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Publié le 09/11/2008 à 14:55
Par Trebor Yles
2-218 - Bienvenue à Maizy lès PiayIl faut un début à tout. C’est pourquoi aujourd’hui je suis amené à vous parler depuis le chef lieu d’un canton voisin. De Piay, charmante bourgade dont l’aspect s’apparente aux bastides du Sud-Ouest. Et plus précisément du village qui la prolonge vers l’Ouest et qui touche Machouil la Plaine que vous connaissez déjà.
Ainsi, lorsque vous quittiez Piay dans les années 50 à 80 pour aller à Cernés, 1.500 mètres après la mairie vous entriez sans vous en rendre compte – comme de nos jours d’ailleurs - dans la commune de Maizy lès Piay. Et le premier bâtiment que vous trouviez alors sur votre gauche n’était autre que le Garage du Méridien représentant SIMCA pour les deux cantons.
C’est lui que vous proposent ces photos jaunissantes lors du lancement de la gamme P60.
Alors que son mari vaque à ses activités professionnelles, Dorothée Glasset, derrière sa fenêtre, fait signe à son amant que la voie est libre.
Publié le 06/11/2008 à 17:34
Par Trebor Yles
2-126 - Fric-Frac chez les Lefort 1ère partie
Touhautour est en émoi. Pensez donc, dès sept heures 30 ce matin le bruit s’était répandu dans tout le village. On avait cambriolé le garage des Lefort. _ A Bielles ? _ Non, ici, au bourg _ ???? _ Ben z’êtes pas au courant ? Z’ont quitté Bielles y a 15 jours _ Et ils sont où maintenant _ Ils ont repris le vieux garage Citroën. Z’étaient trop à l’étroit qu’ils ont dit quand ils ont acheté. _ Ah bon ! Et qu’est-ce qu’on a volé ? _ Paraît que ça vaut des millions mais z’ont pas voulu le dire… jamais tant vu de gendarmes… C’est vrai que si l’on s’approche de ce garage l’on voit des voitures de gendarmerie stationnées. Et si vous pouvez entrer ce sont les gendarmes que vous verrez terminant leur enquête de proximité. Qu’est-il donc arrivé de si grave pour en déplacer autant ? Pour comprendre il faut remonter quelques heures auparavant. Ce matin là, lorsque vers 7 h 00 Cédric Lefort fit l’ouverture du garage il eut une intuition. On avait visité les lieux. Aussi avança-t-il avec prudence se contentant de bien regarder partout sans toucher à rien. Cependant tout semblait en place. Tout le matériel coûteux était bien là. Les voitures aussi. Elles semblaient telles qu’il les avait laissées le samedi soir. Et pourtant, au fur et à mesure qu’il poursuivait son inspection le sentiment qu’une visite avait eut lieu ces dernières 24 heures l’envahissait. Voulant en avoir le cœur net il appela son père qui arriva quelques minutes plus tard. Ils refirent un tour mais ne constatèrent rien de particulier. Il ne manquait rien dans l’atelier de mécanique. _ T’as dû rêver lui dit son père… _ Non, j’t’assure. Quelqu’un est entré. Je le sens. _ Et qu’a-t-il fait s’il n’a rien volé ? _ J’en sais rien, mais je suis certain que quelqu’un a visité l’atelier. _ Bon, bon, j’appelle les gendarmes. Ceux-ci furent rapidement sur les lieux et procédèrent à leur tour à l’inspection du garage. Mais leur investigation se solda par le même résultat. Et pourtant Cédric avait raison. Il y avait bien eut de la visite et même vol. (1)
Publié le 06/11/2008 à 17:33
Par Trebor Yles
2-125 Fric-frac chez les Lefort 2ème partie
Sur le coup des 11h30 le téléphone sonna. Rémi Lefort décrocha. _ Garage Lefort. J’écoute… _ Papy Rémi, c’est Robinson (2). _ Bonjour tu veux ton père ? _ Non. Tu peux aller sur internet ? _ Tu sais très bien que ce machin là m’intéresse pas. _ T’as tort Papy. Va sur internet j’ t’ dis. _ Et pourquoi tiens-tu tant à ce que j’aille sur internet ? _ Y a des photos du garage. _ Et alors, c’est permis à tout le monde de photographier les bâtiments. _ Mais non Papy. Des photos de dedans… _ Dedans ? _ Ouais et on voit même tes autos _ Hein ! Quelles autos ? _ Ben celles que vous préparez pour le film. _ T’es au courant de ça aussi ? _ Ben ouais. C’est écrit sous les photos. _ Cédric !!! Appelle son père par la porte ouverte, viens ici. _ J’arrive… _ Qu’y a-t-il ? _ C’est ton fils Robinson qui dit qu’il y a des photos du garage sur internet. _ Et alors ? C’est moi qui les ai mises lorsque j’ai créé le site du garage… _ Toi ? T’as aussi mis les photos des voitures ? _ Quelles voitures ? _ Celles pour le film. _ T’es fou ou quoi ? C’est top secret ! Non c’est pas moi. Passe-moi Robinson. _ Robinson ? C’est quoi cette histoire ? _ Oh Papa, c’est pas une histoire. En cherchant de la doc pour mon exposé je suis tombé sur un blog où y a des photos du garage. _ Ouais ça Papy me l’a déjà dit. _ Y a des photos des autos aussi. On les voit mal mais on voit bien que c’est des voitures de courses. Ils disent qu’elles sont destinées à Lucien Levon pour le tournage de « Le drapeau à damier » sur la carrière d’Alain Jexion. _ Tu peux me donner l’adresse ? _ Bien sur. C’est www.jesuiscap.com rubrique vos photos et c’est le troisième sujet d’aujourd’hui. _ Merci . Je regarde tout de suite. Et en effet, sur l’écran s’étalent les photos prises par un certain Dexju un peu avant 2 heures du matin. _ Papa, regarde ! J’avais raison. Quelqu’un a bien visité le garage. C’est à ce moment là que Martine, la femme de Rémi et en charge de l’administration du garage, se penche aussi sur l’écran. _ Rémi ! Viens voir ! T’as vu ça ? _ Quoi ? Qu’est-ce qu’il a encore ? _ Ben. On a été aussi cambriolé. _ Hein ! Que dis-tu ? _ Regarde bien là. Tu ne remarques rien ? _ Oh merde ! Pardon. _ Allo ! La gendarmerie ? Faudrait revenir car j’ai un vol à déclarer… Merci. _ (1)et vous avez-vous découvert ce qui a été volé? Je vous laisse chercher . _(2) 11 ans, fils de Cédric et petit fils de Rémi Lefort
Publié le 30/10/2008 à 11:34
Par Trebor Yles
2-123 - Vous avez demandé la police ?
Par un bel après-midi d’automne, plusieurs habitants de Touhautour firent le déplacement jusqu’au hameau de Bielles pour attendre le camion des frères Lefort. Ceux-ci avaient été investis d’une mission de la plus haute importance. Vous pensez, ramener d’Espagne une simple Talbot Horizon…
Pas de quoi fouetter un chat me diriez-vous. J’en conviens volontiers. Mais pour eux c’était l’affaire du siècle… Du moins, du moment. Juste avant que la crise financière n’éclate. C’est du tout récent.
Tout à coup l’adjudant Kleber Collomb se saisit du téléphone de sa voiture pour répondre à un appel de son chef, puis, se tournant vers l’assemblée lui dit : _ Le camion vient enfin de quitter la nationale. Il sera là dans 5 mn.
Et effectivement, cinq minutes plus tard ils virent arriver le camion des Lefort avec, sur son plateau, une belle Horizon aux couleurs de la Direction nationale de la police espagnole, entièrement reconditionnée.
Les badauds seraient nombreux le dimanche suivant lors de sa présentation officielle mais rares étaient ceux qui connaissaient l’origine et l’usage qui serait fait de cette voiture.
Mais revenons quelques mois en arrière.
Tout avait commencé en décembre dernier, lors de la dernière séance du conseil municipal de l’année. Lors de cette réunion, Electre Honnycq, le maire de Touhautour avait annoncé que la vieille Clio de la police municipale, avec plus de 250.000 km au compteur faisait valoir ses droits à une retraite bien méritée.
Cela aurait pu passer inaperçu dans bien des réunions, mais à Touhautour les sujets de discussions sont rares. Aussi, Gérard Manpassoif l’apprit-il dès le lendemain matin grâce à Radio comptoir en allant acheter son journal. Aussitôt, il sortit son portable et appela la mairesse.
Dès la deuxième sonnerie celle-ci décrocha. _ Oui ! Electre Honnycq (1) _ Bonjour Electre, Gérard Man… _ Je t’avais reconnu. Pourquoi m’appelles-tu si tôt ? Y avait rien de particulier au conseil hier soir. _ Je sais… J’y viens. _ Dépêche, j’ai les enfants à conduire à l’école. _ J’y viens, j’ t’ dis… J’y viens. C’est au sujet de la Clio. _ Oui et alors ? T'es déjà ou courant ? _ J’y viens… J’y viens. J’aimerais te rencontrer pour en parler de vive voix. _ Et qu’est-ce qu’on fait en ce moment ? _ C’est pas pareil. Je veux t’en parler calmement. _ Bon, et bien passe à la Mairie à 8h30, j’y serais après avoir déposé les enfants à l’école.
Ce qui fut fait. Nous les retrouvons à la mairie sur le coup de 8h53 car tout deux ont rencontré des charrettes en cours de route si bien qu’Electre Honnicq arriva avec plus de 20 minutes de retard.
_ Tu me disais que tu voulais me parler au sujet de la Clio ? _ Oui, répondit Gérard Manpassoif, j’ai une idée qui devrait t’intéresser. _ Expose et on verra après. _ Tu te souviens de mon ami Pedro Barbosa ? _ Vaguement… c’est bien du détective privé espagnol dont tu veux me parler ? _ El Babosa, lui-même. _ Et qu’est-ce qu’il vient faire la dedans ? _ J’y viens. Tu sais que c’est un passionné des voitures des années 50 à 80. _ Peut-être, mais je ne vois toujours pas où tu veux en venir. _ J’y viens. J’ t’ dis que j’y viens… _ Tu m’agaces avec tes "j’y viens, j’y viens". Arrive donc ça ira plus vite … Excuse-moi, ça m’a échaappé. _ C’est pas grave. J’viens… Pardon. Donc, je te disais que l’’autre jour je l’ai eu au téléphone et il m’a parlé que ses amis collectionneurs avaient reconditionné trois Horizon aux couleurs de la Direction nationale de la police espagnole. C’était juste avant l’été. Et quand j’ai entendu parler de la Clio ce matin cela m’a donné une idée. _ Et où veux-tu en venir ? _ Tu ne vois pas ? _ Non… Ah je crois comprendre… Tu voudrais que j’en achète une. _ Tu brules. _ Hein ? Tu vois le père Clément (2) faire sa ronde dans une telle voiture ? _ Et pourquoi pas. _ Faudrait d’abord parler finances tu ne crois pas ? Mais encore faudrait-il que j’ai l’autorisation de l’utiliser avec une telle décoration. _ Tu oublies qu’aujourd’hui c’est l’Europe. Tu te rends compte du succès qu’aura Touhautour ? _ T’emballe pas trop vite… Faut voir. Renseigne-toi des conditions et reviens me voir.
Et c’est ainsi que quelques jours plus tard nous les retrouvons pour un ultime entretien. _ Je te présente Jean Aymar du Tacot, le président du M.C.C. que je me suis permis d’inviter… _ Soyez le bienvenu. J’ai déjà entendu parler de vous par mon mari. Je vous écoute… _ Bon, dit Gérard Manpassoif, j’ai des propositions à te faire qui devraient te satisfaire. _ Et bien vas droit aux faits, je suis pressée, je dois aller voir le conseiller général du canton dans une demi-heure et tu sais comme il est à cheval sur la ponctualité. _ Pour les autres, tu veux dire car pour lui il est plus que tolérant. _ Abrège. Veux-tu ? Accouche ! _ J’y viens. J’ t’ la fais brève. _ Vas-y. _ J’y viens. J’ t’ dis. J’y viens. Donc Pedro Barbosa m’a faxé… pardon m’a envoyé par mail les documents que voici. Il s’agit de la proposition de ses amis collectionneurs. _ Résume, je te dis. Résume. _ Bon d’accord. J’y viens. En clair, ils t’offrent la voiture à condition que tu en assumes le transport. _ C’est bien joli tout ça. Mais je prends l’argent où moi ! Tu connais le budget de la commune, aussi bien que moi. Chaque année faut faire les fonds de tiroir pour régler les dernières dépenses. Et puis c’est pas avec tous les transferts que le gouvernement nous impose qu’on va faire des économies. _ Je te croyais de son bord ? _ Ça n’empêche que… Mais tu me fais perdre le fil de notre discussion. _ J’y retourne… J’y viens. Donc, j’ai aussi pensé à ça et c’est pourquoi j’ai demandé à Jean Aymar de m’accompagner. _ Oui, Mr Aymar ? _ Et bien voila, je suis prêt à financer personnellement le transport de cette Horizon en remerciement des services offerts par la commune de Touhautour qui permettaient chaque année le déroulement du rallye des Taupinières… _ Au fait, pourquoi n’a-t-il plus lieu ? _ Faute de sponsors et une réglementation de plus en plus tatillonne. _ Vous disiez, que vous assureriez le transport de la voiture ? _ C’est bien cela. Je ferai appel aux frères Lefort qui ont un camion approprié et cela ne coûtera à la commune que le vin d’honneur qu’elle organisera lors de la remise des clés. _ Si je vous comprends bien tout les deux : vous me forcez la main. _ C’est toi qui décide lui répondit Gérard Manpassoif. Consulte tes adjoints et donne-moi ta réponse dès que tu auras pris ta décision.
Electre Honnicq rappela Gérard Manpassoif quinze jours plus tard et lui dit : _ C’est d’accord pour l’Horizon. Mais à mes conditions…
Voila pourquoi par un bel après-midi d’automne, les protagonistes se donnèrent rendez-vous aux Bielles dans l’attente de voir arriver au garage une belle Horizon aux couleurs de la Direction nationale de la police espagnole, entièrement reconditionnée.
Toutefois, ce n’est qu’une fois la nuit tombée et sous les projecteurs de la cour que celle-ci arrivera, précédée par Pedro Barbosa au volant de sa Holden.
Mais ce que ne montrent pas ces images c’est qu’en retour le MCC a assuré la rénovation de la Clio (3) qui a été offerte quelques jours plus tôt à Pedro Barbosa et ses amis. Comme cela les Lefort n’ont pas fait le trajet aller haut le pied. A vide si vous préférez.
Échange de bons procédés diraient certains.
_ (1) De son état-civil née Electre Aude Nickie Dufeux, fille de Renatus Dufeux, copain de régiment de Gérard Manpassoif, natif de Touhautour. Et accessoirement filleule dudit Gérard Manpassoif _ (2) Clément Theur, le chef de la police municipale, encore plus proche de la retraite que la Clio _ (3) rénovation financée par James Lefrick qu’Electre Honnicq avait sollicité entre temps
Publié le 25/10/2008 à 17:39
Par Trebor Yles
2-122 - Tournicoti… tournicoton (1)
Lorsque Philogone Desbaff apprit que les gens d’Aires avaient pu obtenir le prêt de l’écorché de laR3 il n’eut de cesse d’en réclamer la venue. N’étant qu’une « pièce rapportée » dans le clan, il dut prendre rang et son mal en patience. Temps qu’il mit à profit pour faire le tour des possibilités de Machouil la Plaineet des environs pour trouver de quoi accompagner cette présentation. Il obtint de Jaimes Lefrick le prêt de deux cabriolets Mercedes et d’Alain Jexion une Renault-Mirage. Auxquelles il adjoint un coupé Flamina provenant de la collection familiale. Aussi, lorsque la date fatidique arriva, il n’eut que se tourner vers le camping municipal de Consurt lès Bord pour agrémenter leur présentation. Las, les belles plantes qu’il avait aperçues quelques jours plus tôt étaient parties vers d’autres cieux et il ne trouva que trois plantes bien vivaces qui acceptèrent de se prêter au jeu.
(1) emprunt à Zébulon du célèbre « Manège enchanté » qui a… enchanté mes enfants
Publié le 05/10/2008 à 21:58
Par Trebor Yles
Les Andouilles ont brûlé
Les aînés se souviendront très bien de quoi je veux parler. C’était à une époque que les moins de vingt ans n’ont pas connue. Une époque où la télévision n’était pas très répandue et où l’image fixe apportait beaucoup. Une époque où sur la vitrine de chaque agence d’un journal il y avait toute une série de photos noir et blanc légendées qui racontaient ce qui s’était passé dans le monde, le pays ou même localement.
L’histoire commence au siège de FCF. Alors qu’elle procédait à la numérisation des feuilles défraichies – les archives de la Feuille de Choux Farcie, devenue FCF, Sévan Dredy, l’opératrice mis la main sur une série de ces photos qui l’intrigua. Elle les apporta à son chef qui discutait avec Gérard Manpassoif (1) venu lui dire bonjour.
Gérard se pencha sur les clichés. Et soudain tout lui revint à l’esprit, comme s’il y était encore.
…
Cela s’était produit à l’époque de la guerre du Vietnam. Des bandes de jeunes manifestaient un peu partout dans le pays pour le retour à la paix. Et puis une nuit ce ne fut qu’un cri.
_ Les Andouilles brûlent ! Y a le feu aux Andouilles !
Cette nuit là la sirène des pompiers ne fut pas nécessaire pour faire sortir les gens sur le pas de leur porte ou à leurs fenêtres. Une immense lueur rougeâtre était visible en direction de la rue Pavée d’Andouilles. Les pompiers intervinrent rapidement mais personne sur les lieux pour les attendre.
Pendant que ses hommes maîtrisaient l’incendie, le chef de corps, Philander Niers, fit part de ses premières observations au brigadier Agathon Caminot.
_ Y avait plus personne dans la rue quand nous sommes arrivés. Et comme vous voyez tout est éteint des deux côtés de la rue. C’est étrange.
_ En effet, lui répondit ce dernier, il y a plus âme qui vive dans cette rue ?
_ Oh y a plus grand monde mais il reste encore deux ou trois familles mais cette nuit personne ne s’est encore montré.
Lorsqu’au petit matin la rumeur de ce qui s’était passé dans la nuit eut fait le tour du village, un attroupement s’était constitué autour de l’objet du sinistre. C’est cet attroupement que vous avez sous les yeux.
_ Tout d’abord les gendarmes crurent que c’était un coup de ces pacifistes, se souvint Gérard Manpassoif. Faut dire que la mise en scène était plutôt réussie. Renverser une voiture et l’affubler de ces inscriptions. Les flics ont failli tomber dans le panneau.
_ Qu’est-ce qui les a fait changer d’avis ?
_ C’est l’endroit où ça c’est produit. Et qu'il n'y avait pas de slogans sur les murs.
_ Pourquoi ?
_ Pourquoi … C’est vrai, vous ne connaissez pas la rue Pavée d’Andouilles. Faut que je vous explique d’abord… On ne voit sur ces photos que le côté droit de la rue alors que vous connaissez depuis bien longtemps son côté gauche… Vous me suivez ? Celui qui connut son heure de gloire et fit l’objet de quelques articles.
_ On ne parle jamais du côté droit, reprit-il, car cela fait bien des années qu’il est abandonné. Depuis 1951 très exactement, avec la suppression de la « Patache à Lulu » (1) et la fermeture de la gare. Plus de voyageurs, plus de clients pour le café de la gare. Plus de clients, plus d’habitants.
_ D’accord, mais ça n’explique toujours pas pourquoi les gendarmes ont changé d’avis.
_ J’y viens. J’y viens. Faut remonter à l’époque. Vincenzo-Ylsoule était le gérant de l’épicerie de la rue Elcourbe… (2)
_ Qu’est que ça à avoir avec notre sujet ?
_ J’y viens je vous dis… J’y viens. Donc Silvestro Vincenzo-Ylsoule tenait dans la journée le Casino dont je vous parle et gérait la nuit venue un autre genre de casino dans la rue Pavé d’Andouilles; celui clandestin dans l’ancien garage Azur.
_ Je commence à comprendre.
_ Les gendarmes aussi... Le soir suivant, ils se postèrent aux alentours et attendirent que les joueurs entrent dans le garage pour intervenir. Ils les interrogèrent mais ne trouvèrent pas Mimile la Jonquaille (3), pourtant un habitué des lieux.
_ Il faut que je vous explique une chose avant d’aller plus loin, précisa-t-il avant de reprendre. Mimile s’était rangé des voitures pendant un temps, alors qu’il vivait avec la triplette de Ménoies. Mais depuis quelques mois il était retombé dans ses travers. C’est pourquoi son absence leur parut louche et qu’ils établirent une planque. Planque dans laquelle Mimile tomba rapidement.
_ Faut vous préciser aussi que son ardoise, côté justice était déjà assez longue mais jusqu’ici composée principalement de petits délits. Aussi quand il leur avoua être l’auteur de l’incendie, ce ne fut plus la même chose.
_ Pourquoi a-t-il fait cela ?
_ Mais j’y viens ! J’y viens. Tout simplement parce que Mimile avait pris la mouche parce qu’Henri Tournel, un des habitués de la maison, alors qu’il était attablé et en train de jouer au poker, avait osé lui demander du feu sans se retourner vers lui alors qu’il passait derrière. Non seulement il poursuivit son chemin sans s’arrêter mais cela lui donna l’idée.
_ Ah ! Tu veux du feu mon salop… Ben tu vas en avoir …
Il héla trois loustics et sortit dans la rue déserte avec eux. Avisant la voiture de Tournel, une vieille P60 mal entretenue, ils s’en approchèrent et sur le signal de Mimile, la secouèrent jusqu’à la mettre sur le côté. Le bruit n’attira personne dehors. Alors s’en enhardissant , ils entreprirent de la barbouiller et de répandre autour d’elle tout ce qui traînait dans la rue avant d’y mettre le feu et de s’enfuir.
_ Personne n’est sorti ?
_ Si, dès que la lueur de l’incendie traversa les épais rideaux du garage. Mais ce fut une volée de moineaux. Tout le monde ficha son camp sans demander son reste.
_ Voila l’histoire de ces photos. Mais il faut que je précise que si Mimile avait une dent contre Henri Tournel, il y avait de quoi. Celui-ci n’arrêtait pas de l’humilier en public à cause de ses dents et de son manque de succès avec les filles. C’était bien après l’épisode des Triplées de Ménoies. Faudra qu’un jour je vous raconte comment celui-ci s’est terminé…
(1) Dans la réalité, il s’agissait d’un vieil autorail qui empruntait la ligne des Carpates (*) et qu’un ancien député empruntait pour prendre le train et rejoindre ainsi l’Assemblée nationale et en revenir. (*) ligne en cours d’aménagement pour faire circuler les TGV (2) Cf. 2-206 – Fallait pas l’énerver (3) Cf. 618 – La triplette de Ménoies
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