(…)
Ayant raccroché, Gérard Manpassoif redémarra et prit la direction de la pierre dressée. Il trouva le terre-plein désert. Il regarda sa montre. Il était 15 h 40. Il calcula que moins de quatre minutes s’étaient écoulées entre le moment où il avait entendu le coup de feu et son arrivée devant la pierre.
Il décida s’attendre 16 h 00 bien persuadé que cette attente serait maintenant inutile. Mais sait-on jamais ?
Il préféra se dégourdir les jambes et se dirigea vers la pierre où quelque chose brillait à sa base. Curieux, il s’en approcha. C’était une douille. Pourquoi ? se dit-il. Il se redressa et fit un rapide tour d’horizon. Dans quelle direction avait-on tiré ? Et sur quoi ?
Tout à sa réflexion il n’entendit pas tout de suite la sirène de la voiture de gendarmerie qui approchait. Ce n’est qu’au moment où elle s’immobilisa et s’arrêta qu’il réalisa sa présence. Elle s’était arrêtée encore assez loin sur la route, de l’autre côté de l’oppidum.
L’oppidum ! Bien sûr. C’est de là-bas qu’on a tiré. Il ne toucha pas à la douille et couru vers l’oppidum. Une fois parvenu au plus haut il aperçu en contre bas une certaine agitation le long de la départementale.
Vieux réflexe professionnel, il saisit son vieil appareil photo et quitta sa voiture.
Lorsqu’il dépassa la voiture de la gendarmerie, il eut un haut le cœur. C’était la voiture de Barbosa qui était là, couchée sur côté, reposant dans la neige. De la neige !
Et il réalisa soudain qu’en l’espace de moins de six cents mètres il était passé d’un terrain, certes humide, mais visible, à un sol couvert par plus de 80 cm de neige ! Drôle de phénomène météo pensa-t-il en s’approchant davantage.
(…)
La dépanneuse venait d’arriver. Un vieux Renault dont le conducteur se frottait le crâne se demandant comment remettre l’ Holden Premier sur ses roues sans trop l’abimer. Il avait reconnu tout de suite le type de voiture que c’était. Robuste, mais ce qui le tourmentait c’était le fait que la voiture était en suspension sur la neige, aucune de ses roues n’étant en contact avec le sol.
L’a dû faire un sacré vol plané l’artiste pour se poser comme ça, pensa-t-il. C’est en s’en retournant à son camion qu’il aperçut une grosse pierre à demi recouverte par la neige. Voici donc le tremplin, se dit-il en s’accroupissant pour mieux la regarder et calculer la trajectoire de la voiture.
Pas mal ! Pas mal du tout ! L’aurait fait un bon cascadeur. Dommage que je sois plus tout jeune. L’aurait embauché lui aussi. Chapeau l’artiste !
Regardant autour de lui il constata qu’un tas de pierres identiques avait été entreposé en limite de chaussée et qu’apparemment celle qui avait servi de tremplin y avait été prélevée. Si une pierre avait fait décoller la voiture, deux pierres devraient bien permettre de la remettre sur ses roues ? Mais pour les deux autres roues ?
Il s’en retourna à la voiture de Barbosa et dit à celui-ci ce qu’il allait faire. Celui-ci acquiesçant, il demanda de l’aide pour amener les pierres près de la voiture et entreprit de les disposer correctement.
Il réalisa ainsi quatre carrés composés de quatre pierres chacun. Deux touchant presque les roues gauche, les deux autres destinés à recevoir les roues droites.
Après moultes vérifications visuelles sous tous les angles possibles et imaginables, il fit placer deux volontaires côté pavillon en leur demandant de pousser vers le haut, alors que deux autres placés à l’avant et à l’arrière tenteraient de la retenir lors de son basculement et que deux autres, placés sur la route auraient mission de bloquer un éventuel basculement vers la droite.
_ Allez les gars ! Z’êtes prêts ? A trois on y va ! Un !... Deux !... Trois !...
_ Bravo les gars ! Du premier coup !
Et tous de s’applaudir et de se donner de grandes tapes dans le dos.







