|
Publié le 09/02/2009 à 09:03
Par Trebor Yles
2-502 - Dérapage (extraits)
(…)
Ayant raccroché, Gérard Manpassoif redémarra et prit la direction de la pierre dressée. Il trouva le terre-plein désert. Il regarda sa montre. Il était 15 h 40. Il calcula que moins de quatre minutes s’étaient écoulées entre le moment où il avait entendu le coup de feu et son arrivée devant la pierre.
Il décida s’attendre 16 h 00 bien persuadé que cette attente serait maintenant inutile. Mais sait-on jamais ?
Il préféra se dégourdir les jambes et se dirigea vers la pierre où quelque chose brillait à sa base. Curieux, il s’en approcha. C’était une douille. Pourquoi ? se dit-il. Il se redressa et fit un rapide tour d’horizon. Dans quelle direction avait-on tiré ? Et sur quoi ?
Tout à sa réflexion il n’entendit pas tout de suite la sirène de la voiture de gendarmerie qui approchait. Ce n’est qu’au moment où elle s’immobilisa et s’arrêta qu’il réalisa sa présence. Elle s’était arrêtée encore assez loin sur la route, de l’autre côté de l’oppidum.
L’oppidum ! Bien sûr. C’est de là-bas qu’on a tiré. Il ne toucha pas à la douille et couru vers l’oppidum. Une fois parvenu au plus haut il aperçu en contre bas une certaine agitation le long de la départementale.
Il regagna sa voiture au pas de course et puis la départementale sur laquelle il déboucha à proximité de ce qui semblait être un accident.
Vieux réflexe professionnel, il saisit son vieil appareil photo et quitta sa voiture.
Lorsqu’il dépassa la voiture de la gendarmerie, il eut un haut le cœur. C’était la voiture de Barbosa qui était là, couchée sur côté, reposant dans la neige. De la neige !
Et il réalisa soudain qu’en l’espace de moins de six cents mètres il était passé d’un terrain, certes humide, mais visible, à un sol couvert par plus de 80 cm de neige ! Drôle de phénomène météo pensa-t-il en s’approchant davantage.
(…)
La dépanneuse venait d’arriver. Un vieux Renault dont le conducteur se frottait le crâne se demandant comment remettre l’ Holden Premier sur ses roues sans trop l’abimer. Il avait reconnu tout de suite le type de voiture que c’était. Robuste, mais ce qui le tourmentait c’était le fait que la voiture était en suspension sur la neige, aucune de ses roues n’étant en contact avec le sol.
L’a dû faire un sacré vol plané l’artiste pour se poser comme ça, pensa-t-il. C’est en s’en retournant à son camion qu’il aperçut une grosse pierre à demi recouverte par la neige. Voici donc le tremplin, se dit-il en s’accroupissant pour mieux la regarder et calculer la trajectoire de la voiture.
Pas mal ! Pas mal du tout ! L’aurait fait un bon cascadeur. Dommage que je sois plus tout jeune. L’aurait embauché lui aussi. Chapeau l’artiste !
Regardant autour de lui il constata qu’un tas de pierres identiques avait été entreposé en limite de chaussée et qu’apparemment celle qui avait servi de tremplin y avait été prélevée. Si une pierre avait fait décoller la voiture, deux pierres devraient bien permettre de la remettre sur ses roues ? Mais pour les deux autres roues ?
Il s’en retourna à la voiture de Barbosa et dit à celui-ci ce qu’il allait faire. Celui-ci acquiesçant, il demanda de l’aide pour amener les pierres près de la voiture et entreprit de les disposer correctement.
Il réalisa ainsi quatre carrés composés de quatre pierres chacun. Deux touchant presque les roues gauche, les deux autres destinés à recevoir les roues droites.
Après moultes vérifications visuelles sous tous les angles possibles et imaginables, il fit placer deux volontaires côté pavillon en leur demandant de pousser vers le haut, alors que deux autres placés à l’avant et à l’arrière tenteraient de la retenir lors de son basculement et que deux autres, placés sur la route auraient mission de bloquer un éventuel basculement vers la droite.
_ Allez les gars ! Z’êtes prêts ? A trois on y va ! Un !... Deux !... Trois !...
_ Bravo les gars ! Du premier coup !
Et tous de s’applaudir et de se donner de grandes tapes dans le dos. C’est alors que la ceinture de sécurité de Predo Barbaso daigna se défaire, libérant celui-ci. Il voulut descendre de voiture, mais courbatu, il dut s’appuyer un instant à la portière.
Publié le 07/02/2009 à 16:56
Par Trebor Yles
2-501 – Numéro complémentaire ou Pedro Barbosa est de retour (1)
(1) Pedro Barbosa, dit El Babosa, fut un personnage récurrent des épisodes de la saison 1 de fcfretrovision Il importe pour bien comprendre ce nouveau délire de relire les articles composant la catégorie "El Babosa por favor" sur http://blog.ifrance.com/fcfretrovision en les lisant dans l'ordre chronologique, c'est à dire en partant du dernier affiché pour remonter vers celui que vous trouverez à l'ouverture de la catégorie.
Avertissement : Ce que vous allez lire n’est que pure imagination et ne saurait refléter en quoi que ce soit la réalité ni des faits passés ou présents. De même, il ne saurait inciter à des faits futurs.
Pedro Victorino Josep Barbosa-Minguez, plus connu de nos lecteurs sous le nom de Pedro Barbosa, et aussi appelé el Babosa est de retour. Le célèbre détective privé madrilène a fini par s’installer à Trainons lès Piay.
Mais je ne suis pas là pour vous raconter son histoire mais celle qu’il a résolue.
_ Non mais, voulez tout savoir sans rien payer ! Comme d’hab…
Pour cela il vous faut faire un gros travail de mémoire. Faut remonter au milieu des années 1980 et vous replonger dans les faits divers qui se sont succédé sur une bonne quinzaine d’années. Celle dite des marchés truqués.
Voila ! Vous y êtes ? Rappelez-vous, les lycées et autres gros chantiers. Mais ce ne sont pas ceux-là qui nous intéressent. Z’étaient trop gros et ne concernaient pas les gens d’ici.
_ Ici ? Mais c’est où ? _ Ben, à Maizy lès Piay par exemple ou à Ménoies sous Vairges. Enfin dans les cantons de Cernés et de Piay. _ Et qu’est ce vous voulez que ça me foutte qu’on soit là-bas ? _ Z’êtes donc pas au courant ? _ Au courant de quoi ?
_ Bon, ben je vais vous rafraichir la mémoire.
Alors qu’à l'époque des gros marchés truqués qui alimentaient par des circuits détournés certains partis politiques, d’autres à une moindre échelle, beaucoup moindre d’ailleurs, avaient mis au point un système très ingénieux pour se voir attribuer les marchés publics locaux.
Voulaient pas de la concurrence extérieure tant ils étaient bien entre eux.
_ T’es pas en train de t’égarer mec ? _ Non pourquoi ? _ Et El Babosa dans tout ça ? _ J’y viens. _ Te prends pas pour Manpassoif ! _ D’accord… D’accord… Mais j’y viens quand même.
C’est Pedro Barbosa qui, la semaine dernière, nous a révélé le fin mot de l’affaire et voici ce qu’il a découvert :
C’était le 6 avril 1993, alerté par Gérard Manpassoif de la mésaventure de Cyprien Bidolli à Maizy lès Piay, Pedro Barbaso décida un soir de se rendre à la Fourchette.
Mal lui en pris car arrivé sur place il trouva porte close alors qu’il y avait du monde à l’intérieur. Il décida de s’intéresser de plus près à ce qui s’y passait. Se retournant il examina un peu plus attentivement les voitures en stationnement de l’autre côté de la rue. Que des familiales cossues, alors qu’en journée il y avait beaucoup de tout venant. Intrigué il nota à tout hasard leurs immatriculations.
C’est ainsi qu’il découvrit qu’elles appartenaient à des entrepreneurs et des commerçants, voire des professions libérales de la région. Ça ne cadrait pas, c’est le cas de le dire, avec le cadre qu’il voyait.
Il revint le lendemain à midi et put ainsi pénétrer dans la Fourchette et en repartir avec la faim. L’examen de la salle n’avait rien révélé du tout mais il s’était imprégné de son atmosphère. Ce qui était primordial pour lui.
Si la cuisine était infâme le midi il se dit que le soir l’on devait y servir une autre cuisine. Et il n’avait point tort. Mais comment le découvrir ? Comment s’introduire dans la place ? Il s’enquit auprès de Manpassoif si celui-ci savait quelque chose sur ces réunions nocturnes ?
_ Non. Ce n’est pas mon secteur, mais j’appelle Elysée Montmartre qui couvre celui-ci et je te rappelle.
Ce qu’il fit une heure plus tard.
_ J’ai ton info. Ils se réunissent chaque 1er et 3ème mercredi du mois. _ Et tu sais de quoi il s’agit ? _ Semblerait qu’il s’agisse d’un club très particulier mais surtout très fermé. N’y adhère pas qui veut. _ Merci Gérard.
Il retourna à la Fourchette le mercredi suivant (le 3ème) et profitant d’un service des plus non chalands il colla un micro sous sa table. Il revint le lendemain pour boire un café et reprit son bien.
Rentré chez lui il écouta l’enregistrement et en resta sur le cul. Il entendait le tirage du loto. Il coupa l’enregistrement et s’interrogea. Qu’est que ça veut dire ? Il appela immédiatement Gérard Manpassoif.
_ Gérard, peux-tu passer chez moi ? _ T’as quelque chose ? _ J’y comprends rien. Ils écoutaient le tirage du loto… _ Quoi ? T’as bien dit du loto ? _ Oui. Le tirage du… _ J’arrive tout de suite ! _ Y a pas d’urgence tu sais. _ Oh que si, bien au contraire. _ Alors je t’attends ! _ J’arrive.
Une demi-heure plus tard Gérard Manpassoif arrivait chez Pedro Barbosa et lui dit d’emblais :
_ Je crois que tu viens de résoudre l’énigme du siècle. _ T’es fou non ? _ Pas du tout, bien au contraire. Faut que je t’explique.
Et avant de le faire, l’ancien journaliste de la Feuille de Choux Farcie, devenue depuis FCF, prit place dans un fauteuil en face d’El Babosa.
_ Faut revenir quelques années en arrière, lui dit-il, en préambule. Tu te souviens de l’affaire Torres-Molinos ? _ Ce nom me dit vaguement quelque chose. _ Tu te rappelles pas l’affaire du bois aux Amants ? _ Ça y est ! Je m’ souviens, l’histoire de la 2cv mitraillée ? _ C’est ça. _ Mais où veux-tu en venir ? _ Je crois que t’as trouvé la réponse à la principale question qu’on se posait alors ? T’en souviens pas ? _ Non ! J’avoue bien sincèrement. Éclaire-moi.
_ Au cours de l’enquête que nous avions menée à l’époque nous nous sommes interrogés pour savoir pourquoi Torres-Molinos n’était pas parvenu à s’implanter dans la région. _ Et alors ? Tu crois qu’il y a un lien avec ce que je t’ai dit au téléphone ? _ Oui. J’y viens…
Et le voila partit dans ses explications.
_ Mon enquête a révélé que non seulement Torres-Molinos n’avait pas pu s’implanter sur le canton de Cernés comme il l’avait envisagé mais que d’autres avant lui… et même après, s’étaient eux aussi cassé les dents. Mais ça je te l’avais déjà dit. _ C’est exact, ça me revient maintenant. Et alors ? _ J’y viens… Après ton départ j’ai gratté un peu cette piste pour savoir le pourquoi du comment. _ Et tu as découvert quelque chose ? _ J’y viens. J’y viens … ça n’a pas été facile mais en recollant toutes les infos que j’avais pu glaner à droite et à gauche, je pensais avoir réussi le puzzle. _ Et tu y étais arrivé ? _ Hélas non. Il me manquait et il me manque toujours une pièce. La plus importante… _ Laquelle ? _ J’y viens, je te dis… j’y viens. J’ai découvert que les marchés étaient toujours attribués à des entreprises locales (BTP, architectes, bureaux d’études, fournisseurs divers, etc.). Alors je me suis penché sur les PV d’attribution. _ Et t’as trouvé quelque chose ? _ Non, rien. Du moins à première vue. _ C'est-à-dire ? _ Ben que les PV résistaient à toute suspicion. _ Tu peux préciser ? _ Je veux dire par là que l’attribution des marchés paraissait conforme avec la réglementation de l’époque et que ce n’était pas du côté de ceux qui les accordaient qu’il fallait chercher. _ Et tu as cherché de quel côté ? _ De l’autre. _ C'est-à-dire ? _ T’as que cette question à la bouche? Tu t’ répéterais pas un peu ? _ Et toi avec tes j’y viens… j’y viens ? Tu devrais plutôt arriver tu crois pas ? _ D’accord… D’accord. Excuse moi. _Y a pas de mal. Poursuis.
_ J’y viens… Oh pardon. Donc, je disais que je me suis intéressé à l’autre côté. A ceux qui étaient candidats. _ Et t’as trouvé quelque chose ? _ J’y .. Oui, j’ai trouvé quelque chose. J’ai découvert que contrairement à ce que je pensais, ce n’était pas toujours la même entreprise ou la même société qui emportait les marchés de même catégorie. _ Tu peux expliquer ? _ Bien sûr… Un exemple, pour les constructions, ce n’était pas l’entreprise Kivavit qui se voyait attribuer tout le temps le gros œuvre, mais aussi l’entreprise Boce-Faure ou encore l’entreprise Toutan-Hunt. Tu vois ce que je veux dire ? _ Oui, très bien. _ Donc a priori pas de favoritisme. Mais je n’étais pas satisfait de cette trouvaille car c’était partout pareil. Y avait comme une martingale.
_ Une quoi ? _ Une martingale… tu sais pas ce que c’est ? _ Non… _ Tu c'est ce qu'est un casino ? _ Quel rapport ? _ Tu veux que je t’explique ? _ Oui … _ Alors suis moi au casino. _ J’ vois toujours pas le rapport… _ J’y viens… J’y viens. Allons devant la roulette. T’y esi ?
_ J’y suis. _ Combien de chance as-tu pour que la bille tombe sur le 15 que t’as choisi ? _ J’en sais rien, sais même pas combien y a de cases… _ Bon, mais imagine que tu sois un joueur et que tu calcules les probabilités pour que le 15 sorte. Il y a des joueurs qui se fabriquent de vraies équations après de savants calculs. Ça s’appelle une martingale. _ Je vois toujours pas le rapport… _ J’y viens te dis-je. J’y viens. Donc je me suis dit « Il y a un truc. » et je me suis replongé dans les résultats et j’ai trouvé quelque chose. _ Quoi ? _ Que c’était toujours les mêmes que je retrouvais mais de manière aléatoire. Ça ne répondait à aucune logique. Du moins jusqu’à ton appel de tout à l’heure.
_ Hein ??? _ … _ Faut m’expliquer, car là, vois-tu, j’suis dans le noir le plus complet. _ Tu m’as bien dit qu’ils écoutaient le tirage du loto ? _ Oui, et alors ? _ Et alors… t’as écouté la suite de l’enregistrement ? _ Non… j’en voyais pas l’utilité.
_ A mon avis, t’as la solution sur la bande si tu ne l’a pas effacée. _ Non, je l’ai juste rembobinée pour la prochaine fois. _ Y aura pas de prochaine fois. Donne-moi vite cette bande et prends en une autre. _ Pourquoi ? _ Parc’ qu’à mon avis tu as la clé de l’énigme sur ta bande. _ Tu crois ? _ Je t’ parie un repas chez… qui tu voudras pourvu que ce soit un trois étoiles. Fais écouter ! _D’accord, tenu.
Pedro Barbosa alluma sa chaîne Hifi et glissa la cassette dans le lecteur approprié.
« … je vous rappelle le tirage de ce soir : le 28, le 25, le 36, le 12, le 17, le 42 et comme numéro complémentaire le 5… rendez-vous samedi … bonne soirée à tous… »
Il interrompit l’écoute.
_ Tu vois ce que j’ t’ disais. _ Ouais, mais fais moi écouter la suite. _ D’accord.
« … Lucien, tu veux bien éteindre la télé ? « Voyons ce que ça donne cette semaine… « Raymond, passe-moi la liste des appels d’offres, merci… « Bon, qu’est-ce qu’il y a ? Ah oui ! C’est parfait. « Allons ! Allons ! Un peu de silence, je vais commencer… « Pour l’appel d’offres de construction du nouveau groupe scolaire de Trainons lès Piay « Lot 01 : terrassement et VRD, le 28 c’est pour… Roger « Lot 02 : gros œuvre, le 25 c’est pour… Maurice « Lot 03 : charpente-couverture, le 36 c’est pour… Albert« … « Lot 19 et dernier : espaces verts, le 12 c’est pour… Thierry « Je vous rappelle que le numéro complémentaire étant le 5 vous devez consentir un rabais de… 5+2 soit 7 % par rapport à l’estimation qui vous a été communiquée pour votre lot. « Je rappelle à tous les autres qu’ils doivent proposer au moins 2% de plus… « Passons à l’appel d’offres suivant. Il s’agit de…
_ Bon sang, mais c’est bien sûr ! S’écrie soudainement Gérard Manpassoif, imitant Raymond Souplex dans les Cinq dernières minutes, Tu peux couper je crois avoir compris. _ T’as bien de la chance. Tu peux expliquer ? _ Bien sûr. J’y viens.
Pour faire court, car l’heure tourne et le lecteur s’impatiente. Il ne va pas tarder à passer à autre chose…
_ Abrège, veux-tu ! _ D’accord. Pour résumer donc, voila mes conclusions. D’après toutes les informations que j’ai recueillies jusqu’ici je savais qu’il y avait une répartition de l’attribution des marchés mais je ne savais pas comment elle était faite. _ Et après ce que tu as entendu, tu crois le savoir ? _ Puisque que je t’ l’ dis. Oui. J’ai pigé. Je savais qu’il existait des listes mais pas à quoi elles servaient. Maintenant je sais ! _ Et bien dis-moi à quoi ? _ Si tu prends l’exemple de l’appel d’offres pour le groupe … fais nous donc écouter encore ce passage s’il te plait…
El Babosa fit rembobiner la bande et le passage fut diffusé une seconde fois.
_ Stop ! Merci. Restons sur le gros œuvre. Si on dresse la liste des entreprises locales susceptibles de réaliser les travaux il n’y en a que … Gérard Manpassoif ouvre sa serviette et en extrait un dossier assez épais où il retrouve ladite liste _ Il n’y en a que sept : Si je divise 25 par 7 cela me donne 3 et il me reste 4 … 1, 2 3 et 4 … la 4ème est l’entreprise Konstruitoux, voila j’ai trouvé. _ Que tu dis, parc’ qu’ moi j’ai pas compris du tout ton truc. _ Pourtant c’est simple. Rappelle-toi, celui qui parle… je pense qu’il s’agit de Roger Belfame le président du BTP local… il a dit que le 25 était pour Maurice. _ Oui et alors ? J’ vois pas le rapprochement ? _ Moi si. Maurice, c’est Maurice Le Moellon, le PDG de Konstruitoux… _ Si tu le dis… _ Regarde encore : pour la charpente, elles ne sont que 3 : 36 divisés par 3 égale 12, c’est donc la dernière de la liste, la société Couvert’hure dont le patron n’est autre qu’Albert Thuiler. T’as pigé maintenant ? _ Je crois. T’as gagné ton repas. Je comprends enfin pourquoi Torres-Molinos ou les autres n’ont jamais pu s’implanter. _ En effet, très astucieux comme mécanisme. Faut vraiment avoir l’esprit tordu pour l’avoir conçu. Vraiment tordu.
Et vous, avez-vous compris la martingale ?
Non, alors je vous la fait simple. 1 – Pour chaque corps d’état ou de profession, une liste était établie avec un numéro par entreprise. 2 – Lors des réunions de ce comité Nimbus le choix de l’entreprise la moins disante résultait du tirage du loto suivant le mécanisme décrit par Gérard Manpassoif. 3 – Il incombait à chacune des autres de tenir compte de ce choix pour établir leurs offres de couverture qui devaient être plus élevées. L’illusion d’une concurrence régulière était créée par le caractère aléatoire de la désignation des postulants à l’attribution des marchés. Mais ce qui n’a pas été dit, c’est qu'en contrepartie celui qui recevait le marché devait reverser 5 % du montant effectivement perçu en fin de prestations à un pot commun qui était partagé entre tous.
Publié le 03/02/2009 à 17:19
Par Trebor Yles
2-221 - Le coup de fusil
Il fut une époque, heureusement révolue, où il n’était pas bon de se risquer dans certains restaurants. Le patron vous y guettait planqué derrière son comptoir. Le serveur jouait les rabatteurs. Et la serveuse était prompte à monter.
_ Et dans l’assiette ? _ De la boustifaille. _ Et dans le verre ? _ De la piquette ou de la bibine, suivant l’endroit. _ Et l’addition ? _ La quoi ? Ah la douloureuse vous voulez dire ! Salée… très salée.
Le client repartait alors allégé aux deux sens du terme, car non seulement il avait mal mangé, s’il avait osé le faire, mais aussi le portefeuille amaigri. Et je te dis pas la bordée de reproches qu’il essuyait de la part de Madame.
_ Non mais t’as pas honte de m’avoir amenée dans un tel bouge ? T’es pas prêt de m’y faire revenir.
Oh c’était pas la peine de le dire à Monsieur. L’avait compris la leçon. Déjà que l’argent du mois en avait pris un coup, il n’annonçait pas midi mais plutôt six heures.
Pourtant le restaurant faisait parfois partie d’une chaîne, mais les maillons devaient être très lâches. Y avait du jeu, d’où parfois ces surprises désagréables.
Un peu comme celle qu’a eue la famille Bidolli l’autre matin en arrivant à Maizy lès Piay. Cyprien et Estelle Bidolli sont arrivés sur le coup de 12 h 15 et se sont arrêtés devant le restaurant attenant au garage du Méridien.
Attirés par le menu affiché ils n’ont même pas levé la tête pour voir l’enseigne. Malgré les rideaux tirés, Cyprien a poussé la porte d’entrée et les voici à l’intérieur.
L'aurait pas dû le faire. L'aurait dû lever le nez. L'aurait dû lire ce qu'il aurait dû voir. L'a pas fait... Tant pis pour lui. L'aurait su que c'était pas une bonne adresse. Qu'on l'y recevrait mal.
Peut-être qu'il a cru à un simple bris. Bris qui en disait long quand même. Mais bon, sont entrés. Alors faut assûmer.Je continue.
Surprise, il n’y a qu’un seul client.
Alors que le serveur s’approche vers Cyprien:
_ Vous désirez ? _ Déjeuner, c’est possible ? _ Bien sûr. Combien ? Deux couverts ?
Non je ne vais pas vous servir le texte de Bigard. Ce serait du réchauffé. Déjà que l’ambiance de ce restau est sinistre.
Non ce qui est important, en plus du cadre, c’est ce qui est en train de se passer derrière Cyprien.
Si vous examinez bien les photos, vous vous apercevrez que l’Estelle se désintéresse de ce que dit son mari. Par contre elle regarde en direction du client déjà attablé.
Et là elle reconnaît Stephen Ruth son amour de jeunesse … Celui pour qui elle eut jadis le coup de foudre. (*)
(*) Ses parents s’opposant à cette liaison, la mirent en pension à Paris où elle rencontra Cyprien, qui fils de commerçant en literie, correspondait mieux à leurs vues. Quel choc pour Estelle. Retrouver Stephen ici, dans ce lieu mal famé et dans cet état !
Quelle déchéance !
Faut dire que ledit Stephen baigne dans l’alcool. A un point que le niveau apparait dans ses yeux. Il tangue sur sa chaise. Et lorsqu’il la voit il lui faut un temps d’adaptation. Faut qu’il assure la mise au point. Celle-ci plus ou moins établie, faut que son décodeur veuille bien en traduire les données. M’enfin je la connais celle-là. Au bout d’un temps certain il la retapisse.
_C’est Estelle !
Il veut se lever. Au prix d’un gros effort il y parvient difficilement. Veut lever son verre en son honneur. Tend le bras et part en arrière. Loupe sa chaise et se retrouve par terre dans un vacarme qui attire l’attention de Cyprien Bidolli. Celui-ci découvre l’ivrogne et l’aide à se relever.
Comprenant qu’il s’est fourvoyé il prend Estelle par le bras et quitte le restaurant.
Pour Estelle le choc fut brutal. Dès qu’elle l’eut reconnu elle en voulut encore plus à ses parents. Voila ce qu’ils avaient réussi à faire. Non contents de les avoir séparés, ils l’avaient brisé.
Pourtant, c’était un charmant garçon. Plaisant et un peu coureur. Mais qui n’avait pas de situation stable. De plus simple fils d’ouvriers. C’était rédhibitoire à leurs yeux.
Pourtant, ils n’étaient que de vils prétentieux issus de familles aux mariages arrangés et qui voulaient poursuivre dans cette voie.
Pourtant, qu’est-ce que j’ai pu l’aimer, pensa-t-elle en quittant la gargote. Quel couple l’on faisait. Mais je ne suis pas malheureuse avec Cyprien et je ne manque de rien.
Elle se mit alors à évoquer les quelques semaines qu’elle avait passées dans les bras de Stephen. Semaines bien prudes au regard des pratiques d’aujourd’hui. Le rouge lui vint rapidement aux joues lorsqu’elle se rappela comment il lui révéla le pouvoir magique de ses doigts.
Cyprien s’en aperçut et lui dit :
_ T’es toute rouge ! Qui y a-t-il ? _ Rien du tout. Ça va passer. _ T’en est sûre ? _ Oui ! oui, partons vite d’ici. On s’arrêtera plus loin. Son Amour avait pris un coup de fusil.
 |
|
<
|
Fév. 2009 |
>
|
| L |
M |
M |
J |
V |
S |
D |
| | | | | | | 1 | | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | |
Noter ce blog :
1128 connectés
14992 visiteurs
|