Il fut une époque, heureusement révolue, où il n’était pas bon de se risquer dans certains restaurants. Le patron vous y guettait planqué derrière son comptoir. Le serveur jouait les rabatteurs. Et la serveuse était prompte à monter.
_ Et dans l’assiette ?
_ De la boustifaille.
_ Et dans le verre ?
_ De la piquette ou de la bibine, suivant l’endroit.
_ Et l’addition ?
_ La quoi ? Ah la douloureuse vous voulez dire ! Salée… très salée.
Le client repartait alors allégé aux deux sens du terme, car non seulement il avait mal mangé, s’il avait osé le faire, mais aussi le portefeuille amaigri. Et je te dis pas la bordée de reproches qu’il essuyait de la part de Madame.
_ Non mais t’as pas honte de m’avoir amenée dans un tel bouge ? T’es pas prêt de m’y faire revenir.
Oh c’était pas la peine de le dire à Monsieur. L’avait compris la leçon. Déjà que l’argent du mois en avait pris un coup, il n’annonçait pas midi mais plutôt six heures.
Pourtant le restaurant faisait parfois partie d’une chaîne, mais les maillons devaient être très lâches. Y avait du jeu, d’où parfois ces surprises désagréables.
Un peu comme celle qu’a eue la famille Bidolli l’autre matin en arrivant à Maizy lès Piay. Cyprien et Estelle Bidolli sont arrivés sur le coup de 12 h 15 et se sont arrêtés devant le restaurant attenant au garage du Méridien.
Attirés par le menu affiché ils n’ont même pas levé la tête pour voir l’enseigne. Malgré les rideaux tirés, Cyprien a poussé la porte d’entrée et les voici à l’intérieur.
L'aurait pas dû le faire. L'aurait dû lever le nez. L'aurait dû lire ce qu'il aurait dû voir. L'a pas fait... Tant pis pour lui. L'aurait su que c'était pas une bonne adresse. Qu'on l'y recevrait mal.
Peut-être qu'il a cru à un simple bris. Bris qui en disait long quand même. Mais bon, sont entrés. Alors faut assûmer.Je continue.
Surprise, il n’y a qu’un seul client.
Alors que le serveur s’approche vers Cyprien:
_ Vous désirez ?
_ Déjeuner, c’est possible ?
_ Bien sûr. Combien ? Deux couverts ?
Non je ne vais pas vous servir le texte de Bigard. Ce serait du réchauffé. Déjà que l’ambiance de ce restau est sinistre.
Non ce qui est important, en plus du cadre, c’est ce qui est en train de se passer derrière Cyprien.
Si vous examinez bien les photos, vous vous apercevrez que l’Estelle se désintéresse de ce que dit son mari. Par contre elle regarde en direction du client déjà attablé.
Et là elle reconnaît Stephen Ruth son amour de jeunesse … Celui pour qui elle eut jadis le coup de foudre. (*)
(*) Ses parents s’opposant à cette liaison, la mirent en pension à Paris où elle rencontra Cyprien, qui fils de commerçant en literie, correspondait mieux à leurs vues.
_ Et dans l’assiette ?
_ De la boustifaille.
_ Et dans le verre ?
_ De la piquette ou de la bibine, suivant l’endroit.
_ Et l’addition ?
_ La quoi ? Ah la douloureuse vous voulez dire ! Salée… très salée.
Le client repartait alors allégé aux deux sens du terme, car non seulement il avait mal mangé, s’il avait osé le faire, mais aussi le portefeuille amaigri. Et je te dis pas la bordée de reproches qu’il essuyait de la part de Madame.
_ Non mais t’as pas honte de m’avoir amenée dans un tel bouge ? T’es pas prêt de m’y faire revenir.
Oh c’était pas la peine de le dire à Monsieur. L’avait compris la leçon. Déjà que l’argent du mois en avait pris un coup, il n’annonçait pas midi mais plutôt six heures.
Pourtant le restaurant faisait parfois partie d’une chaîne, mais les maillons devaient être très lâches. Y avait du jeu, d’où parfois ces surprises désagréables.
Un peu comme celle qu’a eue la famille Bidolli l’autre matin en arrivant à Maizy lès Piay. Cyprien et Estelle Bidolli sont arrivés sur le coup de 12 h 15 et se sont arrêtés devant le restaurant attenant au garage du Méridien.
Attirés par le menu affiché ils n’ont même pas levé la tête pour voir l’enseigne. Malgré les rideaux tirés, Cyprien a poussé la porte d’entrée et les voici à l’intérieur.
L'aurait pas dû le faire. L'aurait dû lever le nez. L'aurait dû lire ce qu'il aurait dû voir. L'a pas fait... Tant pis pour lui. L'aurait su que c'était pas une bonne adresse. Qu'on l'y recevrait mal.
Peut-être qu'il a cru à un simple bris. Bris qui en disait long quand même. Mais bon, sont entrés. Alors faut assûmer.Je continue.
Surprise, il n’y a qu’un seul client.
Alors que le serveur s’approche vers Cyprien:
_ Vous désirez ?
_ Déjeuner, c’est possible ?
_ Bien sûr. Combien ? Deux couverts ?
Non je ne vais pas vous servir le texte de Bigard. Ce serait du réchauffé. Déjà que l’ambiance de ce restau est sinistre.
Non ce qui est important, en plus du cadre, c’est ce qui est en train de se passer derrière Cyprien.
Si vous examinez bien les photos, vous vous apercevrez que l’Estelle se désintéresse de ce que dit son mari. Par contre elle regarde en direction du client déjà attablé.
Et là elle reconnaît Stephen Ruth son amour de jeunesse … Celui pour qui elle eut jadis le coup de foudre. (*)
(*) Ses parents s’opposant à cette liaison, la mirent en pension à Paris où elle rencontra Cyprien, qui fils de commerçant en literie, correspondait mieux à leurs vues.
Quel choc pour Estelle. Retrouver Stephen ici, dans ce lieu mal famé et dans cet état !
Quelle déchéance !
Faut dire que ledit Stephen baigne dans l’alcool. A un point que le niveau apparait dans ses yeux. Il tangue sur sa chaise. Et lorsqu’il la voit il lui faut un temps d’adaptation. Faut qu’il assure la mise au point. Celle-ci plus ou moins établie, faut que son décodeur veuille bien en traduire les données. M’enfin je la connais celle-là. Au bout d’un temps certain il la retapisse.
_C’est Estelle !
Il veut se lever. Au prix d’un gros effort il y parvient difficilement. Veut lever son verre en son honneur. Tend le bras et part en arrière. Loupe sa chaise et se retrouve par terre dans un vacarme qui attire l’attention de Cyprien Bidolli. Celui-ci découvre l’ivrogne et l’aide à se relever.
Comprenant qu’il s’est fourvoyé il prend Estelle par le bras et quitte le restaurant.
Pour Estelle le choc fut brutal. Dès qu’elle l’eut reconnu elle en voulut encore plus à ses parents. Voila ce qu’ils avaient réussi à faire. Non contents de les avoir séparés, ils l’avaient brisé.
Pourtant, c’était un charmant garçon. Plaisant et un peu coureur. Mais qui n’avait pas de situation stable. De plus simple fils d’ouvriers. C’était rédhibitoire à leurs yeux.
Pourtant, ils n’étaient que de vils prétentieux issus de familles aux mariages arrangés et qui voulaient poursuivre dans cette voie.
Pourtant, qu’est-ce que j’ai pu l’aimer, pensa-t-elle en quittant la gargote. Quel couple l’on faisait. Mais je ne suis pas malheureuse avec Cyprien et je ne manque de rien.
Elle se mit alors à évoquer les quelques semaines qu’elle avait passées dans les bras de Stephen. Semaines bien prudes au regard des pratiques d’aujourd’hui. Le rouge lui vint rapidement aux joues lorsqu’elle se rappela comment il lui révéla le pouvoir magique de ses doigts.
Cyprien s’en aperçut et lui dit :
_ T’es toute rouge ! Qui y a-t-il ?
_ Rien du tout. Ça va passer.
_ T’en est sûre ?
_ Oui ! oui, partons vite d’ici. On s’arrêtera plus loin.
Quelle déchéance !
Faut dire que ledit Stephen baigne dans l’alcool. A un point que le niveau apparait dans ses yeux. Il tangue sur sa chaise. Et lorsqu’il la voit il lui faut un temps d’adaptation. Faut qu’il assure la mise au point. Celle-ci plus ou moins établie, faut que son décodeur veuille bien en traduire les données. M’enfin je la connais celle-là. Au bout d’un temps certain il la retapisse.
_C’est Estelle !
Il veut se lever. Au prix d’un gros effort il y parvient difficilement. Veut lever son verre en son honneur. Tend le bras et part en arrière. Loupe sa chaise et se retrouve par terre dans un vacarme qui attire l’attention de Cyprien Bidolli. Celui-ci découvre l’ivrogne et l’aide à se relever.
Comprenant qu’il s’est fourvoyé il prend Estelle par le bras et quitte le restaurant.
Pour Estelle le choc fut brutal. Dès qu’elle l’eut reconnu elle en voulut encore plus à ses parents. Voila ce qu’ils avaient réussi à faire. Non contents de les avoir séparés, ils l’avaient brisé.
Pourtant, c’était un charmant garçon. Plaisant et un peu coureur. Mais qui n’avait pas de situation stable. De plus simple fils d’ouvriers. C’était rédhibitoire à leurs yeux.
Pourtant, ils n’étaient que de vils prétentieux issus de familles aux mariages arrangés et qui voulaient poursuivre dans cette voie.
Pourtant, qu’est-ce que j’ai pu l’aimer, pensa-t-elle en quittant la gargote. Quel couple l’on faisait. Mais je ne suis pas malheureuse avec Cyprien et je ne manque de rien.
Elle se mit alors à évoquer les quelques semaines qu’elle avait passées dans les bras de Stephen. Semaines bien prudes au regard des pratiques d’aujourd’hui. Le rouge lui vint rapidement aux joues lorsqu’elle se rappela comment il lui révéla le pouvoir magique de ses doigts.
Cyprien s’en aperçut et lui dit :
_ T’es toute rouge ! Qui y a-t-il ?
Son Amour avait pris un coup de fusil.







