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Mon bloc perso.
Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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RE NDEZ-VOUS:

- Les 30 et 31 janvier 2010 , Salon du livre de la Maison de la Corse, rue Sylvabelle à Marseille
- Les 3, 6 et 7 fevrier 2010, le polar en lumières à Vitrolles, Cinéma Lumière.umière.
- Les 27 et 28 février 2010, Journées ccrses d'Aubagne, Espace Bras d'or, Allée du stade de Lattre.

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CH ANTS CORSES: Pas de lien MP3 mais de l'écoute en ligne aux adresses ci-dessous...

Radio Alta Frequenza

ht tp://www.alta-f requenza.com/in dex.php/fr/webr adios

Radio Voce Nustrale

htt p://adecec.net/ radio/listen.as x

Sur Radioblog

ht tp://www.radiob logclub.fr/sear ch/


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Le 1er juin 2009 à 22H15 .... 200.000ème visiteur I
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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

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A dopu!
A plus tard!
Ma photo
Corse noire
Publié le 14 octobre 2009 à 11:24
Par flicorse


                              Grève suspendue,

           rendez-vous le 23 octobre 2009...



Richard Martin, et le poète Jean Poncet, ont été reçus jeudi 15 octobre au ministère de la culture. Accompagnés d'une délégation de six personnes, parmi lesquelles la sénatrice vert Marie-Christine Blandin, le coordinateur national du Parti communiste Pierre Laurent, et l'ancien maire de Marseille et président d'honneur du comité de soutien à Richard Martin, Robert Vigouroux, les grévistes de la faim se sont entretenus pendant près de deux heures avec directeur de la musique, du théâtre, de la danse et des spectacles, Georges-François Hirsch.

 

"Je n'ai pas cherché à faire un hold-up", a déclaré quant à lui Richard Martin qui a évoqué les autres saltimbanques en difficulté n'ayant pas la possibilité de s’exprimer.  Visiblement fatigué, il a annoncé la suspension de sa grève de la faim dans l'attente de son entretien avec Frédéric Mitterrand, le 23 octobre prochain. Il ajoutait : « On m'a laissé entendre que la discussion pouvait être constructive, je prends le parti de faire confiance à Monsieur le ministre",  avant de lancer "retrouvons-nous le 23 ! »  A suivre...

Video en cliquant ICI





Alerte au onzième jour de grève de la faim de Richard Martin et Jean Poncet

Richard_jeanLes 3 médecins, amenés à suivre Richard MARTIN et Jean PONCET durant leur grève de la faim entamée le 3 octobre 2009 au Théâtre TOURSKY à Marseille, expriment une alerte solennelle au dixième jour de leur engagement. Leur état de santé commence à se dégrader et ne peut que s’aggraver avec la prolongation de leur action écrivent les  trois médecins.

Nous mettons en garde les Pouvoirs Publics, notamment le Ministère de la Culture, sur les conséquences physiques et psychiques graves qui ne manqueront pas de survenir avec la poursuite de leur jeûne.

Les deux grévistes de la faim seront montés devant le Ministère de la Culture demain 15 octobre 2009 à 14H30... Que fera celui qui se dit le ministre des artistes? Défendra-t-il Richard Martin et Jean Poncet non recherchés par la justice comme il a défendu Roman Polanski accusé de viol...


Le Théâtre Toursky
est en danger !



Ne laissons pas disparaître un lieu de création et de liberté !

«  Malheur à ceux qui moquent l’art,
seul ferment devenu possible de vos résurrections »

   http://www.dailymotion.com/video/xaox1y_theatretoursky

Depuis le 3 octobre 2009, Richard Martin qui a fondé ce théâtre a entamé une grève de la faim. Nous vous invitons à aller signer la pétition en ligne sur le Web.

La pétition

A Georges-François Hirsch
Ministère de la culture et de la communication : 3 rue de Valois - 75033 Paris.

Le Toursky, implanté dans un quartier populaire, apparaît plus que jamais comme une réponse à la sclérose sociale. Pour faire face à une crise économique sans précédent, la culture ne doit pas mourir. Cependant, laisser mourir un théâtre c’est laisser mourir la culture et, laisser mourir la culture c’est laisser mourir l’homme qui est un être de culture.
D'évidence, le théâtre pour lequel se bat Richard Martin depuis de nombreuses années apporte aux jeunes, aux moins jeunes et aux plus âgés le réconfort dans la prise de conscience d'une identité et d'une appartenance culturellement européenne et, surtout, dans la constitution d'un imaginaire collectif. Dans cette période d’instabilité angoissante nous avons besoin de rêver. Pour témoignage : la fréquentation du théâtre Toursky n'a jamais été aussi grande qu’aujourd'hui.
Que souhaite Richard Martin ? Le rétablissement de l'intégralité des subventions du Ministère de la Culture injustement retirées au Toursky. Un homme qui se bat pour notre accès à la culture, qui se débat dans un labyrinthe économique et qu’on abat, mérite bien qu’on se débatte pour lui apporter notre soutien.
Richard Martin commencera une grève de la faim le samedi 3 octobre 2009 à 21 heures, au Théâtre Toursky. Un homme, Richard Martin, ne s'arrêtera qu'avec le rétablissement des subventions Drac Paca injustement retirées et, s’il n’en reste qu’un pour sauver notre théâtre ce sera celui là.



Sauver le théâtre Toursky
Publié le 23 septembre 2009 à 08:30
Par flicorse
Quatrième édition
du
Salon du Polar à Drap (06)

Depuis 2007, la municipalité de Drap ( Alpes Maritimes ) organise un salon du polar. Les organisateurs du Salon du polar de Drap, après seulement deux ans d’existence, ont su faire de ce salon une rencontre conviviale et d’échange.


Site - cliquer sur bandeau



En 2008, dans le camp du drap d'or du polar, la convivialité et l’échange étaient au rendez-vous de l’atelier d’écriture sous la houlette de Timothée Rey, enseignant dans un lycée professionnel et lui-même auteur. L'année dernière, de l'atelier est sortie une nouvelle collective "A ma maman"...


http://www.calameo.com/books/000018813a5a581404188





Salon du Polar de Drap


Editorial  écrit par le Maire de Drap:  "Je suis heureux de vous présenter la troisième édition de « Polar à Drap », qui s’impose désormais comme une manifestation incontournable dans le paysage culturel de notre région. Nous avons voulu permettre la rencontre d’auteurs avec leurs lecteurs, ou un public plus large, dans une ambiance conviviale, propice aux échanges. Nous avons voulu également que le public soit partie prenante du festival, au travers de multiples activités destinées aux enfants ou aux moins jeunes, comme les ateliers d’écriture. Ces caractéristiques resteront celles de notre « cuvée » 2009, avec quelques évolutions nées de notre expériences des deux années précédentes, que vous découvrirez dans ces pages. Nous accueillerons cette fois-ci, outre les « habitués » comme notre distingué parrain Patrick RAYNAL et son éminent complice Jean-Bernard POUY, plusieurs auteurs nouveaux, avec une attention particulière pour le polar italien. Bien sûr, la proximité géographique et culturelle a joué dans ce choix, mais chacun peut constater la vitalité et la qualité du roman policier italien. Celui-ci reste marqué -c’est la loi du genre- par les aspects les plus sombres de l’histoire récente de l’Italie, comme le poids des « années de plomb » ou la profonde imbrication de l’argent, du crime et de la politique, quand celle-ci ne tourne pas à la farce de mauvais goût, comme l’actualité récente nous en donne encore l’illustration... Rendez-vous donc à Drap en septembre, pour deux journées encore plus riches et conviviales qu’en 2008 !" - Marc Morini, Maire de Drap


Vous pouvez trouver toutes les information dans la gazette du polar de Drap dans sa version numérique :


http://www.calameo.com/books/00000048789bf3771d0e7
Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.


Pour cette 4ème édition, le Giallo italien sera représenté avec deux auteurs parmi les plus représentatifs du Giallo: Loriano Machiavelli et Luca Crovi.

" Selon certaines sources, le choix adopté par Mondadori de vouer sa collection de romans policiers au jaune faisait référence , et à une aventure de Sherlock Holmes de Conan Doyle parue dans le Strand Magazine vers 1891, et à un texte de Robert Browning évoquant une affaire d'homicide survenue en Italie au XVIIe siècle dont il aurait lu les détails dans un "old yellow book" acheté en Italie. Le premier "libro giallo" paraît en 1929. Et cette expression de giallo ne s'appliquera pas à une littérature policière italienne, mais désignera, ni plus ni moins, des romans policiers. L'essentiel du fonds giallo sera anglo-saxon : Erle-Stanley Gardner, Ellery Queen, SS Van Dine, Agatha Christie, J-D Carr, Rex Stout.Puis Mondadori s'assurera l'exclusivité de Simenon en Italie. Plus tard, des auteurs italiens vont entrer dans la danse, Giorgio Scerbanenco en tête… " ( Sur le Giallo, commentaire d’Elisabeth Milleliri , journaliste et romancière corse).

Au 19ème siècle, il existe des romans populaires italiens dont les thèmes ont été repris par le cinéma italien. On peut citer Za la mort et les Souris grises, feuilleton d’Emilio Ghione ( résumé du 1er épisode « La Busta nera » : Za-la-Mort et Za-la-Vie vivent retirés à la campagne avec la vieille tante Camilla. Un jour, Za recueille Leo, un pauvre orphelin affamé. Cette bonne action déclenche la guerre entre Za et la tristement célèbre bande des Souris Grises, habitants des égouts, qui, battus pour la première fois, promettent une vengeance sanguinaire).

Avec " Il capello del prete " ( Le chapeau du prêtre) , le roman policier sort du feuilleton en 1887. (Un baron à la vie dissolue tue un riche prêtre et jette son corps dans un puits. Grâce à l'argent volé, il continue sans vergogne à mener une vie luxueuse, mais le remords de ce crime finit par le rattraper, et le mène jusqu'à la folie. Le roman d’Emilio De Marchi sera adapté au cinéma en 1943).

Puis L’éditeur Mondadori crée ses livres jaunes, d’où vient l’étiquette " Giallo " collé au polar italien. Les premiers auteurs italiens sont Alessandro Varaldo ( inventeur du commissaire romain Ascanio Bonichi) Enzo D’Errico ( qui met en scène un clone de Maigret) Augusto De Angelis ( et son commissaire De Vincenzi) et Tito Spagnol… Dans la lignée anglo-saxone, va s’imposer Giorgio Scerbanenco avec son personnage d’Arthur Jelling, archiviste de la police de Boston. Après la guerre et le fascisme, de nouveaux auteurs ( Giuseppe Ciabattini, Tresoldi et Boero) et de nouvelles collections apparaissent comme les " Gialli Garzanti ". De son côté, Scerbanenco invente un nouveau héros détective, le docteur Lamberti. En 1968, il reçoit une consécration internationale avec le Grand Prix de la littérature policière décerné à son roman A tous les râteliers (Traditori di tutti). Cet auteur a fait franchir un pas décisif au genre, en ancrant ses récits dans la vie réelle des classes populaires milanaises. Carlo Fruttero et Franco Lucentini ( dont " La donna della domenica " a été adaptée au cinéma par Comencini) sont traduits dans plusieurs pays d’Europe. On peut citer aussi Mario Soldati, Antonio Perria et Attilio Veraldi qui se sont essayés au roman policier.

En référence  à la première collection à couverture jaune, on sent chez les auteurs italiens, la volonté de plonger dans leurs racines, leur langue, d’écrire avec passion sur leur ville, leur région et ses habitants. Certains font resurgir les mots oubliés, les dialectes inusités, les coutumes ancestrales et racontent l'histoire chaotique d'une Italie diverse.

Sur le site Cairn l’article « Le roman policier italien : entre mystère et silence… pose la question : « Existe-t-il un roman policier italien ? »

C’est avec Leonardo Sciaccia que le roman prend prise avec le réalité de la société italienne ( la corruption , la mafia…) Il invente, pour dénoncer la main mise de la Mafia sur la Sicile, la forme du « roman-enquête » (le Jour de la chouette, 1961 ; À chacun son dû, 1974) ; il décrit aussi, plus généralement, la dérive des institutions politiques italiennes (l’Affaire Moro, 1979). Proche de Sciascia, le Sicilien Andrea Camilleri, mêlant enquête sur la mafia et jeux sur la langue, réinvente « l’Italien illustre » dans la Forme de l’eau (1994). Du même auteur, le Jeu de la mouche (1995) analyse cette prégnance du dialecte, comme l’Opéra de Vigàta restitue la Sicile des notables du xixe siècle.

A lire " Portraits d’écrivains…"

La nouvelle génération a fourni de nouveaux noms comme Carlo Lucarelli, Marcello Fois, Andréa G. Pinketts, Cesare Battisti…
Enzo Russo, avec son " Nessuno escluse " a écrit sur les particularismes régionaux de l’Italie. Le doyen sicilien Andrea Camilleri, inventeur du commissaire Montabalno, a fait passer les frontières au polar sicilien et, comme Jean-Claude Izzo en France ou Vasquez de Montalban en Espagne, symbolise l’émergence de ce polar régional, urbain ou de terroir.

Vous pouvez retrouver un article de réflexion sur le polar italien : "Le noir Italien : ni bûcher , ni Nobel" sur le site Europolar.eu.



Luca Crovi
Il est né en 1968. Journaliste, scénariste, critique, éditeur, spécialisé dans le polar et le thriller, il est l’auteur d’un opus sur le polar italien : Tutti i colori del giallo. Il giallo italiano da De Marchi a Scerbanenco a Camilleri. Marsilio. Venezia, 2002. 364 p. (Toutes les couleurs du polar. Le roman policier italien de De Marchi à Scerbanenco et à Camilleri.)

Ce livre comprend plus de trois cent soixante pages pour évoquer toutes les nuances de ce " Jaune " désignant le polar italien. Crovi fait une approche en partie chronologique et en partie générique, dans un long parcours historique qui commence à la fin du dix-neuvième siècle (vers la fin des années 1880, avec la publication de ce Cappello del prete (Le chapeau du curé) de De Marchi) et qui voit le roman policier naître d’une profusion de feuilletons, et jusqu'à l’époque contemporaine marqué par le Sicilien Andre Camilleri…. " Parallèlement, il nous entretient également du destin du polar à la télévision et au cinéma, ainsi que dans la bande dessinée, disserte sur les illustrateurs des collections les plus connues (les grands Giove Toppi et Walter Molino entre autres), fait un crochet du côté des femmes écrivains qui ont su se créer une bonne place dans le marché ces quelques dernières années, et s'amuse à reconstituer l'histoire des imitations, des plagiats et des hommages dont a été victime en Italie le grand-père de tous les détectives, Sherlock Holmes. Sans oublier bien sûr un chapitre sur le roman policier historique (Umberto Eco, seul connu à l'étranger, n'est pas le seul à connaître) et des présentations assez approfondies des deux auteurs qui ont le plus influencé l'évolution et la réception du genre : Camilleri, justement, et avant lui Giorgio Scerbanenco ".

Voir compte rendu sur site Belphégor

On trouve dans " Tutti i colori del giallo " la saga des " Libri gialli Mondadori "( livres jaunes de l’Editeur Mondadori), à partir donc de 1929. Ce premier âge de grand essor du polar connaîtra cependant un temps d'arrêt entre 1941 et 1947 (fascisme).
Cet ouvrage encyclopédique accompagné de réflexion est un outil de référence pour ceux qui veulent mieux connaître les " Jaunes " italiens et comprendre la place du polar dans la culture italienne.


Loriano Machiavelli :

« Loriano Machiavelli a 34 ans en 1968 : il anime alors un groupe de théâtre engagé dans cette mouvance et ne perd rien de l’actualité contestataire, très riche dans sa ville de Bologne. A la fin des années 1970, il est à l’origine du fameux Groupe 13, qui amorce le renouveau du roman noir italien en lui faisant adopter des thématiques politiques et sociales. Le personnage récurrent de ses romans, Sarti Antonio, est flanqué — « pas par hasard », précise l’auteur — d’un soixante-huitard, Rosas, militant extraparlementaire. Bologne, ville à vendre (10) se déroule pendant ces années 1970-1980, où le Parti communiste au pouvoir à l’hôtel de ville est confronté aux manifestations de l’extrême gauche. Témoin sarcastique bien plus que Maigret italien, Sarti Antonio évolue au milieu des troubles. Ce personnage évoque irrésistiblement l’auteur lui-même, tel qu’il se décrit à l’époque : sur son « scooter déglingué, fonçant d’une manifestation à une autre pour respirer l’odeur des lacrymogènes et observer les canons pointés des blindés ». extrait d’un article de Serge quadruppani – Le monde diplomatique ;

Depuis le début des années 1960, il se consacrait au théâtre comme metteur en scène, acteur et  auteur ; ses oeuvres théâtrales  ont été jouées par diverses compagnies italiennes. Il a obtenu plusieurs prix de théâtre en Italie.  Depuis 1974 il écrit aussi des romans dans le  genre policier en devenant un des auteurs italiens les plus connus et lus. Plusieurs de ses récits ont fait l’objet d’adaptations télévisées. Il a collaboré dans des périodiques et des quotidiens italiens.Il a participé à des  batailles, parfois dures, avec des éditeurs, critiques et même lecteurs qui ne croyaient pas à la possibilité d'un roman jaune italien.Il a connu, discuté et débattu avec des personnages qui ont donné beaucoup au genre : Oreste du Bon, Giuseppe Petronio, Raffele Crovi, Claudio Savonuzzi, Attilio Veraldi, pour en citer seulement quelques uns. Il a participé à des quantités de rencontres, débats, présentations et autres initiatives, en Italie et à l'étranger.

Le Groupe des 13. C’est à Bologne que se forma en 1990 il Gruppo dei Tredici, qui en réalité n’étaient que 12, dix écrivains et deux dessinateurs, intéressés par le roman policier. Les plus célèbres de ce groupe sont Carlo Lucarelli, Loriano Macchiavelli, Marcello Fois (d’origine sarde), et Danila Comastri Montanari. On ne parlera pas de cette dernière, car son genre est le roman historique, par ailleurs très populaire en Italie.

 


Publié le 12 septembre 2009 à 22:25
Par flicorse

Cuba, île noire à Marseille


En septembre lors de sa venue à Marseille en résidence lors de la Semaine noire et des terrasses du polar, Wendy GUERRA, auteure cubaine, dédicacera son opus Mère Cuba  qui sort aux éditions Stock.  On nous dit : «  Dans la lignée de Tout le monde s'en va", Mère Cuba fait le lien entre l'intime et la fiction, entre l'Histoire et le récit, nous immergeant dans le cœur d'une génération qui porte un héritage révolutionnaire fatidique, aussi lourd que fascinant. En variant les registres et les procédés littéraires (dialogues, poèmes, chansons, journaux ), l'écrivain met à nu la mémoire de la nation cubaine tout entière, qui nous dévoile ici son âme. »


Nous n’avons pas encore lu ce deuxième ouvrage paru aux Editions Stock  ni d’ailleurs le premier de l’auteure cubaine  « Tout le monde s’en va ».


Par contre L’éditeur L’Atinoir nous a permis de découvrir deux autres  auteurs cubains dont les écrits témoignent de la diversité de la littérature noire cubaine. Nous avons lu « Boléro noir à Santa Clara » écrit par Lorenzo Lunar et « Les anges jouent des maracas » de Angel Tomas Gonzales Ramos. Des titres pour un pays où la danse et la  musique sont à fleur de peau et dont les quatre rythmes basiques sont le Son, le  Cha cha cha, la Rumba, et le Charranga. Ajoutons salsa jazz, mambo, Boléro, maracas… des mots magiques qui invitent à la fête. Des rythmes torrides et épicés avec des sonorités colorées et sensuelles. Toute une culture populaire née du côté de La Havane ou de Santiago de Cuba pour faire danser la planète.



Lorenzo Lunar  est né en 1958 à Santa Clara dont il a fait le lieu où se passe le huis-clos de son roman  « Boléro Noir à Santa Clara » dans un récit qui concentre le temps ( 24 heures ) et l’espace ( un quartier pauvre d’une ville de province).  A El Candado, tout le monde se connaît. «  Vivre dans ce quartier, ça fout les boules » sont les premiers mots qui composent l’incipit du roman et ils reviennent en refrain dans le récit et dans la bouche du narrateur, Leo Martin,  qui y est né. Il est  le chef  fataliste du bureau de police qui devra mener une enquête sur l’assassinat de Cundo, un vieux pochetron solitaire qui aimait parler base-ball et regrettait le temps où «il y avait des bordels et qu’on payait pour aller aux putes, que le rhum n'était pas cher et bon, et que lui avait de quoi se payer ces plaisirs-là ». C’était le te temps de la prostitution (déguisée sous le nom de jineterismo) et de l’exode massif vers les Etats-Unis (les Balseros). L’auteur développe une intrigue dans une parodie des classiques du genre policier en mettant en scènes des canailles et des délinquants. Dans ce roman, l’assassin est un vrai criminel mais le crime est une fatalité.  Par contre, dans ce microcosme de la délinquance, d’autres personnages sont plus nocifs et tirent les ficelles d’une économie souterraine avec son lot de misère où l’on peut acheter un meurtre et en vendre la culpabilité. Le langage de l’auteur n’est pas un catalogue sur les mœurs et les caractères d’un barrio (quartier d’une ville) mais pure poétique de la marginalité. L’auteur voulait que l’enquêteur soit «un chef de la police de quartier qui y serait né et qui aurait partagé une bonne partie de sa vie avec des délinquants originaires du même endroit que lui. Avec ces types que les aléas de la vie obligent à commettre des délits mais aussi, bien sûr, à collaborer avec le policier. Obligés de devenir des délinquants mais, aussi, assez persuadés qu’ils ne font rien de mal. » Le policier aux allures de dur-à-cuire apparaît dans une situation rendue complexe puisqu’il doit agir en fonction d’une déontologie qui lui devient toute personnelle et qui se situe hors la loi,  entre la morale  et le code du quartier où il est né. A rebours le délinquant est dans une situation aussi complexe puisque le policier est un ami d’enfance qui a partagé le même code et le connaît bien. Finalement chacun trouve sa voie : la fatalité.



On est loin des clichés sur fond de salsa et plus proche de nos cités insalubres et dites sensibles sur certains points qui font que les personnages sont d’ici et d’ailleurs dans ce qu’ils ont d’universel.. Dans le numéro 19 de la revue culturelle Zibeline,  sous la plume de Fred Robert nous avons trouvé une critique bien tournée pour ce roman qui offre une « galerie de portraits aux difformités goyesques ».  La langue est «  vive, brutale, ourlée d’injures, d’argot et de paroles de chansons et  Fred Robert conclue : «  Ce bref roman se lit d’une traite, on en sort  un peu essoufflé, comme si on remontait de l’enfer, mais, comme le chante le titre espagnol de ce boléro très noir et très humain , « Que en vez inferno encuentres gloria. » Il faut souligner au passage le travail difficile de traduction effectué par  Morgane Le Roy et  revu par Jacques Aubergy.


Chaque chapitre du roman porte un titre évocateur de la littérature policière avec une large part au hardboiled : Tuer n’est pas jouer ( James Bond), La promesse ( peut faire penser au film des frères Dardenne ou à un roman policier particulièrement brillant de l'écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt.), Adieu ma jolie (Raymond Chandler), La clé de verre (Dashiell Hammett), The long Good bye ( Chandler)  L’introuvable ( Hammet) Le cinq petits cochons ( Agatha Christie ), La moisson rouge (Hammet), etc… Ce roman sort le genre policier du distingué manoir  britannique pour le faire tomber dans un barrio populaire de Cuba sous l’influence du Hardboiled, c’est-à-dire par un travail de marginalisation ou popularisation, comme l’explique Sébastien Rutès dans la  postface.  


 


Angel Tomas Gonzales Ramos est né à Ciégo de Avila (Cuba). En 1990, il a abandonné la presse nationale cubaine trop propagandiste. Depuis 1998, il  travaille pour le quotidien espagnol El Mondo et collabore notamment à Radio France International. « Les anges jouent des Maracas » est sa première publication en France. Les maracas sont des instruments picaresques et parangon des rythmes de la musique cubaine et servent aussi au croyant quand il invoque la présence de l’orisha (un saint de la religion yoruba venue d’Afrique)  pour lui demander une faveur personnelle.  Le religieux fait partie de la culture cubaine sans dogmatisme, discipline ou fanatisme. A Cuba, «la pratique religieuse est un phénomène de transculturation et de métissage » écrit l’auteur dans sa préface. En préambule figure une annonce faite dans le Figaro de janvier 1887 : à La Havane, une représentation  de la Comédie française avec, à l’affiche du théâtre Tacon, la grande tragédienne française Sarah Berhardt. « Ce pays, c’est une blague du Bon Dieu, murmura l’inspecteur Juan Bautista Valiente Bravo, pendant qu’il observait le cadavre d’un mulâtre coiffé d’une perruque rousse, élégamment vêtu d’habits de femme et allongé sur les récifs dans la pose du dormeur décidé à ignorer le lever du jour. » Tel est l’incipit avec la découverte d’un cadavre sur la côte près de l’Hôtel Petit tenu par un Français du même nom, aventurier évadé du bagne de la Guyane française et qui affiche son aversion pour la police. Juan Bautista, le policier qui enquête, est décrit comme localement atypique : «  de taille moyenne avec un visage encore poupin pour ses trente-cinq ans, le physique de Juan Bautista était l’opposé de celui de la plupart des policiers de la ville, qui se distinguaient par leur corpulence intimidante ». Il est un inspecteur raffiné, parle lentement et à voix basse contrairement à ses collègues qui vocifèrent des grossièretés dans le champ lexical du langage de la rue. Lecteur du Progrès de la métaphysique de Kant, il s’emploie à suivre les principes de la raison comme un détective anglo-saxon de la belle époque du roman à énigme. Ce rationaliste pourra-t-il le rester avec une enquête où, pense-t-il «la raison ne lui serait pas plus utile qu’une boussole à un cordonnier ».  Le personnage est peut-être trop lisse pour ne pas cacher une faille…



Mais revenons au crime !   Ce crime a-t-il un lieu avec le débarquement clandestin du capitaine Antonio Maria Aguero, à la tête d’un groupe de guérilleros ? Sur la plage, la police découvre des canots et le corps à moitié mangé par les requins d’un collègue infiltré dans un mouvement de sédition contre la Couronne espagnole.  Qui a découvert le cadavre du mulâtre travesti ? La grande Sarah Bernhardt elle-même. Elle loge à l’hôtel Petit avant sa représentation à la Havane. Comment le travesti est-il mort ? D’une balle en plein cœur et d’un coup de couteau dans la poitrine. Pas n’importe quel couteau ! Un coup de poignard de Nanigo ( Les Nanigos ou Abajua sont les membres d’une ancienne société secrète), ce qui pourrait vouloir dire que l’assassin a voulu défendre son honneur ou tué celui qui a trahi un secret. Sarah Bernhardt (qui ne se déplace jamais sans son cercueil même à l’étranger),  a aperçu le corps alors qu’elle allait se mettre à l’affût pour chasser.  Le nommé Petit sort facilement un couteau lorsqu’il se sent insulté. Seraient-ce les premiers indices ou de fausses pistes ?... L’intrigue se situe au mois de janvier 1887. L’auteur déroule une fiction historique avec le style narratif du roman policier. Il redécouvre un passé prérévolutionnaire en marge des textes officiels issus d’un processus révolutionnaire, donc idéologique. Il a choisi une période qui est une parenthèse entre les deux guerres d’indépendance. «  C’est une période, dit-il, où les débats politiques, culturels et économiques sont intenses ». De riches Cubains tournent leurs regards admiratifs vers Paris et New-York.  Quelques années plus tard Cuba cessera d’être une colonie espagnole alors qu’une grande partie de l’industrie sucrière est passée sous capitaux nord-américains. Dans ce roman, on rencontre autant de personnages qui appartiennent à l’Histoire que ceux  imaginés par l’auteur qui y dresse un tableau de la situation politique de l’île en donnant une vision inédite de cette période coloniale à la Havane. Parmi les personnages imaginés, apparaît une beauté rousse pour qui les hommes s’enflamment :  Elisabeth Garden, une riche Nord-américaine qui avait à son service  Saturnino, le travesti retrouvé mort… à suivre en lisant cet ouvrage sans concession pour cette époque et dont l’intrigue est marquée par deux événements : la venue de Sarah Bernhardt et un grand combat du torero espagnol Luis Mazzantini, qui laissera un souvenir inoubliable, non par l'idylle insulaire qu'il aura avec la Grande Sarah Bernhardt , mais pour ses prestations taurines. 

 

 

 

le Grand Théâtre Tacón , actuel grand théâtre de La Havane,  a eu ses premières mises en scène en 1837 après l’inauguration officielle en avril 1837. Dans ce théâtre ont joué les compagnies les plus importantes du monde, les danseuses Anna Pavlova et Alicia Alonso, les actrices Sarah Bernhart et Eleonora Dusse, les chanteuses Adelina Patti et Victoria de los Ángeles, le chanteur Enrico Caruso, les danseurs Carmen Amaya et Antonio Gades, les musiciens Arthur Rubestein et Sergeuei Rachmáninov.

 



Abakwa. La société secrète Abakwa s'est développée à Cuba vers 1820, sous l'impulsion des noirs venus du Calabar (Carabali). Il ne s'agit pas d'une religion, mais d'une association fermée, exclusivement réservée aux hommes, initiés et liés par un serment. Chano Pozo. Un grand joueur de tumbadores (nom cubain des congas), était initié aux secrets de cette organisation socio-politique, qui correspond à celle des "hommes léopard" (Ekwe, en langue Efik ou Ekoi, signifie léopard). Ils sont les gardiens sévères du dialecte et du rituel "plante", "une sorte de franc-maçonnerie populaire" (Alejo Carpentier). À Cuba, on les appelle "nañigos" (petits frères). La musique rituelle et la danse abakwa ont influencé la rumba.


Sur le site des Editions Latinoir:


Vous pouvez lire toutes les préfaces des ouvrages édités par Latinoir en cliquant ici. 

Et puis si vous voulez découvrir les dieznégritos de Latinoir, cliquer là.

 




Publié le 27 août 2009 à 22:20
Par flicorse

Des pistes à explorer de Luri à Barrettali:



A l’initiative de Jean-Pierre Santini, des auteurs et éditeurs corses se sont réunis le Samedi 22 août dernier à Luri dans le Cap corse. De leur débat est sorti un manifeste que nous communiquons :





Manifeste de Luri

La littérature corse existe, mais elle souffre encore d’une étiquette régionaliste imposée le plus souvent par les circuits de distribution et les grandes chaînes de diffusion du livre. Elle a donc besoin de promotion pour faire entendre sa musique particulière au-delà des mers.

Des auteurs, des plasticiens, des artistes, réunis à Luri le 22 août 2009 et tous concernés par cette question de la créativité, de la valorisation du livre, ont reconnu la dimension double de l’écriture, travail personnel et solitaire, et de la lecture, message au collectif qui a besoin d’une amplification par le groupe. Or, les moyens d’amplification ne seront efficaces que si la littérature corse est capable de présenter un minimum de cohésion. Edmond Simeoni a ainsi donné l’exemple de l’année 2013, où la ville de Marseille, capitale européenne de la culture, souhaite donner sa place à la Corse et à ses écrivains. En l’état actuel d’un monde littéraire insulaire fragmenté, comment répondre à cette échéance, sans éviter le copinage ?

Xavier Casanova, du fait de sa grande expérience dans le monde de l’édition et de l’enseignement aux futurs libraires, a tenu les débats, en indiquant le besoin primordial d’une recension exhaustive et technique (au sens d’une fiche signalétique détaillée) de tous les ouvrages nouveaux paraissant en Corse. Jean-Pierre Santini a évoqué la piste d’une union des artistes, d’une union des écrivains, afin de lutter contre la désertification des territoires et des âmes. Elle ne prendrait pas obligatoirement la forme d’une association formelle, avec un local et des cotisations annuelles, mais pourrait loger sur une plateforme virtuelle. Ugo Pandolfi, qui anime avec brio le site Corsicapolar, a donné l’exemple précis d’un travail collectif « Piccule fictions » qui a réuni 26 auteurs autour d’un projet caritatif. Il a conseillé également de profiter de l’outil culturel de la CTC, un service public susceptible de répondre aux exigences minimales de recension systématique décrites par Xavier Casanova. Petr’Anto Scolca a parlé de l’édition italienne, tout aussi malade que la française, dans laquelle des auteurs s’étaient fédéré autour d’un projet littéraire, la New Italian Epic, NIE, rassemblant toutes les œuvres traitant de l’apocalypse et de la fin de l’humanité. Jean-Pierre Santini a conseillé aux auteurs présents de formaliser un texte de base, sur lequel les écrivains insulaires pourraient travailler en vue d’un manifeste de la littérature corse.

Ce présent texte pose plusieurs pistes de réflexion.

Il faut tout d’abord donner aux créateurs de l’île un étendard commun, un drapeau sous lequel fédérer toutes les forces. La littérature ne vit pas sans un souffle puissant, et l’image du désert, vox scriptanti in deserto, désert culturel, désert rural, désert social, pourrait être une image forte de la création insulaire. Un lieu de désolation, mais également un lieu de re-création. Tout simplement parce que de la solitude de l’écrivain naît le sentiment qui fera refleurir le sens collectif.

Les auteurs réunis à Luri se proposent de transmettre à leurs amis de Corse du Sud et aux autres auteurs absents ce 22 août de faire connaître leur opinion sur ce point.

L’île, et notamment le Cap Corse, regorge de tours, couvents et autres confréries, lieux solitaires, réhabilités à grands frais par le public, et peu ou mal utilisés. Ce sont des déserts de facto que l’on pourrait aisément convertir pour un usage temporaire de résidence d’écrivain. Ces créateurs ne sont guère exigeants en effet : un gîte, un couvert, et une connexion internet de bonne qualité, suffisent à leur bonheur.

Les auteurs réunis à Luri se proposent d’établir une liste des écrivains désireux de bénéficier d’un hébergement temporaire d’un ou deux mois. Ils recenseront pour cela les avis des autres auteurs consultés.

Une plateforme virtuelle, éventuellement mise en place par la CTC dans le cadre de l’outil culturel, pourrait servir de vitrine à la littérature insulaire en proposant des textes en ligne. Un comité de lecture, établi à compter des jurys littéraires déjà existants dans l’île, trierait a minima dans les textes écrits en Français. Les textes corses pourraient être acceptés sans comité de lecture, afin de promouvoir cette forme d’écriture.

Les auteurs réunis à Luri demandent aux autres auteurs de se prononcer favorablement sur ce point, afin que la CTC puisse être saisie.




Poser des pistes de réflexion ? C’est l’occasion d’un retour sur la journée « livres ouverts » tenue à  Barrettali en août 2007 et aux questions qui y avaient été posées :

Y a-t-il un caractère singulier, voire spécifique, de la littérature corse ?
L’autochtonie souffre-t-elle ou s’aiguise-t-elle de sa confrontation à la francophonie ?
L’émergence de la littérature corse peut-elle être synchronisée avec le mouvement de riacquista, voire de décolonisation, faisant alors surgir la même problématique que celle des littératures maghrébines et africaines à l’amorce des indépendances ?
Alors, en quoi la langue corse importe-t-elle à la littérature corse ?
La littérature corse peut-elle être autre que " mineure "(au sens deleuzien de ce qui mine la littérature d’un parcours nomade) ?



Ajoutons une première nouvelle question :  lorsque l’on parle de littérature, doit-on y ajouter un adjectif ?

Sur le site Médiapart,  Jérôme Ferrari donne sa réponse en répondant à la question : Votre désir est-il de faire émerger une «littérature corse», avec le risque réducteur que comporte ce terme, ou tout simplement que la littérature prenne enfin en compte les écrivains corses ?

La question serait plus facile s’il était possible de savoir avec précision ce que signifie littérature « corse ». Il est d’ailleurs tout aussi délicat de savoir de quoi on parle quand on se réfère à la littérature « française ». S’il s’agissait d’une simple question de localisation, il n’y aurait pas de problèmes mais ce n’est bien sûr pas le cas. L’adjectif « corse » a généralement, en Corse comme sur le Continent, des connotations qui me déplaisent et qui, bien que sans rapport avec un projet littéraire, peuvent lui nuire énormément en le faisant disparaître sous des controverses idéologiques sans intérêt. Il m’est arrivé de souhaiter être Albanais ou Bouriate.
D’un autre côté, je ne peux pas faire comme si la Corse n’était pas un élément constitutif de mes romans. Mais je refuse l’alternative qui consisterait soit à ne plus se référer à la Corse, soit à vouloir faire de la littérature régionale. L’idée même de littérature régionale me paraît grotesque. Tout roman naît dans une région particulière, il le faut bien, mais son monde est, en droit, celui de la littérature tout court, sans adjectif. C’est là, et là seulement, qu’il doit être jugé. Je souscris totalement aux analyses de Milan Kundera sur ce point. J’ai traduit la plupart des œuvres de Marco Biancarelli non parce qu’il est corse mais parce que la brutalité et la puissance de son style me paraissent uniques. Voici donc mon désir : que les romans soient lus pour ce qu’ils sont. Si tel était le cas, je suis certain que la littérature prendrait naturellement en compte certains écrivains corses et j’en serais ravi. Mais je crains de ne pas être exaucé avant longtemps.


Des questions en cacheraient-elles d’autres ?

La littérature ? Que représente cette entité supérieure ? Qui sont les gardiens du temple ? D’évidence, la question posée sur la littérature corse comme étant « mineure » s’adressait à des auteurs répondant à l'étalon deuleusien suivant: philosophe-linguiste-sociologue-politologue-universitaire. La réponse de Jérôme Ferrari s’adresse à un étalon littéraire qui exclut tout adjectif « régional »du champ de la littérature. C’est un autre débat…

Toutefois le jugement porté par Jérôme Ferrari sur l’ecrivain en langue corse Marcu Biancarelli ( … brutalité et puissance de son style me paraissent uniques, dit-il. ) donne le critère du style littéraire. Pour entrer dans la littérature, il faut avoir du style. De ce point de vue, c’est sans doute aussi l’usage de la langue corse qui donne son style unique à Marcu Baincarelli. Est-il pour autant un auteur régional ? Le traducteur de ses ouvrages en français en fait-il un auteur reconnu?

Si on ne parle plus de littérature régionale, peut-on parler de littérature post-coloniale ? Faut-il comprendre le « post » comme un « méta », c’est-dire une littérature vers un au-delà du colonial?

Aujourd’hui, les auteurs corses seraient-ils dans  une problématique qui repose sur une idéologie "libéral-humaniste " soucieuse de dégager avant tout un universel, avec le risque de manquer ou d’occulter les enracinements locaux, les particularités revendiquées ou héritées, les identités assumées, voire inventées ou seulement imposées par l’histoire ?

Le vrai problème d’une littérature corse est-il  celui de sa représentation : Qui parle au nom ou à la place de qui ?

La constitution de peuples en Etats-nations solderait-elle tout résidu de la colonisation ?

Que la minorité " au sens deuleuzien " mine la littérature corse de son parcours nomade est une formule ambiguë qui laisse supposer le choix unique entre la minorité  ou la soumission à ce qui est majorité. Que la littérature corse soit mineure et donc dans des conditions révolutionnaires au sein de la grande littérature française, cela a-t-il encore  un intérêt ?

Pour reprendre la phrase de Jérôme Ferrari : « Tout roman naît dans une région particulière, il le faut bien, mais son monde est, en droit, celui de la littérature tout court, sans adjectif » et il ajoute : «Voici donc mon désir : que les romans soient lus pour ce qu’ils sont. Si tel était le cas, je suis certain que la littérature prendrait naturellement en compte certains écrivains corses et j’en serais ravi. Mais je crains de ne pas être exaucé avant longtemps. » Cela nous ramène à la dernière question de la journée «  i libri aperti » d’août 2007 à Barettali : Que signifie alors le récent " printemps "de la littérature corse ?



Lors de la journée à Barettali, un auteur corse diplômé a dit qu’il n’avait pas relevé encore de chef d’œuvre de la littérature corse en ce qui concerne notamment le roman. On se pose alors la question : le chef d’œuvre est-il le roman militant, le roman total , le grand roman d’une vie, le grand roman d’une époque, peut-être d’une génération ? Serait-il uniquement une des œuvres primées par quelques concours des associations littératures parisiennes érigées en académies ?  Un auteur corse, basque, catalan, breton, occitan… doit-il entrer au Panthéon de cette littérature avec un grand « L » et sans adjectif pour être reconnu comme écrivain ? Si on parle de littérature française, peut-on refuser l’adjectif « corse » ?

Des questions qui en appellent d’autres. Des pistes qui peuvent conduire à des impasses ou se perdre dans l'infini. Le débat sur l’existence d’une littérature corse sera-t-il refermé un jour et mérite-t-il qu’on s’y intéresse ? Est-ce un vrai débat  avec des discours faux? Finalement la littérature corse serait-elle uniquement constituée des ouvrages écrits en corse et qui s’adressent à un lectorat corse ? Leur traduction en ferait-elle des œuvres universelles ou  des récits exotiques pour les autres lecteurs? De fil en aiguille, la question de l’existence d’une littérature corse ne risque-t-elle pas de déboucher sur une aporie ?  

Sans doute devrait-on commencer par s’entendre sur le mot « littérature ». Il est inséparable du mot « culture ». La littérature exploite toutes les possibilités du langage. Elle est l’expression de l’humain. Elle est déterminée par une langue, une époque, une société… Elle fait revivre le passé et cherche à agir sur le futur. Elle est une interrogation sur le monde etc… Dans tout cela, l’adjectif « corse » est-il vraiment grotesque lorsqu’il s’agit de littérature ?

Finalement on a le droit de penser ce que l’on veut car heureusement le lecteur corse comme les autres lecteurs garde ses droits impréscriptibles tels qu’édictés par Daniel Pennac ( un Corse non déclaré comme tel en Littérature )…

1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

pour aller plus loin :  quelques sites et articles parlant de la littérature corse :

- Pour une litérrature corse
http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com/
- La littérature corse extiste-t-elle ?
http://www.transcript-review.org/fr/issue/transcript-17--la-corse-/editorial
- Antholigie : auteurs corses et textes en langue corse
http://corsica.net.free.fr/html/francais/mainframefr.htm
- Du côté de Corti
http://www.adecec.net/corti/neriadegiovanni.html
- La littérature corse existe-t-elle, ( blog Plume de paon )
http://www.lesplumesdupaon.fr/nouveau/litt_corse/index_litt_corse.html
- Etude sur le roman  en langue corse
http://adecec.net/adecec-net/parutions/urumanzucorsu2.html
- Cumenti, petite anthologie de la littérature corse
http://www.interromania.com/studii/sunta/renucci/cumenti001.htm
- site Interromania
http://www.interromania.com
- Invistita
http://www.invistita.fr/


Anthologies de la littérature corse :

- celle en langue corse de Mathieu Ceccaldi , réédité en 2008 par l’Association Mimoria bisinca et  les Editions Alain Piazzola, "bible" de la littérature corse publiée en 1973 par Klincksieck.De Salvatore Viale à Noël Rocchiccioli en passant par Santu Casanova, Dominique Carlotti et Anton Francescu Filippini...

- Celle bilingue de jean-guy Talamoni, éditée chez DCL.

- Litterature corse de J.J Franchi qui  propose  une anthologie de textes littéraires contemporains,




Publié le 16 août 2009 à 08:24
Par flicorse
Grossu Minutu, un personnage corse devenu légendaire

On ne se méfie jamais assez des mots, selon Louis-Ferdinand Céline… Les mots censurés, les mots scandés, les mots chuchotés, les mots croisés, les mots qui tuent et les mots qui sauvent. L’importance des mots. L’esprit des mots et les mots d’esprit. Grossu Minutu ( Gros Maigre) est le surnom d’un personnage devenu légendaire en Corse par ses jeux de mots et ses réparties humoristiques. Sa verve est entrée dans le Panthéon de la culture orale corse. Il paraît qu’il faisait rire même les ânes.

J’ai découvert ce personnage corse avec un disque 33T de Christian Mery* (voir dans les notes ) qui avait repris les histoires de Grosso minutu (le bouffon de Perelli ) en 1958. Malheureusement ce disque n’a pas survécu aux déménagements.



Grossu Minutu
était un blagueur, mais aussi l’ami, le confident et le conseilleur de Pascal Paoli.
Prénommé Pietru Giovannu (Pierre-Jean), il était un homme qui, durant son époque, n'a suscité d'autres écrits que ceux des registres paroissiaux dépositaires alors de l'état civil. Pourtant sa parole lui a survécu dans une société corse dont la culture est restée longtemps orale. Grossu Minutu fait partie de l’histoire et de la culture corse comme d’autres illustres mal connus Circinellu* ou Pozzo di Borgo* par exemple. « Notre histoire est riche de personnages héroïques… Nous pouvons puiser dans nos propres mythes pour enrichir notre propre imaginaire. Connaître son histoire et sa culture sont des préalables à l’échange avec les autres » déclarait Maga Ettori qui, avec Patrice Bernardini, a intégré les chansons de Grossu Minutu dans son spectacle musical sur la révolution corse créé pour le bicentenaire de la mort de Pascal Paoli au Palais des sports de Levallois-Perret du 13 au 15 décembre 2007. Pour Maître Sixte Ugolini, ancien bâtonnier du Barreau de Marseille et auteur de plusieurs ouvrages dont Macagne è detti di i paesi corsi, la Corse est autant le pays de Grossu Minutu que celui de Paoli ou Napoléon.




« Pierre-Jean Ficoni, dit "Grossu minutu", bouffon de Pascal Paoli, né aux environs de 1715 ». C’est ainsi que le Quid signale la maison de ce héros corse comme curiosité de son village, Perelli di Alesani. Le terme «bouffon » est impropre si ce n’est que Grossu Minutu était un perpétuel objet de moquerie et que c’est cela qui a fait sa force de caractère et son humour caustique.




Piétru Giovannu Ficoni
est né effectivement en 1715, sous de mauvais hospices. C’est une année de disette due aux mauvaises récoltes. Ses parents ont des revers de fortune et se retrouvent dans la misère. A la mort de son père, il est encore au berceau. Fils unique, il est élevé par sa mère dans les difficultés. Il est de santé fragile. Sa mère meurt lors qu’il a commencé sa scolarité. Orphelin à douze ans et sans aide, il sombre dans une profonde mélancolie. Tout est contre lui, même son aspect physique, qui l'expose aux vexations. Chétif et souffreteux, il est d’abord surnommé Minutu. C’est son incroyable force de caractère qui l’aidera à surmonter sa condition. Il est courageux et ce sont les mots qui deviendront ses armes pour se défendre. Ne pouvant éviter le malheur, il prend le parti d’en rire. C’est sans doute pour lui aussi une façon de conjurer le sort et de ne pas devenir un marginal irascible.

Minutu est comme la plupart des habitants de Perelli-di-Alesani, partisan de Matra* ( voir les notes ), mais après la mort de celui-ci, il profite de l'amnistie accordée aux vaincus pour suivre Pascal Paoli (1725-1807). Au retour d'une expédition, son amabilité faillit lui coûter la vie. Une femme le charge de remettre, dans le plus grand secret, une lettre à une personne qui demeure dans un village qu'il doit traverser. Minutu accepte sans se poser de questions. Arrivant dans la localité, il est arrêté par un détachement de patriotes. Fouillé, il est trouvé porteur de cette lettre adressée à un chef rebelle. Enfermé dans la prison de Bastia, il attend son jugement. Il aurait sûrement été condamné sans la providentielle présence de Giovanni Guiseppe Cortinchi, aide de camp de Pascal Paoli. Cortinchi, originaire de Bozzio, connaît la réputation de Minutu et s'empresse de le faire libérer. Suite heureuse : Pascal Paoli est informé de cet incident et va tout faire pour que Minutu oublie ses pénibles journées de détention.

Adulte, Minutu voyage de village en village avec son âne, chargé de modestes marchandises qu'il vend tant bien que mal. Sa causticité fait de lui l'objet d'un perpétuel défi, et partout on l'attaque. Les rapports avec ses semblables sont, mais en apparence seulement, une suite de traits d'esprits et d'injures. Jules Renard aurait dit que cet humoriste était un homme de «bonne mauvaise humeur ». Le même esprit corrosif se manifeste dans le chjam’é rispondi, joute oratoire improvisée sur le défi et le verbe. Les participants entrent dans une provocation par jeux de bons mots, métaphores et insinuations subtiles en évitant le mépris, l’arrogance et toute atteinte à l’honneur de l’adversaire.

Après des années de galère, Minutu séduit une voisine qu'il épouse. De ce mariage, naissent deux filles et un fils nommé Carlo Mattéo, qui quitte rarement la maison familiale et que l'on surnommera "le casanier". Devenu veuf après dix ans de vie commune, Piétru Giovannu ne se remarie pas. Il ne vit pas dans l’abondance mais à l'abri du besoin.

Vers cinquante ans, il a pris de l'embonpoint, ce qui contraste avec sa légendaire maigreur. Cet embonpoint va, bien sûr, lui valoir quelques moqueries supplémentaires. Au sobriquet de Minutu (maigre), vient s'ajouter celui de Grossu (gros)... Malgré son grand âge et un certain confort matériel, Grossu Minutu poursuivra sa vie errante de marchand ambulant. Les années passant, et finalement, sans force et infirme, Il rentre avec son âne chez lui; son ame y trouva l'affection de ses trois enfants.

A l'âge de 86 ans, à la suite d'une longue maladie, il s'éteint à Perelli-di-Alesani. Jusqu’à sa mort, il n'aura jamais cessé de manifester son bel esprit, car avant de rendre son âme à Dieu, il aurait adressé un dernier bon mot à la mort.

Avec ses stalbatoghji (histoires et anecdotes plaisantes), sa notoriété n'a jamais dépassé les frontières de l'île. En Corse, il n’est pas encore oublié. Le groupe Canta u Populu Corsu, chante Al povera di Grossu Minutu, une historiette amusante adroitement mise en scène et désopilante dans le 33tours intitulé Festa zitellina.

Extrait de la revue ethnologique « Terrain » :

« Le théâtre de ses aventures, c'est les villages et quelquefois la ville (au 18ème siècle il n'en est qu'une, c'est Bastia) où ses affaires l'amenaient à se rendre ; dormant chez l'habitant, ou dans des auberges de villages, liant amitié et commerce avec tous. D'abord partisan et client de la grande famille noble des Matra, adversaires de Paoli, il reconnut vite le rôle historique du " Père de la Patrie " et se rangea à ses côtés, sans jamais abdiquer son franc-parler et sa verve caustique. On pourrait presque dire qu'en passant de la mouvance des Matra à celle de Paoli, il opère la transformation d'un statut de client en celui de citoyen : presque, car nous savons que Pascal Paoli devait, pour tenir tête aux féodaux et grands notables contre lesquels il se battait, user des mêmes armes qu'eux et en particulier regrouper autour de lui un parti comme les autres. Mais précisément, par son indépendance, Grossu Minutu est, à cet égard, en avance sur le général de la Nation corse. Ainsi, il incarne un personnage à la fois marginal et représentatif de ce petit peuple des campagnes corses qui, de 1729 à 1769, fait et vit ce qu'il est convenu d'appeler les Révolutions de Corse.

[…/…]Grossu Minutu démasque par ses saillies, l'hypocrisie, le ridicule, voire l'odieux des comportements de ses compatriotes. Un de ses moyens favoris consiste à traiter ses interlocuteurs comme s'ils étaient des animaux ; un jour, un groupe de personnes, pour se moquer de lui, le compare à Esope ; Minutu ne se démonte pas : " Je fais mieux que lui, dit-il ; il faisait parler les bêtes, moi, en plus, je les fais rire. " Grossu Minutu est souvent présenté, dans les saynètes dont il est le héros, comme quelqu'un que les autres forcent à parler en l'accablant de lazzi et en le provoquant, pour le simple plaisir de l'entendre. A ces incitations à parler " pour rire ", c'est-à-dire pour ne rien dire d'essentiel, Grossu Minutu répond, on l'a vu, en renvoyant à ses interlocuteurs une image d'eux-mêmes qui est celle d'animaux. Ainsi, par exemple, à quelqu'un qui pour le vexer lui faisait remarquer que, pour un homme d'esprit comme lui, il avait les oreilles plutôt longues, il réplique : " Et toi, pour un âne*( voir dans les notes), je trouve que les tiennes sont trop courtes " ; ou bien encore, dans une procession, quelqu'un qui marche derrière lui, lui dit pour l'humilier : " Il paraît, Grossu Minutu que tu es toujours avec les porcs " ; et lui de répondre : " Eh oui, tantôt devant, tantôt derrière ; en ce moment je suis devant. " Ainsi, Grossu Minutu disqualifie dans leur prétention à être paroles humaines les " putachj ", plaisanteries et vexations qui font le commerce quotidien des hommes entre eux ; ce faisant il libère, en quelque sorte, une place pour une parole vraie, pour une relation pleine entre les hommes, parole et relations qu'il ne produit jamais lui-même positivement, se contentant par la dérision et l'inversion, de laisser à penser qu'une autre voie serait possible entre les " putachj " et les " spaccate " qui, chacune à sa manière, désagrègent le corps social. De là à penser que son rôle social s'articule profondément avec celui de Pascal Paoli, il n'y a qu'un pas que la tradition populaire a franchi depuis longtemps, mais sans l'expliciter.

[…/…]" u putachju ", le commérage ; activité prétendument féminine, mais à laquelle les hommes s'adonnent aussi abondamment. Comment l'interpréter ? Le " putachju " est doublement inséparable du secret. D'abord parce que, comme tout commérage, toute rumeur, l'auteur du " putachju " avance masqué : on le soupçonne mais on ne peut pas le confondre. D'autre part dans une société où l'interconnaissance se combine avec le secret, ce qui est su n'est jamais su qu'en partie, le secret accompagne tous les actes, et l'opposition que nous notions en commençant entre la " casa " et la " piazza " empêche le " putachju " d'être jamais un savoir vrai ; il est condamné à rester dans le domaine de l'opinion, du soupçon, de l'interprétation, de l'affabulation. Sa particularité consiste donc dans le fait de souligner, de grossir, de construire, à partir de ce qui est entrevu, un discours plus ou moins cohérent, fait de sous-entendus ; un discours qui déforme ce qu'il évoque, invente ce qu'il ne sait pas, bricole une parole qui n'est ni vraie ni fausse. C'est un travail sur le sens construit sur un texte tronqué. Le " putachjone ", celui qui répand les " putachj ", cherche sans cesse à percer le secret des maisons ; il dit le faux pour savoir le vrai ; il dit même parfois le vrai pour faire admettre le faux. Il excelle à interroger les enfants sur ce qui se fait et se dit le soir, autour de la table familiale, et en particulier sur ce qu'on mange, bon indice des misères ou des bonnes fortunes que l'on voudrait cacher. C'est pourquoi on enseigne aux enfants à répondre à ses sollicitations insidieuses par une attitude qui est le pendant exact du " putachju " : la " spaccata ", la parade, la rodomontade ; le mot vient du verbe " spaccà ", fendre : le " spaccone " est celui qui " spacca i monti ", fend les montagnes. La " spaccata " s'annonce donc comme une parole fausse, si ouvertement fausse qu'elle remet l'interlocuteur à sa place : si on te demande ce que nous avons mangé hier soir réponds : Pane e pernice, affari di casa un si ne dice (du pain et des perdrix, affaires de maison on ne les dit). Dans une société où les mets les plus courants sont la " pulenta2 ", la soupe ou, au mieux un ragoût de légumes et de lard, tout le monde sait bien que personne ne mange du pain et des perdrix ; le pain et les perdrix sont mets de riches ou exceptionnels. De même, en politique, la " spaccata " consiste à dire bien haut que l'on va vaincre, que l'ennemi est perdu, alors que rien ne permet de l'affirmer ; ceux qui savent qu'ils vont gagner, en général se taisent, non par modestie mais pour rendre plus éclatant encore leur triomphe. Ainsi " putachju " et " spaccata " s'affirment comme des attitudes et des pratiques qui, en s'opposant, érigent, l'une par défaut, l'autre par excès, un espace, ou mieux, un mouvement de " publicisation " qui traverse l'univers social
. »
Texte intégral à l’adresse :
http://terrain.revues.org/document2981.html#tocto3



Le prix Grossu Minutu :

Existe aujourd'hui une Académie Grossu Minutu qui attribue chaque année un Prix récompensant une œuvre humoristique corse.
Batti a obtenu le prix Grossu Minutu en 2003 pour l'ensemble de son œuvre. U sette bellu (le «Beau sept», Albiana, 1995) de Batti, met en scène entre imaginaire et réalité des personnages de jeux (U sette bellu est dans le jeu de cartes de la Scopa le sept de carreau) embarqués dans une aventure mêlant références à l'histoire et allusions à Shakespeare. Le dessin y est tantôt «humoristique », tantôt d'un réalisme saisissant.
L'enquête corse (L'inchiesta corsa, traduction de Francescu Maria perfettini) de Pétillon, dont l'accueil dans l'île fut extrêmement chaleureux. L'auteur a su repérer, et restituer avec beaucoup d'humour, quelques particularismes qui sont dans l'île même objet de plaisanterie (c'est une des formes de «a macagna» que le mot de « plaisanterie » traduit assez mal). L'album a obtenu le prix Grossu Minutu, et a donné naissance à un film tourné dans l'île dans une allégresse de bon aloi.



Quelques ouvrages sur Grossu Minutu :

- Bon mots et plaisanteries du célèbre Grossu Minutu, de Felice Matteu Marchi.


- Grosso Minuto. L'esprit et les réparties d'un Corse de légende. ce livre édité aux éditions Baconnier est rempli de croquis de Charles Brouty, d'une finesse éblouissante. Malheureusement, les éditions Baconnier étant disparues depuis longtemps, le livre est devenu difficile à se procurer, ou alors en cherchant dans les "livres rares" Grâce aux contact que j'ai noué avec la famille de l'éditeur, en Provence et en Kabylie, je peux néanmoins vous le procurer. Compter quand même entre 25 et 40 euros hors frais de port.

Un extrait de Grosso Minuto, L' esprit et les réparties d' un Corse de légende, Traduction de J.B Nicolaï, Éditions Baconnier, Marseille, 1969

Le borgne.
Il y avait à Bastia un riche commerçant, réputé pour son esprit sarcastique. De plus, il était borgne et cachait mal sa disgrâce derrière d' épaisses lunettes vertes…
Un matin cet homme vit passer, du haut de son balcon, le vieux Minuto Grosso que les ans avaient rendu bossu.
-Où allez-vous donc de si bonne heure, un sac sur le dos ? lui-dit-il faisant allusion à sa bosse.
-J' allais chez toi, et je suis heureux que tu m' aies reconnu alors que tu n' as encore ouvert qu' un volet de ta fenêtre répliqua Minuto qui connaissait l' infirmité du plaisantin.







- Grossu Minutu magnifiquement illustré par Nicolas Carlotti ( prix du livre corse en langue corse 1997), Edition La Marge. Il reste des exemplaires qui peuvent être commandés aux Editions du Journal de la Corse – Imprimerie Siciliano. On y trouve des titres comme "U Fibbione di u Molu", "U Cumpagnu" (page 59), "Macagna Bastiaccia", (page 72), "Nivaghja", (page 73).

Nicolas Carlotti a donné en 1997, une bande dessinée publiée initialement en épisodes dans le journal La Corse-Le Provençal, consacrée à Grossu Minutu .

- Grossu Minutu et son époque de Domonic Groebner Imprimerie Stamperia Sammarcelli, une étude par un Autrichien amoureux de la Corse. Cette étude est complétée par les propos de Murat Demirkan sur Nasrédine Hodja , le "double" turc de Grossu Minutu.

- Les Corses de Philippe Franchini, ouvrage publié en 2001 aux éditions Cavaliers bleus dans lequel un passage évoque Grossu Minutu.



Sites :










Grossu minutu : http://curagiu.com/grossuminutu.htm
Nicolas Carlotti : http://antoine.allegrini.free.fr/CARLOTTI.htm
Association Grossu Minutu corso-belge : http://www.grossuminutu.com/



Notes :

Marius Emmanuel Matra* – adversaire de Pascal Paoli, Général en Chef (Capu Generale) par la Consulte de Saint Antoine de la Casabianca qui l'investit de la mission d'une guerre décisive contre Gênes. Il contesta l’élection de Pascal Paoli le 10 août 1755 et se fit élire à son tour Général de la Nation par 6 voix sur 64. Ce fut le début d’une guerre civile qui dura jusqu’en 1757. Matra fut tué en 1763.

Dumenicu Leca, dit Circinellu*. Originaire de la pieve de Vicu, il a été prêtre de Guagnu. Partisan de Pasquale Paoli et de l'indépendance de l'île, il est une figure de la résistance de la Corse. Ainsi il prêta serment sur son autel de ne pas déposer les armes tant que la patrie serait occupée. Après la défaite de Ponte Novu et la fin du rêve d'indépendance de la Corse, il galvanise ses troupes et organise la résistance dans sa pieve. Mais il est traqué, ses biens sont dévastés et sa tête est mise à prix par les troupes de l'armée française. Pour ne pas que la répression s'abatte sur les siens et sa région, il s'enfuit pour le Fiumorbu. Il est retrouvé mort en 1771 dans une grotte d'Ania (où le toponyme A Grotta di Circinellu existe toujours), un crucifix dans une main, un poignard dans l'autre. Il a incarné le patriotisme du clergé insulaire durant les guerres d'indépendance de la Corse.

Charle André, comte Pozzo di Borgo*, né à Alata près d'Ajaccio le 8 mars 1764 et mort le 15 février 1842, est un politicien corse, devenu diplomate russe. Il s’était rallié à Pascal Paoli.


Christian Mery* , acteur, auteur, chanteur et fantaisiste, a enregistré plusieurs disques d’histoires corses comme la légende de sbilia avec les sous-titres de pochettes : le petit âne gris, Tranquille, O Signore cosa cè, Solenzara, Veillée corse et Ca se corse. Acteur, il a tourné dans une vingtaine de films entre 1956 et 1969 dont L’amour descend du ciel ( Maurice Cam ), Comme un cheveu sur la soupe( Maurice Regamey) Le grand bluff ( Patrice Dally) Les trois font lapaire ( Sacha Guitry et Clément Duhour), Cigarettes, whisky et p’tites pépées ( Maurice Régamey), Madame et son auto ( Robert Vernay), Ce soir on tue et Y’en a marre ( Yvan Govar), Le cave est piègé ( Victor Merenda), Les fortiches ( Georges Combret) Napoléon II, L’aiglon ( Claude Boissol), La vendetta ( Jean Chérasse), Les bricoleurs ( Jean Girault), Rien ne va plus ( Jean Nacqué),Le petit monstre (Jean-Paul sassy) et La honte de la famille ( Richard Balducci). Avec Louis Lorenzi, il est le coauteur aux Editions de la Table ronde de Pascal et Dominique, storia corsa (1964)

Il était aussi chanteur et nous avons retrouvé une chanson de Georges Brassens qu’il a interprétée :

Vendetta
Paroles: Georges Brassens. Musique: Georges Brassens 1957
Mes pipelets sont corses tous deux,
J'eus tort en disant devant eux,
Que Tino et Napoléon
Jouaient mal de l'accordéon.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Fermement résolus d' se venger,
Mes compatriotes outragés,
S'appliquèrent avec passion
A ternir ma réputation.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Leurs coups de bec eurent c'est certain,
Sur mon lamentable destin,
Des répercussions fantastiques,
Dépassant tous les pronostics,
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

M'étant un jour lavé les pieds,
J'attendais la femme d'un pompier,
Sûr d'abuser d'elle à huis-clos,
J'avais compté sans ces ballots.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Comme dans le couloir il faisait nuit,
Et qu'elle ne trouvait pas mon huis,
Elle s'adressa funeste erreur,
A ma paire de dénigreurs.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Ils répondirent : cet espèce de con-
Tagieux là, demeure au second,
Mais dès que vous sortirez de chez lui,
Courez à l'hôpital Saint-Louis.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Alors ma visiteuse à corps
Perdu, partit et court encore,
Et je dus convenir enfin
Que je m'étais lavé les pieds en vain.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Mis au fait, les pompiers de Paris,
Me clouèrent au pilori.
Ils retirèrent par précaution
Leurs femmes de la circulation.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.

Et tout ça, tout ça, voyez-vous
Parce qu'un jour j'ai dit à ces fous,
Que Tino et Napoléon
Jouaient mal de l'accordéon.
Vendetta, vendetta,
Vendetta, vendetta.




L'Ane* corse est-il d'origine sumérienne?
Grossu Minutu avait un âne comme tous les marchands ambulants. Nul n’ignore l’importance des ânes en Corse ou le mot se traduit par « suméru ». C’est un animal mythique. D’une discussion avec l’historien José Stromboni sur les origines de la Corse, il ressortait qu’elles auraient peut-être une part sumérienne. Pour les ânes, le lien semble déjà établi par le mot corse « suméru » et l’histoire de l’âne corse aurait pu commencer à Sumer dont il tire son origine étymologique. Des fouilles en Iran semblent établir qu’il s’agit d’une grande civilisation suméro-akkadienne disparue dont l’empire s’étendait du golfe persique jusqu’à la Méditerranée…. Pas totalement disparue toutefois puisque une espèce a survécu en Corse où le sumeru apparaît comme un être intelligent. Grossu Minutu l’avait compris et José Stromboni le révèle dans son ouvrage « Kur-Sig » . La thèse de José Stromboni, ou à tout le moins l’hypothèse, constitue en effet un véritable éclair dans la nuit: les Sumériens, inventeurs de l’écriture, puis les Etrusques auraient été partie constituante du peuple corse d’origine ! J’en conclus que seuls nos ânes corses ont survécu au brassage des populations et constitué une race supérieurement intelligente. Nous pouvons donc nous enorgueillir d’avoir de tels ânes qui, en plus, portent les fardeaux dans nos montagnes. Maintenant, il faudrait savoir si nos ânes parlent et écrivent le sumérien. Grossu Minutu aurait sans doute eu son avis sur le sujet. Il connaissait bien l’âne corse. On pourrait envisager que l’arche de Noé était équipée d’une chaloupe qu’une tempête aurait égarée sur l’île de beauté sortie du déluge. A moins que ce soit toute l’arche qui ait atterri là. La question est d’importance.
Après la dame de Bonifacio, la Corse pourrait être le point d’ancrage de la nouvelle humanité voulue par Dieu. José Stromboni s’est plongé dans une relecture de l’Ancien Testament et pourrait faire de nouvelles révélations sur ce point. Nous avons décidé de le précéder en nous interrogeant et tout s’est subitement éclairci. Si l’arche de Noé s’est bien arrêtée sur le mont Ararat, les écritures ne disent pas qu’elle y est restée. Dans la légende sumérienne, le héros parallèle à Noé est nommé Outa Napishtim. Outa pourrait correspondre au verbe otta (opter) et « napishtim » serait à rapprocher du mot corse Nasighjime ( action de rechigner ). On pourrait alors traduire par « celui qui rechigne »… Otta Nasighjime alias Outa Napishtim, alias Noé, serait donc corse et non pas sumérien...
Les mots disent les choses. Leur histoire ne se sépare pas de celle des hommes. Leur rencontre n’est pas le fruit du hasard. Sans aucun doute les Sumériens sont-ils venus en Corse et ont été changés en ânes intelligents par quelque sorcellerie. Dès lors, on peut affirmer que la plus vieille civilisation est à chercher en Corse, duvé u sumeru hè natu amparatu. ( où l’âne est savant de naissance ).




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