand chose aux procédés de vinification et à la culture du vin. Si on en reste là, qui se souviendra dans 5 ans de cet épisode et fera la différence entre les rosés traditionnels et les rosés frelatés ?

   L’objectif officiel recherché par la Commission européenne, présidée par la droite, à l’origine de la proposition, est de permettre aux viticulteurs européens de concurrencer l’Afrique du Sud, l’Australie ou encore le Chili sur les marchés d’exportation, comme en Asie.

   On peut évidemment redouter des conséquences graves pour la filière et la dénaturation de l’image des vins rosés avec un déséquilibre du marché, une perte de confiance du consommateur encore une fois abusé alors que l’on peut parfaitement concurrencer le rosé de coupage en faisant de la qualité. On n’est pas obligé de céder au lobby du négoce pour cela.

   On peut évidemment penser que ce projet fumeux n’est qu’un paravent pour permettre à certains opérateurs de profiter de la montée du rosé pour caser certains stocks de vin blanc difficilement vendables…

   Le 26 mai à Bruxelles, les viticulteurs français tiendront une conférence de presse commune avec leurs homologues espagnols, italiens, allemands et suisses. La bataille s’est organisée sur internet. Sur le site www.coupernestpasrose.com une pétition a déjà recueilli 30 000 signatures.

   Sur le plan économique, l’enjeu est de taille car le marché du vin rosé est en pleine expansion à l’inverse des vins rouges et blancs qui se vendent plus difficilement. La première victime sera assurément la viticulture méditerranéenne.
   Michel Vauzelle, président de la région PACA, parle même d’un “séisme” à venir à cause de cette “hérésie”. “Une chose est certaine, des milliers d’emplois sont en jeu (entre 6 000 et 25 000) ! Les choses pressent car si les nouvelles règles européennes devaient être adoptées, elles seraient appliquées dès le 1er août 2009.
amicalement,
Alain FABRE-PUJOL, Ancien Député, Conseiller municipal de Nîmes (les socialistes pour l’union)

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