Les aînés se souviendront très bien de quoi je veux parler. C’était à une époque que les moins de vingt ans n’ont pas connue. Une époque où la télévision n’était pas très répandue et où l’image fixe apportait beaucoup. Une époque où sur la vitrine de chaque agence d’un journal il y avait toute une série de photos noir et blanc légendées qui racontaient ce qui s’était passé dans le monde, le pays ou même localement.
L’histoire commence au siège de FCF. Alors qu’elle procédait à la numérisation des feuilles défraichies – les archives de la Feuille de Choux Farcie, devenue FCF, Sévan Dredy, l’opératrice mis la main sur une série de ces photos qui l’intrigua. Elle les apporta à son chef qui discutait avec Gérard Manpassoif (1) venu lui dire bonjour.
Gérard se pencha sur les clichés. Et soudain tout lui revint à l’esprit, comme s’il y était encore.
…
Cela s’était produit à l’époque de la guerre du Vietnam. Des bandes de jeunes manifestaient un peu partout dans le pays pour le retour à la paix. Et puis une nuit ce ne fut qu’un cri.
_ Les Andouilles brûlent ! Y a le feu aux Andouilles !
Cette nuit là la sirène des pompiers ne fut pas nécessaire pour faire sortir les gens sur le pas de leur porte ou à leurs fenêtres. Une immense lueur rougeâtre était visible en direction de la rue Pavée d’Andouilles. Les pompiers intervinrent rapidement mais personne sur les lieux pour les attendre.
Pendant que ses hommes maîtrisaient l’incendie, le chef de corps, Philander Niers, fit part de ses premières observations au brigadier Agathon Caminot.
_ Y avait plus personne dans la rue quand nous sommes arrivés. Et comme vous voyez tout est éteint des deux côtés de la rue. C’est étrange.
_ En effet, lui répondit ce dernier, il y a plus âme qui vive dans cette rue ?
_ Oh y a plus grand monde mais il reste encore deux ou trois familles mais cette nuit personne ne s’est encore montré.
Lorsqu’au petit matin la rumeur de ce qui s’était passé dans la nuit eut fait le tour du village, un attroupement s’était constitué autour de l’objet du sinistre. C’est cet attroupement que vous avez sous les yeux.
L’histoire commence au siège de FCF. Alors qu’elle procédait à la numérisation des feuilles défraichies – les archives de la Feuille de Choux Farcie, devenue FCF, Sévan Dredy, l’opératrice mis la main sur une série de ces photos qui l’intrigua. Elle les apporta à son chef qui discutait avec Gérard Manpassoif (1) venu lui dire bonjour.
Gérard se pencha sur les clichés. Et soudain tout lui revint à l’esprit, comme s’il y était encore.
…
Cela s’était produit à l’époque de la guerre du Vietnam. Des bandes de jeunes manifestaient un peu partout dans le pays pour le retour à la paix. Et puis une nuit ce ne fut qu’un cri.
_ Les Andouilles brûlent ! Y a le feu aux Andouilles !
Cette nuit là la sirène des pompiers ne fut pas nécessaire pour faire sortir les gens sur le pas de leur porte ou à leurs fenêtres. Une immense lueur rougeâtre était visible en direction de la rue Pavée d’Andouilles. Les pompiers intervinrent rapidement mais personne sur les lieux pour les attendre.
Pendant que ses hommes maîtrisaient l’incendie, le chef de corps, Philander Niers, fit part de ses premières observations au brigadier Agathon Caminot.
_ Y avait plus personne dans la rue quand nous sommes arrivés. Et comme vous voyez tout est éteint des deux côtés de la rue. C’est étrange.
_ En effet, lui répondit ce dernier, il y a plus âme qui vive dans cette rue ?
_ Oh y a plus grand monde mais il reste encore deux ou trois familles mais cette nuit personne ne s’est encore montré.
Lorsqu’au petit matin la rumeur de ce qui s’était passé dans la nuit eut fait le tour du village, un attroupement s’était constitué autour de l’objet du sinistre. C’est cet attroupement que vous avez sous les yeux.
_ Tout d’abord les gendarmes crurent que c’était un coup de ces pacifistes, se souvint Gérard Manpassoif. Faut dire que la mise en scène était plutôt réussie. Renverser une voiture et l’affubler de ces inscriptions. Les flics ont failli tomber dans le panneau.
_ Qu’est-ce qui les a fait changer d’avis ?
_ C’est l’endroit où ça c’est produit. Et qu'il n'y avait pas de slogans sur les murs.
_ Pourquoi ?
_ Pourquoi … C’est vrai, vous ne connaissez pas la rue Pavée d’Andouilles. Faut que je vous explique d’abord… On ne voit sur ces photos que le côté droit de la rue alors que vous connaissez depuis bien longtemps son côté gauche… Vous me suivez ? Celui qui connut son heure de gloire et fit l’objet de quelques articles.
_ On ne parle jamais du côté droit, reprit-il, car cela fait bien des années qu’il est abandonné. Depuis 1951 très exactement, avec la suppression de la « Patache à Lulu » (1) et la fermeture de la gare. Plus de voyageurs, plus de clients pour le café de la gare. Plus de clients, plus d’habitants.
_ D’accord, mais ça n’explique toujours pas pourquoi les gendarmes ont changé d’avis.
_ J’y viens. J’y viens. Faut remonter à l’époque. Vincenzo-Ylsoule était le gérant de l’épicerie de la rue Elcourbe… (2)
_ Qu’est que ça à avoir avec notre sujet ?
_ J’y viens je vous dis… J’y viens. Donc Silvestro Vincenzo-Ylsoule tenait dans la journée le Casino dont je vous parle et gérait la nuit venue un autre genre de casino dans la rue Pavé d’Andouilles; celui clandestin dans l’ancien garage Azur.
_ Je commence à comprendre.
_ Les gendarmes aussi... Le soir suivant, ils se postèrent aux alentours et attendirent que les joueurs entrent dans le garage pour intervenir. Ils les interrogèrent mais ne trouvèrent pas Mimile la Jonquaille (3), pourtant un habitué des lieux.
_ Il faut que je vous explique une chose avant d’aller plus loin, précisa-t-il avant de reprendre. Mimile s’était rangé des voitures pendant un temps, alors qu’il vivait avec la triplette de Ménoies. Mais depuis quelques mois il était retombé dans ses travers. C’est pourquoi son absence leur parut louche et qu’ils établirent une planque. Planque dans laquelle Mimile tomba rapidement.
_ Faut vous préciser aussi que son ardoise, côté justice était déjà assez longue mais jusqu’ici composée principalement de petits délits. Aussi quand il leur avoua être l’auteur de l’incendie, ce ne fut plus la même chose.
_ Pourquoi a-t-il fait cela ?
_ Mais j’y viens ! J’y viens. Tout simplement parce que Mimile avait pris la mouche parce qu’Henri Tournel, un des habitués de la maison, alors qu’il était attablé et en train de jouer au poker, avait osé lui demander du feu sans se retourner vers lui alors qu’il passait derrière. Non seulement il poursuivit son chemin sans s’arrêter mais cela lui donna l’idée.
_ Ah ! Tu veux du feu mon salop… Ben tu vas en avoir …
Il héla trois loustics et sortit dans la rue déserte avec eux. Avisant la voiture de Tournel, une vieille P60 mal entretenue, ils s’en approchèrent et sur le signal de Mimile, la secouèrent jusqu’à la mettre sur le côté. Le bruit n’attira personne dehors. Alors s’en enhardissant , ils entreprirent de la barbouiller et de répandre autour d’elle tout ce qui traînait dans la rue avant d’y mettre le feu et de s’enfuir.
_ Personne n’est sorti ?
_ Si, dès que la lueur de l’incendie traversa les épais rideaux du garage. Mais ce fut une volée de moineaux. Tout le monde ficha son camp sans demander son reste.
_ Voila l’histoire de ces photos. Mais il faut que je précise que si Mimile avait une dent contre Henri Tournel, il y avait de quoi. Celui-ci n’arrêtait pas de l’humilier en public à cause de ses dents et de son manque de succès avec les filles. C’était bien après l’épisode des Triplées de Ménoies. Faudra qu’un jour je vous raconte comment celui-ci s’est terminé…
(1) Dans la réalité, il s’agissait d’un vieil autorail qui empruntait la ligne des Carpates (*) et qu’un ancien député empruntait pour prendre le train et rejoindre ainsi l’Assemblée nationale et en revenir. (*) ligne en cours d’aménagement pour faire circuler les TGV
(2) Cf. 2-206 – Fallait pas l’énerver
(3) Cf. 618 – La triplette de Ménoies
_ Qu’est-ce qui les a fait changer d’avis ?
_ C’est l’endroit où ça c’est produit. Et qu'il n'y avait pas de slogans sur les murs.
_ Pourquoi ?
_ Pourquoi … C’est vrai, vous ne connaissez pas la rue Pavée d’Andouilles. Faut que je vous explique d’abord… On ne voit sur ces photos que le côté droit de la rue alors que vous connaissez depuis bien longtemps son côté gauche… Vous me suivez ? Celui qui connut son heure de gloire et fit l’objet de quelques articles.
_ On ne parle jamais du côté droit, reprit-il, car cela fait bien des années qu’il est abandonné. Depuis 1951 très exactement, avec la suppression de la « Patache à Lulu » (1) et la fermeture de la gare. Plus de voyageurs, plus de clients pour le café de la gare. Plus de clients, plus d’habitants.
_ D’accord, mais ça n’explique toujours pas pourquoi les gendarmes ont changé d’avis.
_ J’y viens. J’y viens. Faut remonter à l’époque. Vincenzo-Ylsoule était le gérant de l’épicerie de la rue Elcourbe… (2)
_ Qu’est que ça à avoir avec notre sujet ?
_ J’y viens je vous dis… J’y viens. Donc Silvestro Vincenzo-Ylsoule tenait dans la journée le Casino dont je vous parle et gérait la nuit venue un autre genre de casino dans la rue Pavé d’Andouilles; celui clandestin dans l’ancien garage Azur.
_ Je commence à comprendre.
_ Les gendarmes aussi... Le soir suivant, ils se postèrent aux alentours et attendirent que les joueurs entrent dans le garage pour intervenir. Ils les interrogèrent mais ne trouvèrent pas Mimile la Jonquaille (3), pourtant un habitué des lieux.
_ Il faut que je vous explique une chose avant d’aller plus loin, précisa-t-il avant de reprendre. Mimile s’était rangé des voitures pendant un temps, alors qu’il vivait avec la triplette de Ménoies. Mais depuis quelques mois il était retombé dans ses travers. C’est pourquoi son absence leur parut louche et qu’ils établirent une planque. Planque dans laquelle Mimile tomba rapidement.
_ Faut vous préciser aussi que son ardoise, côté justice était déjà assez longue mais jusqu’ici composée principalement de petits délits. Aussi quand il leur avoua être l’auteur de l’incendie, ce ne fut plus la même chose.
_ Pourquoi a-t-il fait cela ?
_ Mais j’y viens ! J’y viens. Tout simplement parce que Mimile avait pris la mouche parce qu’Henri Tournel, un des habitués de la maison, alors qu’il était attablé et en train de jouer au poker, avait osé lui demander du feu sans se retourner vers lui alors qu’il passait derrière. Non seulement il poursuivit son chemin sans s’arrêter mais cela lui donna l’idée.
_ Ah ! Tu veux du feu mon salop… Ben tu vas en avoir …
Il héla trois loustics et sortit dans la rue déserte avec eux. Avisant la voiture de Tournel, une vieille P60 mal entretenue, ils s’en approchèrent et sur le signal de Mimile, la secouèrent jusqu’à la mettre sur le côté. Le bruit n’attira personne dehors. Alors s’en enhardissant , ils entreprirent de la barbouiller et de répandre autour d’elle tout ce qui traînait dans la rue avant d’y mettre le feu et de s’enfuir.
_ Personne n’est sorti ?
_ Si, dès que la lueur de l’incendie traversa les épais rideaux du garage. Mais ce fut une volée de moineaux. Tout le monde ficha son camp sans demander son reste.
_ Voila l’histoire de ces photos. Mais il faut que je précise que si Mimile avait une dent contre Henri Tournel, il y avait de quoi. Celui-ci n’arrêtait pas de l’humilier en public à cause de ses dents et de son manque de succès avec les filles. C’était bien après l’épisode des Triplées de Ménoies. Faudra qu’un jour je vous raconte comment celui-ci s’est terminé…
(1) Dans la réalité, il s’agissait d’un vieil autorail qui empruntait la ligne des Carpates (*) et qu’un ancien député empruntait pour prendre le train et rejoindre ainsi l’Assemblée nationale et en revenir. (*) ligne en cours d’aménagement pour faire circuler les TGV







