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Mon bloc perso.
Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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B log cousin de CORSICAPOLAR à l'adresse : http://www.cors icapolar.eu
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RE NDEZ-VOUS:

- Festival du polar méditerranéen de Villeneuve lez Avignon (84) les 3, 4 et 5 octobre 2008
Parrain de cette 4ème édition: Didier Daeninckx
voir article

- Rencontres littéraires du Barreau de Marseille le 12 octobre 2008, Maison des avocats
rue Grignan 13006 Marseille. de 11 heures à 18 Heures.

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Opér ata "Noirs de Corse"

Initi é en Corse par l’association Handi 20, le projet d’éditer un recueil de nouvelles sur le thème du polar dans le but d’acquérir du matériel adapté aux personnes handicapées, prend en 2008 des allures de véritable challenge. Partenaire de ce projet solidaire en faveur de l’accessibilité , l’association Corsicapolar, organisatrice du premier festival du polar corse et méditerranéen qui avait obtenu un succès remarqué à Ajaccio en 2007, a décidé en effet de mobiliser toutes ses forces pour cette initiative.

Le blog des auteurs corses et amis de la Corse, www.corsicapola r.eu, a battu le rappel des troupes et les réponses n’ont pas été longue à venir. L’entraide n’est pas encore un vain mot. L’appel a été entendu par de nombreux auteurs et bien au-delà de l’île.

L’app el lancé par Fabrice Albertini, président d'Handi 20 a été entendu puisque 26 auteurs ont offert un peu de leur univers noir :

Trente nouvelles inédites signées par:
Arlette Shleifer, Claude Ferrieux, Danièle Piani, Denis Blémont Cerli, Elisabeth Milleliri, Eric Patris, Fabrice Albertini, Jacques Mondoloni, Jean-Louis Vassallucci, Jean-Michel Raffalli, Jean-Paul Ceccaldi, Jean-Pierre Orsi, Jean-Pierre Petit, Jean-Pierre Santini, Jeanne Tomasini, Jérôme Camilly, Marie-Catherine Deville, Marie-Hélène Ferrari, Martine Rousset, Michel Jacquet, Okuba Kentaro, Pierre-Paul Battesti, Pietr'Anto Scolca, Rémi Talbi, Ugo Pandolfi.

Pa trice Antona, chroniqueur de RCFM, a signé l'avant-propos.

Cet ouvrage a fait l'objet de nombreuses souscriptions et sera vendu et dédicacé à l'occasion du deuxième festival du polar corse et méditerranéen qui se déroulera du 4 au 6 juillet 2008 à Ajaccio. On pourra également le trouver sur le car ferry Danielle Casanova lors de la traversée Marseille-Ajacc io départ le 3 Juillet 2008 en soirée.

Tout es les informations sont données sur le site de Corsicapolar à l'adresse ci-dessous:
http://www.cors icapolar.eu

Pour les commandes aller sur le site Handi 20 : http://handi20. free.fr/
Courr iel : handi20@free.fr

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- André Fortin, auteur marseillais au festival corse du polar...
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- Réalités et fictions corses
- Néo-polar versus polar... roman noir après Mai 68...
- Jean-Pierre Santini, écrivain et éditeur corse dans l'actualité littéraire en 2008

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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

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A dopu!
A plus tard!
Ma photo
Corse noire
Publié le 30 janvier 2008 à 12:15
Par flicorse



Michel Zèvaco, journaliste et écrivain d’origine corse, est né à Ajaccio en 1860 et mort à Eaubonne (Val d'Oise) en 1918.
Genre littéraire: roman populaire
Influences : Gaston Leroux, Victor Hugo…
Ecrivain connu pour ses deux séries " Le Capitan " et " Le Chevalier de Pardaillan ".

Jean-Paul Sartre a dit de lui : " Surtout, je lisais tous les jours dans Le Matin, le feuilleton de Michel Zévaco : cet auteur de génie, sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée républicain. Ses héros représentaient le peuple ; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVème siècle la Révolution française, protégeaient par bonté d’âme des rois enfants ou des rois fous contre leurs ministres, souffletaient les rois méchants. Le plus grand de tous, Pardaillan, c’était mon maître : cent fois, pour l’imiter, superbement campé sur mes jambes de coq, j’ai giflé Henri III et Louis XIII. " ( extrait " Les mots ")




Jacques Siclier (critique et historien du cinéma) a dit à propos du Chevalier de Pardaillan : " Pardaillan peut être considéré comme un héros caractéristique de la France républicaine des années 1900. Il représente un symbole de liberté et d'héroïsme national, contemporain, ne l'oublions pas, du Cyrano de Bergerac réinventé par Rostand. On le voit, en 1572 (il a vingt ans) sortir, grâce à son astuce, de la Bastille où on l'avait arbitrairement enfermé. On le voit, seize ans plus tard, de nouveau captif, prendre la Bastille à lui tout seul. Ce n'est pas tout. Pardaillan ne croit ni à Dieu ni à diable. Il se range aux côtés des huguenots parce que les huguenots sont les victimes, mais la religion lui importe peu. Zévaco, qui reste discret quant à l'Église réformée, peint les représentants de l'Église catholique sous le jour le plus noir, du haut en bas de la hiérarchie. Son anticléricalisme foncier – autre marque politique, de la Belle Époque – fait de Pardaillan un homme complètement détaché de la religion et de la foi, uniquement soucieux de valeurs humaines. Et Pardaillan ne consent jamais à servir un maître. C'est un homme libre. Ni Dieu ni maître. "



Michel Zévaco ,journaliste, feuilletoniste et romancier populaire


Les récits de Michel Zévaco lui ont survécu parce qu’il a su mêler le roman de cape et d'épée à des préoccupations politiques qui percent à travers la légèreté du récit. Il s'est engagé toute sa vie sur le terrain politique. Professeur de Lettres à Vienne (Isère), il quitte son poste en 1881 pour s’engager dans les Dragons en 1882. Cette période militaire lui inspire l’ouvrage Boute-Charge (1888) sur le panache militaire que l’on trouve ensuite dans ses récits de cape et d'épée. Ayant déjà des idées anarchistes malgré sa période militaire, à partir de 1888, installé à Paris, il se rapproche du socialisme et de l'anarchisme français.

En 1889, il entre à L’Egalité, journal anarchisant dans lequel il publiera son premier feuilleton, Roublard et Cie (1889), où le discours politique tient une grande place. Zévaco se présente aux élections législatives de 1889, fonde des syndicats, et écrit pour faire passer ses idées (un article écrit contre le Ministre de l’Intérieur lui valut quatre mois de prison, séjour qui sera suivi d’un autre, pour raisons politiques également, quelques années plus tard). Il est condamné le 6 octobre 1892 par la cour d'assise de la Seine pour avoir déclaré dans une réunion publique à Paris : " Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture. "

Zévaco participera à plusieurs journaux et revues, parmi lesquels L’en-dehors, Le Gueux ou Le Courrier Français.

Avec le roman feuilleton Borgia, paru en 1900 dans La Petite République Socialiste (journal dirigé par Jaurès), sa carrière de romancier débute réellement. Après le succès énorme de ce récit , il réduit ses activités journalistiques et se tourne vers la fiction avec Triboullet (1900-1901), Le Pont des soupirs (1901), et surtout, en 1902, le premier Pardaillan, début d’une longue série.

Zévaco a écrit plus de 1 400 feuilletons (dont, à partir de 1903, les 262 de La Fausta, qui met en scène le chevalier de Pardaillan) pour le journal de Jaurès, jusqu’à décembre 1905, époque à laquelle il passe au Matin,

Parallèlement à ce cycle romanesque, d’autres œuvres dont Fleurs de Paris (1904) et Les Mystères de la tour de Nesle (1905, publié fréquemment sous le titre de La Tour de Nesle).

Au journal " Le Matin ", à partir de 1906, il devient le feuilletoniste en vogue aux côtés de Gaston Leroux, avec plusieurs totres : Le Capitan, Nostradamus (1906), (1907), L’Héroïne (1908), ou encore L’Hôtel Saint-Pol (1909). Il sera un auteur à succès jusqu’à sa mort en 1918. Entre 1906 et 1918, Le Matin publie en feuilletons neuf romans de Zévaco. Son dernier roman, posthume, est Le Pré aux Clercs. Les autres œuvres publiées à titre posthume sont :
La Reine d'Argot — Tome I et Primerose — Tome II (1922 — Tallandier, Le Livre national, 325 et 326)
La Grande Aventure — Tome I et La Dame en blanc, La Dame en noir — Tome II (1926 — Tallandier, Le Livre national, 349 et 350)
Fleurs de Paris (1921 — Tallandier, Librairie Populaire et moderne, Roman d’amour et de passion inédit — 30 fascicules)
Déchéance (1935 — Tallandier, Le Livre national, 972)



Plusieurs de ses romans ont fait l’objet d’adaptation au cinéma et à la télévision, notamment :
1960 ; le film "Le Capitan" d’André HUNEBELLE (1960) avec Jean Marais et Bourvil,
1988, une série télévisée de 15 épisodes, avec patrick Bouchitey (Pardaillan) et Philippe Clay.
1997: Pardaillan, téléfilm d'E. Niermas, avec Jean-Luc Bideau (Pardaillan père), Guillaume Canet (Pardaillan fils) et Garance Clavel (France).

Michel Zevaco est d’origine corse. Il est né à Ajaccio mais un village corse porte le même nom " Zévaco " et fut probablement créé (son nom au moins) par un Giovannali appelé Zevaco au XIVè siècle. D'autre part les premiers noms de familles "Zevaco" auraient été attribués au XVè siècle, à des habitants des faubourgs d'Ajaccio, originaires du village. Si une famille est incontestablement originaire du village, il n'y reste actuellement aucune trace de son nom, que ce soit sur la matrice cadastrale, sur une tombe, ou dans un lieu-dit, ni aucune légende qu'aurait pu rapporter la tradition orale. Ce nom ne figure sur aucun texte relatif à l'histoire du village depuis le 18ème siècle. On connaît Laurent Zevaco, maire d'Ajaccio en 1848. Plus récemment, Monseigneur Zevaco, né en 1925 à Vico, fut nommé évèque de Madagascar en 1968 par le pape Paul VI.

Michel Zévaco a écrit des romans de cape et d’épée et historiques mais aussi un roman policier et mystère.
Nous avons choisi un extrait de " Fleurs de Paris " édité en 1904 (Un titre inspiré par " Les fleurs du mal " de Beaudelaire). Il s’agit du Chapitre X intitulé " L’expédition nocturne ".



L’Expédition Nocturne

Deux heures du matin. Une de ces nuits funèbres des grands hivers parisiens. L’hôtel d’Anguerrand était désert, son grand portail massif solidement fermé, ses croisées closes, sa façade muette et noire. À travers les persiennes de deux fenêtres qui se touchaient, une pâle et triste lueur, pourtant, filtrait…
Sur le trottoir d’en face, un homme et une femme, renfoncés contre le mur de la maison que Lise avait habitée, immobiles, silencieux, raidis par l’attention, fixaient cette double lueur.
À dix pas de là, une voiture stationnait…
La femme, parfois, jetait à droite et à gauche un long regard qui fouillait la nuit. Mais l’homme ne pouvait détacher se yeux hagards de ces fenêtres.
Il eut un soupir rauque et passa le revers de sa main sur son front…
– Marche… murmura la jeune femme. Songes-y ! L’occasion, la voici !…
– Oui, fit l’homme dans une sorte de grognement, – mais il ne fit pas un pas.
– Tu n’oses pas ! reprit la femme. Tu aurais dû amener deux ou trois aminches…
– Jamais !… Je ne veux pas qu’on voie que je vais faire cela… moi !… C’est déjà trop que tu aies fait venir Biribi… nous n’avions pas besoin de sapin !…
– Biribi est un frère. Allons, vas-y !… C’est la fortune !… continua la femme dans un murmure imperceptible et ardent. Avant-hier soir, nous ne pouvions pas acheter deux sous de pain… Pour un mauvais quart d’heure à passer, nous voilà riches !… Est-ce que ce n’est pas un peu notre tour, dis ?…
– Assez ! haleta l’homme. Ne me remets pas ces colères-là au ventre… j’y vais !…
– Bon !… Te rappelles-tu bien le plan, tel que Charlot te l’a remis ce matin ?
– Je l’ai là, dit l’homme en se frappant le front.
Il traversa la rue ; d’un bond il atteignit le faîte du mur de bordure, se hissa à la force du poignet, sauta… Il était dans l’intérieur de l’hôtel !…
Alors, l’attitude de Jean Nib s’affaissa… Il monta les degrés du perron, silencieux comme un spectre, et, avec quelques outils, se mit à travailler : au bout de cinq minutes, la porte s’ouvrit…
Jean Nib, dans le vestibule, se mit pieds nus ; il réfléchit quelques instants, très calme, très sûr de lui, puis il monta.
Jamais il n’avait pénétré dans cet hôtel… mais la fièvre de l’action décuplait sa mémoire et il lisait en pensée le plan qu’il avait étudié toute la journée. Il savait d’ailleurs, par Charlot, c’est à dire Gérard, que le baron d’Anguerrand avait renvoyé toute la domesticité, ne gardant qu’une vieille bonne qui couchait dans les combles. Le coup était facile… il était sûr d’atteindre le but…
Ce qu’il ferait alors… le coup de couteau final… il l’écartait de son imagination…
Il monta, franchit des couloirs et des pièces, marchant de son pas souple, les mains étendues, sentant l’obstacle à distance, se glissant, ne provoquant pas un craquement. Tout à coup, il se vit, ou plutôt se sentit dans une vaste salle qui n’était pas prévue dans cet itinéraire du crime : Jean Nib comprit qu’il était égaré.
Il tira de sa poche une petite lanterne sourde, fit jouer un ressort, et un mince filet de lumière électrique jaillit. Jean Nib vit qu’il était dans un salon somptueux, et à la vue des richesses entassées là, un sourire terrible crispa ses lèvres, les veines de son front se gonflèrent, ses prunelles se strièrent de rouge… Tout à coup, il eut un sursaut effrayant… Quelqu’un était là qui le regardait !…
Quelqu’un !… Une femme en toilette de soirée, jeune, belle, avec des yeux très doux et un sourire un peu triste…
Jean Nib se ramassa pour bondir…
Subitement, il se détendit, haussa les épaules et il eut un ricanement silencieux… Cette femme, c’était un portrait… un grand portrait en pied… ce n’était qu’un portrait !…
L’assassin soupira, essuya son front mouillé de sueur, et alors, avec une sorte de curiosité morbide, examina le portrait… Plus il le regardait, plus il se sentait attiré, fasciné… Le jet de sa lanterne éclairait la tête de la femme et faisait vivre les yeux, tandis que tout le reste se noyait d’ombre… Jean Nib s’immobilisait dans cette contemplation… L’assassin, peu à peu, tombait à une rêverie profonde, étrange, qui n’était pas la rêverie spéciale du crime, qui était quelque chose d’inexprimable qu’il tâchait pourtant d’exprimer :
– Qu’elle est belle !… Ou plutôt qu’elle a dû être belle, jadis !… Car le portrait… il y a des années qu’il a été fait… Quand ?… Je ne sais pas… mais il y a longtemps, c’est sûr… Oui, voilà un sourire qui dit bien des douleurs… Qu’elle a dû être bonne ! Oh !… et ses yeux ! ces grands yeux bleus où il y a comme une lumière !… Ah ça ! où ai-je vu ces yeux-là, moi ?
Jean Nib se disait ces choses, sans que ses lèvres eussent une agitation, mais un frisson convulsif, parfois, le secouait. Et il reprit :
– Ces yeux !… Oh ! mais est-ce que je vais les voir partout ?… Où les ai-je vus ? Où ?… Oh ! je veux le savoir ! Cela m’affole… Oh ! j’y suis ! Ce sont les yeux de cette gosse qui s’appelle Marie Charmant !… Les mêmes yeux !… ces yeux où j’ai cru voir, moi, des choses que pourtant je n’avais jamais vues !…
Soudain, la vision s’évanouit… Jean Nib venait de pousser le ressort de sa lanterne.
Et il reprit sa marche glissante, sans un craquement, sans une erreur, marchant d’instinct à l’une des quatre portes qui s’ouvraient sur ce vaste salon – à celle-là et pas à une autre.
Quelques minutes plus tard, il se trouvait devant une serrure à travers laquelle passait un rais de lumière. Et il dit en lui-même :
– C’est là !… L’homme que je vais tuer est là !… Et la chambre voisine, c’est celle de la jeune fille que je vais tuer !… Le père et la sœur de celui qui me paye pour tuer !…
Alors Jean Nib tâta du bout des doigts, ausculta pour ainsi dire, la serrure : elle n’était pas fermée !… Il n’y avait qu’à tourner le bouton !…
Les sourcils de Jean Nib se contractèrent. Il frissonnait. S’il se fût vu, à cette seconde de lutte suprême contre la tentation du forfait, il se fût épouvanté…
Brusquement il secoua sa crinière. D’un geste rapide, il se fouilla, et lorsque sa main reparut, elle se hérissait d’une lame épaisse emmanchée solidement… Il n’avait qu’à ouvrir… et à se ruer !…
La porte ouverte, Jean Nib s’arrêta court : l’homme qu’il devait tuer dormait sur un fauteuil…
Cela lui produisit une étrange impression, comme si une main eût arrêté sa main.
Il fit trois pas, le couteau au poing, la mâchoire violente, les yeux convulsés.
Si l’homme s’était éveillé à ce moment, il était mort.
Le baron Hubert d’Anguerrand dormait près d’une table sur laquelle il y avait une lampe et un amas de divers papiers.
Jean Nib s’approcha jusqu’à le toucher presque. Le baron ne s’éveilla pas. Il murmurait des mots confus.
L’assassin évitait de regarder la victime.
Son regard errait, hagard, morbide, et promenait sa flamme de folie dans les angles de cette chambre. Ses doigts crispés jusqu’à une sensation de douleur se raidissaient sur le manche du couteau…
Tout à coup, il leva le poing !… Lentement, le couteau se dressa dans l’air…
– Mon fils… balbutia la victime qui, au fond de son rêve, parlait à quelqu’un.
Les cheveux de Jean Nib se hérissèrent ; ses yeux se gonflèrent comme si les larmes eussent voulu jaillir… et doucement, son poing retomba… et il murmura :
– Il appelle son fils !… Pauvre bougre !… Tu ne sais pas quelle affreuse crapule c’est, ton fils !… Moi, je suis Jean Nib… n’est-ce pas ? Ça veut tout dire !… Eh bien, je vaux encore mieux que ton fils !…
Sourdement, il répéta :
– Son fils !… Il appelle son fils !… Allons ! finissons-en !…
Le couteau, de nouveau, décrivit son effroyable parabole, et, un instant, demeura suspendu au-dessus de la poitrine du baron d’Anguerrand.
– Voilà ! songea l’assassin dans une sorte de morne délire. Ma main va s’abattre sur la poitrine qui est là ! Le sang va jaillir… et cet homme sera mort !… Et cet homme dort !… Et cet homme ne m’a fait aucun mal, à moi !… Oh ! faire cela !… Être ce que je ne suis pas encore !… Dégringoler cette dernière pente du crime !… Tuer !… Tuer ce malheureux qui ne se défend pas, qui dort !… et appelle son fils !… Oh ! je ne peux pas !… je ne peux pas !…
Dix minutes plus tard, Jean Nib ouvrait une fenêtre et modulait un coup de sifflet si doux qu’à peine pouvait-il être entendu… Alors, Rose-de-Corail s’approcha vivement de la voiture qui stationnait au coin de la rue de Babylone, et murmura :
Ça y est ! À nous, Biribi ! enlevons les macchabées ! C’est dans l’ordre et la marche du programme imposé par celui qui casque !…




Michel Zévaco porte encore une fois, dans ce roman, haut la bannière de la littérature populaire, au meilleur sens du terme. L'histoire se passe à Paris, à la fin du XIXe siècle. Disparitions, réapparitions, meurtres, trahisons, vengeances, tous les ingrédients du genre y sont. Et vous ne vous ennuierez pas pendant une seule ligne...

Vous pouvez lire gratuitement le roman complet sur le site : Ebooks libres et gratuits.
Adresse : http://www.ebooksgratuits.com/ebooks.php?auteur=Z







Publié le 22 janvier 2008 à 22:07
Par flicorse

Corse a(l)titude : Henri Ceccaldi, journaliste du quotidien corse.

Comment omettre l’importance des mots lorsque l’on sait que cette omission laisse la voie libre aux stéréotypes, amalgames, présupposés, préjugés et sophismes de toutes plumes qui clôturent la pensée ? Il faut souligner l’ampleur et la gravité de leurs effets pervers qui entretiennent l’imaginaire collectif dans ce qu’il a de plus conservateur pour ne pas dire rétrograde. En Corse, les mots ont acquis et gardé toute leur importance car le peuple corse a une vieille tradition orale. Elle remonte à la nuit des temps.

Connaissez-vous la Corse ? Oui !… une île paradisiaque, aux plages ensoleillées, à la nature vierge et peuplée de machos impertinents et de terroristes chevronnés, où l'on pratique la sieste autant que le racket. Caricatures outrancières !

Les Corses ont été caricaturés par des écrivains célèbres qui n’ont vu sur l’île que de l’exotisme pour donner une large part à l’anecdote. Dans un de nos précédents articles, nous avons livré " Histoire corse " une nouvelle de Guy de Maupassant . On y lit l’extrait qui suit :
" …. gendarmes éventrés par les sauvages paysans de cette île, réfugiés dans la montagne à la suite de quelque vendetta. Le légendaire maquis cache en ce moment, d’après l’appréciation de MM. les magistrats eux-mêmes, cent cinquante à deux cents vagabonds de cette nature qui vivent sur les sommets, dans les roches et les broussailles, nourris par la population, grâce à la terreur qu’ils inspirent. Je ne parlerai point des frères Bellacoscia dont la situation de bandits est presque officielle et qui occupent le Monte d’Oro, aux portes d’Ajaccio, sous le nez de l’autorité. La Corse est un département français ; cela se passe donc en pleine patrie ; et personne ne s’inquiète de ce défi jeté à la justice. Mais comme on a diversement envisagé les incursions de quelques bandits kroumirs, peuplade errante et barbare, sur la frontière presque indéterminée de nos possessions africaines ! Et voici qu’à propos de ce meurtre le souvenir me revient d’un voyage en cette île magnifique et d’une simple, toute simple, mais bien caractéristique aventure, où j’ai saisi l’esprit même de cette race acharnée à la vengeance. "



Nous avons retrouvé chez un des doyens de la presse corse, un article plein d’humour qui pourrait être une réponse aux poncifs malveillants qui font de la Corse un lieu de criminalité. Il s’agit d’un article tiré de la chronique " Le coin de Diogène " tenue par Henri Ceccaldi jusqu’en 1960…


Doulce Corse – article du 17 janvier 1955
La lecture de la presse continentale de la semaine dernière a dû donner des cauchemars aux personnes sensibles : assassinats, suicides meurtres, accidents ont rempli des colonnes entières. La sauvagerie et la démence ont particulièrement illustré ce début de l’année 1955. Aussi n’ai-je pu m’empêcher de commenter en vers ces nombreux faits d’hiver.

Tandis qu’au delà de la mer
On peut voir : des meurtres de fous,
Accidents de chemin de fer,
Coups de feu de maris jaloux
Femmes tuant à coups de hache
Jeunes gens à coups de couteau
Chez nous on n’est pas aussi lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Un gamin tuait sa marâtre
Quand elle avait le dos tourné
Un ivrogne ne faisait que battre
Son épouse et son nouveau-né,
Ici, il n’y a que je sache
De ces modèles de salauds ;
Chez nous on n’est pas aussi lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.

Ailleurs on voit des coupe-gorge
Pleins de voyous, de sans abris…
Ici les seuls que l’on égorge
Sont les cochons et les cabris…
Partout on trouve des apaches,
Dans les taudis, dans les châteaux ;
Chez nous, on n’est pas assez lâches
Pour voir ça, prenez le bateau.
DIOGENE.




Ce sont les idées reçues qui pourrissent les relations entre l'île et le Continent.

A la question " Peut-on se moquer des Corses ? ", nous répondrons " oui " mais il y en a marre. Depuis trop longtemps, les Corses sont victimes des mots. Ils pratiquent eux-mêmes l’autodérision, contrairement à beaucoup de leurs détracteurs. Ils ne craignent donc pas le portrait humoristique mais doivent encaisser depuis des années des vérités fabriquées et entretenues par la haine. Le magasine mensuel Corsica de janvier 2008 a voulu dresser une liste des faux maux dont on les affuble, en donnant 49 raisons pour laisser tomber les idées reçues sur la Corse et les Corses. Nous y avons trouvé, parmi les clichés les plus tenaces (peut-être parce qu'il touche davantage les portefeuilles que les esprits), le suivant : L'État a multiplié les efforts en Corse… Ah, que la République est bonne fille avec ces ingrats Corses …

De quel côté est l’ingratitude ?
Sans remonter trop loin, il faut rappeler que Le 15 mai 1768, la République de Gênes vend la Corse à la France pour la somme de 2 millions de livres payables sur dix ans. Vendus sans avoir appartenus à personne, les Corses sont indignés et se révoltent contre cette décision. Ils déclarent la guerre contre les troupes du roi de France. Après leur victoire à Borgo le 6 octobre 1768, Louis XV emploie les grands moyens et envoie une armée de trente mille hommes. Des villages entiers sont rasés et de nombreux Insulaires sont tués . Grâce à la disproportion des moyens engagés par l’envahisseur, les Corses sont défaits à Ponte Novu le 9 mai 1769. On ne peut pas parler d’un mariage d’amour lorsqu’il s’agit d’une annexion réalisée dans le sang.

Par la suite, la Corse a encore perdu des milliers d’hommes " morts pour la France " dans les deux grandes guerres. Notamment, lors de la guerre 1914-1918, 9.739 Poilus nés en Corse sont morts pour la France ( presque 25% de la population masculine corse ). A cette époque, les Corses étaient le plus souvent affectés dans des troupes coloniales et c’est tout un symbole. Pendant longtemps, nombre de Corses n’ont eu pour débouchés professionnels que des carrières militaires et administratives. Les jeunes Corses devaient faire leurs études sur le Continent avec les déchirures familiales et les sacrifices financiers que cela occasionnait pour, finalement, s’expatrier. Tout a été fait pour que l’assimilation soit complète. En ajoutant les expatriés aux morts pour la France, le bilan de la Corse française apparaît catastrophique sur le plan humain.

Historiquement, il a bien fallu admettre que les Corses ne sont pas les descendants des Gaulois ! Devant cette évidence pourtant historique, l’Etat français avait voulu effacer l’histoire de la Corse ( devenue celle de la France), et ne veut encore voir dans la culture corse qu’un folklore régional. Malgré les sacrifices des deux guerres, la Corse a toujours fait l’objet de méfiance et de sarcasmes. Pour exemple, la loi Deixonne (qui admet en 1951 l'enseignement facultatif des langues dites régionales) n’a été étendue à la langue corse que tardivement en 1973. Il suffit d’écouter les médias nationaux et, sur Internet, de lire les commentaires des Franchouillards anonymes pour y trouver le racisme rampant dont la Corse est toujours la cible.

Les vrais amis de la Corse savent que les gouvernements français n’ont pas toujours appliqué la devise républicaine à la Corse ( l’ont-ils appliquée sur le Continent ? C’est un autre débat). Les gouvernants successifs n’y ont favorisé souvent que l’affairisme de quelques uns, comme ils l’ont fait en Afrique de façon plus voyante. Peut-on penser sérieusement que les mouvements autonomistes et indépendantistes sont nés dans une région trop bien traitée par le pouvoir central et ses Jacobins ?



Des journalistes corses regrettaient ou dénonçaient déjà, après la guerre de 1939-45, la diabolisation de la Corse et la politique continentale de type colonial, relayée par la complicité de certains élus qui pratiquaient la brosse à reluire… A l’époque, quatre grands titres de Journaux couvraient l'île : " le Journal de la Corse" à Ajaccio, "L’Informateur " et "Le Petit Bastiais" à Bastia , enfin le "Patriote" représentants les communistes. A ceux-là, s'ajoute l'hebdomadaire dominical du parti communiste "Terre Corse". Il faut aussi citer " U Muntese ", revue bilingue créée en 1955 et fermée en 1972. D’autres ont disparu avant 1940 comme Muvra, L’annu Corsu, A tramuntana, l’Ile

Parmi les journalistes corses, Henri Ceccaldi signait ses articles sous le pseudonyme de Diogène. Il le faisait sans agressivité. Il connaissait la valeur des mots. C’est aussi pour cela qu’on le surnommait " Henri la plume " au sein d’un trio d’amis qui comptait Henri le pinceau et Henri la Pendule. En quelques phrases et souvent en versifiant, il fustigeait inlassablement les fossoyeurs de la Corse. Il parlait de la désertification et de l’incurie du pouvoir central, mais aussi des bassesses humaines dont la toponymie n’écarte pas l’Ile.

Henri Ceccaldi était très connu sous le pseudonyme de Diogène et dans ses billets quotidiens, il croquait, avec un bel esprit, les problèmes insulaires. Il a écrit sous d’autres pseudonymes : " Ad Jaceo " "L’écouteur " et " Mathieu Henri ", mais aussi sous sa véritable identité. Après la Résistance, il avait débuté comme rédacteur en chef du journal " La quatrième République ". Lorsque, en dernier lieu, il a occupé les fonctions de rédacteur à la Direction des services agricoles de la Corse, Diogène a continué à alimenter sa chronique dans le journal corse " L’Informateur ".

Henri Ceccaldi s’était impliqué dans la culture corse. En 1951, il avait créé l’association culturelle et sportive " Altitudes ". En Août 1957, dans son village " Evisa ", où résidait le poète Minicale et Mathieu Ceccaldi ( Dans les années 1960,, auteur d’un dictionnaire de la " lingua nostrale " et d’un anthologie de la littérature corse*), sont venus des quatre coins de la Corse les poètes et improvisateurs célèbres comme Carulu Giovoni, Leca du u Furcatu, Julien Mattei de Croce, Simonu d’Aulle, Dominique Marfisi ( auteur-compositeur d’U caporale, Ma Cosa c’è ) , Sampetracciu, U Merlu d’Aiacciu, Iannettu Nottini ( auteur des " Ficca-Ficca " et " A Pulitica ") , Cesaru di l’Aquale… L’actrice Madeleine Robinson et l’acteur Daniel Ceccaldi participaient à ce festival qui fut un des derniers à rassembler les poètes et les représentants de la culture orale corse.

Si des intellectuels insulaires sont à l’origine du Riacquistu dans les années 1970, il ne faudrait pas oublier ceux qui les ont précédés dans cette voie et, par ses initiatives, Henri Ceccaldi en fait partie. La plupart sont morts. Ils étaient présents à ce premier festival de la langue et de la chanson corse, qui a donné lieu à des débats sur la préservation de la " lingua nostrale " et qui s’est renouvelé jusqu’en 1959. Il aura fallu 26 ans pour arriver, en 1973, à ce qu’ils souhaitaient déjà : l’enseignement du corse autorisé par la loi Deixonne, déjà votée en 1951 en faveur d’autres langues dites régionales.

Henri Ceccaldi était le Président du comité de réception de ce grand festival de la langue et de la chanson corses. Le 5 septembre 1957, dans un entretien avec Pascal Bontempi, il avait le projet d’organiser un festival d’art dramatique méditerranéen. Il déclarait alors : " La Corse, hélas ! manque de spectacles de qualité ( les villages surtout). Sur le continent, toutes les villes de province ont la chance d’accueillir les grandes tournées théâtrales ; elles ont ainsi l’occasion d’applaudir nos prestigieuses vedettes de la scène et de l’écran. Ces mêmes comédiens ne viennent en Corse que pour y passer leurs vacances. Or, il est admis que les populations de l’île savent apprécier , avec une compréhension toute latine d’ailleurs, les manifestations artistiques de valeur réelle… " Il est l’auteur d’une farce électorale " U votu di Cirottu " ( Le vote de l’électeur) qui a été créée le 29 mai 1956 à l’Opéra de Marseille par le groupe folklorique " A sirinnata ajaccina ", puis fut rejouée en Corse.

Comme d’autres Corses qui ont pourtant œuvré pour l’île, Henri Ceccaldi , alias Diogène, ne figure pas dans le dictionnaire historique de la Corse édité chez Albiana sous la direction d’Antoine Laurent Serpentini. Des oublis sans doute. La preuve que ceux qui prennent en charge la mémoire d’un peuple ne le font pas de façon exhaustive. Henri Ceccaldi pourrait être un exemple pour les jeunes journalistes insulaires…. Diogène, sans décoration mais avec sagesse, était un opposant permanent. Il dénonçait, avec ses mots scandés, les petits et les grands scandales insulaires… " Un chroniqueur plein d’esprit, alliant la finesse du détail à un robuste bon sens " écrivait un confrère dans une épitaphe. Certains de ses articles publiés dans l’Informateur, ont encore une résonance dans l’actualité corse et mériteraient d’être à nouveau publiés. Nous livrons quelques bribes du talent d’Henri la plume… Il savait que les mots sont à la fois des cadeaux et des armes.



Le coin de Diogène du 15 novembre 1954:
A la manière de… Monsieur le Printemps
Monsieur le Préfet a ouvert sa
Campagne pour le printemps 1955
( Les Journaux)

Si monsieur Savreux est un homme
Toujours pimpant, frais et dispos,
C’est qu’il a trouvé, en somme,
Un travail de parfait repos…
Il met le nez à la fenêtre
Tous les jours jusqu’en avril
En s’écriant : " Quel temps fait-il ?
Est-ce le printemps qui va naître ? "

Monsieur Printemps ! Monsieur Printemps
On vous attend depuis longtemps !

En amoureux de la nature,
( Ne le sait-on Place Beauvau ?)
Il prend notre température
Et va pêchant le renouveau…
Mais si souvent l’averse tombe
Sans qu’il le dise à la radio
C’est la seule météo
Que ce triste travail incombe…

Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
Arrêtez-vous de temps en temps.

Ce préfet se croit réaliste
Et ne voit la prospérité
Que dans la venue du touriste
Du touriste de qualité…
Mais il ne voit pas, ça m’épate,
Quels sont les prix exorbitants
Que nous, les pauvres habitants
Payons pour manger des patates…

Monsieur Printemps, monsieur Printemps
Nous ne sommes pas très contents…



Le coin de Diogène du 25 juin 1956

Comptes de fée

Mon " Relisez Topaze " de la semaine dernière a provoqué chez de nombreux lecteurs et amis, divers commentaires encourageants dont j’ai eu les échos. Tous sont d’accord pour me dire : " Dénoncez les coupables ! "
Mais comment prouver ce que tout le monde devine sans atteindre la diffamation, au sens juridique du mot ?
Je vais donc vous faire un conte de Perrault, avec des ogres voraces et des " Petit Poucet " résignés.

Il était une fois une île pauvre et presque déserte… Les habitants très clairsemés de cette île se plaignaient tout le temps de manquer d’eau, d’électricité, d’écoles, de routes etc… Ils avaient désigné pour les défendre des squales appelés " lamentins " dont les qualités principales sont d’imiter les plaintes humaines et de suivre les bateaux d’où l’on jette à manger…
Marianne la fée protectrice de l’île, y semait de temps en temps quelques poignées de grisbi, laissant aux lamentins le soin de l’utiliser suivant les nécessités.
Quelle aubaine pour les lamentins ! Ils appelaient à la ripaille les ‘ventrepreneurs " ( variété de castors ) :
- Construis-moi cette route, disait le " lamentin ".
- Combien ? demandait le " ventrepreneur ".
- 20% pour moi, répondait le " lamentin ".
- D’accord ! mais laissez-moi récupérer, disait le " ventrepreneur " …

C’est ainsi qu’un hameau de 80 vieillards se voyait tracer une route inutile et mal chaussée conduisant à la mer, tandis qu’un bourg de 1200 habitants avait peu d’eau et pas d’électricité.
C’est ainsi qu’un groupe scolaire de deux étages ( un million pour le lamentin ) s’élevait pour… une douzaine d’élèves…
- Mais ces lamentins et ces ventrepreneurs étaient malhonnêtes ? me demandez-vous.
- Que non !
La fée Marianne, devenue aveugle en vieillissant, les décorait d’un ruban rouge pour attirer autour d’eux les habitants transformés en grenouilles….



Et le 3 janvier 1955, il présentait ses vœux de fort belle manière… Pax Hominibus… SONNET L’AN NEUF

Cinquante quatre est mort ! Je dis : " Paix à ses cendres ",
Et de le voir mourir, je n’étais pas pressé ;
Car la marche du temps qui ne fait que descendre
Me donne du souci et me laisse angoissé…

Certes, l’An qui n’est plu ne fut pas toujours tendre,
Il a eu son bilan de morts et de blessés,
D’opprimés, de repus, de riches bons à prendre,
De pauvres sans logis, affamés, entassés…

Mais, il faut souhaiter, avant tout autre chose,
Que n’arrive un beau jour le fléau de la guerre,
Malheur beaucoup plus grand que gène et misère !

Et que l’on voit enfin surgir à l’horizon
La PAIX sur l’Univers, la PAIX dans la maison
Et le glaive de Mars ne coupant que des ROSES…



Mathieu, Henri, Antoine Ceccaldi ( son premier prénom était Mathieu) est né le 25 avril 1912 à Evisa. Il était l’héritier direct d’une littérature orale. Son père était poète ainsi que sa mère qui savait faire chanter les mots. Elle survécut à son mari et ses trois enfants. Elle improvisait des Chjam’è rispondi avec ses morts toujours présents dans sa pensée. Elle n’a pas eu à les rejoindre car elle était tous les jours avec eux.

Henri Ceccaldi est décédé à l’âge de 49 ans. Après sa mort, les épitaphes furent élogieuses… " C’était un homme qui avait son panache et son originalité qui le distinguait du commun…. Massif, solide comme un roc. Une paisible gravité reposait sur son visage, cette gravité qui vient d’une vie intérieure intense et d’un travail spirituel incessant. Derrière les lunettes, d’étranges prunelles, larges et polies comme des cailloux, ne laissaient rien transparaître. Il parle d’une voix douce avec l’assurance que donne une longue habitude du maniement des idées…. C’était aussi un écrivain plein de fantaisie et de verve, capable d’une soudaine tendresse pour une injustice réparée, mais opposant systématique contre la mégalomanie, l’inconscience et les forbans qui se parent du masque du patriotisme et de la vertu pour mieux vous persécuter et vous démolir. "

Son identité, elle se trouve d’abord dans son nom " Ceccaldi " qui ouvre à une généalogie et renvoie à un groupe, à une lignée, au village d’Evisa et à une ethnie, c’est-à-dire à un ensemble d’individus liés par une communauté de langue et de culture ( et non pas à des caractères anatomiques). Ces critères ont dû le pousser à s’intéresser d’abord à cette culture corse et permettre sans doute d’identifier des signes culturels dans sa façon de penser, dans son comportement et dans ses rapports avec les autres. Est-ce dite qu’être corse, pour lui, c’était correspondre à un modèle ? Nullement ! Henri Ceccaldi avait une forte personnalité. Tous ceux qui l’ont connu en témoignent.

Si on se réfère à la communauté corse, elle a toujours comporté un grand nombre de cas individuels, de personnages marginaux et souvent talentueux dans différents domaines. Comment cette diversité a pu exister ? C’est sans doute que l’identité véritable est à la fois différence et unité, variation et permanence. Elle se construit en combinant identification et différenciation. Aujourd’hui, hors de la communauté villageoise, les cadres de référence se sont brouillés notamment par l’émigration et le tourisme. Henri Ceccaldi se refusait à une identification rigide, sectaire, voire maniaque… Sa Corsité ne pouvait se limiter à des incantations et des idées reçues par complaisance passéiste.

Le fait corse , c’est l’insularité et la résistance d’une culture à plusieurs vagues de conquérants. La Corse a une langue et une histoire préhistorique. Elle existait avant d’être latinisée. Ceux qui ont fait du latin ont peut-être traduit des textes de Sénèque et de Tite-Live sur cette île difficile à dominer. La résistance, comme d’autres Corses, Henri Ceccaldi l’avait vécue pendant la deuxième guerre mondiale.

La Corsité est un fort enracinement. Elle s’explique par l’insularité, la coexistence d’une histoire et d’une culture. Quant à la filiation, les succès de la généalogie auprès des Corses démontrent le respect qu’ils ont pour leur passé humain. A cet égard, nombre de familles corses ont un passé humain riche d’enseignement.

La Corsitude, aujourd’hui encore au fond, c’est aussi être désigné comme tel ( dans des évaluations d’embauche, on peut trouver sur les fiches de candidats insulaires l’observation " corse attitude "). Cela ouvre à un sentiment de solidarité dont Henri Ceccaldi ne s’est jamais départi.

" Connais-tu la Corse ? " est le titre d’un ouvrage de Petru Rocca avec, en illustrations, des aquarelles de R.G Gautier et des cartes dressées par Petru Ciavatti. Diogène le conseillait dans un de ses articles… Petru Rocca a dirigé le premier parti ouvertement autonomiste, issu en 1927 du Partitu Corsu d’Azione. Mais, en ce qui me concerne, c’est en lisant les articles de Diogène que j’ai appris à mieux connaître la Corse mystifiée, et par mystification, comme me le disait mon ami Joël Jegouzo de Noir Comme polar, entendons toutes les dérives extra et intra muros que l’île a connues ou subies. Dans l’un de ses dernier écrits paru le 12 Septembre 1960, Henri Ceccaldi disait : " … Un séjour prolongé à la montagne m’a permis de relire " en toute sérénité ", comme dit l’autre, des vieux journaux et revues insulaires d’avant et après les 2 guerres : rien n’a changé dans notre actualité corse. Dans un journal de 1922, par exemple, un politicien fait un long exposé sur l’urgence du relèvement agricole et économique de la Corse. Dans une revue spécialisée de 1930, le tourisme et l’équipement hôtelier sont des " nécessités vitales " pour notre département. La plupart des articles affirment que la Corse " se meurt ", qu’elle est " abandonnée ", que des mesures " énergiques " s’imposent… Et nous arrivons ainsi à l’automne 1960… J’avoue qu’il est difficile de faire preuve d’originalité dans l’exploitation des sujets de mécontentement. Aussi je me propose, dans mes prochaines chroniques, de dire tout le bien que je pense des choses qui vont mal. " Il n’a pas assisté à l’évolution de la Corse depuis les années 1960 dont il aurait été un témoin attentif car, dans ses écrits, on retrouve les germes de cette évolution. Il n’a donc pas pu commenter les plans d’actions, les schémas d’aménagement et de développement continuant à vouloir faire de la Corse un parc d’attraction touristique… et les raisins de la colère d’Aléria en août 1975. Alors que les nombres des touristes et des résidences secondaires se sont accrus, le mouvement d’émigration des Corses n’a pas été enrayé.


Lorsque le journal " L’informateur " fit peau neuve pour devenir l’hebdomadaire " L’informateur corse " , Henri Ceccaldi fut cité parmi les grands absents aux côtés d’autres disparus qui ont participé à la vie du journal. L’Informateur corse existe, comme le Petit Bastiais et le Journal de la Corse ( doyen des journaux corses puisque sa création remonte à 1817).

Henri Ceccaldi a toujours écrit comme l’exigeait son origine. A l’expression " Corse attitude " des chasseurs de têtes pour l’emploi, nous préférons, en ce qui le concerne, celle de " corse a(l)titude " (Altitude comme l’association Altitudes qu’il avait créée) car Diogène savait en toute chose prendre de la hauteur. Il faisait preuve d’une réflexion marquée au " coin " du bon sens. Il savait aussi prendre de la distance avec la dramaturgie corse, en jouant avec talent d’un autre atavisme: l’humour. Il s’agit d’un humour qui sauve du désespoir tout en faisant appel aux consciences. Nous aurions aimé le rencontrer au " coin du feu " dans le village d’Evisa ou au " bar du coin " à Ajaccio.

Note sur l'Anthologie de la littérature corse de Mathieu Ceccaldi:

*L’association Mimoria Bisinca a réédité, avec l’éditeur et libraire ajaccien Alain Piazzola, le dictionnaire de Mathieu Ceccaldi, avant de lancer une souscription pour la réédition de son anthologie de la littérature corse qui reste la plus documentée et la plus complète à ce jour. Les cadres de cette association sont trois Eviséens : Laure Quattrini-Ceccaldi, Hevé Battini et Ignace Ceccaldi. La sortie de l’Anthologie est prévue pour mars 2008 à l’occasion du Salon du livre de Paris. Une souscription est ouverte. Pour tout renseignement écrire à l’adresse : Association Mimoria bisinca, U chjosu à l’ortu, 20126 Evisa. Le premier tirage sera limité et, pour être sûr d’avoir cet ouvrage incomparable, vous pouvez dés maintenant souscrire ( même sur papier libre ) au prix de 23 euros ( plus 8 Euros prix de port). A la publication, le prix sera de 28 euros.

Remerciements :

Nous remercions Laure Quattrini-Ceccaldi de l’association " Mimoria Bisinca " et Margrethe, veuve d’Henri Ceccaldi, pour nous avoir remis les photocopies des articles écrits par Henri Ceccaldi dans la période de 1954 à 1960.







Publié le 20 janvier 2008 à 10:36
Par flicorse
Opération "Noirs de Corse"


Initié en Corse par l’association Handi 20, le projet d’éditer un recueil de nouvelles sur le thème du polar dans le but d’acquérir du matériel adapté aux personnes handicapées, prend en 2008 des allures de véritable challenge. Partenaire de ce projet solidaire en faveur de l’accessibilité, l’association Corsicapolar, organisatrice du premier festival du polar corse et méditerranéen qui avait obtenu un succès remarqué à Ajaccio en 2007, a décidé en effet de mobiliser toutes ses forces pour cette initiative.


Le blog des auteurs de polars corses, www.corsicapolar.eu, a battu le rappel des troupes et les réponses n’ont pas été longue à venir. L’entraide n’est pas encore un vain mot. L’appel a été entendu par de nombreux auteurs et bien au-delà de l’île.


Depuis, ce projet prend forme et se précise. Les uns et les autres s’investissent à « donf les manettes » et le résultat, alors que le projet n’est lancé que depuis décembre, en est déjà à un stade bien avancé. Comme quoi, quand on veut, on peut. Des morceaux de Noire unis vers le handicap. L’appel lancé par Fabrice Albertini, président d'Handi 20 a été entendu puisque 21 auteurs se sont engagés à offrir un peu de leur univers noir :

Fabrice Albertini, Pierre-Paul Battesti, Denis Blémont-Cerli, Jérôme Camilly, Jean -Paul Ceccaldi, Marie-Hélène Ferrari, Claude Ferrieux, Michel Jacquet, Okuba Kentaro, Elisabeth Milleliri, Jacques Mondoloni, Jean-Pierre Orsi, Ugo Pandolfi, Jean-Pierre Petit, Danièle Piani, Jean-Michel Raffalli, Martine Rousset,  Jean-Pierre Santini, Arlette Shleifer, Jeanne Tomasini et Jean-Louis Vassallucci. Ajoutons à cette liste un 22ème auteur : un certain Guy de Maupassant… vingt-cinq nouvelles sont annoncées.



Le travail de Fabrice Albertini et de l'association Handi 20 se poursuit. En souscription « Noirs de Corse » est au petit prix de 10 Euros.


Pour souscrire adressez-vous aux adresses suivantes :

Site : http://handi20.free.fr/
Courriel : handi20@free.fr



Publié le 19 janvier 2008 à 15:09
Par flicorse
Sortie du N° 2 de la revue semestrielle Fora ! La Corse vers le monde :

Après la Corse au miroir du Japon, la revue met La Corse et le Maghreb côte à côte… effaçant la mer qui nous sépare et nous engloutit…

Communiqué de la revue :

La revue Fora! -La Corse vers le monde - est heureuse de vous annoncer la sortie de son nouveau numéro semestriel : Corse et Maghreb, côte à côte.
Une fois encore, pour tenir le pari d'une comparaison stimulante et d'un rapprochement dynamique, notre équipe s'est entourée d'une pléïade d'anthropologues, historiens, écrivains, peintres et sportifs des deux rives de la Méditerranée.
Retrouvez-là en kiosque dans toute la Corse dès la semaine prochaine et très vite à Paris, Nice, Marseille et Lyon dans de nombreux points de vente.

Salute à tutti,
Associu Ubiquità








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