iBLOG précédent iBLOG suivant



Mon bloc perso.
Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
---- --------------- --------------- --------------- --------------- ---------
---- --------------- --------------- --------------- --------------- ---------

RE NDEZ-VOUS:

- 5 décembre 2009, Salon Culture et écriture Institut Perrimond Roucas Blanc Marseille 7ème
- Les 20, 23 et 24 décembre 2009 Cultura La Valentine Marseille

-- --------------- --------------- --------------- --------------- -----------

CHANTS CORSES: Pas de lien MP3 mais de l'écoute en ligne aux adresses ci-dessous...

Radio Alta Frequenza

ht tp://www.alta-f requenza.com/in dex.php/fr/webr adios

Radio Voce Nustrale

htt p://adecec.net/ radio/listen.as x

Sur Radioblog

ht tp://www.radiob logclub.fr/sear ch/


------ --------------- --------------- --------------- --------------- ----
Le 1er juin 2009 à 22H15 .... 200.000ème visiteur I
------------ --------------- --------------- --------------- --------------



Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

----------- --------------- --------------- --------------- --------------- --

A dopu!
A plus tard!
Ma photo
Corse noire
Publié le 12 septembre 2009 à 22:25
Par flicorse

Cuba, île noire à Marseille


En septembre lors de sa venue à Marseille en résidence lors de la Semaine noire et des terrasses du polar, Wendy GUERRA, auteure cubaine, dédicacera son opus Mère Cuba  qui sort aux éditions Stock.  On nous dit : «  Dans la lignée de Tout le monde s'en va", Mère Cuba fait le lien entre l'intime et la fiction, entre l'Histoire et le récit, nous immergeant dans le cœur d'une génération qui porte un héritage révolutionnaire fatidique, aussi lourd que fascinant. En variant les registres et les procédés littéraires (dialogues, poèmes, chansons, journaux ), l'écrivain met à nu la mémoire de la nation cubaine tout entière, qui nous dévoile ici son âme. »


Nous n’avons pas encore lu ce deuxième ouvrage paru aux Editions Stock  ni d’ailleurs le premier de l’auteure cubaine  « Tout le monde s’en va ».


Par contre L’éditeur L’Atinoir nous a permis de découvrir deux autres  auteurs cubains dont les écrits témoignent de la diversité de la littérature noire cubaine. Nous avons lu « Boléro noir à Santa Clara » écrit par Lorenzo Lunar et « Les anges jouent des maracas » de Angel Tomas Gonzales Ramos. Des titres pour un pays où la danse et la  musique sont à fleur de peau et dont les quatre rythmes basiques sont le Son, le  Cha cha cha, la Rumba, et le Charranga. Ajoutons salsa jazz, mambo, Boléro, maracas… des mots magiques qui invitent à la fête. Des rythmes torrides et épicés avec des sonorités colorées et sensuelles. Toute une culture populaire née du côté de La Havane ou de Santiago de Cuba pour faire danser la planète.



Lorenzo Lunar  est né en 1958 à Santa Clara dont il a fait le lieu où se passe le huis-clos de son roman  « Boléro Noir à Santa Clara » dans un récit qui concentre le temps ( 24 heures ) et l’espace ( un quartier pauvre d’une ville de province).  A El Candado, tout le monde se connaît. «  Vivre dans ce quartier, ça fout les boules » sont les premiers mots qui composent l’incipit du roman et ils reviennent en refrain dans le récit et dans la bouche du narrateur, Leo Martin,  qui y est né. Il est  le chef  fataliste du bureau de police qui devra mener une enquête sur l’assassinat de Cundo, un vieux pochetron solitaire qui aimait parler base-ball et regrettait le temps où «il y avait des bordels et qu’on payait pour aller aux putes, que le rhum n'était pas cher et bon, et que lui avait de quoi se payer ces plaisirs-là ». C’était le te temps de la prostitution (déguisée sous le nom de jineterismo) et de l’exode massif vers les Etats-Unis (les Balseros). L’auteur développe une intrigue dans une parodie des classiques du genre policier en mettant en scènes des canailles et des délinquants. Dans ce roman, l’assassin est un vrai criminel mais le crime est une fatalité.  Par contre, dans ce microcosme de la délinquance, d’autres personnages sont plus nocifs et tirent les ficelles d’une économie souterraine avec son lot de misère où l’on peut acheter un meurtre et en vendre la culpabilité. Le langage de l’auteur n’est pas un catalogue sur les mœurs et les caractères d’un barrio (quartier d’une ville) mais pure poétique de la marginalité. L’auteur voulait que l’enquêteur soit «un chef de la police de quartier qui y serait né et qui aurait partagé une bonne partie de sa vie avec des délinquants originaires du même endroit que lui. Avec ces types que les aléas de la vie obligent à commettre des délits mais aussi, bien sûr, à collaborer avec le policier. Obligés de devenir des délinquants mais, aussi, assez persuadés qu’ils ne font rien de mal. » Le policier aux allures de dur-à-cuire apparaît dans une situation rendue complexe puisqu’il doit agir en fonction d’une déontologie qui lui devient toute personnelle et qui se situe hors la loi,  entre la morale  et le code du quartier où il est né. A rebours le délinquant est dans une situation aussi complexe puisque le policier est un ami d’enfance qui a partagé le même code et le connaît bien. Finalement chacun trouve sa voie : la fatalité.



On est loin des clichés sur fond de salsa et plus proche de nos cités insalubres et dites sensibles sur certains points qui font que les personnages sont d’ici et d’ailleurs dans ce qu’ils ont d’universel.. Dans le numéro 19 de la revue culturelle Zibeline,  sous la plume de Fred Robert nous avons trouvé une critique bien tournée pour ce roman qui offre une « galerie de portraits aux difformités goyesques ».  La langue est «  vive, brutale, ourlée d’injures, d’argot et de paroles de chansons et  Fred Robert conclue : «  Ce bref roman se lit d’une traite, on en sort  un peu essoufflé, comme si on remontait de l’enfer, mais, comme le chante le titre espagnol de ce boléro très noir et très humain , « Que en vez inferno encuentres gloria. » Il faut souligner au passage le travail difficile de traduction effectué par  Morgane Le Roy et  revu par Jacques Aubergy.


Chaque chapitre du roman porte un titre évocateur de la littérature policière avec une large part au hardboiled : Tuer n’est pas jouer ( James Bond), La promesse ( peut faire penser au film des frères Dardenne ou à un roman policier particulièrement brillant de l'écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt.), Adieu ma jolie (Raymond Chandler), La clé de verre (Dashiell Hammett), The long Good bye ( Chandler)  L’introuvable ( Hammet) Le cinq petits cochons ( Agatha Christie ), La moisson rouge (Hammet), etc… Ce roman sort le genre policier du distingué manoir  britannique pour le faire tomber dans un barrio populaire de Cuba sous l’influence du Hardboiled, c’est-à-dire par un travail de marginalisation ou popularisation, comme l’explique Sébastien Rutès dans la  postface.  


 


Angel Tomas Gonzales Ramos est né à Ciégo de Avila (Cuba). En 1990, il a abandonné la presse nationale cubaine trop propagandiste. Depuis 1998, il  travaille pour le quotidien espagnol El Mondo et collabore notamment à Radio France International. « Les anges jouent des Maracas » est sa première publication en France. Les maracas sont des instruments picaresques et parangon des rythmes de la musique cubaine et servent aussi au croyant quand il invoque la présence de l’orisha (un saint de la religion yoruba venue d’Afrique)  pour lui demander une faveur personnelle.  Le religieux fait partie de la culture cubaine sans dogmatisme, discipline ou fanatisme. A Cuba, «la pratique religieuse est un phénomène de transculturation et de métissage » écrit l’auteur dans sa préface. En préambule figure une annonce faite dans le Figaro de janvier 1887 : à La Havane, une représentation  de la Comédie française avec, à l’affiche du théâtre Tacon, la grande tragédienne française Sarah Berhardt. « Ce pays, c’est une blague du Bon Dieu, murmura l’inspecteur Juan Bautista Valiente Bravo, pendant qu’il observait le cadavre d’un mulâtre coiffé d’une perruque rousse, élégamment vêtu d’habits de femme et allongé sur les récifs dans la pose du dormeur décidé à ignorer le lever du jour. » Tel est l’incipit avec la découverte d’un cadavre sur la côte près de l’Hôtel Petit tenu par un Français du même nom, aventurier évadé du bagne de la Guyane française et qui affiche son aversion pour la police. Juan Bautista, le policier qui enquête, est décrit comme localement atypique : «  de taille moyenne avec un visage encore poupin pour ses trente-cinq ans, le physique de Juan Bautista était l’opposé de celui de la plupart des policiers de la ville, qui se distinguaient par leur corpulence intimidante ». Il est un inspecteur raffiné, parle lentement et à voix basse contrairement à ses collègues qui vocifèrent des grossièretés dans le champ lexical du langage de la rue. Lecteur du Progrès de la métaphysique de Kant, il s’emploie à suivre les principes de la raison comme un détective anglo-saxon de la belle époque du roman à énigme. Ce rationaliste pourra-t-il le rester avec une enquête où, pense-t-il «la raison ne lui serait pas plus utile qu’une boussole à un cordonnier ».  Le personnage est peut-être trop lisse pour ne pas cacher une faille…



Mais revenons au crime !   Ce crime a-t-il un lieu avec le débarquement clandestin du capitaine Antonio Maria Aguero, à la tête d’un groupe de guérilleros ? Sur la plage, la police découvre des canots et le corps à moitié mangé par les requins d’un collègue infiltré dans un mouvement de sédition contre la Couronne espagnole.  Qui a découvert le cadavre du mulâtre travesti ? La grande Sarah Bernhardt elle-même. Elle loge à l’hôtel Petit avant sa représentation à la Havane. Comment le travesti est-il mort ? D’une balle en plein cœur et d’un coup de couteau dans la poitrine. Pas n’importe quel couteau ! Un coup de poignard de Nanigo ( Les Nanigos ou Abajua sont les membres d’une ancienne société secrète), ce qui pourrait vouloir dire que l’assassin a voulu défendre son honneur ou tué celui qui a trahi un secret. Sarah Bernhardt (qui ne se déplace jamais sans son cercueil même à l’étranger),  a aperçu le corps alors qu’elle allait se mettre à l’affût pour chasser.  Le nommé Petit sort facilement un couteau lorsqu’il se sent insulté. Seraient-ce les premiers indices ou de fausses pistes ?... L’intrigue se situe au mois de janvier 1887. L’auteur déroule une fiction historique avec le style narratif du roman policier. Il redécouvre un passé prérévolutionnaire en marge des textes officiels issus d’un processus révolutionnaire, donc idéologique. Il a choisi une période qui est une parenthèse entre les deux guerres d’indépendance. «  C’est une période, dit-il, où les débats politiques, culturels et économiques sont intenses ». De riches Cubains tournent leurs regards admiratifs vers Paris et New-York.  Quelques années plus tard Cuba cessera d’être une colonie espagnole alors qu’une grande partie de l’industrie sucrière est passée sous capitaux nord-américains. Dans ce roman, on rencontre autant de personnages qui appartiennent à l’Histoire que ceux  imaginés par l’auteur qui y dresse un tableau de la situation politique de l’île en donnant une vision inédite de cette période coloniale à la Havane. Parmi les personnages imaginés, apparaît une beauté rousse pour qui les hommes s’enflamment :  Elisabeth Garden, une riche Nord-américaine qui avait à son service  Saturnino, le travesti retrouvé mort… à suivre en lisant cet ouvrage sans concession pour cette époque et dont l’intrigue est marquée par deux événements : la venue de Sarah Bernhardt et un grand combat du torero espagnol Luis Mazzantini, qui laissera un souvenir inoubliable, non par l'idylle insulaire qu'il aura avec la Grande Sarah Bernhardt , mais pour ses prestations taurines. 

 

 

 

le Grand Théâtre Tacón , actuel grand théâtre de La Havane,  a eu ses premières mises en scène en 1837 après l’inauguration officielle en avril 1837. Dans ce théâtre ont joué les compagnies les plus importantes du monde, les danseuses Anna Pavlova et Alicia Alonso, les actrices Sarah Bernhart et Eleonora Dusse, les chanteuses Adelina Patti et Victoria de los Ángeles, le chanteur Enrico Caruso, les danseurs Carmen Amaya et Antonio Gades, les musiciens Arthur Rubestein et Sergeuei Rachmáninov.

 



Abakwa. La société secrète Abakwa s'est développée à Cuba vers 1820, sous l'impulsion des noirs venus du Calabar (Carabali). Il ne s'agit pas d'une religion, mais d'une association fermée, exclusivement réservée aux hommes, initiés et liés par un serment. Chano Pozo. Un grand joueur de tumbadores (nom cubain des congas), était initié aux secrets de cette organisation socio-politique, qui correspond à celle des "hommes léopard" (Ekwe, en langue Efik ou Ekoi, signifie léopard). Ils sont les gardiens sévères du dialecte et du rituel "plante", "une sorte de franc-maçonnerie populaire" (Alejo Carpentier). À Cuba, on les appelle "nañigos" (petits frères). La musique rituelle et la danse abakwa ont influencé la rumba.


Sur le site des Editions Latinoir:


Vous pouvez lire toutes les préfaces des ouvrages édités par Latinoir en cliquant ici. 

Et puis si vous voulez découvrir les dieznégritos de Latinoir, cliquer là.

 




Publié le 27 août 2009 à 22:20
Par flicorse

Des pistes à explorer de Luri à Barrettali:



A l’initiative de Jean-Pierre Santini, des auteurs et éditeurs corses se sont réunis le Samedi 22 août dernier à Luri dans le Cap corse. De leur débat est sorti un manifeste que nous communiquons :





Manifeste de Luri

La littérature corse existe, mais elle souffre encore d’une étiquette régionaliste imposée le plus souvent par les circuits de distribution et les grandes chaînes de diffusion du livre. Elle a donc besoin de promotion pour faire entendre sa musique particulière au-delà des mers.

Des auteurs, des plasticiens, des artistes, réunis à Luri le 22 août 2009 et tous concernés par cette question de la créativité, de la valorisation du livre, ont reconnu la dimension double de l’écriture, travail personnel et solitaire, et de la lecture, message au collectif qui a besoin d’une amplification par le groupe. Or, les moyens d’amplification ne seront efficaces que si la littérature corse est capable de présenter un minimum de cohésion. Edmond Simeoni a ainsi donné l’exemple de l’année 2013, où la ville de Marseille, capitale européenne de la culture, souhaite donner sa place à la Corse et à ses écrivains. En l’état actuel d’un monde littéraire insulaire fragmenté, comment répondre à cette échéance, sans éviter le copinage ?

Xavier Casanova, du fait de sa grande expérience dans le monde de l’édition et de l’enseignement aux futurs libraires, a tenu les débats, en indiquant le besoin primordial d’une recension exhaustive et technique (au sens d’une fiche signalétique détaillée) de tous les ouvrages nouveaux paraissant en Corse. Jean-Pierre Santini a évoqué la piste d’une union des artistes, d’une union des écrivains, afin de lutter contre la désertification des territoires et des âmes. Elle ne prendrait pas obligatoirement la forme d’une association formelle, avec un local et des cotisations annuelles, mais pourrait loger sur une plateforme virtuelle. Ugo Pandolfi, qui anime avec brio le site Corsicapolar, a donné l’exemple précis d’un travail collectif « Piccule fictions » qui a réuni 26 auteurs autour d’un projet caritatif. Il a conseillé également de profiter de l’outil culturel de la CTC, un service public susceptible de répondre aux exigences minimales de recension systématique décrites par Xavier Casanova. Petr’Anto Scolca a parlé de l’édition italienne, tout aussi malade que la française, dans laquelle des auteurs s’étaient fédéré autour d’un projet littéraire, la New Italian Epic, NIE, rassemblant toutes les œuvres traitant de l’apocalypse et de la fin de l’humanité. Jean-Pierre Santini a conseillé aux auteurs présents de formaliser un texte de base, sur lequel les écrivains insulaires pourraient travailler en vue d’un manifeste de la littérature corse.

Ce présent texte pose plusieurs pistes de réflexion.

Il faut tout d’abord donner aux créateurs de l’île un étendard commun, un drapeau sous lequel fédérer toutes les forces. La littérature ne vit pas sans un souffle puissant, et l’image du désert, vox scriptanti in deserto, désert culturel, désert rural, désert social, pourrait être une image forte de la création insulaire. Un lieu de désolation, mais également un lieu de re-création. Tout simplement parce que de la solitude de l’écrivain naît le sentiment qui fera refleurir le sens collectif.

Les auteurs réunis à Luri se proposent de transmettre à leurs amis de Corse du Sud et aux autres auteurs absents ce 22 août de faire connaître leur opinion sur ce point.

L’île, et notamment le Cap Corse, regorge de tours, couvents et autres confréries, lieux solitaires, réhabilités à grands frais par le public, et peu ou mal utilisés. Ce sont des déserts de facto que l’on pourrait aisément convertir pour un usage temporaire de résidence d’écrivain. Ces créateurs ne sont guère exigeants en effet : un gîte, un couvert, et une connexion internet de bonne qualité, suffisent à leur bonheur.

Les auteurs réunis à Luri se proposent d’établir une liste des écrivains désireux de bénéficier d’un hébergement temporaire d’un ou deux mois. Ils recenseront pour cela les avis des autres auteurs consultés.

Une plateforme virtuelle, éventuellement mise en place par la CTC dans le cadre de l’outil culturel, pourrait servir de vitrine à la littérature insulaire en proposant des textes en ligne. Un comité de lecture, établi à compter des jurys littéraires déjà existants dans l’île, trierait a minima dans les textes écrits en Français. Les textes corses pourraient être acceptés sans comité de lecture, afin de promouvoir cette forme d’écriture.

Les auteurs réunis à Luri demandent aux autres auteurs de se prononcer favorablement sur ce point, afin que la CTC puisse être saisie.




Poser des pistes de réflexion ? C’est l’occasion d’un retour sur la journée « livres ouverts » tenue à  Barrettali en août 2007 et aux questions qui y avaient été posées :

Y a-t-il un caractère singulier, voire spécifique, de la littérature corse ?
L’autochtonie souffre-t-elle ou s’aiguise-t-elle de sa confrontation à la francophonie ?
L’émergence de la littérature corse peut-elle être synchronisée avec le mouvement de riacquista, voire de décolonisation, faisant alors surgir la même problématique que celle des littératures maghrébines et africaines à l’amorce des indépendances ?
Alors, en quoi la langue corse importe-t-elle à la littérature corse ?
La littérature corse peut-elle être autre que " mineure "(au sens deleuzien de ce qui mine la littérature d’un parcours nomade) ?



Ajoutons une première nouvelle question :  lorsque l’on parle de littérature, doit-on y ajouter un adjectif ?

Sur le site Médiapart,  Jérôme Ferrari donne sa réponse en répondant à la question : Votre désir est-il de faire émerger une «littérature corse», avec le risque réducteur que comporte ce terme, ou tout simplement que la littérature prenne enfin en compte les écrivains corses ?

La question serait plus facile s’il était possible de savoir avec précision ce que signifie littérature « corse ». Il est d’ailleurs tout aussi délicat de savoir de quoi on parle quand on se réfère à la littérature « française ». S’il s’agissait d’une simple question de localisation, il n’y aurait pas de problèmes mais ce n’est bien sûr pas le cas. L’adjectif « corse » a généralement, en Corse comme sur le Continent, des connotations qui me déplaisent et qui, bien que sans rapport avec un projet littéraire, peuvent lui nuire énormément en le faisant disparaître sous des controverses idéologiques sans intérêt. Il m’est arrivé de souhaiter être Albanais ou Bouriate.
D’un autre côté, je ne peux pas faire comme si la Corse n’était pas un élément constitutif de mes romans. Mais je refuse l’alternative qui consisterait soit à ne plus se référer à la Corse, soit à vouloir faire de la littérature régionale. L’idée même de littérature régionale me paraît grotesque. Tout roman naît dans une région particulière, il le faut bien, mais son monde est, en droit, celui de la littérature tout court, sans adjectif. C’est là, et là seulement, qu’il doit être jugé. Je souscris totalement aux analyses de Milan Kundera sur ce point. J’ai traduit la plupart des œuvres de Marco Biancarelli non parce qu’il est corse mais parce que la brutalité et la puissance de son style me paraissent uniques. Voici donc mon désir : que les romans soient lus pour ce qu’ils sont. Si tel était le cas, je suis certain que la littérature prendrait naturellement en compte certains écrivains corses et j’en serais ravi. Mais je crains de ne pas être exaucé avant longtemps.


Des questions en cacheraient-elles d’autres ?

La littérature ? Que représente cette entité supérieure ? Qui sont les gardiens du temple ? D’évidence, la question posée sur la littérature corse comme étant « mineure » s’adressait à des auteurs répondant à l'étalon deuleusien suivant: philosophe-linguiste-sociologue-politologue-universitaire. La réponse de Jérôme Ferrari s’adresse à un étalon littéraire qui exclut tout adjectif « régional »du champ de la littérature. C’est un autre débat…

Toutefois le jugement porté par Jérôme Ferrari sur l’ecrivain en langue corse Marcu Biancarelli ( … brutalité et puissance de son style me paraissent uniques, dit-il. ) donne le critère du style littéraire. Pour entrer dans la littérature, il faut avoir du style. De ce point de vue, c’est sans doute aussi l’usage de la langue corse qui donne son style unique à Marcu Baincarelli. Est-il pour autant un auteur régional ? Le traducteur de ses ouvrages en français en fait-il un auteur reconnu?

Si on ne parle plus de littérature régionale, peut-on parler de littérature post-coloniale ? Faut-il comprendre le « post » comme un « méta », c’est-dire une littérature vers un au-delà du colonial?

Aujourd’hui, les auteurs corses seraient-ils dans  une problématique qui repose sur une idéologie "libéral-humaniste " soucieuse de dégager avant tout un universel, avec le risque de manquer ou d’occulter les enracinements locaux, les particularités revendiquées ou héritées, les identités assumées, voire inventées ou seulement imposées par l’histoire ?

Le vrai problème d’une littérature corse est-il  celui de sa représentation : Qui parle au nom ou à la place de qui ?

La constitution de peuples en Etats-nations solderait-elle tout résidu de la colonisation ?

Que la minorité " au sens deuleuzien " mine la littérature corse de son parcours nomade est une formule ambiguë qui laisse supposer le choix unique entre la minorité  ou la soumission à ce qui est majorité. Que la littérature corse soit mineure et donc dans des conditions révolutionnaires au sein de la grande littérature française, cela a-t-il encore  un intérêt ?

Pour reprendre la phrase de Jérôme Ferrari : « Tout roman naît dans une région particulière, il le faut bien, mais son monde est, en droit, celui de la littérature tout court, sans adjectif » et il ajoute : «Voici donc mon désir : que les romans soient lus pour ce qu’ils sont. Si tel était le cas, je suis certain que la littérature prendrait naturellement en compte certains écrivains corses et j’en serais ravi. Mais je crains de ne pas être exaucé avant longtemps. » Cela nous ramène à la dernière question de la journée «  i libri aperti » d’août 2007 à Barettali : Que signifie alors le récent " printemps "de la littérature corse ?



Lors de la journée à Barettali, un auteur corse diplômé a dit qu’il n’avait pas relevé encore de chef d’œuvre de la littérature corse en ce qui concerne notamment le roman. On se pose alors la question : le chef d’œuvre est-il le roman militant, le roman total , le grand roman d’une vie, le grand roman d’une époque, peut-être d’une génération ? Serait-il uniquement une des œuvres primées par quelques concours des associations littératures parisiennes érigées en académies ?  Un auteur corse, basque, catalan, breton, occitan… doit-il entrer au Panthéon de cette littérature avec un grand « L » et sans adjectif pour être reconnu comme écrivain ? Si on parle de littérature française, peut-on refuser l’adjectif « corse » ?

Des questions qui en appellent d’autres. Des pistes qui peuvent conduire à des impasses ou se perdre dans l'infini. Le débat sur l’existence d’une littérature corse sera-t-il refermé un jour et mérite-t-il qu’on s’y intéresse ? Est-ce un vrai débat  avec des discours faux? Finalement la littérature corse serait-elle uniquement constituée des ouvrages écrits en corse et qui s’adressent à un lectorat corse ? Leur traduction en ferait-elle des œuvres universelles ou  des récits exotiques pour les autres lecteurs? De fil en aiguille, la question de l’existence d’une littérature corse ne risque-t-elle pas de déboucher sur une aporie ?  

Sans doute devrait-on commencer par s’entendre sur le mot « littérature ». Il est inséparable du mot « culture ». La littérature exploite toutes les possibilités du langage. Elle est l’expression de l’humain. Elle est déterminée par une langue, une époque, une société… Elle fait revivre le passé et cherche à agir sur le futur. Elle est une interrogation sur le monde etc… Dans tout cela, l’adjectif « corse » est-il vraiment grotesque lorsqu’il s’agit de littérature ?

Finalement on a le droit de penser ce que l’on veut car heureusement le lecteur corse comme les autres lecteurs garde ses droits impréscriptibles tels qu’édictés par Daniel Pennac ( un Corse non déclaré comme tel en Littérature )…

1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

pour aller plus loin :  quelques sites et articles parlant de la littérature corse :

- Pour une litérrature corse
http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com/
- La littérature corse extiste-t-elle ?
http://www.transcript-review.org/fr/issue/transcript-17--la-corse-/editorial
- Antholigie : auteurs corses et textes en langue corse
http://corsica.net.free.fr/html/francais/mainframefr.htm
- Du côté de Corti
http://www.adecec.net/corti/neriadegiovanni.html
- La littérature corse existe-t-elle, ( blog Plume de paon )
http://www.lesplumesdupaon.fr/nouveau/litt_corse/index_litt_corse.html
- Etude sur le roman  en langue corse
http://adecec.net/adecec-net/parutions/urumanzucorsu2.html
- Cumenti, petite anthologie de la littérature corse
http://www.interromania.com/studii/sunta/renucci/cumenti001.htm
- site Interromania
http://www.interromania.com
- Invistita
http://www.invistita.fr/


Anthologies de la littérature corse :

- celle en langue corse de Mathieu Ceccaldi , réédité en 2008 par l’Association Mimoria bisinca et  les Editions Alain Piazzola, "bible" de la littérature corse publiée en 1973 par Klincksieck.De Salvatore Viale à Noël Rocchiccioli en passant par Santu Casanova, Dominique Carlotti et Anton Francescu Filippini...

- Celle bilingue de jean-guy Talamoni, éditée chez DCL.

- Litterature corse de J.J Franchi qui  propose  une anthologie de textes littéraires contemporains,




Publié le 16 août 2009 à 08:24
Par flicorse
Grossu Minutu, un personnage corse devenu légendaire

On ne se méfie jamais assez des mots, selon Louis-Ferdinand Céline… Les mots censurés, les mots scandés, les mots chuchotés, les mots croisés, les mots qui tuent et les mots qui sauvent. L’importance des mots. L’esprit des mots et les mots d’esprit. Grossu Minutu ( Gros Maigre) est le surnom d’un personnage devenu légendaire en Corse par ses jeux de mots et ses réparties humoristiques. Sa verve est entrée dans le Panthéon de la culture orale corse. Il paraît qu’il faisait rire même les ânes.

J’ai découvert ce personnage corse avec un disque 33T de Christian Mery* (voir dans les notes ) qui avait repris les histoires de Grosso minutu (le bouffon de Perelli ) en 1958. Malheureusement ce disque n’a pas survécu aux déménagements.



Grossu Minutu
était un blagueur, mais aussi l’ami, le confident et le conseilleur de Pascal Paoli.
Prénommé Pietru Giovannu (Pierre-Jean), il était un homme qui, durant son époque, n'a suscité d'autres écrits que ceux des registres paroissiaux dépositaires alors de l'état civil. Pourtant sa parole lui a survécu dans une société corse dont la culture est restée longtemps orale. Grossu Minutu fait partie de l’histoire et de la culture corse comme d’autres illustres mal connus Circinellu* ou Pozzo di Borgo* par exemple. « Notre histoire est riche de personnages héroïques… Nous pouvons puiser dans nos propres mythes pour enrichir notre propre imaginaire. Connaître son histoire et sa culture sont des préalables à l’échange avec les autres » déclarait Maga Ettori qui, avec Patrice Bernardini, a intégré les chansons de Grossu Minutu dans son spectacle musical sur la révolution corse créé pour le bicentenaire de la mort de Pascal Paoli au Palais des sports de Levallois-Perret du 13 au 15 décembre 2007. Pour Maître Sixte Ugolini, ancien bâtonnier du Barreau de Marseille et auteur de plusieurs ouvrages dont Macagne è detti di i paesi corsi, la Corse est autant le pays de Grossu Minutu que celui de Paoli ou Napoléon.




« Pierre-Jean Ficoni, dit "Grossu minutu", bouffon de Pascal Paoli, né aux environs de 1715 ». C’est ainsi que le Quid signale la maison de ce héros corse comme curiosité de son village, Perelli di Alesani. Le terme «bouffon » est impropre si ce n’est que Grossu Minutu était un perpétuel objet de moquerie et que c’est cela qui a fait sa force de caractère et son humour caustique.




Piétru Giovannu Ficoni
est né effectivement en 1715, sous de mauvais hospices. C’est une année de disette due aux mauvaises récoltes. Ses parents ont des revers de fortune et se retrouvent dans la misère. A la mort de son père, il est encore au berceau. Fils unique, il est élevé par sa mère dans les difficultés. Il est de santé fragile. Sa mère meurt lors qu’il a commencé sa scolarité. Orphelin à douze ans et sans aide, il sombre dans une profonde mélancolie. Tout est contre lui, même son aspect physique, qui l'expose aux vexations. Chétif et souffreteux, il est d’abord surnommé Minutu. C’est son incroyable force de caractère qui l’aidera à surmonter sa condition. Il est courageux et ce sont les mots qui deviendront ses armes pour se défendre. Ne pouvant éviter le malheur, il prend le parti d’en rire. C’est sans doute pour lui aussi une façon de conjurer le sort et de ne pas devenir un marginal irascible.

Minutu est comme la plupart des habitants de Perelli-di-Alesani, partisan de Matra* ( voir les notes ), mais après la mort de celui-ci, il profite de l'amnistie accordée aux vaincus pour suivre Pascal Paoli (1725-1807). Au retour d'une expédition, son amabilité faillit lui coûter la vie. Une femme le charge de remettre, dans le plus grand secret, une lettre à une personne qui demeure dans un village qu'il doit traverser. Minutu accepte sans se poser de questions. Arrivant dans la localité, il est arrêté par un détachement de patriotes. Fouillé, il est trouvé porteur de cette lettre adressée à un chef rebelle. Enfermé dans la prison de Bastia, il attend son jugement. Il aurait sûrement été condamné sans la providentielle présence de Giovanni Guiseppe Cortinchi, aide de camp de Pascal Paoli. Cortinchi, originaire de Bozzio, connaît la réputation de Minutu et s'empresse de le faire libérer. Suite heureuse : Pascal Paoli est informé de cet incident et va tout faire pour que Minutu oublie ses pénibles journées de détention.

Adulte, Minutu voyage de village en village avec son âne, chargé de modestes marchandises qu'il vend tant bien que mal. Sa causticité fait de lui l'objet d'un perpétuel défi, et partout on l'attaque. Les rapports avec ses semblables sont, mais en apparence seulement, une suite de traits d'esprits et d'injures. Jules Renard aurait dit que cet humoriste était un homme de «bonne mauvaise humeur ». Le même esprit corrosif se manifeste dans le chjam’é rispondi, joute oratoire improvisée sur le défi et le verbe. Les participants entrent dans une provocation par jeux de bons mots, métaphores et insinuations subtiles en évitant le mépris, l’arrogance et toute atteinte à l’honneur de l’adversaire.

Après des années de galère, Minutu séduit une voisine qu'il épouse. De ce mariage, naissent deux filles et un fils nommé Carlo Mattéo, qui quitte rarement la maison familiale et que l'on surnommera "le casanier". Devenu veuf après dix ans de vie commune, Piétru Giovannu ne se remarie pas. Il ne vit pas dans l’abondance mais à l'abri du besoin.

Vers cinquante ans, il a pris de l'embonpoint, ce qui contraste avec sa légendaire maigreur. Cet embonpoint va, bien sûr, lui valoir quelques moqueries supplémentaires. Au sobriquet de Minutu (maigre), vient s'ajouter celui de Grossu (gros)... Malgré son grand âge et un certain confort matériel, Grossu Minutu poursuivra sa vie errante de marchand ambulant. Les années passant, et finalement, sans force et infirme, Il rentre avec son âne chez lui; son ame y trouva l'affection de ses trois enfants.

A l'âge de 86 ans, à la suite d'une longue maladie, il s'éteint à Perelli-di-Alesani. Jusqu’à sa mort, il n'aura jamais cessé de manifester son bel esprit, car avant de rendre son âme à Dieu, il aurait adressé un dernier bon mot à la mort.

Avec ses stalbatoghji (histoires et anecdotes plaisantes), sa notoriété n'a jamais dépassé les frontières de l'île. En Corse, il n’est pas encore oublié. Le groupe Canta u Populu Corsu, chante Al povera di Grossu Minutu, une historiette amusante adroitement mise en scène et désopilante dans le 33tours intitulé Festa zitellina.

Extrait de la revue ethnologique « Terrain » :

« Le théâtre de ses aventures, c'est les villages et quelquefois la ville (au 18ème siècle il n'en est qu'une, c'est Bastia) où ses affaires l'amenaient à se rendre ; dormant chez l'habitant, ou dans des auberges de villages, liant amitié et commerce avec tous. D'abord partisan et client de la grande famille noble des Matra, adversaires de Paoli, il reconnut vite le rôle historique du " Père de la Patrie " et se rangea à ses côtés, sans jamais abdiquer son franc-parler et sa verve caustique. On pourrait presque dire qu'en passant de la mouvance des Matra à celle de Paoli, il opère la transformation d'un statut de client en celui de citoyen : presque, car nous savons que Pascal Paoli devait, pour tenir tête aux féodaux et grands notables contre lesquels il se battait, user des mêmes armes qu'eux et en particulier regrouper autour de lui un parti comme les autres. Mais précisément, par son indépendance, Grossu Minutu est, à cet égard, en avance sur le général de la Nation corse. Ainsi, il incarne un personnage à la fois marginal et représentatif de ce petit peuple des campagnes corses qui, de 1729 à 1769, fait et vit ce qu'il est convenu d'appeler les Révolutions de Corse.

[…/…]Grossu Minutu démasque par ses saillies, l'hypocrisie, le ridicule, voire l'odieux des comportements de ses compatriotes. Un de ses moyens favoris consiste à traiter ses interlocuteurs comme s'ils étaient des animaux ; un jour, un groupe de personnes, pour se moquer de lui, le compare à Esope ; Minutu ne se démonte pas : " Je fais mieux que lui, dit-il ; il faisait parler les bêtes, moi, en plus, je les fais rire. " Grossu Minutu est souvent présenté, dans les saynètes dont il est le héros, comme quelqu'un que les autres forcent à parler en l'accablant de lazzi et en le provoquant, pour le simple plaisir de l'entendre. A ces incitations à parler " pour rire ", c'est-à-dire pour ne rien dire d'essentiel, Grossu Minutu répond, on l'a vu, en renvoyant à ses interlocuteurs une image d'eux-mêmes qui est celle d'animaux. Ainsi, par exemple, à quelqu'un qui pour le vexer lui faisait remarquer que, pour un homme d'esprit comme lui, il avait les oreilles plutôt longues, il réplique : " Et toi, pour un âne*( voir dans les notes), je trouve que les tiennes sont trop courtes " ; ou bien encore, dans une procession, quelqu'un qui marche derrière lui, lui dit pour l'humilier : " Il paraît, Grossu Minutu que tu es toujours avec les porcs " ; et lui de répondre : " Eh oui, tantôt devant, tantôt derrière ; en ce moment je suis devant. " Ainsi, Grossu Minutu disqualifie dans leur prétention à être paroles humaines les " putachj ", plaisanteries et vexations qui font le commerce quotidien des hommes entre eux ; ce faisant il libère, en quelque sorte, une place pour une parole vraie, pour une relation pleine entre les hommes, parole et relations qu'il ne produit jamais lui-même positivement, se contentant par la dérision et l'inversion, de laisser à penser qu'une autre voie serait possible entre les " putachj " et les " spaccate " qui, chacune à sa manière, désagrègent le corps social. De là à penser que son rôle social s'articule profondément avec celui de Pascal Paoli, il n'y a qu'un pas que la tradition populaire a franchi depuis longtemps, mais sans l'expliciter.

[…/…]" u putachju ", le commérage ; activité prétendument féminine, mais à laquelle les hommes s'adonnent aussi abondamment. Comment l'interpréter ? Le " putachju " est doublement inséparable du secret. D'abord parce que, comme tout commérage, toute rumeur, l'auteur du " putachju " avance masqué : on le soupçonne mais on ne peut pas le confondre. D'autre part dans une société où l'interconnaissance se combine avec le secret, ce qui est su n'est jamais su qu'en partie, le secret accompagne tous les actes, et l'opposition que nous notions en commençant entre la " casa " et la " piazza " empêche le " putachju " d'être jamais un savoir vrai ; il est condamné à rester dans le domaine de l'opinion, du soupçon, de l'interprétation, de l'affabulation. Sa particularité consiste donc dans le fait de souligner, de grossir, de construire, à partir de ce qui est entrevu, un discours plus ou moins cohérent, fait de sous-entendus ; un discours qui déforme ce qu'il évoque, invente ce qu'il ne sait pas, bricole une parole qui n'est ni vraie ni fausse. C'est un travail sur le sens construit sur un texte tronqué. Le " putachjone ", celui qui répand les " putachj ", cherche sans cesse à percer le secret des maisons ; il dit le faux pour savoir le vrai ; il dit même parfois le vrai pour faire admettre le faux. Il excelle à interroger les enfants sur ce qui se fait et se dit le soir, autour de la table familiale, et en particulier sur ce qu'on mange, bon indice des misères ou des bonnes fortunes que l'on voudrait cacher. C'est pourquoi on enseigne aux enfants à répondre à ses sollicitations insidieuses par une attitude qui est le pendant exact du " putachju " : la " spaccata ", la parade, la rodomontade ; le mot vient du verbe " spaccà ", fendre : le " spaccone " est celui qui " spacca i monti ", fend les montagnes. La " spaccata " s'annonce donc comme une parole fausse, si ouvertement fausse qu'elle remet l'interlocuteur à sa place : si on te demande ce que nous avons mangé hier soir réponds : Pane e pernice, affari di casa un si ne dice (du pain et des perdrix, affaires de maison on ne les dit). Dans une société où les mets les plus courants sont la " pulenta2 ", la soupe ou, au mieux un ragoût de légumes et de lard, tout le monde sait bien que personne ne mange du pain et des perdrix ; le pain et les perdrix sont mets de riches ou exceptionnels. De même, en politique, la " spaccata " consiste à dire bien haut que l'on va vaincre, que l'ennemi est perdu, alors que rien ne permet de l'affirmer ; ceux qui savent qu'ils vont gagner, en général se taisent, non par modestie mais pour rendre plus éclatant encore leur triomphe. Ainsi " putachju " et " spaccata " s'affirment comme des attitudes et des pratiques qui, en s'opposant, érigent, l'une par défaut, l'autre par excès, un espace, ou mieux, un mouvement de " publicisation " qui traverse l'univers social
. »
Texte intégral à l’adresse :
http://terrain.revues.org/document2981.html#tocto3



Le prix Grossu Minutu :

Existe aujourd'hui une Académie Grossu Minutu qui attribue chaque année un Prix récompensant une œuvre humoristique corse.
Batti a obtenu le prix Grossu Minutu en 2003 pour l'ensemble de son œuvre. U sette bellu (le «Beau sept», Albiana, 1995) de Batti, met en scène entre imaginaire et réalité des personnages de jeux (U sette bellu est dans le jeu de cartes de la Scopa le sept de carreau) embarqués dans une aventure mêlant références à l'histoire et allusions à Shakespeare. Le dessin y est tantôt «humoristique », tantôt d'un réalisme saisissant.
L'enquête corse (L'inchiesta corsa, traduction de Francescu Maria perfettini) de Pétillon, dont l'accueil dans l'île fut extrêmement chaleureux. L'auteur a su repérer, et restituer avec beaucoup d'humour, quelques particularismes qui sont dans l'île même objet de plaisanterie (c'est une des formes de «a macagna» que le mot de « plaisanterie » traduit assez mal). L'album a obtenu le prix Grossu Minutu, et a donné naissance à un film tourné dans l'île dans une allégresse de bon aloi.



Quelques ouvrages sur Grossu Minutu :

- Bon mots et plaisanteries du célèbre Grossu Minutu, de Felice Matteu Marchi.


- Grosso Minuto. L'esprit et les réparties d'un Corse de légende. ce livre édité aux éditions Baconnier est rempli de croquis de Charles Brouty, d'une finesse éblouissante. Malheureusement, les éditions Baconnier étant disparues depuis longtemps, le livre est devenu difficile à se procurer, ou alors en cherchant dans les "livres rares" Grâce aux contact que j'ai noué avec la famille de l'éditeur, en Provence et en Kabylie, je peux néanmoins vous le procurer. Compter quand même entre 25 et 40 euros hors frais de port.

Un extrait de Grosso Minuto, L' esprit et les réparties d' un Corse de légende, Traduction de J.B Nicolaï, Éditions Baconnier, Marseille, 1969

Le borgne.
Il y avait à Bastia un riche commerçant, réputé pour son esprit sarcastique. De plus, il était borgne et cachait mal sa disgrâce derrière d' épaisses lunettes vertes…
Un matin cet homme vit passer, du haut de son balcon, le vieux Minuto Grosso que les ans avaient rendu bossu.
-Où allez-vous donc de si bonne heure, un sac sur le dos ? lui-dit-il faisant allusion à sa bosse.
-J' allais chez toi, et je suis heureux que tu m' aies reconnu alors que tu n' as encore ouvert qu' un volet de ta fenêtre répliqua Minuto qui connaissait l' infirmité du plaisantin.







- Grossu Minutu magnifiquement illustré par Nicolas Carlotti ( prix du livre corse en langue corse 1997), Edition La Marge. Il reste des exemplaires qui peuvent être commandés aux Editions du Journal de la Corse – Imprimerie Siciliano. On y trouve des titres comme "U Fibbione di u Molu", "U Cumpagnu" (page 59), "Macagna Bastiaccia", (page 72), "Nivaghja", (page 73).

Nicolas Carlotti a donné en 1997, une bande dessinée publiée initialement en épisodes dans le journal La Corse-Le Provençal, consacrée à Grossu Minutu .

- Grossu Minutu et son époque de Domonic Groebner Imprimerie Stamperia Sammarcelli, une étude par un Autrichien amoureux de la Corse. Cette étude est complétée par les propos de Murat Demirkan sur Nasrédine Hodja , le "double" turc de Grossu Minutu.

- Les Corses de Philippe Franchini, ouvrage publié en 2001 aux éditions Cavaliers bleus dans lequel un passage évoque Grossu Minutu.



Sites :










Grossu minutu : http://curagiu.com/grossuminutu.htm
Nicolas Carlotti : http://antoine.allegrini.free.fr/CARLOTTI.htm
Association Grossu Minutu corso-belge : http://www.grossuminutu.com/



Notes :

Marius Emmanuel Matra* – adversaire de Pascal Paoli, Général en Chef (Capu Generale) par la Consulte de Saint Antoine de la Casabianca qui l'investit de la mission d'une guerre décisive contre Gênes. Il contesta l’élection de Pascal Paoli le 10 août 1755 et se fit élire à son tour Général de la Nation par 6 voix sur 64. Ce fut le début d’une guerre civile qui dura jusqu’en 1757. Matra fut tué en 1763.

Dumenicu Leca, dit Circinellu*. Originaire de la pieve de Vicu, il a été prêtre de Guagnu. Partisan de Pasquale Paoli et de l'indépendance de l'île, il est une figure de la résistance de la Corse. Ainsi il prêta serment sur son autel de ne pas déposer les armes tant que la patrie serait occupée. Après la défaite de Ponte Novu et la fin du rêve d'indépendance de la Corse, il galvanise ses troupes et organise la résistance dans sa pieve. Mais il est traqué, ses biens sont dévastés et sa tête est mise à prix par les troupes de l'armée française. Pour ne pas que la répression s'abatte sur les siens et sa région, il s'enfuit pour le Fiumorbu. Il est retrouvé mort en 1771 dans une grotte d'Ania (où le toponyme A Grotta di Circinellu existe toujours), un crucifix dans une main, un poignard dans l'autre. Il a incarné le patriotisme du clergé insulaire durant les guerres d'indépendance de la Corse.

Charle André, comte Pozzo di Borgo*, né à Alata près d'Ajaccio le 8 mars 1764 et mort le 15 février 1842, est un politicien corse, devenu diplomate russe. Il s’était rallié à Pascal Paoli.


Christian Mery* , acteur, auteur, chanteur et fantaisiste, a enregistré plusieurs disques d’histoires corses comme la légende de sbilia avec les sous-titres de pochettes : le petit âne gris, Tranquille, O Signore cosa cè, Solenzara, Veillée corse et Ca se corse. Acteur, il a tourné dans une vingtaine de films entre 1956 et 1969 dont L’amour descend du ciel ( Maurice Cam ), Comme un cheveu sur la soupe( Maurice Regamey) Le grand bluff ( Patrice Dally) Les trois font lapaire ( Sacha Guitry et Clément Duhour), Cigarettes, whisky et p’tites pépées ( Maurice Régamey), Madame et son auto ( Robert Vernay), Ce soir on tue et Y’en a marre ( Yvan Govar), Le cave est piègé ( Victor Merenda), Les fortiches ( Georges Combret) Napoléon II, L’aiglon ( Claude Boissol), La vendetta ( Jean Chérasse), Les bricoleurs ( Jean Girault), Rien ne va plus ( Jean Nacqué),Le petit monstre (Jean-Paul sassy) et La honte de la famille ( Richard Balducci). Avec Louis Lorenzi, il est le coauteur aux Editions de la Table ronde de Pascal et Dominique, storia corsa (1964)

Il était aussi chanteur et nous avons retrouvé une chanson de Georges Brassens qu’il a interprétée :

Vendetta
Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957
Mes pipelets sont corses tous deux,
J'eus tort en disant devant eux,
Que Tino et Napoléon
Jouaient mal de l'accordéon.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Fermement résolus d' se venger,
Mes compatriotes outragés,
S'appliquèrent avec passion
A ternir ma réputation.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Leurs coups de bec eurent c'est certain,
Sur mon lamentable destin,
Des répercussions fantastiques,
Dépassant tous les pronostics,
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

M'étant un jour lavé les pieds,
J'attendais la femme d'un pompier,
Sûr d'abuser d'elle à huis-clos,
J'avais compté sans ces ballots.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Comme dans le couloir il faisait nuit,
Et qu'elle ne trouvait pas mon huis,
Elle s'adressa funeste erreur,
A ma paire de dénigreurs.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Ils répondirent : cet espèce de con-
Tagieux là, demeure au second,
Mais dès que vous sortirez de chez lui,
Courez à l'hôpital Saint-Louis.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Alors ma visiteuse à corps
Perdu, partit et court encore,
Et je dus convenir enfin
Que je m'étais lavé les pieds en vain.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Mis au fait, les pompiers de Paris,
Me clouèrent au pilori.
Ils retirèrent par précaution
Leurs femmes de la circulation.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Et tout ça, tout ça, voyez-vous
Parce qu'un jour j'ai dit à ces fous,
Que Tino et Napoléon
Jouaient mal de l'accordéon.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.




L'Ane* corse est-il d'origine sumérienne?
Grossu Minutu avait un âne comme tous les marchands ambulants. Nul n’ignore l’importance des ânes en Corse ou le mot se traduit par « suméru ». C’est un animal mythique. D’une discussion avec l’historien José Stromboni sur les origines de la Corse, il ressortait qu’elles auraient peut-être une part sumérienne. Pour les ânes, le lien semble déjà établi par le mot corse « suméru » et l’histoire de l’âne corse aurait pu commencer à Sumer dont il tire son origine étymologique. Des fouilles en Iran semblent établir qu’il s’agit d’une grande civilisation suméro-akkadienne disparue dont l’empire s’étendait du golfe persique jusqu’à la Méditerranée…. Pas totalement disparue toutefois puisque une espèce a survécu en Corse où le sumeru apparaît comme un être intelligent. Grossu Minutu l’avait compris et José Stromboni le révèle dans son ouvrage « Kur-Sig » . La thèse de José Stromboni, ou à tout le moins l’hypothèse, constitue en effet un véritable éclair dans la nuit: les Sumériens, inventeurs de l’écriture, puis les Etrusques auraient été partie constituante du peuple corse d’origine ! J’en conclus que seuls nos ânes corses ont survécu au brassage des populations et constitué une race supérieurement intelligente. Nous pouvons donc nous enorgueillir d’avoir de tels ânes qui, en plus, portent les fardeaux dans nos montagnes. Maintenant, il faudrait savoir si nos ânes parlent et écrivent le sumérien. Grossu Minutu aurait sans doute eu son avis sur le sujet. Il connaissait bien l’âne corse. On pourrait envisager que l’arche de Noé était équipée d’une chaloupe qu’une tempête aurait égarée sur l’île de beauté sortie du déluge. A moins que ce soit toute l’arche qui ait atterri là. La question est d’importance.
Après la dame de Bonifacio, la Corse pourrait être le point d’ancrage de la nouvelle humanité voulue par Dieu. José Stromboni s’est plongé dans une relecture de l’Ancien Testament et pourrait faire de nouvelles révélations sur ce point. Nous avons décidé de le précéder en nous interrogeant et tout s’est subitement éclairci. Si l’arche de Noé s’est bien arrêtée sur le mont Ararat, les écritures ne disent pas qu’elle y est restée. Dans la légende sumérienne, le héros parallèle à Noé est nommé Outa Napishtim. Outa pourrait correspondre au verbe otta (opter) et « napishtim » serait à rapprocher du mot corse Nasighjime ( action de rechigner ). On pourrait alors traduire par « celui qui rechigne »… Otta Nasighjime alias Outa Napishtim, alias Noé, serait donc corse et non pas sumérien...
Les mots disent les choses. Leur histoire ne se sépare pas de celle des hommes. Leur rencontre n’est pas le fruit du hasard. Sans aucun doute les Sumériens sont-ils venus en Corse et ont été changés en ânes intelligents par quelque sorcellerie. Dès lors, on peut affirmer que la plus vieille civilisation est à chercher en Corse, duvé u sumeru hè natu amparatu. ( où l’âne est savant de naissance ).



Publié le 12 août 2009 à 10:30
Par flicorse
Thierry Jonquet est décédé le 9 août 2009 à l'hôpital la Salpétrière.
  
    
« Seuls les auteurs français de la Série noire qui se sont débarrassés de la bimbeloterie mythique américaine ont réussi à survivre, et parmi eux, Thierry Jonquet. Dans ses romans, il est impossible d’isoler la moindre molécule de cette sublime alchimie dont nous ne connaîtront jamais les secrets. De ce fait, quelque chose de pur se dégage de l’univers de Jonquet, quelque chose qui n’a jamais encombré d’afféterie et de décorum, et ce quelque chose, appelons ça, tout simplement, la fiction. Jonquet sculpte la fiction, c’est le matériau qu’il façonne pour lui donner une âme, le même que celui d’Highsmith ou de Simenon, il est difficile d’en citer beaucoup d’autres. »
Tonino Benacquista, Les Inrockuptibles n° 20 (du 9 au 22/08/1995)

Site officiel : http://thierry.jonquet.free.fr/



Publié le 04 août 2009 à 11:11
Par flicorse

Corse a(l)titude : Henri Ceccaldi, journaliste du quotidien corse.

Comment omettre l’importance des mots lorsque l’on sait que cette omission laisse la voie libre aux stéréotypes, amalgames, présupposés, préjugés et sophismes de toutes plumes qui clôturent la pensée ? Il faut souligner l’ampleur et la gravité de leurs effets pervers qui entretiennent l’imaginaire collectif dans ce qu’il a de plus conservateur pour ne pas dire rétrograde. En Corse, les mots ont acquis et gardé toute leur importance car le peuple corse a une vieille tradition orale. Elle remonte à la nuit des temps.

Connaissez-vous la Corse ? Oui !… une île paradisiaque, aux plages ensoleillées, à la nature vierge et peuplée de machos impertinents et de terroristes chevronnés, où l'on pratique la sieste autant que le racket. Caricatures outrancières !

Les Corses ont été caricaturés par des écrivains célèbres qui n’ont vu sur l’île que de l’exotisme pour donner une large part à l’anecdote. Dans un de nos précédents articles, nous avons livré " Histoire corse " une nouvelle de Guy de Maupassant . On y lit l’extrait qui suit :
" …. gendarmes éventrés par les sauvages paysans de cette île, réfugiés dans la montagne à la suite de quelque vendetta. Le légendaire maquis cache en ce moment, d’après l’appréciation de MM. les magistrats eux-mêmes, cent cinquante à deux cents vagabonds de cette nature qui vivent sur les sommets, dans les roches et les broussailles, nourris par la population, grâce à la terreur qu’ils inspirent. Je ne parlerai point des frères Bellacoscia dont la situation de bandits est presque officielle et qui occupent le Monte d’Oro, aux portes d’Ajaccio, sous le nez de l’autorité. La Corse est un département français ; cela se passe donc en pleine patrie ; et personne ne s’inquiète de ce défi jeté à la justice. Mais comme on a diversement envisagé les incursions de quelques bandits kroumirs, peuplade errante et barbare, sur la frontière presque indéterminée de nos possessions africaines ! Et voici qu’à propos de ce meurtre le souvenir me revient d’un voyage en cette île magnifique et d’une simple, toute simple, mais bien caractéristique aventure, où j’ai saisi l’esprit même de cette race acharnée à la vengeance. "


Henri Ceccaldi, natif d'Evisa:

Nous avons retrouvé chez un des doyens de la presse corse, un article plein d’humour qui pourrait être une réponse aux poncifs malveillants qui font de la Corse un lieu de criminalité. Il s’agit d’un article tiré de la chronique " Le coin de Diogène " tenue par Henri Ceccaldi jusqu’en 1960…


Doulce Corse – article du 17 janvier 1955
La lecture de la presse continentale de la semaine dernière a dû donner des cauchemars aux personnes sensibles : assassinats, suicides meurtres, accidents ont rempli des colonnes entières. La sauvagerie et la démence ont particulièrement illustré ce début de l’année 1955. Aussi n’ai-je pu m’empêcher de commenter en vers ces nombreux faits d’hiver.

Tandis qu’au delà de la mer
On peut voir : des meurtres de fous,
Accidents de chemin de fer,
Coups de feu de maris jaloux
Femmes tuant à coups de hache
Jeunes gens à coups de couteau
Chez nous on n’est pas aussi lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Un gamin tuait sa marâtre
Quand elle avait le dos tourné
Un ivrogne ne faisait que battre
Son épouse et son nouveau-né,
Ici, il n’y a que je sache
De ces modèles de salauds ;
Chez nous on n’est pas aussi lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Ailleurs on voit des coupe-gorge
Pleins de voyous, de sans abris…
Ici les seuls que l’on égorge
Sont les cochons et les cabris…
Partout on trouve des apaches,
Dans les taudis, dans les châteaux ;
Chez nous, on n’est pas assez lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.
DIOGENE.




Ce sont les idées reçues qui pourrissent les relations entre l'île et le Continent.

A la question " Peut-on se moquer des Corses ? ", nous répondrons " oui " mais il y en a marre. Depuis trop longtemps, les Corses sont victimes des mots. Ils pratiquent eux-mêmes l’autodérision, contrairement à beaucoup de leurs détracteurs. Ils ne craignent donc pas le portrait humoristique mais doivent encaisser depuis des années des vérités fabriquées et entretenues par la haine. Le magasine mensuel Corsica de janvier 2008 a voulu dresser une liste des faux maux dont on les affuble, en donnant 49 raisons pour laisser tomber les idées reçues sur la Corse et les Corses. Nous y avons trouvé, parmi les clichés les plus tenaces (peut-être parce qu'il touche davantage les portefeuilles que les esprits), le suivant : L'État a multiplié les efforts en Corse… Ah, que la République est bonne fille avec ces ingrats Corses …

De quel côté est l’ingratitude ?
Sans remonter trop loin, il faut rappeler que Le 15 mai 1768, la République de Gênes vend la Corse à la France pour la somme de 2 millions de livres payables sur dix ans. Vendus sans avoir appartenus à personne, les Corses sont indignés et se révoltent contre cette décision. Ils déclarent la guerre contre les troupes du roi de France. Après leur victoire à Borgo le 6 octobre 1768, Louis XV emploie les grands moyens et envoie une armée de trente mille hommes. Des villages entiers sont rasés et de nombreux Insulaires sont tués . Grâce à la disproportion des moyens engagés par l’envahisseur, les Corses sont défaits à Ponte Novu le 9 mai 1769. On ne peut pas parler d’un mariage d’amour lorsqu’il s’agit d’une annexion réalisée dans le sang.

Par la suite, la Corse a encore perdu des milliers d’hommes " morts pour la France " dans les deux grandes guerres. Notamment, lors de la guerre 1914-1918, 9.739 Poilus nés en Corse sont morts pour la France ( presque 25% de la population masculine corse ). A cette époque, les Corses étaient le plus souvent affectés dans des troupes coloniales et c’est tout un symbole. Pendant longtemps, nombre de Corses n’ont eu pour débouchés professionnels que des carrières militaires et administratives. Les jeunes Corses devaient faire leurs études sur le Continent avec les déchirures familiales et les sacrifices financiers que cela occasionnait pour, finalement, s’expatrier. Tout a été fait pour que l’assimilation soit complète. En ajoutant les expatriés aux morts pour la France, le bilan de la Corse française apparaît catastrophique sur le plan humain.

Historiquement, il a bien fallu admettre que les Corses ne sont pas les descendants des Gaulois ! Devant cette évidence pourtant historique, l’Etat français avait voulu effacer l’histoire de la Corse ( devenue celle de la France), et ne veut encore voir dans la culture corse qu’un folklore régional. Malgré les sacrifices des deux guerres, la Corse a toujours fait l’objet de méfiance et de sarcasmes. Pour exemple, la loi Deixonne (qui admet en 1951 l'enseignement facultatif des langues dites régionales) n’a été étendue à la langue corse que tardivement en 1973. Il suffit d’écouter les médias nationaux et, sur Internet, de lire les commentaires des Franchouillards anonymes pour y trouver le racisme rampant dont la Corse est toujours la cible.

Les vrais amis de la Corse savent que les gouvernements français n’ont pas toujours appliqué la devise républicaine à la Corse ( l’ont-ils appliquée sur le Continent ? C’est un autre débat). Les gouvernants successifs n’y ont favorisé souvent que l’affairisme de quelques uns, comme ils l’ont fait en Afrique de façon plus voyante. Peut-on penser sérieusement que les mouvements autonomistes et indépendantistes sont nés dans une région trop bien traitée par le pouvoir central et ses Jacobins ?



Des journalistes corses regrettaient ou dénonçaient déjà, après la guerre de 1939-45, la diabolisation de la Corse et la politique continentale de type colonial, relayée par la complicité de certains élus qui pratiquaient la brosse à reluire… A l’époque, quatre grands titres de Journaux couvraient l'île : " le Journal de la Corse" à Ajaccio, "L’Informateur " et "Le Petit Bastiais" à Bastia , enfin le "Patriote" représentants les communistes. A ceux-là, s'ajoute l'hebdomadaire dominical du parti communiste "Terre Corse". Il faut aussi citer " U Muntese ", revue bilingue créée en 1955 et fermée en 1972. D’autres ont disparu avant 1940 comme Muvra, L’annu Corsu, A tramuntana, l’Ile

Parmi les journalistes corses, Henri Ceccaldi signait ses articles sous le pseudonyme de Diogène. Il le faisait sans agressivité. Il connaissait la valeur des mots. C’est aussi pour cela qu’on le surnommait " Henri la plume " au sein d’un trio d’amis qui comptait Henri le pinceau et Henri la Pendule. En quelques phrases et souvent en versifiant, il fustigeait inlassablement les fossoyeurs de la Corse. Il parlait de la désertification et de l’incurie du pouvoir central, mais aussi des bassesses humaines dont la toponymie n’écarte pas l’Ile.

Henri Ceccaldi était très connu sous le pseudonyme de Diogène et dans ses billets quotidiens, il croquait, avec un bel esprit, les problèmes insulaires. Il a écrit sous d’autres pseudonymes : " Ad Jaceo " "L’écouteur " et " Mathieu Henri ", mais aussi sous sa véritable identité. Après la Résistance, il avait débuté comme rédacteur en chef du journal " La quatrième République ". Lorsque, en dernier lieu, il a occupé les fonctions de rédacteur à la Direction des services agricoles de la Corse, Diogène a continué à alimenter sa chronique dans le journal corse " L’Informateur ".

Henri Ceccaldi s’était impliqué dans la culture corse. En 1951, il avait créé l’association culturelle et sportive " Altitudes ".

En Août 1957, dans son village " Evisa ", où résidait le poète Minicale et Mathieu Ceccaldi ( Dans les années 1960,, auteur d’un dictionnaire de la " lingua nostrale " et d’un anthologie de la littérature corse*), sont venus des quatre coins de la Corse les poètes et improvisateurs célèbres comme Carulu Giovoni, Leca du u Furcatu, Julien Mattei de Croce, Simonu d’Aulle, Dominique Marfisi ( auteur-compositeur d’U caporale, Ma Cosa c’è ) , Sampetracciu, U Merlu d’Aiacciu, Iannettu Nottini ( auteur des " Ficca-Ficca " et " A Pulitica ") , Cesaru di l’Aquale… L’actrice Madeleine Robinson et l’acteur Daniel Ceccaldi participaient à ce festival qui fut un des derniers à rassembler les poètes et les représentants de la culture orale corse.

Si des intellectuels insulaires sont à l’origine du Riacquistu dans les années 1970, il ne faudrait pas oublier ceux qui les ont précédés dans cette voie et, par ses initiatives, Henri Ceccaldi en fait partie. La plupart sont morts. Ils étaient présents à ce premier festival de la langue et de la chanson corse, qui a donné lieu à des débats sur la préservation de la " lingua nostrale " et qui s’est renouvelé jusqu’en 1959. Il aura fallu 26 ans pour arriver, en 1973, à ce qu’ils souhaitaient déjà : l’enseignement du corse autorisé par la loi Deixonne, déjà votée en 1951 en faveur d’autres langues dites régionales.

Henri Ceccaldi était le Président du comité de réception de ce grand festival de la langue et de la chanson corses. Le 5 septembre 1957, dans un entretien avec Pascal Bontempi, il avait le projet d’organiser un festival d’art dramatique méditerranéen. Il déclarait alors : " La Corse, hélas ! manque de spectacles de qualité ( les villages surtout). Sur le continent, toutes les villes de province ont la chance d’accueillir les grandes tournées théâtrales ; elles ont ainsi l’occasion d’applaudir nos prestigieuses vedettes de la scène et de l’écran. Ces mêmes comédiens ne viennent en Corse que pour y passer leurs vacances. Or, il est admis que les populations de l’île savent apprécier , avec une compréhension toute latine d’ailleurs, les manifestations artistiques de valeur réelle… " Il est l’auteur d’une farce électorale " U votu di Cirottu " ( Le vote de l’électeur) qui a été créée le 29 mai 1956 à l’Opéra de Marseille par le groupe folklorique " A sirinnata ajaccina ", puis fut rejouée en Corse.

Comme d’autres Corses qui ont pourtant œuvré pour l’île, Henri Ceccaldi , alias Diogène, ne figure pas dans le dictionnaire historique de la Corse édité chez Albiana sous la direction d’Antoine Laurent Serpentini. Des oublis sans doute. La preuve que ceux qui prennent en charge la mémoire d’un peuple ne le font pas de façon exhaustive. Henri Ceccaldi pourrait être un exemple pour les jeunes journalistes insulaires…. Diogène, sans décoration mais avec sagesse, était un opposant permanent. Il dénonçait, avec ses mots scandés, les petits et les grands scandales insulaires… " Un chroniqueur plein d’esprit, alliant la finesse du détail à un robuste bon sens " écrivait un confrère dans une épitaphe. Certains de ses articles publiés dans l’Informateur, ont encore une résonance dans l’actualité corse et mériteraient d’être à nouveau publiés. Nous livrons quelques bribes du talent d’Henri la plume… Il savait que les mots sont à la fois des cadeaux et des armes.



Le coin de Diogène du 15 novembre 1954:
A la manière de… Monsieur le Printemps
Monsieur le Préfet a ouvert sa
Campagne pour le printemps 1955
( Les Journaux)

Si monsieur Savreux est un homme
Toujours pimpant, frais et dispos,
C’est qu’il a trouvé, en somme,
Un travail de parfait repos…
Il met le nez à la fenêtre
Tous les jours jusqu’en avril
En s’écriant : " Quel temps fait-il ?
Est-ce le printemps qui va naître ? "

Monsieur Printemps ! Monsieur Printemps
On vous attend depuis longtemps !

En amoureux de la nature,
( Ne le sait-on Place Beauvau ?)
Il prend notre température
Et va pêchant le renouveau…
Mais si souvent l’averse tombe
Sans qu’il le dise à la radio
C’est la seule météo
Que ce triste travail incombe…

Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
Arrêtez-vous de temps en temps.

Ce préfet se croit réaliste
Et ne voit la prospérité
Que dans la venue du touriste
Du touriste de qualité…
Mais il ne voit pas, ça m’épate,
Quels sont les prix exorbitants
Que nous, les pauvres habitants
Payons pour manger des patates…

Monsieur Printemps, monsieur Printemps
Nous ne sommes pas très contents…



Le coin de Diogène du 25 juin 1956

Comptes de fée

Mon " Relisez Topaze " de la semaine dernière a provoqué chez de nombreux lecteurs et amis, divers commentaires encourageants dont j’ai eu les échos. Tous sont d’accord pour me dire : " Dénoncez les coupables ! "
Mais comment prouver ce que tout le monde devine sans atteindre la diffamation, au sens juridique du mot ?
Je vais donc vous faire un conte de Perrault, avec des ogres voraces et des " Petit Poucet " résignés.

Il était une fois une île pauvre et presque déserte… Les habitants très clairsemés de cette île se plaignaient tout le temps de manquer d’eau, d’électricité, d’écoles, de routes etc… Ils avaient désigné pour les défendre des squales appelés " lamentins " dont les qualités principales sont d’imiter les plaintes humaines et de suivre les bateaux d’où l’on jette à manger…
Marianne la fée protectrice de l’île, y semait de temps en temps quelques poignées de grisbi, laissant aux lamentins le soin de l’utiliser suivant les nécessités.
Quelle aubaine pour les lamentins ! Ils appelaient à la ripaille les ‘ventrepreneurs " ( variété de castors ) :
- Construis-moi cette route, disait le " lamentin ".
- Combien ? demandait le " ventrepreneur ".
- 20% pour moi, répondait le " lamentin ".
- D’accord ! mais laissez-moi récupérer, disait le " ventrepreneur " …

C’est ainsi qu’un hameau de 80 vieillards se voyait tracer une route inutile et mal chaussée conduisant à la mer, tandis qu’un bourg de 1200 habitants avait peu d’eau et pas d’électricité.
C’est ainsi qu’un groupe scolaire de deux étages ( un million pour le lamentin ) s’élevait pour… une douzaine d’élèves…
- Mais ces lamentins et ces ventrepreneurs étaient malhonnêtes ? me demandez-vous.
- Que non !
La fée Marianne, devenue aveugle en vieillissant, les décorait d’un ruban rouge pour attirer autour d’eux les habitants transformés en grenouilles….



Et le 3 janvier 1955, il présentait ses vœux de fort belle manière… Pax Hominibus… SONNET L’AN NEUF

Cinquante quatre est mort ! Je dis : " Paix à ses cendres ",
Et de le voir mourir, je n’étais pas pressé ;
Car la marche du temps qui ne fait que descendre
Me donne du souci et me laisse angoissé…

Certes, l’An qui n’est plu ne fut pas toujours tendre,
Il a eu son bilan de morts et de blessés,
D’opprimés, de repus, de riches bons à prendre,
De pauvres sans logis, affamés, entassés…

Mais, il faut souhaiter, avant tout autre chose,
Que n’arrive un beau jour le fléau de la guerre,
Malheur beaucoup plus grand que gène et misère !

Et que l’on voit enfin surgir à l’horizon
La PAIX sur l’Univers, la PAIX dans la maison
Et le glaive de Mars ne coupant que des ROSES…



Mathieu, Henri, Antoine Ceccaldi ( son premier prénom était Mathieu) est né le 25 avril 1912 à Evisa. Il était l’héritier direct d’une littérature orale. Son père était poète ainsi que sa mère qui savait faire chanter les mots. Elle survécut à son mari et ses trois enfants. Elle improvisait des Chjam’è rispondi avec ses morts toujours présents dans sa pensée. Elle n’a pas eu à les rejoindre car elle était tous les jours avec eux.

Henri Ceccaldi est décédé à l’âge de 49 ans. Après sa mort, les épitaphes furent élogieuses… " C’était un homme qui avait son panache et son originalité qui le distinguait du commun…. Massif, solide comme un roc. Une paisible gravité reposait sur son visage, cette gravité qui vient d’une vie intérieure intense et d’un travail spirituel incessant. Derrière les lunettes, d’étranges prunelles, larges et polies comme des cailloux, ne laissaient rien transparaître. Il parle d’une voix douce avec l’assurance que donne une longue habitude du maniement des idées…. C’était aussi un écrivain plein de fantaisie et de verve, capable d’une soudaine tendresse pour une injustice réparée, mais opposant systématique contre la mégalomanie, l’inconscience et les forbans qui se parent du masque du patriotisme et de la vertu pour mieux vous persécuter et vous démolir. "

Son identité, elle se trouve d’abord dans son nom " Ceccaldi " qui ouvre à une généalogie et renvoie à un groupe, à une lignée, au village d’Evisa et à une ethnie, c’est-à-dire à un ensemble d’individus liés par une communauté de langue et de culture ( et non pas à des caractères anatomiques). Ces critères ont dû le pousser à s’intéresser d’abord à cette culture corse et permettre sans doute d’identifier des signes culturels dans sa façon de penser, dans son comportement et dans ses rapports avec les autres. Est-ce dite qu’être corse, pour lui, c’était correspondre à un modèle ? Nullement ! Henri Ceccaldi avait une forte personnalité. Tous ceux qui l’ont connu en témoignent.

Si on se réfère à la communauté corse, elle a toujours comporté un grand nombre de cas individuels, de personnages marginaux et souvent talentueux dans différents domaines. Comment cette diversité a pu exister ? C’est sans doute que l’identité véritable est à la fois différence et unité, variation et permanence. Elle se construit en combinant identification et différenciation. Aujourd’hui, hors de la communauté villageoise, les cadres de référence se sont brouillés notamment par l’émigration et le tourisme. Henri Ceccaldi se refusait à une identification rigide, sectaire, voire maniaque… Sa Corsité ne pouvait se limiter à des incantations et des idées reçues par complaisance passéiste.

Le fait corse , c’est l’insularité et la résistance d’une culture à plusieurs vagues de conquérants. La Corse a une langue et une histoire préhistorique. Elle existait avant d’être latinisée. Ceux qui ont fait du latin ont peut-être traduit des textes de Sénèque et de Tite-Live sur cette île difficile à dominer. La résistance, comme d’autres Corses, Henri Ceccaldi l’avait vécue pendant la deuxième guerre mondiale.

La Corsité est un fort enracinement. Elle s’explique par l’insularité, la coexistence d’une histoire et d’une culture. Quant à la filiation, les succès de la généalogie auprès des Corses démontrent le respect qu’ils ont pour leur passé humain. A cet égard, nombre de familles corses ont un passé humain riche d’enseignement.

La Corsitude, aujourd’hui encore au fond, c’est aussi être désigné comme tel ( dans des évaluations d’embauche, on peut trouver sur les fiches de candidats insulaires l’observation " corse attitude "). Cela ouvre à un sentiment de solidarité dont Henri Ceccaldi ne s’est jamais départi.

" Connais-tu la Corse ? " est le titre d’un ouvrage de Petru Rocca avec, en illustrations, des aquarelles de R.G Gautier et des cartes dressées par Petru Ciavatti. Diogène le conseillait dans un de ses articles… Petru Rocca a dirigé le premier parti ouvertement autonomiste, issu en 1927 du Partitu Corsu d’Azione. Mais, en ce qui me concerne, c’est en lisant les articles de Diogène que j’ai appris à mieux connaître la Corse mystifiée, et par mystification, comme me le disait mon ami Joël Jegouzo de Noir Comme polar, entendons toutes les dérives extra et intra muros que l’île a connues ou subies. Dans l’un de ses dernier écrits paru le 12 Septembre 1960, Henri Ceccaldi disait : " … Un séjour prolongé à la montagne m’a permis de relire " en toute sérénité ", comme dit l’autre, des vieux journaux et revues insulaires d’avant et après les 2 guerres : rien n’a changé dans notre actualité corse. Dans un journal de 1922, par exemple, un politicien fait un long exposé sur l’urgence du relèvement agricole et économique de la Corse. Dans une revue spécialisée de 1930, le tourisme et l’équipement hôtelier sont des " nécessités vitales " pour notre département. La plupart des articles affirment que la Corse " se meurt ", qu’elle est " abandonnée ", que des mesures " énergiques " s’imposent… Et nous arrivons ainsi à l’automne 1960… J’avoue qu’il est difficile de faire preuve d’originalité dans l’exploitation des sujets de mécontentement. Aussi je me propose, dans mes prochaines chroniques, de dire tout le bien que je pense des choses qui vont mal. " Il n’a pas assisté à l’évolution de la Corse depuis les années 1960 dont il aurait été un témoin attentif car, dans ses écrits, on retrouve les germes de cette évolution. Il n’a donc pas pu commenter les plans d’actions, les schémas d’aménagement et de développement continuant à vouloir faire de la Corse un parc d’attraction touristique… et les raisins de la colère d’Aléria en août 1975. Alors que les nombres des touristes et des résidences secondaires se sont accrus, le mouvement d’émigration des Corses n’a pas été enrayé.


Lorsque le journal " L’informateur " fit peau neuve pour devenir l’hebdomadaire " L’informateur corse " , Henri Ceccaldi fut cité parmi les grands absents aux côtés d’autres disparus qui ont participé à la vie du journal. L’Informateur corse existe, comme le Petit Bastiais et le Journal de la Corse ( doyen des journaux corses puisque sa création remonte à 1817).

Henri Ceccaldi a toujours écrit comme l’exigeait son origine. A l’expression " Corse attitude " des chasseurs de têtes pour l’emploi, nous préférons, en ce qui le concerne, celle de " corse a(l)titude " (Altitude comme l’association Altitudes qu’il avait créée) car Diogène savait en toute chose prendre de la hauteur. Il faisait preuve d’une réflexion marquée au " coin " du bon sens. Il savait aussi prendre de la distance avec la dramaturgie corse, en jouant avec talent d’un autre atavisme: l’humour. Il s’agit d’un humour qui sauve du désespoir tout en faisant appel aux consciences. Nous aurions aimé le rencontrer au " coin du feu " dans le village d’Evisa ou au " bar du coin " à Ajaccio.

Note sur l'Anthologie de la littérature corse de Mathieu Ceccaldi:

*L’association Mimoria Bisinca a réédité, avec l’éditeur et libraire ajaccien Alain Piazzola, le dictionnaire de Mathieu Ceccaldi, avant de lancer une souscription pour la réédition de son anthologie de la littérature corse qui reste la plus documentée et la plus complète à ce jour. Les cadres de cette association sont trois Eviséens : Laure Quattrini-Ceccaldi, Hevé Battini et Ignace Ceccaldi. La sortie de l’Anthologie est prévue pour mars 2008 à l’occasion du Salon du livre de Paris. Une souscription est ouverte. Pour tout renseignement écrire à l’adresse : Association Mimoria bisinca, U chjosu à l’ortu, 20126 Evisa. Le premier tirage sera limité et, pour être sûr d’avoir cet ouvrage incomparable, vous pouvez dés maintenant souscrire ( même sur papier libre ) au prix de 23 euros ( plus 8 Euros prix de port). A la publication, le prix sera de 28 euros.

Remerciements :

Nous remercions Laure Quattrini-Ceccaldi de l’association " Mimoria Bisinca " et Margrethe, veuve d’Henri Ceccaldi, pour nous avoir remis les photocopies des articles écrits par Henri Ceccaldi dans la période de 1954 à 1960.


Vous pourrez rencontrer les Eviséens, des auteurs et éditeurs corses le Samedi 8 août 2009 à Evisa pour une journée du livre de 11 heures à 19 Heures.








Mon calendrier
< Nov. 2009  
L M M J V S D
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30      
Contactez-moi
Mail :
Trafic
Noter ce blog :
1 5
10144 connectés
227021 visiteurs
Agrégateurs RSS
bloglines
google
netvibes
newsburst
newsgator
pluck
yahoo