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Mon bloc perso.
Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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RE NDEZ-VOUS:

- 5 décembre 2009, Salon Culture et écriture Institut Perrimond Roucas Blanc Marseille 7ème
- Les 20, 23 et 24 décembre 2009 Cultura La Valentine Marseille

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CHANTS CORSES: Pas de lien MP3 mais de l'écoute en ligne aux adresses ci-dessous...

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Le 1er juin 2009 à 22H15 .... 200.000ème visiteur I
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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

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A dopu!
A plus tard!
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Corse noire
Publié le 06 janvier 2009 à 15:21
Par flicorse

Polka, le plus corse des  polars new-yorkais !



L’auteur : Mathieu Croizet  (de Zilia) Mathieu Croizet est avocat à Marseille. Il est d’origine corse par sa mère, une Marchetti de Zilia.  Il a vécu de nombreuses années à New York. Polka est  son premier roman.

 




Polka, Editions L’écailler (septembre 2008)

Un thriller moderne et  haletant, du hardboiled genre « muckracker » (l'école des fouille-merde) bourré d’humour et de rock ‘n roll,  musclé et souple à la fois, avec un héros grande gueule (qui en prend plein la gueule) et gros bras, qui ne rate ni un baston ni une fusillade.

Dans un New York loin des clichés touristiques de la 5ème Avenue,  l’auteur nous ballade comme dans un village et  nous fait rencontrer des personnages du rêve américain tournant au cauchemar.  

Paul Casanova, alias « Polka », est un flic newyorkais d’origine corse.  Dur à cuire du genre incassable comme un cep de vigne planté un soir de pleine lune, il prend des coups et encaisse toujours, en se relevant à chaque fois. Flanqué de partenaires tenaces, il va dénouer une enquête mouvementée sur des meurtres signés avec des suites de chiffres scarifiées sur les corps des victimes. C’est une façon de compter plus facilement les morts mais aussi un élément de l’énigme qui ne se résoudra pas grâce aux mathématiques, même si le Professeur Katzenberg donne quelques leçons pour avouer que les chiffres ont aussi leur mystère dans la Kabbale et apparaître plus passionné par la guèmatrie que par l’algèbre et la géométrie.  La guématrie ? Le Professeur vous expliquera ce que c’est lui-même. En attendant les cadavres se multiplient et que fait la police au « One Police Plaza », QG de la NYPD… NYPD ?  Demandez à Sarko, il a un tee-shirt avec ce sigle lorsqu’il fait du footing. Donc que fait la police new-yorkaise ? Les fédéraux du FBI seront-ils meilleurs ?… FBI ? Putain, vous êtes un peu casse-couille. Il faut tout vous traduire… Et bien cet ouvrage est fait pour vous car tout ce qui n’est pas en français y est traduit. Vous saviez  que Flic en ricain c’est col ?  Non, je ne dis pas que c’est cool d’être flic. Bon, c’est trop long à vous expliquer… Tout est dans l’ouvrage de Mathieu Croizet.


Son héros, Polka,  a hérité, au fond du cœur, la sagesse de son grand-père berger corse dont il se souvient.  « Vulé à butte piena è a moglie briaca » est un dicton corse qui lui rappelle cette sagesse. Vous voulez savoir  ce que cela veut dire et bien il faudra que Polka vous le traduise en américain et l’auteur en français. Ce que je peux dire, c’est que les deux ont le même humour parce que les deux sont corses.  


Au milieu d’un enfer pire que celui de Dante et  peuplé d’un commissaire dans le genre Bérurier en plus "scratcher" lorsqu'il s'agit de ses couilles,  d’un serial-killer entouré de vampires slaves, d’un trafiquant de drogue serbe, de la mafia, de skinheads néo-nazis…  Polka n’est pas au bout de sa peine mais il ne restera pas seul.  La belle nippo-américaine Shizuka, médecin-légiste, fait les autopsies et ravive les ardeurs de notre flic corso-américain. Le récit devient un double je avec un deuxième flic, Fred Green coéquipier genre costar Armani et pompes à glands, dandy soupçonné d’avoir exécuté un tueur en série au lieu de l’arrêter. Viennent dans son sillage Montoya, un flic chicano du New Jersey, sorti d’un gang à l’adolescence, et  l’agent  Jane Spector, dragonne de la police des polices… personnages plutôt sympa parmi une kyrielle de détraqués de tous poils et de toutes confessions, et  Nick Morotta, un ami d’enfance de Polka mais surtout  devenu un gros caïd d’une des familles mafieuses  italo-américaines respectueuses à leur manière de l’église apostolique romaine.


Comme Fred Green, Polka a ses méthodes qui peuvent lui attirer des ennuis… «Polka, arrête tes conneries, tu sais que tu es sur la corde raide, un pas de travers et tu tombes». L’inspecteur Paul Casanova, dit Polka, est averti… Il doit faire du bon boulot, et dans les règles. Il faut dire qu’entre drogue, crime et pornographie, à New York, la police ne chôme pas.  Polka, hostile à toute hiérarchie, est un flic rock’n’roll qui n’a pas peur des coups. Mais cela peut-il suffire ? Entre flingages sévères, tabassages en règle et descentes dans les milieux les plus interlopes, « Polka » est un polar haletant et moderne, dans le registre des ouvrages de Michael Connelly, de James Ellroy ou de Bret Easton Ellis, qui vous tient en haleine à un rythme effréné. Dans un univers noir et désespéré, Polka est un policier marginal en conflit avec sa hiérarchie et un entêté qui ne fait pas de compromis, sauf par instinct de survie et encore que, né un jour de pleine lune comme son grand-père, il aurait tendance à se croire fait pour vivre centenaire.


Un livre que vous ne lâcherez plus et qui est plus passionnant qu’un guide touristique pour visiter New York….

A la page 196 ( sur 337), après nous avoir décrit la gare «  Grand Central Station » de New York, Polka soliloque : «  Bref, je ne suis pas en train d’écrire un guide touristique ».  Et bien, nous pensons que l’ouvrage peut être aussi un guide original pour visiter le New York insolite, se confectionner une discographie de morceaux allant du Rock n’roll au Rap, en passant par tout ce que l’on peut trouver de plus hard. Vous ne résisterez pas à goûter  un hero du New Jersey/ hoagie de Pennsylvanie/ Sub de Nouvelle-Angleterre… trois mots pour désigner des mets locaux qui sont un même pain garni de salami, de prosciutto, de mortadelle, de provolone, de jambon cuit, d’emmental, de parmesan, de piments, de tomates, de laitue… le tout relevé par de l’huile d’olive de l’origan et autres épices choisies : un sandwich  italien à la démesure américaine.  Et puis si vous êtes fumeur et que voulez être sûr de mourir du cancer et non pas d’une infection fécale, ouvrez vos paquets par le bas pour ne pas avoir à les prendre par le filtre avec vos doigts lorsque vous devrez les mettre dans la merde.



Entretien avec Mathieu Croizet :

 

Bonjour Mathieu Croizet. Une première question rituelle pour un premier ouvrage : comment es-tu venu à l’écriture et pourquoi avoir choisi comme genre le polar ?

 

Tout d’abord bonjour et Bonne Année.  Pace è Salute a tutti.

 

J’ai commencé à l’écrire par hasard, je préparais l’examen d’entrée à l’école d’avocat et un soir j’ai eu besoin d’un exécutoire pour me sortir la tête des cours de droit.  Je me suis installé devant mon ordinateur et j’ai commencé à taper sans vraiment savoir ce que je voulais faire.  J’ai écrit ce qui est devenu, par la suite, le prologue de Polka.  Cela m’a plu et j’ai créé un personnage principal, Paul Casanova et c’est presque ce personnage qui m’a « raconté » l’histoire.

 

J’ai choisi le style polar parce que c’est un style qui permet une grande liberté de ton.

 

Lors de la première rencontre littéraire du Barreau de Marseille, un avocat a expliqué que le polar, le roman policier, c’était toujours pareil et ennuyeux : un meurtre, une enquête, un assassin. Il a ensuite souhaité l’écriture d’un roman judiciaire  qui commencerait à l’arrestation de l’auteur. Pourquoi avoir choisi un héro flic plutôt qu’avocat comme toi ?

 

Tout d’abord, je ne suis pas d’accord avec la vision extrêmement simpliste de mon confrère.

 

Ensuite, je ne pense pas que la procédure pénale française, contrairement à celle des Etats-Unis, puisse servir de trame à un roman haletant et prenant  Je pense que c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas, ou très peu, en France d’auteurs spécialisés dans les polars judiciaires comme John Grisham.

 

Il existe tout de même de bons polars judiciaires français, je pense notamment à « Accusé couchez-vous » de Laurent Léguevaque et Michel Embareck.

 

Enfin, j’ai choisi le flic car il a les mains dans la boue et cela permet plus d’action.

 

Le héros Paul Casanova est un Américain d’origine corse.

Pourquoi un Corse ? Quelle en est la nécessité ?

 

Mon patronyme est Croizet mais ma mère s’appelle Marchetti. Elle est originaire de Zilia en Balagne, où je me rends chaque année.  J’ai une relation très forte avec la Corse, je dirais presque fusionnelle.

 

En fait l’idée d’un héro corso-américain m’est venue en repensant à une anecdote.  Un jour, je me baladais dans Little Italy à Manhattan, je suis tombé sur un magasin qui avait, dans sa vitrine, un drapeau estampillé de la tête de Maure.  J’y étais entré et j’avais appris l’existence d’une amicale corse à New-York.  Je m’étais dis qu’un héro américain d’origine corse, ça aurait de la gueule...

 

Donc quand j’ai créé Paul Casanova, il ne pouvait pas être autre chose que Corse.

                          

Et toi, comment vis-tu  ta corsité ?

 

Comme je l’ai dit, j’ai une relation très forte avec l’île.  Je vis ma corsité non pas comme un étendard que l’on brandit mais comme une façon de penser et de vivre.

 

La corsité, je pense que c’est avant tout un état d’esprit.

 

New-York apparaît comme une grande pomme avec la symbolique du péché puisque chaque quartier est la proie de gangs issus de vagues d’immigrés, en dernier lieu les chinois et les transfuges de l’ex-URSS. Elle apparaît aussi le refuge de criminels de guerre et pas seulement de 39-45 mais aussi de celle de l’ex-yougoslavie. Tout n’est-il que fiction ou bien y-a-t-il de la réalité dans cette vision noire de cette ville ?

 

Je pense que bien souvent la réalité dépasse la fiction.  L’exercice de mon métier me le rappelle chaque jour.

 

Je pense que comme dans toutes les villes, surtout dans les mégapoles, il existe une face sombre et une face claire. 

 

Dans Polka, j’ai voulu parler de ce que j’aimais dans New-York sans oublier que cette ville avec ses millions d’habitants peut également être très violente.

 

Lorsque j’ai pris la symbolique du péché pour la grande pomme, j’ai voulu introduite la dimension mystique c’est-à-dire l’importance de la religion aux Etats-Unis qui favorise les dérives sectaires. La religion a-t-elle un effet pervers chez les Américains ?

 

Je pense que la relation des Américains avec la religion est complexe.

 

L’hyper-religiosité a incontestablement un effet pervers non seulement aux USA mais également à travers le monde.

 

La difficulté s’est accrue sous le mandat de George Bush puisque ce dernier a utilisé la religion comme un symbole patriotique dans son « combat » contre le terrorisme, attisant de ce fait le fanatisme religieux musulman.

 

Je dois avouer que cette hyper-religiosité me fait peur.

 

Tu as vécu plusieurs années aux Etats-Unis. Qu’as-tu retenu de plus significatif dans la ville de New York ?

 

C’est une ville qui ne dort jamais, littéralement.  On peut tout faire à n’importe quelle heure...

 

Tu as suivi une formation pour le  cinéma avant d’opter pour le Barreau. Dans Polka, des passages plutôt cinématographiques  parcheminent le récit. Le cinéma te tente toujours ?

 

Une précision s’impose : je n’ai malheureusement pas suivi de cours de cinéma mais j’avais été accepté dans l’Ecole de Cinéma de l’Université de New-York quand j’ai dû, la mort dans l’âme, rentrer en France.

 

Cela a été très dur et j’ai toujours eu une petite « frustration »à ce sujet, frustration qui m’a surement poussé à écrire Polka avec des passages cinématographiques. 

 

Le cinéma me tente toujours et je peux dire qu’un de mes rêves c’est de voir mon livre adapté au cinéma.

 

Aujourd’hui tu vis en France. As-tu déjà une idée sur les lieux de tes prochains romans ?

 

Le prochain livre, qui est en cours d’écriture, se passe aux USA mais également à Marseille et en Corse.

 

Si je devais classer Polka, je dirais que tu es  inspiré par le hardboiled et le Muckracker  avec en plus la dimension du néo-polar qui met en scène New York et la société américaine.  Quels sont tes auteurs ou tes lectures de référence et te reconnais-tu une filiation littéraire?

 

Mes auteurs de référence sont nombreux mais je peux citer parmi les Américains James Ellroy, Michael Connelly, surtout les premiers, George P.Pellecanos pour l’ambiance musicale.

 

Parmi les français, j’adore Thierry Jonquet.  J’aime beaucoup Manchette et bien sûr les auteurs classés sous le titre réducteur à mon sens « d’auteurs de Polars Marseillais », c’est-à-dire Izzo etc...

 

J’ai également découvert récemment grâce à Jean-Paul Ceccaldi des auteurs corses de polars comme Jean-Paul lui-même mais également Jean-Pierre Santini et son excellent Nimu.

 

La musique actuelle est très présente dans le récit. Alors, est-ce que les goûts de Polka sont les tiens ?  

 

Oui, les goûts musicaux de Polka sont les miens.  Dans le livre il y a des références à des concerts et  ces concerts ont vraiment eu lieu, tous les souvenirs de Polka à leurs sujets sont les miens.

 

La musique est essentielle et j’écris très souvent avec un casque sur les oreilles.

 

As-tu quelque chose que tu aimerais dire sur  Polka aux lecteurs corses?

 

Polka c’est le plus Corse des polars New-Yorkais mais également le plus New-Yorkais des polars Corses.

 

Bonne lecture !!

 

 


 

 

Publié le 31 décembre 2008 à 23:02
Par flicorse

Bonne année 2009 !

Pace è Saluté a tutti !

En cadeau, un livre virtuel:





http://www.calameo.com/viewer.swf?bkcode=000018813cad06ff16ed1&langid=fr&authid=6e0URVcN56zT
Publié le 25 décembre 2008 à 00:46
Par flicorse
Bon Natale è Pace è Salute à Tutti !...



En cadeau, un conte de Noël...

L’enfant perdu, un conte de Noël  écrit par François COPPÉE

                                       À Jules Claretie.

I

Ce matin-là, qui était la veille de Noël, deux événements d’importance eurent lieu simultanément. Le soleil se leva, – et M. Jean-Baptiste Godefroy aussi.

Sans doute, le soleil, – au coeur de l’hiver, après quinze jours de brume et de ciel gris, quand par bonheur le vent passe au nord-est et ramène le temps sec et clair, – le soleil, inondant tout à coup de lumière le Paris matinal, est un vieux camarade que chacun revoit avec plaisir. Il est d’ailleurs un personnage considérable. Jadis il a été Dieu : il s’est appelé Osiris, Apollon, est-ce que je sais ? et il n’y a pas deux siècles qu’il régnait en France sous le nom de Louis XIV. Mais M. Jean-Baptiste Godefroy, financier richissime, directeur du Comptoir général de crédit, administrateur de plusieurs grandes compagnies, député et membre du Conseil général de l’Eure, officier de la Légion d’honneur, etc., etc., n’était pas non plus un homme à dédaigner. Et puis l’opinion que le soleil peut avoir sur son propre compte n’est certainement pas plus flatteuse que celle que M. Jean-Baptiste Godefroy avait de lui-même. Nous sommes donc autorisé à dire que, le matin en question, vers huit heures moins le quart, le soleil et M. Jean-Baptiste Godefroy se levèrent.

Par exemple, le réveil de ces puissants seigneurs fut tout à fait différent. Le bon vieux soleil, lui, commença par faire une foule de choses charmantes. Comme le grésil, pendant la nuit, avait confit dans du sucre en poudre les platanes dépouillés du boulevard Malesherbes, où est situé l’hôtel Godefroy, ce magicien de soleil s’amusa d’abord à les transformer en gigantesques bouquets de corail rose ; et, tout en accomplissant ce délicieux tour de fantasmagorie, il répandit, avec la plus impartiale bienveillance, ses rayons sans chaleur, mais joyeux, sur tous les humbles passants que la nécessité de gagner leur vie forçait à être dehors de si bonne heure. Il eut le même sourire pour le petit employé en paletot trop mince se hâtant vers son bureau, pour la grisette frissonnant sous sa « confection » à bon marché, pour l’ouvrier portant la moitié d’un pain rond sous son bras, pour le conducteur de tramway faisant sonner son compteur, pour le marchand de marrons en train de griller sa première poêlée. Enfin ce brave homme de soleil fit plaisir à tout le monde. M. Jean-Baptiste Godefroy, au contraire, eut un réveil assez maussade. Il avait assisté, la veille, chez le ministre de l’Agriculture, à un dîner encombré de truffes, depuis le relevé du potage jusqu’à la salade, et son estomac de quarante-sept ans éprouvait la brûlante morsure du pyrosis. Aussi, à la façon dont M. Godefroy donna son premier coup de sonnette, Charles, le valet de chambre, tout en prenant de l’eau chaude pour la barbe du patron, dit à la fille de cuisine :

« Allons, bon !... Le « singe » est encore d’une humeur massacrante, ce matin... Ma pauvre Gertrude, nous allons avoir une sale journée. »

Puis, marchant sur la pointe du pied, les yeux modestement baissés, il entra dans la chambre à coucher, ouvrit les rideaux, alluma le feu et prépara tout ce qu’il fallait pour la toilette, avec les façons discrètes et les gestes respectueux d’un sacristain disposant les objets du culte sur l’autel, avant la messe de M. le curé...

« Quel temps ce matin ? demanda d’une voix brève M. Godefroy en boutonnant son veston de molleton gris sur un abdomen un peu trop majestueux déjà.

– Très froid, monsieur, répondit Charles. À six heures, le thermomètre marquait sept degrés au-dessous de zéro. Mais monsieur voit que le ciel s’est éclairci, et je crois que nous aurons une belle matinée. »

Tout en repassant son rasoir, M. Godefroy s’approcha de la fenêtre, écarta l’un des petits rideaux, vit le boulevard baigné de lumière et fit une légère grimace qui ressemblait à un sourire. Mon Dieu, oui ! On a beau être plein de morgue et de tenue, et savoir parfaitement qu’il est du plus mauvais genre de manifester quoi que ce soit devant les domestiques, l’apparition de ce gueusard de soleil, en plein mois de décembre, donne une sensation si agréable qu’il n’y a guère moyen de la dissimuler. M. Godefroy daigna donc sourire. Si quelqu’un lui avait dit alors que cette satisfaction instinctive lui était commune avec l’apprenti typographe en bonnet de papier qui faisait une glissade sur le ruisseau gelé d’en face, M. Godefroy eût été profondément choqué. C’était ainsi pourtant ; et, pendant une minute, cet homme écrasé d’affaires, ce gros bonnet du monde politique et financier, fit cet enfantillage de regarder les passants et les voitures qui filaient joyeusement dans la brume dorée.

Mais, rassurez-vous, cela ne dura qu’une minute. Sourire à un rayon de soleil, c’est bon pour des gens inoccupés, pas sérieux ; c’est bon pour les femmes, les enfants, les poètes, la canaille. M. Godefroy avait d’autres chats à fouetter, et, précisément pour cette journée qui commençait, son programme était très chargé. De huit heures et demie à dix heures, il avait rendez-vous, dans son cabinet, avec un certain nombre de messieurs très agités, tous habillés et rasés comme lui dès l’aurore et comme lui sans fraîcheur d’âme, qui devaient venir lui parler de toutes sortes d’affaires, ayant tous le même but : gagner de l’argent. Après déjeuner, – et il ne fallait pas s’attarder aux petits verres, – M. Godefroy était obligé de sauter dans son coupé et de courir à la Bourse, pour y échanger quelques paroles avec d’autres messieurs qui s’étaient aussi levés de bonne heure et qui n’avaient pas non plus de petite fleur bleue dans l’imagination ; et cela toujours pour le même motif : gagner de l’argent. De là, sans perdre un instant, M. Godefroy, allait présider, devant une table verte encombrée d’encriers siphoïdes, un nouveau groupe de compagnons dépourvus de tendresse et s’entretenir avec eux de divers moyens de gagner de l’argent. Après quoi, il devait paraître, comme député, dans trois ou quatre commissions et sous-commissions, toujours avec tables vertes et encriers siphoïdes, où il rejoindrait d’autres personnages peu sentimentaux, tous incapables aussi, je vous prie de le croire, de négliger la moindre occasion de gagner de l’argent, mais qui avaient pourtant la bonté de sacrifier quelques précieuses heures de l’après-midi pour assurer, par-dessus le marché, la gloire et le bonheur de la France.

Après s’être vivement rasé, en épargnant toutefois le collier de barbe poivre et sel qui lui donnait un air de famille avec les Auvergnats et les singes de la grande espèce, M. Godefroy revêtit un « complet » du matin, dont la coupe élégante et un peu jeunette prouvait que ce veuf cinglant vers la cinquantaine n’avait pas absolument renoncé à plaire. Puis il descendit dans son cabinet, où commença le défilé des hommes peu tendres et sans rêverie uniquement préoccupés d’augmenter leur bien-aimé capital. Ces messieurs parlèrent de plusieurs entreprises en projet, également considérables, notamment d’une nouvelle ligne de chemin de fer à lancer à travers un désert sauvage, d’une usine monstre à fonder aux environs de Paris, et d’une mine de n’importe quoi à exploiter dans je ne sais plus quelle république de l’Amérique du Sud. Bien entendu, on n’agita pas un seul instant la question de savoir si le futur railway aurait à transporter un grand nombre de voyageurs et une grande quantité de marchandises, si l’usine fabriquerait du sucre ou des bonnets de coton, si la mine produirait de l’or vierge ou du cuivre de deuxième qualité. Non ! Les dialogues de M. Godefroy et de ses visiteurs matinaux roulèrent exclusivement sur le bénéfice plus ou moins gros à réaliser, dans les huit jours qui suivraient l’émission, en spéculant sur les actions de ces diverses affaires, actions très probablement destinées du reste, et dans un bref délai, à n’avoir plus d’autre valeur que le poids du papier et le mérite de la vignette.

Ces conversations nourries de chiffres durèrent jusqu’à dix heures précises, et M. le directeur du Comptoir général de crédit, qui était honnête homme pourtant, autant qu’on peut l’être dans les « affaires », reconduisit jusque sur le palier, avec les plus grands égards, son dernier visiteur, vieux filou cousu d’or qui, par un hasard assez fréquent, jouissait de la considération générale, au lieu d’être logé à Poissy ou à Gaillon aux frais de l’État pendant un laps de temps fixé par les tribunaux, et de s’y livrer à une besogne honorable et hygiénique telle que la confection des chaussons de lisière ou de la brosserie à bon marché. Puis M. le directeur consigna sa porte impitoyablement – il fallait être à la Bourse à onze heures – et passa dans la salle à manger.

Elle était somptueuse. On aurait pu constituer le trésor d’une cathédrale avec les massives argenteries qui encombraient bahuts et dressoirs. Néanmoins, malgré l’absorption d’une dose copieuse de bicarbonate de soude, le pyrosis de M. Godefroy était à peine calmé, et le financier ne s’était commandé qu’un déjeuner de dyspeptique. Au milieu de ce luxe de table, devant ce décor qui célébrait la bombance, et sous l’oeil impassible d’un maître d’hôtel à deux cents louis de gage, qui s’en faisait deux fois autant par la vertu de l’anse du panier, M. Godefroy ne mangea donc, d’un air assez piteux, que deux oeufs à la coque et la noix d’une côtelette ; et encore, l’un des oeufs sentait la paille. L’homme plein d’or chipotait son dessert, – oh ! presque rien, un peu de roquefort, à peine pour deux ou trois sous, je vous assure, – lorsqu’une porte s’ouvrit, et soudain, gracieux et mignon, bien qu’un peu chétif dans son costume de velours bleu et trop pâlot sous son énorme feutre à plume blanche, le fils de M. le directeur, le jeune Raoul, âgé de quatre ans, entra dans la salle à manger, conduit par son Allemande.

Cette apparition se produisait chaque jour, à onze heures moins le quart exactement, lorsque le coupé, attelé pour la Bourse, attendait devant le perron, et que l’alezan brûlé, vendu à M. Godefroy, par les soins de son cocher, mille francs de plus qu’il ne valait, grattait, d’un sabot impatient, le dallage de la cour. L’illustre brasseur d’argent s’occupait de son fils de dix heures quarante-cinq à onze heures. Pas plus, pas moins, il n’avait qu’un quart d’heure, juste, à consacrer au sentiment paternel. Non qu’il n’aimât pas son fils, grand dieu ! Il l’adorait, à sa façon. Mais, que voulez-vous, les affaires !...

À quarante-deux ans, plus que mûr et passablement fripé, il s’était cru très amoureux, par pur snobisme, de la fille d’un de ses camarades de cercle, le marquis de Neufontaine, vieux chat teint, joueur comme les cartes, qui, sans la compassion vaniteuse de M. Godefroy, eût été plus d’une fois affiché au club. Ce gentilhomme effondré, mais toujours très chic, et qui venait encore de « lancer » une casquette pour bains de mer, fut trop heureux de devenir le beau-père d’un homme qui payerait ses dettes, et livra sans scrupule au banquier fatigué une ingénue de dix-sept ans, d’une beauté suave et frêle, sortant d’un couvent de province, et n’ayant pour dot que son trousseau de pensionnaire et qu’un trésor de préjugés aristocratiques et d’illusions romanesques. M. Godefroy, fils d’un avoué grippe-sou des Andelys, était resté « peuple », même fort vulgaire, malgré son fabuleux avancement dans la hiérarchie sociale. Il blessa tout de suite sa jeune femme dans toutes ses délicatesses ; et les choses allaient mal tourner, quand la pauvre enfant fut emportée, à sa première couche. Presque élégiaque lorsqu’il parlait de sa défunte épouse, avec laquelle il eût sans doute divorcé si elle avait vécu six mois de plus, M. Godefroy aimait son petit Raoul pour plusieurs raisons : d’abord à titre de fils unique, puis comme produit rare et distingué d’un Godefroy et d’une Neufontaine, enfin et surtout par le respect qu’inspirait à cet homme d’argent l’héritier d’une fortune de plusieurs millions. Le bébé fit donc ses premières dents sur un hochet d’or et fut élevé comme un Dauphin. Seulement, son père, accablé de besogne, débordé d’occupations, ne pouvait lui consacrer que quinze minutes par jour, – comme aujourd’hui, au moment du roquefort, – et l’abandonnait aux domestiques.

« Bonjour, Raoul.

– Bonzou, p’pa. »

Et M. le directeur du Comptoir général de crédit, ayant jeté sa serviette, installa sur sa cuisse gauche le jeune Raoul, prit dans sa grosse patte la petite main de l’enfant et la baisa plusieurs fois, oubliant, ma parole d’honneur ! la hausse de vingt-cinq centimes sur le trois pour cent, les tables couleur de pâturage et les encriers volumineux devant lesquels il devait traiter tout à l’heure de si grosses questions d’intérêt, et même son vote de l’après-midi pour ou contre le ministère, selon qu’il obtiendrait ou non, en faveur de son bourg pourri, une place de sous-préfet, deux de percepteur, trois de garde champêtre, quatre bureaux de tabac, plus une pension pour le cousin issu de germain d’une victime du Deux Décembre.

« P’pa, et le p’tit Noël... y mettra-ti’ tet’ chose dans mon soulier ? » demanda tout à coup Raoul, dans son sabir enfantin.

Le père, après un : « Oui, si tu as été sage », fort surprenant chez ce député libre penseur, qui, à la Chambre, appuyait d’un énergique : « Très bien ! » toutes les propositions anticléricales, prit note, dans le meilleur coin de sa mémoire, qu’il aurait à acheter des joujoux. Puis, s’adressant à la gouvernante :

« Vous êtes toujours contente de Raoul, mademoiselle Bertha ? »

L’Allemande, qui se faisait passer pour Autrichienne, cela va sans dire, mais qui était, en réalité, la fille d’un pasteur poméranien affligé de quatorze enfants, devint rouge comme une tomate sous ses cheveux blond albinos, comme si la question toute simple qu’on lui adressait eût été de la pire indécence, et, après avoir donné cette preuve de respect intimidé, répondit par un petit rire imbécile, qui parut satisfaire pleinement la curiosité de M. Godefroy sur la conduite de son fils.

« Il fait beau aujourd’hui, reprit le financier, mais froid. Si vous menez Raoul au parc Monceau, mademoiselle, vous aurez soin, n’est-ce pas ? de le bien couvrir. »

La « fraulein », par un second accès de rire idiot, ayant rassuré M. Godefroy sur ce point essentiel, il embrassa une dernière fois le bébé, se leva de table – onze heures sonnaient au cartel – et s’élança vers le vestibule, où Charles, le valet de chambre, lui enfila sa pelisse et referma sur lui la portière du coupé. Après quoi, ce serviteur fidèle courut immédiatement au petit café de la rue de Miromesnil, où il avait rendez-vous avec le groom de la baronne d’en face, pour une partie de billard, en trente liés, avec défense de « queuter », bien entendu.

 
II

Grâce au bai brun, – payé mille francs de trop, à la suite d’un déjeuner d’escargots offert par le maquignon au cocher de M. Godefroy, – grâce à cet animal d’un prix excessif mais qui filait bien tout de même, M. le directeur du Comptoir général de crédit put accomplir, sans aucun retard, sa tournée d’affaires. Il parut à la Bourse, siégea devant plusieurs encriers monumentaux, et même, vers cinq heures moins le quart, il rassura la France et l’Europe inquiète des bruits de crise, en votant pour le ministère ; car il avait obtenu les faveurs sollicitées, y compris la pension pour celui de ses électeurs dont l’oncle, à la mode de Bretagne, avait été révoqué d’un emploi de surnuméraire non rétribué, à l’époque du coup d’État.

Attendri sans doute par la satisfaction d’avoir contribué à cet acte de justice tardive, M. Godefroy se souvint alors de ce que lui avait dit Raoul au sujet des présents du petit Noël, et jeta à son cocher l’adresse d’un grand marchand de jouets. Là, il acheta et fit transporter dans sa voiture un cheval fantastique en bois creux monté sur roulettes, avec une manivelle dans chaque oreille ; une boite de soldats de plomb aussi semblables les uns aux autres que les grenadiers de ce régiment russe, du temps de Paul Ier, qui tous avaient les cheveux noirs et le nez retroussé ; vingt autres joujoux éclatants et magnifiques. Puis, en rentrant chez lui, doucement bercé sur les coussins de son coupé bien suspendu, l’homme riche, qui après tout avait des entrailles de père, se mit à penser à son fils avec orgueil.

L’enfant grandirait, recevrait l’éducation d’un prince, en serait un, parbleu ! puisque, grâce aux conquêtes de 89, il n’y avait plus d’aristocratie que celle de l’argent, et que Raoul aurait, un jour, vingt, vingt-cinq, qui sait ? trente millions de capital. Si son père, petit provincial, fils d’un méchant noircisseur de papier timbré ; son père, qui avait dîné à vingt sous jadis au Quartier Latin, et se rendait bien compte chaque soir, en mettant sa cravate blanche, qu’il avait l’air d’un marié du samedi ; si ce père, malgré sa tache originelle, avait pu accumuler une énorme fortune, devenir fraction de roi sous la République parlementaire et obtenir en mariage une demoiselle dont un ancêtre était mort à Marignan, à quoi donc ne pouvait pas prétendre Raoul, dès l’enfance beau comme un gentilhomme.

Raoul au sang affiné par l’atavisme maternel, Raoul de qui l’intelligence serait cultivée comme une fleur rare, qui apprenait déjà les langues étrangères dès le berceau, qui, l’an prochain, aurait le derrière sur une selle de poney, Raoul, qui serait un jour autorisé à joindre à son nom celui de sa mère, et s’appellerait ainsi Godefroy de Neufontaine, Godefroy devenant le prénom, et quel prénom ! royal, moyenâgeux, sentant à plein nez la croisade ?...

Avec des millions, quel avenir ! quelle carrière !... Et le démocrate – il y en a plus d’un comme celui-ci, n’en doutez pas ! – imaginait naïvement la monarchie restaurée, – en France, tout arrive, – voyait son Raoul, non ! son Godefroy de Neufontaine marié au Faubourg, bien vu au château, puis, qui sait ? tout près du trône, avec une clef de chambellan dans le dos et un blason tout battant neuf sur son argenterie et sur les panneaux de son carrosse !... Ô sottise, sottise ! Ainsi rêvait le parvenu gorgé d’or, dans sa voiture qu’encombraient tous ces joujoux achetés pour la Noël, – sans se rappeler, hélas ! que c’était, ce soir-là, la fête d’un très pauvre petit enfant, fils d’un couple vagabond, né dans une étable, où l’on avait logé ses parents par charité.

Mais le cocher a crié : « Port’ siou p’ait ! » On rentre à l’hôtel ; et, franchissant les degrés du perron, M. Godefroy se dit qu’il n’a que le temps de faire sa toilette du soir, lorsque, dans le vestibule, il voit tous ses domestiques, en cercle devant lui, l’air consterné, et, dans un coin, affalée sur une banquette, l’Allemande, qui pousse un cri en l’apercevant, et cache aussitôt dans ses deux mains son visage bouffi de larmes. M. Godefroy a le pressentiment d’un malheur.

« Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’y a-t-il ? »

Charles, le valet de chambre, – un drôle de la pire espèce, pourtant, – regarde son maître avec des yeux pleins de pitié, et bégayant et troublé : « Monsieur Raoul !...

– Mon fils ?...

– Perdu, monsieur !... Cette stupide Allemande !... Perdu depuis quatre heures de l’après-midi !... »

Le père recule de deux pas en chancelant, comme un soldat frappé d’une balle ; et l’Allemande se jette à ses pieds, hurlant d’une voix de folle : « Pardon !... Pardon ! » et les laquais parlent tous à la fois.

« Bertha n’était pas allée au parc Monceau... C’est là-bas, sur les fortifications, qu’elle a laissé se perdre le petit... On a cherché partout M. le directeur ; on est allé au Comptoir, à la Chambre ; il venait de partir... Figurez-vous que l’Allemande rejoignait tous les jours son amoureux, au delà du rempart, près de la porte d’Asnières... Quelle horreur !... Un quartier plein de bohémiens, de saltimbanques ! Qui sait si l’on n’a pas volé l’enfant ?... Ah ! le commissaire était déjà prévenu... Mais conçoit-on cela ? Cette sainte-nitouche !... Des rendez-vous avec un amant, un homme de son pays !... Un espion prussien, pour sûr !... »

Son fils ! Perdu ! M. Godefroy entend l’orage de l’apoplexie gronder dans ses oreilles. Il bondit sur l’Allemande, l’empoigne par le bras, la secoue avec fureur.

« Où l’avez-vous perdu de vue, misérable ?... Dites la vérité, ou je vous écrase !... Où çà ? Où çà ?... »

Mais la malheureuse fille ne sait que pleurer et crier grâce. Voyons, du calme !... Son fils ! son fils à lui, perdu, volé ? Ce n’est pas possible ! On va le lui retrouver, le lui rendre tout de suite. Il peut jeter l’or à poignées, mettre toute la police en l’air. Ah ! pas un instant à perdre !

« Charles, qu’on ne dételle pas... Vous autres, gardez-moi cette coquine... Je vais à la Préfecture. »

Et M. Godefroy, le coeur battant à se rompre, les cheveux soulevés d’épouvante, s’élance de nouveau dans son coupé, qui repart d’un trot enragé. Quelle ironie ! La voiture est pleine de jouets étincelants, où chaque bec de gaz, chaque boutique illuminée, allume au passage cent paillettes de feu. C’est aujourd’hui, la fête des enfants, ne l’oublions pas, la fête du nouveau-né divin, que sont venus adorer les mages et les bergers conduits par une étoile.

« Mon Raoul !... mon fils !... Où est mon fils ?... » se répète le père crispé par l’angoisse en déchirant ses ongles au cuir des coussins. À quoi lui servent maintenant ses titres, ses honneurs, ses millions, à l’homme riche, au gros personnage ? Il n’a plus qu’une idée, fixée comme un clou de feu, là, entre ses deux sourcils, dans son cerveau douloureux et brûlant : « Mon enfant, où est mon enfant ?... »

Voici la Préfecture de police. Mais il n’y a plus personne ; les bureaux sont désertés depuis longtemps.

« Je suis M. Godefroy, député de l’Eure... Mon fils est perdu dans Paris ; un enfant de quatre ans... Je veux absolument voir M. le préfet. »

Et un louis dans la main du concierge.

Le bonhomme, un vétéran à moustaches grises, moins pour la pièce d’or que par compassion pour ce pauvre père, le conduit aux appartements privés du préfet, l’aide à forcer les consignes. Enfin, M. Godefroy est introduit devant l’homme en qui repose à présent toute son espérance, un beau fonctionnaire, en tenue de soirée, – il allait sortir, – l’air réservé, un peu prétentieux, le monocle à l’oeil.

M. Godefroy, les jambes cassées par l’émotion, tombe dans un fauteuil, fond en larmes, et raconte son malheur, en phrases bredouillées, coupées de sanglots.

Le préfet – il est père de famille, lui aussi, – a le coeur tout remué ; mais, par profession, il dissimule son accès de sensibilité, se donne de l’importance.

« Et vous dites, monsieur le député, que l’enfant a dû se perdre vers quatre heures ?

– Oui, monsieur le préfet.

– À la nuit tombante... Diable !... Et il n’est pas avancé pour son âge ; il parle mal, ignore son adresse, ne sait pas prononcer son nom de famille ?

– Oui !... Hélas ! Oui !...

– Du côté de la porte d’Asnières ?... Quartier suspect... Mais remettez-vous... Nous avons par là un commissaire de police très intelligent... Je vais téléphoner. »

L’infortuné père reste seul pendant cinq minutes. Quelle atroce migraine ! quels battements de coeur fous ! Puis brusquement, le préfet reparaît, le sourire aux lèvres, un contentement dans le regard : « Retrouvé ! »

Oh ! le cri de joie furieuse de M. Godefroy ! Comme il se jette sur les mains du préfet, les serre à les broyer !

« Et il faut convenir, monsieur le député, que nous avons de la chance... Un petit blond, n’est-ce pas ? un peu pâle ?... Costume de velours bleu ?... Chapeau de feutre à plume blanche ?...

– Oui, parfaitement... C’est lui ! c’est mon petit Raoul !

– Eh bien, il est chez un pauvre diable qui loge de ce côté-là ; et qui est venu tout à l’heure faire sa déclaration au commissariat... Voici l’adresse par écrit : Pierron, rue des Cailloux, à Levallois-Perret. Avec une bonne voiture, vous pourrez revoir votre fils avant une heure. Par exemple, ajoute le fonctionnaire, vous n’allez pas retrouver votre enfant dans un milieu bien aristocratique, dans la « haute », comme disent nos agents. L’homme qui l’a recueilli est tout simplement un marchand des quatre saisons... Mais qu’importe ! n’est-ce pas ?... »

Ah, oui, qu’importe ! M. Godefroy remercie le préfet avec effusion, descend l’escalier quatre à quatre, remonte en coupé, et, dans ce moment, je vous en réponds, si le marchand des quatre saisons était là, il lui sauterait au cou. Oui, M. Godefroy, directeur du Comptoir général de crédit, député, officier de la Légion d’honneur, etc., etc., accolerait ce plébéien ! Mais, dites-moi donc, est-ce que, par hasard, il y aurait autre chose, dans ce richard, que la frénésie de l’or et des vanités ? À partir de cette minute, il reconnaît seulement à quel point il aime son enfant. Fouette, cocher ! Celui que tu emportes, dans un coupé, par cette froide nuit de Noël, ne songe plus à entasser pour son fils millions sur millions, à le faire éduquer comme un Fils de France, à le lancer dans le monde ; et pas de danger, désormais, qu’on le laisse aux mains des mercenaires ! À l’avenir, M. Godefroy sera capable de négliger ses propres affaires et celles de la France – qui ne s’en portera pas plus mal – pour s’occuper un peu plus sérieusement de son petit Raoul. Il fera venir des Andelys la soeur de son père, la vieille tante restée à moitié paysanne, dont il avait la sottise de rougir. Elle scandalisera la valetaille par son accent normand et ses bonnets de linge. Mais elle veillera sur son petit-neveu, la bonne femme. Fouette, fouette, cocher ! Ce patron, toujours si pressé, que tu as conduit à tant de rendez-vous intéressés, à tant de réunions de gens cupides, est, ce soir, encore plus impatient d’arriver, et il a un autre souci que de gagner de l’argent. C’est la première fois de sa vie qu’il va embrasser son enfant pour de bon. Fouette donc, cocher ! Plus vite ! Plus vite !

Cependant, par la nuit froide et claire, le coupé rapide a de nouveau traversé Paris, dévoré l’interminable boulevard Malesherbes ; et, le rempart franchi, après les maisons monumentales et les élégants hôtels, tout de suite voici la solitude sinistre, les ruelles sombres de la banlieue. On s’arrête, et M. Godefroy, à la clarté des lanternes éclatantes de sa voiture, voit une basse et sordide baraque de plâtras, un bouge. C’est bien le numéro, c’est là que loge ce Pierron. Aussitôt la porte s’ouvre, et un homme paraît, un grand gaillard, une tête bien française, à moustaches rousses. C’est un manchot, et la manche gauche de son tricot de laine est pliée en deux sous l’aisselle. Il regarde l’élégant coupé, le bourgeois en belle pelisse, et dit gaiement :

« Alors, monsieur, c’est vous qui êtes le papa ?... Ayez pas peur... Il n’est rien arrivé au gosse. »

Et, s’effaçant pour permettre au visiteur d’entrer, il ajoute, en mettant un doigt sur sa bouche : « Chut ! il fait dodo. »

 
III

Un bouge, en vérité ! À la lueur d’une petite lampe à pétrole qui éclaire très mal et qui sent très mauvais, M. Godefroy distingue une commode à laquelle manque un tiroir, quelques chaises éclopées, une table ronde où flânent un litre à moitié vide, trois verres, du veau froid dans une assiette, et, sur le plâtre nu de la muraille, deux chromos : l’Exposition de 89 à vol d’oiseau, avec la tour Eiffel en bleu de perruquier, et le portrait du général Boulanger, jeune et joli comme un sous-lieutenant. Excusez cette dernière faiblesse chez l’habitant de ce pauvre logis : elle a été partagée par presque toute la France. Mais le manchot a pris la lampe et, marchant sur la pointe du pied, éclaire un coin de chambre, où, sur un lit assez propre, deux petits garçons sont profondément endormis. Dans le plus jeune des enfants, que l’autre enveloppe d’un bras protecteur et serre contre son épaule, M. Godefroy reconnaît son fils.

« Les deux mômes mouraient de sommeil, dit Pierron, en essayant d’adoucir sa voix rude. Comme je ne savais pas quand on viendrait réclamer le petit aristo, je leur ai donné mon « pieu », et, dès qu’ils ont tapé de l’oeil, j’ai été faire ma déclaration au commissaire... D’ordinaire, Zidore a son petit lit dans la soupente ; mais je me suis dit : Ils seront mieux là. Je veillerai, voilà tout. Je serai plus tôt levé demain, pour aller aux Halles. »

Mais M. Godefroy écoute à peine. Dans un trouble tout nouveau pour lui, il considère les deux enfants endormis. Ils sont dans un méchant lit de fer, sur une couverture grise de caserne ou d’hôpital. Pourtant quel groupe touchant et gracieux ! Et comme Raoul, qui a gardé son joli costume de velours, et qui reste blotti avec une confiance peureuse dans les bras de son camarade en blouse, semble faible et délicat ! Le père, un instant privé de son fils, envie presque le teint brun et l’énergique visage du petit faubourien.

« C’est votre fils ? demande-t-il au manchot.

– Non, monsieur, répond l’homme. Je suis garçon et je ne me marierai sans doute pas, rapport à mon accident... oh ! bête comme tout ! un camion qui m’a passé sur le bras... Mais voilà. Il y a deux ans, une voisine, une pauvre fille plantée là par un coquin avec un enfant sur les bras, est morte à la peine. Elle travaillait dans les couronnes de perles, pour les cimetières. On n’y gagne pas sa vie, à ce métier-là. Elle a élevé son petit jusqu’à l’âge de cinq ans, et puis, ç’a été pour elle, à son tour, que les voisines ont acheté des couronnes. Alors je me suis chargé du gosse. Oh ! je n’ai pas eu grand mérite, et j’ai été bien vite récompensé. À sept ans, c’est déjà un petit homme, et il se rend utile. Le dimanche et le jeudi, et aussi les autres jours, après l’école, il est avec moi, tient les balances, m’aide à pousser ma charrette, ce qui ne m’est pas trop commode, avec mon aileron... Dire qu’autrefois j’étais un bon ajusteur, à dix francs par jour !... Allez ! Zidore est joliment débrouillard. C’est lui qui a ramassé le petit bourgeois.

– Comment ? s’écrie M. Godefroy. C’est cet enfant ?...

– Un petit homme, que je vous dis. Il sortait de la classe, quand il a rencontré l’autre qui allait tout droit devant lui, sur le trottoir, en pleurant comme une fontaine. Il lui a parlé comme à un copain, l’a consolé, rassuré du mieux qu’il a pu. Seulement, on ne comprend pas bien ce qu’il raconte, votre bonhomme. Des mots d’anglais, des mots d’allemand ; mais pas moyen de lui tirer son nom et son adresse... Zidore me l’a amené ; je n’étais pas loin de là, à vendre mes salades. Alors les commères nous ont entourés, en coassant comme des grenouilles : « Faut le mener chez le commissaire. » Mais Zidore a protesté. « Ça fera peur au môme », qu’il disait. Car il est comme tous les Parisiens : il n’aime pas les sergots. Et puis votre gamin ne voulait plus le quitter. Ma foi, tant pis ! j’ai raté ma vente, et je suis rentré ici avec les mioches. Ils ont mangé un morceau ensemble, comme une paire d’amis, et puis, au dodo !... Sont-ils gentils tout de même, hein ? »

C’est étrange, ce qui se passe dans l’âme de M. Godefroy. Tout à l’heure, dans sa voiture, il se proposait bien, sans doute, de donner à celui qui avait recueilli son fils une belle récompense, une poignée de cet or si facilement gagné en présence des encriers siphoïdes. Mais on vient de lever devant l’homme un coin du rideau qui cache la vie des pauvres, si vaillants dans leur misère, si charitables entre eux. Le courage de cette fille-mère se tuant de travail pour son enfant, la générosité de cet infirme adoptant un orphelin, et surtout l’intelligente bonté de ce gamin de la rue, de ce petit homme secourable pour un plus petit, le recueillant, se faisant tout de suite son ami et son frère aîné, et lui épargnant, par un instinct délicat, le grossier contact de la police, tout cela émeut M. Godefroy et lui donne à réfléchir. Non, il ne se contentera pas d’ouvrir son portefeuille. Il veut faire mieux et plus pour Zidore et pour Pierron le manchot, assurer leur avenir, les suivre de sa bienveillance. Ah ! si les peu sentimentaux personnages qui viennent constamment parler d’affaires à M. le directeur du Comptoir général de crédit pouvaient lire en ce moment dans son esprit, ils seraient profondément étonnés ; et pourtant M. le directeur vient de faire la meilleure affaire de sa vie : il vient de se découvrir un coeur de brave homme. Oui, monsieur le directeur, vous comptiez offrir une gratification à ces pauvres gens, et voilà que ce sont eux qui vous font un magnifique cadeau, celui d’un sentiment, et du plus doux, du plus noble de tous, la pitié. Car M. Godefroy songe, à présent, – et il s’en souviendra, – qu’il y a d’autres estropiés que Pierron, l’ancien ajusteur devenu marchand de verdure, d’autres orphelins que le petit Zidore. Bien plus, il se demande, avec une inquiétude profonde, si l’argent ne doit vraiment servir qu’à engendrer l’argent, et si l’on n’a pas mieux à faire, entre ses repas, que de vendre en hausse des valeurs achetées en baisse et d’obtenir des places pour ses électeurs.

Telle est sa rêverie devant le groupe des deux enfants qui dorment. Enfin il se détourne, regarde en face le marchand des quatre saisons ; il est charmé par l’expression loyale de ce visage de guerrier gaulois, aux yeux clairs, aux moustaches ardentes.

« Mon ami, dit M. Godefroy, vous venez de me rendre, vous et votre fils adoptif, un de ces services !... Bientôt, vous aurez la preuve que je ne suis pas un ingrat. Mais, dès aujourd’hui... Je vois bien que vous n’êtes pas à l’aise et je veux vous laisser un premier souvenir. »

Mais de son unique main le manchot arrête le bras de M. Godefroy, qui plonge déjà sous le revers de la redingote, du côté des bank-notes.

« Non, monsieur, non ! N’importe qui aurait agi comme nous... Je n’accepterai rien, soit dit sans vous offenser... On ne roule pas sur l’or, c’est vrai, mais, excusez la fierté, on a été soldat, – j’ai ma médaille du Tonkin, là, dans le tiroir, – et on ne veut manger que le pain qu’on gagne.

– Soit, reprend le financier. Mais, voyons, un brave homme comme vous, un ancien militaire... Vous me paraissez capable de mieux faire que de pousser une charrette à bras... On s’occupera de vous, soyez tranquille. »

Mais l’estropié se contente de répondre froidement, avec un sourire triste qui révèle bien des déceptions, tout un passé de découragement : « Enfin, si monsieur veut bien songer à moi !... »

Quelle surprise pour les loups-cerviers de la Bourse et les intrigants du Palais-Bourbon s’ils pouvaient savoir ! Voilà que M. Godefroy est désolé, à présent, de la méfiance de ce pauvre diable. Attendez un peu ! Il saura bien lui apprendre à ne pas douter de sa reconnaissance. Il y a de bonnes places de surveillants et de garçons de caisse, au Comptoir. Qu’est-ce que vous direz, monsieur le sceptique, quand vous aurez un bel habit de drap gris-bleu, avec votre médaille du Tonkin à côté de la plaque d’argent ? Et ce sera fait dès demain, n’ayez pas peur ! Et c’est vous qui serez bien attrapé, ah ! ah !...

« Et Zidore ? s’écrie M. Godefroy avec plus de chaleur que s’il s’agissait de faire un bon coup sur les valeurs à turban. Vous permettrez bien que je m’occupe un peu de Zidore ?...

– Ah ! pour ça, oui ! répond joyeusement Pierron. Souvent, quand je songe que le pauvre petit n’a que moi au monde, je me dis : « Quel dommage !... » Car il est plein de moyens. Les maîtres sont enchantés de lui, à l’école primaire. »

Mais Pierron s’interrompt brusquement, et, dans son regard de franchise, M. Godefroy lit encore, et très clairement, cette arrière-pensée : « C’est trop beau, tout ça... Le bourgeois nous oubliera, une fois le dos tourné. »

« Maintenant, dit le manchot, je crois que nous n’avons plus qu’à transporter votre gamin dans la voiture ; car vous devez bien vous dire qu’il sera mieux chez vous qu’ici... Oh ! vous n’avez qu’à le prendre dans vos bras ; il ne se réveillera même pas... On dort si bien à cet âge-là... Seulement il faudrait d’abord lui remettre ses souliers. »

Et, suivant le regard du marchand des quatre saisons, M. Godefroy aperçoit devant le foyer, où se meurt un petit feu de coke, deux paires de chaussures enfantines : les fines bottines de Raoul et les souliers à clous de Zidore ; et chacune des paires de chaussures contient un pantin de deux sous et un cornet de bonbons de chez l’épicier.

« Ne faites pas attention, monsieur, murmure alors Pierron d’une voix presque honteuse. C’est Zidore, avant de se jeter sur le lit, qui a mis là ses souliers et ceux de votre fils... À la laïque, on a beau leur dire que c’est de la blague, les enfants croient encore à la Noël... Alors, moi, en revenant de chez le commissaire, comme je ne savais pas, après tout, si votre gamin ne passerait pas la nuit dans ma turne, j’ai acheté ces bêtises-là... vous comprenez... pour que les gosses... à leur réveil... »

Ah ! c’est à présent que les bras leur tomberaient, aux députés qui ont vu si souvent M. Godefroy voter pour la libre pensée ; – au fond, il s’en moquait pas mal, mais la réélection ! – C’est à présent qu’ils jetteraient leur langue au chat, tous les messieurs durs et secs qui siégeaient avec M. Godefroy autour des tables vertes et qui l’admiraient comme un maître pour sa sécheresse et pour sa dureté. Est-ce que, par hasard, ce serait aujourd’hui la fin du monde ?... M. Godefroy a les yeux pleins de larmes !

Tout à coup, il s’élance hors de la baraque, y rentre au bout d’une minute, les bras chargés du superbe cheval mécanique, de la grosse boite de soldats de plomb, des autres jouets magnifiques achetés par lui dans l’après-midi et restés dans sa voiture ; et, devant Pierron stupéfait, il dépose son fardeau doré et verni auprès des petits souliers. Puis, saisissant la main du manchot dans les siennes, et d’une voix que l’émotion fait trembler :

« Mon ami, mon cher ami, dit-il au marchand des quatre saisons, voici les cadeaux que Noël apportait à mon petit Raoul. Je veux qu’il les trouve ici, en se réveillant, et qu’il les partage avec Zidore, qui sera désormais son camarade... Maintenant, vous me croyez, n’est-ce pas ?... Je me charge de vous et du gamin... et je reste encore votre obligé ; car vous ne m’avez pas seulement aidé à retrouver mon fils perdu, vous m’avez aussi rappelé qu’il y avait des pauvres gens, à moi, mauvais riche qui vivais sans y songer. Mais, je le jure par ces deux enfants endormis, je ne l’oublierai plus, désormais ! »...

Tel est le miracle, messieurs et mesdames, accompli le 24 décembre dernier, à Paris, en plein égoïsme moderne. Il est très invraisemblable, j’en conviens ; et, en dépit des anciens votes anticléricaux de M. Godefroy et de l’éducation purement laïque reçue par Zidore à l’école primaire, je suis bien forcé d’attribuer cet événement merveilleux à la grâce de l’Enfant divin, venu au monde, il y a près de dix-neuf cents ans, pour ordonner aux hommes de s’aimer les uns les autres.

François COPPÉE, Longues et brèves, 1893




Publié le 23 décembre 2008 à 00:19
Par flicorse
Henri Tomasi et son idéal méditerranéen de mélodiste :

En 2005, Paul Rognoni  a réalisé un documentaire en Béta numérique de 52 minutes « Henri Tomasi un idéal universel »

Le synopsis dit : « Henri Tomasi (1901-1971) est un des grands compositeurs du XXe Siècle joués dans le monde entier. Ce jeune géni de la musique trop tôt doué, exhibé par un père facteur dans les maisons bourgeoises de Marseille dès l’âge de dix ans, s’est forgé un caractère militant basé sur un sentiment de révolte, de dégoût et de mépris face à un monde qu’il rejette. Toute son œuvre sera conditionnée par son histoire et sa vision du monde : militant anticolonial (sa symphonie pour le Vietnam), amoureux de la Méditerranée (il dédiera à Marseille et à la Corse de nombreux ouvrages), mais aussi mystique, (un opéra consacré au Don Juan de Milosz). C’est au travers d’un entretien avec son fils et de multiples rencontres avec certains de ses compagnons de route que « Henri Tomasi, un idéal universel » propose de (re-) découvrir l’artiste et son œuvre »

En juillet 2008 , à Vescovato, Penta di Casinca et Erbalunga (Corse) s’est déroulée la Nocturne Lyrique : « Henri Tomasi, ritornu d’odisseu » avec des mélodies corses, Le silence de la mer, Ulysse ou Le beau périple.

Le même mois, à  Ajaccio, au  Lazaret Ollandini, en partenariat avec la Cinémathèque de Corse et sur une présentation de Jean-Pierre Mattei, deux films sur des musiques d’Henri Tomasi étaient projetés : « L’île de lumière » de Georges Drouet (1951), et  « Frères corses » de Geo Kelber et Robert Siodmak (1938)Les projections étaient suivies d'un débat et d'une signature d'ouvrages.

« Frères corses » est un film restauré par les Archives Françaises du Film de Bois d’Arcy. Parmi les acteurs, on y voit  Pierre Brasseur, Jean Aquistapace, Rognoni. C’est l’histoire d’une garce qui jette le trouble dans la famille d'un veuf et de ses deux fils... Cette fiction oppose la rude vie insulaire face à la frivolité de ceux qui ont vécu à la ville. Tradition et modernité filmées dans le site grandiose des Calanques de Piana entre mer, montagne et forêt, accompagnées d'une musique originale du compositeur Henri Tomasi.

En août 2008,  en l’église St Ferréol les Augustins à Marseille, Antoine Alérini et Andoni Aguirre interprétaient Chants corses (transcriptions pour piano à 4 mains ) avant d’entamer une tournée aoûtienne à Bastia (cathédrale Ste Marie), Bonifacio ( Eglise St Dominique) et Ajaccio ( Le lazaret Ollandini ).
     
Pourquoi revenir sur des événements passés ? Pour mettre l’accent corse sur l’importance de l’œuvre d’un compositeur et chef d’orchestre de renommée internationale dont on avait fêté le centenaire de la naissance en 2001. La Corse a donné de grands artistes y compris dans le domaine de l’art lyrique. Henri Tomasi en fait partie.  Les rapports de l’île avec l’opéra ne se limitent donc pas aux « Trois grands ténors »: César Vezzani surnommé « Le merle blanc », Gaston Micheletti, et José Luccioni.



Henri Tomasi est né le 17 août 1901 dans le quartier de la Belle de Mai et a grandi dans celui de Mazargues à Marseille et sa famille corse est originaire de Penta di Casinca. Dès 1916, à l'âge de 15-16 ans, Henri Tomasi, par nécessité pécuniaire, joue du piano dans les cinémas de Marseille, sa ville natale : le " Femina ", le " Saint-Ferréol ", etc... En accompagnant les premiers films muets il apprend à improviser, ce qui révèle ses dons pour la composition.  Il a commencé ses études musicales au Conservatoire de Marseille avant d’être admis au Conservatoire national supérieur de Paris dans la classe de Vincent D’Indy. Une des toutes premières œuvres d'Henri Tomasi, écrite au printemps 1918, est un prélude pour piano intitulé Poème pour Cyrnos, c'est-à-dire la Corse d'après le nom que les Grecs donnaient à l'île. En 1927, il obtiendra le Premier Second grand prix de Rome avec Coriolan, scène lyrique sur un texte de Guy de Téramond, d'après le sujet qui inspira son drame célèbre à Shakespeare. Au moment de sa mort, alors qu'il projetait un opéra d'après Hamlet, il venait de terminer l'arrangement pour chœur a capella de ses Chants populaires de l'île de Corse dont la version originale pour chœur et orchestre de chambre date de 1962. Sa musique lui a valu un succès international. Une partie de son œuvre est inspirée par la Corse. Ce créateur méditerranéen  est décédé à Paris le 13 janvier 1971.

Henri Tomasi touche à tous les genres musicaux : musique de chambre, symphonies, concertos, ballets, oratorios, mélodies… et douze opéras. Le Grisi, La Rosière du village, L’Atlantide, Les Santons, Don Juan de Manara, La Féerie Laotienne, Les Noces de cendres sont des œuvres illustrant son talent pour le théâtre lyrique. Parmi ses œuvres symphoniques, on peut citer Vocero, Tam-Tam, Cyrnos, Colomba. Il a composé  des chansons corses populaires ( O Ciuciarella interprétée par Tino Rossi en 1932,  Le Vocéro I chanté à capella sert d’illustration sonore à une publicité télévisée des eaux Volvic), une cantate ( Retour à Tipasa d’après Albert Camus) et écrit aussi pour le théâtre : San Piero Corso ((qui a été créé fin 2005 en langue corse à l'Opéra de Marseille), Le Triomphe de Jeanne, Il Poverello inspiré par le personnage de Saint François d’Assise, Le Silence de la mer d’après Vercors, Ulysse et l’élixir du Révérend Père Gaucher. Parmi ses œuvres de musique instrumentale son Concerto pour trompette est joué dans le monde entier. Dans Les Fanfares liturgiques et Miquel di Manara, il s’inspire avec maestria du Dio di Salvi Régina. On peut citer encore Sinfonietta provençale, Jabadao, Cinq danses sacrées et profanes, La Symphonie du Tiers-monde, Chants pour le Viet-nam, Divertimento corsica… Sa carrière de Chef d’orchestre a été des plus brillantes à l’Opéra de Monte Carlo et à la direction de l’Orchestre de Paris. Il a compose en outre des musiques de films plutôt cocardiers comme L’Homme du Niger de Jacques de Baroncelli ou Légions d’honneur de Maurice Gleize mais aussi pour José Luccioni comme dans le film Colomba.

« Tout en n'ayant pas craint d'employer souvent les modes d'expression les plus modernes, je suis resté un mélodiste », « j'ai horreur des systèmes et du sectarisme », « j'écris pour le grand public », « la musique qui ne vient pas du cœur n'est pas de la musique ! » Ces quelques citations résume  l’ambition artistique d’Henri Tomasi, compositeur et chef d’orchestre,  telle qu’il la définissait lui-même.

En l’absence de biographe officiel, le fils du compositeur s’est chargé, sous le pseudonyme de Claude Solis,  de restituer l’homme dans sa grandeur et sa complexité, et  le musicien qui voulait sa musique, d’inspiration méditerranéenne, immédiatement accessible. Cette biographie a été éditée en 2008 sous le titre « Un idéal méditerranéen : Henri Tomasi» aux Editions Albiana au prix de 25 €. – C’est une esquisse biographique à plusieurs voix, dont la sienne (principale) avec un CD, « Trois œuvres humanistes » présenté par Régis Campo, 180 pages + iconographie Format : 22 x 21 cm - ISBN : 978-2-84698-264-1.

Henri Tomasi était un  Corse  marseillais et la désignation de la cité phocéenne comme capitale de la culture en 2013  pourrait être l’occasion de rendre hommage à son œuvre monumentale qui touche à tous les genres. Sa musique est jouée sous les grandes baguettes à New York , Tokio et Amsterdam.Des mélomanes estiment que Marseille ne le célèbre pas comme il le mérite.  Et d’aucuns évoquent avec nostalgie une tradition jadis à l’honneur pour Ernest Reyer   et pensent que l’opéra de Marseille pourrait ouvrir sa saison avec un opéra composé par  Henri Tomasi, qui est le plus grand compositeur lyrique né à Marseille. Cependant,
cette année, à l’Opéra de Marseille, son œuvre Salambô, illustrée par Gustave Flaubert,  a été représentée du 27 septembre au 5 octobre 2008.


Les 8 et 9 janvier 2009 à la Cité de la Musique de Marseille, un événement « Henri Tomasi, musicien méditerranéen et citoyen du monde » sera un hommage en 2 volets avec exposition
- jeudi 8 - 18h30 : présentation de 2 films en présence des réalisateurs : Tomasi, un idéal universel, de Jacques Sapiéga, et Le Requiem perdu, de Paul Rognoni
- vendredi 9 - 19h30 : concert de musique de chambre par l’Ensemble Pythéas, présenté par Lionel Pons, musicologue : Trio à cordes, Invocations et danses rituelles, Chant hébraïque, Trio inca, Paghiella.
Toujours à la Cité de la Musique du 23 au 28 février 2009, aura lieu le 5ème Concours International de Quintette à Vent "Henri Tomasi", organisé par l'Institut Français des Instruments à Vent et dont le Jury sera présidé par Marc Vallon de l'Université de Madison (USA)
Coordonnées : Cité de la Musique de Marseille - 4, rue Bernard du Bois - 13001 Marseille // Tél : 04.91.39.28.28 - contact@citemusique-marseille.com

«  Bientôt quarante ans après sa mort, sa musique est vivante dans quelque 40 pays de tous les continents. L’année 2007 l’illustra avec un éclat particulier, qui vit ses Fanfares liturgiques interprétées par le Philharmonique de New York sous la direction de Zubin Mehta  (elles le furent aussi à Boston, Dallas, Reykjavik, Bahia, etc.), ou son Concerto pour trompette applaudi à Stuttgart, Canterbury, Prague, Madrid, Bogota, etc. Et même,  et c’est sans doute l’un des signes annonciateurs de la fin du purgatoire hexagonal du compositeur – accueilli avec enthousiasme à Paris, Salle Pleyel, aux « Victoires de la Musique » dans une transcendante interprétation du jeune David Guerrier, retransmise sur France 3 et France-Inter. » extrait de l’Avant-propos écrit par Claude Tomasi, fils du compositeur et Président de l’association Henri Tomasi.

« Henri Tomasi, c’est d’abord un méditerranéen, Provençal de naissance, Corse d’origine : sa Méditerranée à lui s’étend de Marseille au Vietnam en passant par l’Espagne et le Hoggar. Henri Tomasi, panthéiste, mystique, est aussi un homme engagé dans son temps, révolté, écorché vif. C'est un orchestrateur hors pair connaissant tous les styles, du grégorien au jazz, de la mélopée orientale au sériel.
Son œuvre – plus de cent vingt opus - est considérable aussi bien dans le domaine symphonique que dans le domaine théâtral et lyrique. On peut trouver son credo dans ces déclarations : «La Méditerranée et sa lumière, ses couleurs, c’est cela pour moi la joie parfaite. La musique qui ne vient pas du cœur n’est pas de la musique. Je suis resté un mélodiste
». Extrait de sa biographie sur le site France Musique.



Publié le 19 décembre 2008 à 15:35
Par flicorse

Journée mondiale de la Corse le 9 janvier 2009, date du centenaire de la naissance de Danielle Casanova, résistante morte à Auschwitz.

 


Vincentella Perini alias Danielle Casanova, fille d’instituteur,  est née le 9 janvier 1909  à Ajaccio (Corse). Elle fait la plus grande partie de ses études  dans sa ville natale et termine son cycle secondaire au Luc dans le Var. Bachelière,  après un bref passage en classe préparatoire, elle s'inscrit à l'école dentaire de Paris en 1927. Elle y découvre l'Union fédérale des étudiants, organisation étudiante de gauche à laquelle elle adhère avant d'en devenir responsable. Elle rencontre son mari, Laurent Casanova, au sein de cette organisation. En 1928, elle s'engage dans les Jeunesses communistes.  Vincentella se fait alors appeler Danielle et devient  secrétaire du groupe de la faculté de médecine. Tout en poursuivant ses études, elle rejoint le Comité central du mouvement au VIIe congrès en juin 1932, épouse Laurent Casanova, dirigeant du PCF, en 1933,  puis entre à la direction du mouvement en février 1934, où elle est la seule femme. Face à la très rapide augmentation des effectifs de la JC, le VIIIe congrès réuni à Marseille en 1936 la charge de fonder l'Union des jeunes filles de France. Cette organisation, bien que proche de la JC, devait créer un mouvement  féministe de jeunes filles pacifiste et anti-fasciste. Élue secrétaire générale de l'UJFF lors de son premier congrès en décembre 1936, elle organise par ailleurs une action de collecte de lait concentré pour aider les enfants d'Espagne victimes de la guerre civile. C’est la période où elle noue des relations avec des intellectuels de renom comme Nizan et Politzer.

 

Les gens qui prennent les bateaux de la SNCM connaissent le « Danielle Casanova »  l’un des deux grands car-ferries de la compagnie de navigation. Des rues et des places ont été aussi baptisées au nom de cette grande résistante corse de la guerre de 39-45. Lors de l'interdiction du PCF en septembre 1939, Danielle Casanova passe dans la clandestinité, et contribue au journal interdit Avant-garde. Elle participe à la survie du parti communiste français aux côtés de Jacques Duclos et Benoit Frachon. À partir d'octobre 1940, sous l’occupation allemande, elle participe à la mise en place des Comités féminins en région parisienne. Tout en continuant à contribuer à la presse clandestine, notamment pour la Pensée libre et en fondant la Voix des femmes, elle organise des manifestations contre l'occupant, notamment les manifestations des 8 et 11 novembre 1940 suscitées par l'arrestation du professeur Paul Langevin, puis celle du 14 juillet 1941. Les Comités féminins s’occupent aussi des familles des prisonniers de guerre dont le nombre avoisinait les deux millions.  Avec Albert Ouzoulias, elle est à l’origine des Bataillons de Jeunesse, un des groupes armés organisés par le PCF qui le 21 avril 1941 donnera le signal de la lutte armée et de masse en tuant un officier allemand dans les couloirs du Métro. Repérée depuis longtemps,  elle est arrêtée par la police française le 15 février 1942 alors qu'elle ravitaillait Georges Politzer et sa femme. Emprisonnée à la prison de la Santé puis au fort de Romainville fin août 1942, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau le 24 janvier 1943 où elle sert dans l'infirmerie du camp en tant que chirurgien-dentiste. Elle ne cesse jamais de militer, organisant publications et manifestations clandestines au dépôt, puis au fort, et finalement la solidarité dans le camp de concentration. Elle décède le soir du 9 mai 1943 du typhus. Elle avait 34 ans. Paris a été libéré le 25 août 1944, date de la reddition des Allemands. En Corse, l’insurrection a commencé le 9 septembre 1943 et a entraîné l’ordre d’évacuation des troupes allemandes donné par Hitler le 12 septembre. La Corse fut le premier département français libéré.




La journée mondiale de la Corse du 9 janvier 2009 :

 

Corsica Diaspora (http://www.corsicadiaspora.com) a pour mission de soutenir le développement des initiatives et des projets dans l’île et à l’extérieur en créant ou sollicitant les réseaux de la diaspora et des amis de la Corse.

 

La Journée Mondiale de la Corse est un signe fort de la politique de l’association Corsica diaspora concernant le soutien aux porteurs de projets. La troisième édition s’intitule : la Corse qui résiste, la Corse qui gagne. Cet intitulé a été choisi en hommage à Danielle Casanova dont le centenaire de la naissance, sera célébré le jour même au SENAT (Palais du Luxembourg),  avec Corsica ~ Cinéma (http://www.corsicacinema.com), et le soutien de la Maison de la Corse (http://www.maisondelacorse.org), de la Corse Hospitalière de Paris, et de l’association Animà Corsa.

 

La journée se déroulera sur la base de manifestations organisées un peu partout dans le monde (Paris, Avignon, Aix en Provence, lAngleterre, la Chine, la Belgique, la Tunisie, Porto-Rico, et en Corse : Ajaccio, Bastia, Calvi, Corté, Francardo, Poggio di Venaco, Sisco) par nos adhérents. Les manifestations reposent sur des thématiques diverses (sociale, économique, culturelle, ...). Le but de la journée est de mettre en exergue chaque projet individuellement et collectivement.

Edmond Simeoni (Président de Corsica Diaspora et Amis de la Corse), et Sylvain Ettori (Président fondateur de Corsica~Cinéma), coordonneront depuis le Sénat la Journée Mondiale de la Corse(1). Un débat sera organisé en même temps à Paris (animé par Jean-Marie Colombani), à Ajaccio (animé par Sampiero Sanguinetti) et à Bastia (animé par Joseph-Guy Poletti), sur la thématique du jour : La Corse qui résiste, la Corse qui gagne.

 

Comme les années précédentes les animateurs de la Radio Frequenza Mora (http://www.bleurcfm.com) seront tous mobilisés, toute la journée, pour adapter leur émission au thème, et ouvrir l’antenne à  cet évènement en un tour du monde radiophonique.

 

L’émission la compil d’Evelyne Adam en direct de Bastia, clôture de 21h à minuit, en diffusion Nationale, la Journée Mondiale de la Corse sur le réseau Radio Bleue.

 

Un Flash Meeting  permettra à l’ensemble des diverses organisations éparses de par le monde, une rencontre virtuelle, de 16h à 18h (heure française).

 

Yves Duteil membre de Corsica Diaspora, interprètera Maquisard(e)s, l’hymne de la Journée Mondiale de la Corse dont le single musical 3 titres sera édité par Corsica ~ Cinéma.

 




 

 


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