article de l'humanité du 3/02/2001
Dès 1995, le communiste Alain Clary et le socialiste Alain Fabre-Pujol ont inauguré des rapports d’égalité, devenant après la victoire sur Bousquet, deux associés plus que deux rivaux. Le concept de la gauche plurielle était né, pas encore la formule.
Reportage.De notre envoyé spécial à nîmes
Côte à côte. Alain Clary, les bras allongés le long du corps qui se rejoignent par le croisement des mains. Alain Fabre-Pujol, la main gauche dans le pli de son bras droit, la main droite venant effleurer la pointe du menton. Au-dessus d’eux, le leitmotiv de leur campagne : " Ensemble pour Nîmes ". À côté des arènes, dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon, près du stade des Costières, l’affiche fleurit. Tellement " ensemble " qu’ici, on les désigne le plus souvent comme " les deux Alain ". Le premier est communiste et maire de Nîmes depuis 1995. Le second est socialiste et maire adjoint, et non pas premier adjoint, la différence est de taille, puisqu’il dispose de toutes les délégations du premier édile. Nous recevant dans le bureau carré de M. le Maire, les deux hommes parlent de " bicéphalité ", de " rapport d’égalité ", de " cogestion ", de " démarche paritaire " (lire l’entretien ci-contre). Si la gauche plurielle était un produit AOC (appellation d’origine contrôlée), nul doute que c’est à Nîmes qu’ont été plantées les premières semences.
En fait, tout a commencé en 1994 quand les deux formations, dont les rapports sont plutôt tendus à l’époque, s’entendent pour remplacer le président du conseil général, Gilbert Baumet, aujourd’hui en procès pour " indélicatesses " dans sa gestion. Les influences électorales du PCF et du PS sont tellement proches dans le Gard que la course au leadership non seulement ne désigne finalement jamais de vainqueur définitif à gauche mais, plus, aboutit souvent à des divisions mortifères. Ce qui avait, en partie, permis à Jean Bousquet, le patron de Cacharel, de battre en 1983 le maire communiste sortant, Émile Jourdan. " Nous avons perdu en 1983 parce que l’un voulait dominer l’autre. Nous avons alors réfléchi à une autre conception des relations entre les partis de gauche : sans domination. D’où notre proposition au PS en 1994… ", analyse, aujourd’hui, Jean-Paul Boré, secrétaire de la fédération du PCF. L’idée est difficile à faire passer parmi les communistes - la peur du " PS va nous manger " - comme chez les socialistes, dont beaucoup ne comprennent pas comment on peut " laisser le PCF se refaire une santé ".
Les artisans du " compromis historique " de 1994 sont… Alain Clary pour le PCF et… Alain Fabre-Pujol pour le PS. 1994, le coup d’essai. 1995, le coup de maître. Les " deux Alain " reconduisent la formule et dans le cadre d’une quadrangulaire, la liste Clary devance au second tour Jean Bousquet pourtant élu dès le premier tour en 1989.
Une victoire, mais deux " co-maires ", deux groupes d’élus équivalents (13 PCF, 15 PS), deux cabinets, le tout bien évidemment pour… une seule politique. En 1995, l’accueil face à cette gauche plurielle avant l’heure est au scepticisme, voire à la franche moquerie. " On nous donnait quinze jours ", se rappelle, un léger sourire aux lèvres, Alain Fabre-Pujol.
Six ans après, plus personne ne conteste l’idée que la " formule " fonctionne. Pour Alain Clary, le secret de la réussite n’en est pas un : " Les décisions se prennent après débat en commun, et loin d’entraver le fonctionnement de l’exécutif, cela a souvent permis de prendre des décisions pertinentes, sachant qu’en dernier lieu, c’est la vie qui tranche. "
La vie a plutôt bien tranché puisqu’un sondage exclusif réalisé pour l’hebdomadaire local la Semaine de Nîmes (1) montre que 64 % des Nîmois se disent satisfaits de l’action de la municipalité sortante. Et pourtant l’héritage Bousquet était lourd (lire ci-contre).
Les électeurs aussi ont tranché : après l’hôtel de ville, la gauche emporte, en 1997, 5 sièges de députés (contre 0 en 1993) et gagne 3 cantons sur Nîmes. Pour Alain Fabre-Pujol, ces résultats sont aussi à mettre sur le compte d’un " effet exécutif municipal ". Alain Clary, l’ancien professeur d’histoire-géo, se fait alors pédagogue : " Il y a du soleil pour chacun. Loin de dissoudre son identité, je dis au contraire qu’il s’agit d’un moyen de l’affirmer mais aussi de l’améliorer, car il y a une certaine émulation dans la coopération. C’est tout sauf la fusion et la confusion. "
Du soleil, en mars prochain, il devrait y en avoir pour les sortants comme pour les nouveaux venus. L’accord a été reconduit et élargi. Non sans mal, puisque, au terme d’un débat vif, 33 % des adhérents locaux du Parti socialiste ont voté pour réclamer la tête de liste. Non sans mal, également, du côté des formations politiques de la gauche plurielle nationale mais qui avaient fait bande à part en 1995. Le MDC et les Verts ont décidé de rejoindre l’arche des Alain, mais l’accouchement fut long et douloureux du côté de la formation de Dominique Voynet. Silvain Pastor, un partisan de Cohn-Bendit, s’en explique : " Le jeu d’une liste autonome en valait la chandelle si nous étions capables d’atteindre la barre des 10 %. Nous avons donc décidé de rejoindre la liste de l’équipe sortante, mais notre objectif est d’exister de manière autonome. " La gauche se met donc au " jeu des sept familles " (PCF, PS, Verts, PRG, MDC, Gard Écologie, Alternatifs).







