Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
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Blog cousin de CORSICAPOLAR à l'adresse : http://www.cors icapolar.eu
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REN DEZ-VOUS:
- Les balcons du polar le 14 septembre 2008 à partir de 10 Heures, Abbaye St Victor Marseille
- Les Terrasses du polar : Septèmes les Vallons (13)le 19 septembre 2008 à partir de 16 Heures et Marseille Cours Julien le 20 septembre 2008 à partir de 14 Heures
- Salon du polar de Drap (06) les 27 et 28 septembre 2008
- Salon du polar de Villeneuve les Avignons (84) les 4 et 5 octobre 2008
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Opérata "Noirs de Corse"
Initi é en Corse par l’association Handi 20, le projet d’éditer un recueil de nouvelles sur le thème du polar dans le but d’acquérir du matériel adapté aux personnes handicapées, prend en 2008 des allures de véritable challenge. Partenaire de ce projet solidaire en faveur de l’accessibilité , l’association Corsicapolar, organisatrice du premier festival du polar corse et méditerranéen qui avait obtenu un succès remarqué à Ajaccio en 2007, a décidé en effet de mobiliser toutes ses forces pour cette initiative.
Le blog des auteurs corses et amis de la Corse, www.corsicapola r.eu, a battu le rappel des troupes et les réponses n’ont pas été longue à venir. L’entraide n’est pas encore un vain mot. L’appel a été entendu par de nombreux auteurs et bien au-delà de l’île.
L’app el lancé par Fabrice Albertini, président d'Handi 20 a été entendu puisque 26 auteurs ont offert un peu de leur univers noir :
Trente nouvelles inédites signées par:
Arlette Shleifer, Claude Ferrieux, Danièle Piani, Denis Blémont Cerli, Elisabeth Milleliri, Eric Patris, Fabrice Albertini, Jacques Mondoloni, Jean-Louis Vassallucci, Jean-Michel Raffalli, Jean-Paul Ceccaldi, Jean-Pierre Orsi, Jean-Pierre Petit, Jean-Pierre Santini, Jeanne Tomasini, Jérôme Camilly, Marie-Catherine Deville, Marie-Hélène Ferrari, Martine Rousset, Michel Jacquet, Okuba Kentaro, Pierre-Paul Battesti, Pietr'Anto Scolca, Rémi Talbi, Ugo Pandolfi.
Pa trice Antona, chroniqueur de RCFM, a signé l'avant-propos.
Cet ouvrage a fait l'objet de nombreuses souscriptions et sera vendu et dédicacé à l'occasion du deuxième festival du polar corse et méditerranéen qui se déroulera du 4 au 6 juillet 2008 à Ajaccio. On pourra également le trouver sur le car ferry Danielle Casanova lors de la traversée Marseille-Ajacc io départ le 3 Juillet 2008 en soirée.
Tout es les informations sont données sur le site de Corsicapolar à l'adresse ci-dessous:
http://www.cors icapolar.eu
Pour les commandes aller sur le site Handi 20 : http://handi20. free.fr/
Courr iel : handi20@free.fr
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- De la galéjade à la sérénade: l'art d'aimer à Marseille.
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- Jean-Pierre Santini, écrivain et éditeur corse dans l'actualité littéraire en 2008
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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.
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A dopu!
A plus tard!
Publié le 25 septembre 2006 à 07:40
Par flicorse
 
Le titre freudien « JE DE DUPE » s’affiche, énigmatique… Je de l’écriture, Je de loi, loi du Je, Je de la séduction, je de l’amour, Je de manipulation, Je dangereux, double Je, Je du destin, Je du hasard, Je des alliances secrètes, … jeux de mots et jeu de pistes, … Partenaire de Je, vous allez jouer le jeu et vous prendre au je d’un héros, Julien Maury, flic nihiliste et manipulateur. Lorsqu’il ne patauge pas dans l’hémoglobine, il trempe sa plume de poulet (un peu facile, je l’avoue mais je n’ai pas pu me retenir) dans l’encre de l’enfance pour écrire des contes juvéniles ou bien, pour soigner son blues, il joue du jazz avec Adolphe, de son vrai nom François- Joseph, c’est-à-dire son saxophone. Son premier contact avec une éditrice est sans promesse de lendemain. Après le tonnerre, arrive forcément le coup de foudre et un premier contact houleux annonce parfois une lame de fond sentimentale.
L’entame est celle d’un amour avec des élans, des sensibleries mais aussi cette affinité élective qui réunit les êtres par des fils invisibles alors que « Je » pensait ne plus être le jouet de l’Amour. Et oui ! C’est bien d’amour dont il s’agit : celui qui rend loquace les plus blasés lorsqu’il s’agit de tourner de jolis compliments jusqu’à l’emphase, celui qui vous fait tout partager votre passé, vos maux de Je. Mais l’auteur vous aura prévenu : « Mon héros n’est pas de la race des caves gobeurs de guimauve ». Et puis, le poète n’a-t-il pas dit « Je est un autre ». Son présent est policier et il peut l’offrir à sa belle éditrice trop curieuse avec, en prime, « un bordel à vérole pour immigrés clandestins, une cave ou des bamboulas roupillent entassés comme des rats dans le bourbier de notre bonne conscience, quelques malades trempant leur pain dans les pissotières, mieux encore : quelques squelettes de gamins à chauffer leur piquouze, un camé en pleine défonce.. » ou bien encore sa bonne vieille méthode policière faite de coups tordus. Avec les mafieux, il n’a pas besoin du code de procédure pénale et d’un juré d’assises. Il joue l’équilibriste solitaire sur le fil de son histoire. Quelle sera la chute?
Et son avenir ? Peut-on partager ce qui n’existe pas encore ? Même si j’ai lu le livre jusqu’au bout, je vous dirai seulement qu’il s’agit d’un vrai polar bien noir. Quel autre avenir pourrait partager Julien Maury, en dehors de ses enquêtes et de sa vie de flic à la Brigade criminelle ? Julien Maury, qui écrit des contes pour enfants, peut sembler, au début du roman, avoir l’âme romantique et la fibre poétique mais sa vie est, avant tout, dans la poulaille, « entre assassins et voyous, traînant ses guêtres et sa carte de police dans les bas quartiers de la ville, dans les rades infâmes du port ». L’auteur joue avec ce Je d’un héros qui se prend à son propre jeu. Le récit chemine sur une fausse piste. Tout est duperie, même la vérité. Sur la quatrième page de couverture, vous pourrez lire : « Ce « Je de dupe » est aussi une fable sur l’innocence, sur la solitude d’un être sans racines, où intrigue policière et roman d’amour s’entrelacent de rebondissements en duperies, jusqu’au contre-pied final en forme de double chute » mais aussi une citation de Malraux : « Sans doute est-ce une erreur de voir dans l’intrigue, dans la recherche du criminel, l’essentiel du roman policier… »
« Je de dupe » recèle des passages où le « Je » du héros fait sans doute écho au Je de l’auteur, retraité de la police et écrivain. Jean-Louis PIETRI connaît la recette du roman policier : « …dévider la pelote de mon intrigue policière, de rebondissements en entourloupes, histoire de tenir le lecteur en éveil et, qui sait, peut-être même en haleine, jusqu’à la chute finale (en contre-pied bien entendu). Un truc à la portée du premier sous-Maigret venu. Il n’avait qu’à suivre le synopsis, placer quelques saillies argotiques version poulaga, étriller quelques malfaisants, revisiter un brin l’intarissable mythe d’Antigone pour aider au marketing du bouquin… ». Attention, cette recette est peut-être encore une fausse piste de la part de celui qui écrit aussi : « le seul polar s’écrit du doigt dans le sang et vomissures des matins de paumés et à ce titre mérite les honneurs de la décence, la chape du secret médical. »
Jean-Louis PIETRI a déjà publié huit ouvrages (des contes et des nouvelles pour enfants comme son héros Lucien Maury). « Je de dupe » est « son premier roman, noir de surcroît ». Il a passé plusieurs années au Service Régional de Police Judiciaire de Marseille où il a participé aux enquêtes sur des parrains du Milieu marseillais et des grandes affaires criminelles dont la Tuerie d’Auriol en 1981. Il a quitté la police en 1998 pour l’Olympique de Marseille où Robert Louis-Dreyfus l’avait appelé. Il vit actuellement entre la Provence et l’Ecosse. Au balcon marseillais du polar, le 17 septembre dernier, il dédicaçait son polar qui est édité aux Editions Autres Temps ( tout chaud sorti de l’imprimerie ce mois-ci). Pour lui, « écrire, c’est inventer une vérité…et, comme chacun sait, toute vérité (fût-elle noire et bluffée) est bonne à lire » et si il en appelle à la clémence du Juge lecteur, il s’en tire avec les félicitations du Jury « Corse noire ».
Publié le 15 septembre 2006 à 09:34
Par flicorse

Dans l’article précédent, nous avons évoqué Sarajevo. Ivo Andric, écrivain croate, a écrit un très beau texte sur cette ville bosniaque dans le recueil « Contes de la solitude » dont vous nous livrons quelques brefs extraits :
- « Vue d’en haut, cette ville vous parle par ses édifices, ses jardins, ses rue dessinées, inscrites sur les pentes des monts abrupts comme sur les pages d’un livre entrouvert. Devant nous surgissent les fragments embrumés de son passé. »- « … à l’entrée même du défilé montagneux au fond duquel la Miljacka se glisse, comme un fil par le chas d’une aiguille… La ville s’élargit, embellit, surtout au cours des XVI° et XVII° siècles, tout en restant à la lisière du défile, telle une araignée devant la fissure d’où elle a surgit mais ne s’éloigne jamais complètement »- « Les anciens textes religieux serbes la nomment « Sarajevo, ville donnée par Dieu, »- « Sarajevo possède ainsi deux aspects et deux visages, l’un sombre et sévère, l’autre lumineux et resplendissant… »- « … Ville aux anciennes et nobles traditions, ville de confréries artisanales, de conscience et de fierté civiques, ville commerçante où non seulement l’argent mais aussi le bon goût étaient respectés, ville où s’est développé le sens de l’ordre et de la beauté, d’une vie harmonieuse et heureuse… »- « … La mort n’y assombrit pas la vie, la vie n’y profane pas la mort. »- « Quelle que soit l’heure du jour, quel que soit le lieu, quand vous regardez Sarajevo étendu à vos pieds, la même pensée surgit toujours, même inconsciente. Une ville est là. Une ville qui, en même temps, se transforme, agonise et renaît. » Cette ville n’a pas encore trouvé un Jean-Claude Izzo ou un Montalban mais, nul ne doute qu’elle est un lieu ou, comme Ivo Andric, les écrivains peuvent trouver une source d’inspiration littéraire. Les sociétés modernes sont devenues citadines, même si elles ne sont pas complètement sorties de la culture rurale. C’est cette évolution que traduit souvent la littérature et notamment la Noire dont les intrigues sont le plus souvent situées en milieu urbain. Des villes, à l’instar de Barcelone et de Marseille, sont les héroïnes de roman, bien plus que de simples décors. Croyant illustrer ce constat, nous avons trouvé un recueil de nouvelles éditées par LIBRIO. L’opus s’intitule « Villes noires » et contient des nouvelles écrites par Didier Daeninckx, Thierry Jonquet, Michel Quint et Jean-Bernard POUY , quatre polardeux qui ( dixit l’Editeur) « se sont imposés comme les plus grands auteurs contemporains du roman noir à la française, confirmant leur passions pour les gens simples et les engagements forts. » (J’aurais préféré, à la place du « comme » exhaustif, un « parmi » plus ouverts…)
Villes noires :  Ce voyage littéraire en quatre récits nous invite dans les ruelles de Naples, sur les canaux de Hambourg (Nous dit-on…) et face à la géométrie parfaite des immeubles d’Ostende.
Nous sommes avertis : « Vous ne vous promènerez plus en ville, comme avant. » L’accroche de la 4ème page de couverture est alléchante lorsque l’on y lit aussi : « les capitales européennes tombent le masques et révèlent leur nature sauvage, débridée, mystérieuse… » mais ne vous attendez pas à autre chose que de petites intrigues bien ficelées mettant en scène les réseaux de trafic d’êtres humains, des crimes mafieux, des amours contrariés, des voyageurs sans bagages… pour les grandes villes européennes, vous irez voir notamment Hambourg sur le catalogue d’une agence de voyages. Dans la première nouvelle écrite par Thierry Jonquet , « Hambourg » est le nom d’une péniche dont le propriétaire est originaire de cette ville où ses parents sont morts sous les bombardements alliés, lors de la deuxième guerre mondiale. Il a lui-même était blessé et perdu une jambe. Ce sera la seule allusion à la ville, car l’action se passe d’abord en Chine, puis sur les canaux entre Prague et Paris. A croire que l’auteur ne connaissait pas assez Hambourg pour y situer l’action de cette courte histoire mais il a su tourner la difficulté, même si l’astuce ne convainc pas le lecteur de la quatrième page de couverture. Une « grande capitale européenne » ne peut être réduite à une péniche sans provoquer une certaine déception. Heureusement, Jonquet se rattrape en nous présentant des personnages intéressants : - Dietrich, batelier et passeur de clandestins, un gros dégueulasse avec un reste d’humanité enfoui dans sa carcasse adipeuse et répugnante ; - Liu, adolescent chinois à l’âme pure et - Ginka , une jeune prostituée paumée. Tous les trois glissent sur l’eau trouble des canaux. Dietrich, maître à bord, conduit les deux jeunes gens vers leurs destins. Patrick Daeninckx est sensé nous amener à Ostende. En fait nous faisons le voyage avec les parents de la mariée en partant de Bruxelles. Le mariage est à Ostende et le père, nostalgique des anciennes colonies belges, se lamente car sa fille y épouse un africain du Zaïre ( ex Congo belge ), qui l’a mise enceinte. Heureusement, se dit-il, qu’il peut se consoler d’avoir Rodolphe, son fils, militaire chez les parachutistes. A Ostende, la surprise viendra de ce fils et elle est de taille pour ce père issu de la grande bourgeoisie belge. Une occasion pour l’auteur de dénoncer (encore et toujours) le racisme et le colonialisme. Comme on est arrivé à Ostende, on y reste avec Michel Quint pour la troisième nouvelle intitulée « L’oiseau de la Kermesse » et dédiée à la mémoire de Ronny Couteurre*. Quint nous sert « un petit plat en prose » à l’accent épicé de la Wallonie, « un hommage au noir des toiles d’Ensor* et à l’infernal théâtre de Ghelderode* ». Vous ne serez pas déçus par le style déjanté de l’auteur, en lisant le récit de « Mieke », danseuse exotique dans un peep-show d’Ostende. Elle vient de perdre Voske, son vieil « imprésario », oiseau de kermesse, bâtard des lendemains de fête, fils d’une amazone engrossée, lors d’une partouze au bal du Rat mort, par le peintre Ensor ou le dramaturge de Guelderode. Pour apprécier la nouvelle de Quint, il faut connaître ces deux créateurs belges.

James Ensor, peintre avant-gardiste, revendiquait une place pour le laid dans la peinture. Pour lui , la vie était une farce, les visages des masques derrière lesquels on trouvait des squelettes. C’était un artiste obsédé par la mort avec une vision pessimiste du monde mise en scène dans des fêtes et des carnavals. Il s’est rendu célèbre par son tableau provocateur : « L’entrée du Christ à Bruxelles ». On peut citer aussi « Les Masques singuliers », « Ensor aux masques » ou « Les squelettes voulant se chauffer ». Il est mort en 1949 et l’essentiel de son œuvre est antérieur à 1915.
Michel de Ghelderode est un dramaturge belge décédé en avril 1962. Il a beaucoup écrit (60 pièces de théâtre, une centaine de contes, 20.000 lettres, des articles sur l’art et le folklore). Il est le créateur d’un univers noir, à la fois cruel et macabre, fantastique et grotesque. De son éducation religieuse à l’Institut Saint Louis de Bruxelles, il retiendra les rites et la magie, croyant plus au diable qu’au Bon Dieu. Il a écrit sur lui-même : « Je me sens vraiment contemporain de ces gens du Moyen âge ou du pré - Renaissance. Je sais d’eux comme ils vivent et connais chacune de leurs occupations. Je suis familier de leur cerveau et de leur cœur comme de leur logis et de leur boutique. » Ses pièces de théâtre ont été joués partout dans le monde. Bien que Flamand, il était d’expression française. Vous trouverez sa biographie et ses œuvres sur le site Wikipédia. Quant à Ronny Couteurre, on connaît sa grande et large carcasse de géant débonnaire. Il a décidé de quitter le théâtre de la vie le 21 juin 2000 à Frétin. Il avait 48 ans et 30 ans de carrière de comédien, auteur, réalisateur et metteur en scène. Il animait une émission sur FR3 Nord Pas de Calais « Ronny coup de cœur ». On se souvient de lui dans « Les enfants du printemps » ou « Merci Bernard », « Les quatre-Vingt-Unards », « Marion et son tuteur » … Il avait écrit un opéra « Les contes d’un buveur de bière » et faisait des one man show. Il avait baptisé sa maison « La ferme des Hirondelles ». Nous quittons, dans un vol d’hirondelle, la Belgique pour l’Italie avec Jean-Pierre POUY qui nous amène à Naples pour la dernière nouvelle du recueil. Et même si une hirondelle ne fait pas le printemps, c’est le 31 mai que Chantal, l’héroïne, fête ses trente ans. Ses copains lui offrent deux places d’avion pour Naples et c’est Bertrand (narrateur du récit) qui est choisi au hasard pour l’accompagner amicalement. La nouvelle est intitulée « Le soufre » , celui des solfatares de Pozzuoli et peut-être une allusion à la sulfureuse Chantal… certainement aussi à l’air ambiant de cette ville : « A Naples. Le mythe. Un peu. Napoli. Le baiser de feu. Santa Lucia. Des conneries. Mais on y était…» A peine descendu de l’avion, Bertrand est repéré : pigeon voyageur, proie choisie d’une arnaque bien napolitaine, donc plus folklorique que méchante. Moins folkloriques sont les fréquentations de la mystérieuse Chantal et Bertrand, séduit et abandonné, l’apprendra à ses dépends. NOTA BENE : La 4ème page de couverture relève plus de l’intention que de la réalité des contenus des quatre nouvelles livrées pour la modique somme de 2 Euros. Ce bémol étant mis, si vous aimez les courts récits, « Villes noires » est bien de la littérature ferroviaire qui se lit rapidement pendant un voyage entre deux gares, entre deux villes… Mais si votre gare d’arrivée est Hambourg, Ostende ou Naples, il ne s’agit pas d’un guide de voyage, même si des illustrations dessinées, avec talent, par Olivier Balez accompagnent chaque historiette. Par contre, si vous allez à Sarajevo, lisez le magnifique texte de Ivo Andric car il est bien mieux qu’un dépliant touristique. Et si vous êtes écrivain comme lui, louez-y une de ces maisons où des personnages de roman viendront frapper à la porte de votre inspiration. Vous aurez alors peut-être un beau récit bien noir à nous raconter là « où la mort n’assombrit pas la vie ». Vous pouvez aller voir le film "Sarajevo, mon amour" de Jasmila Zbanic. Le titre original est "Grbavica" et le scénario se déroule danns le Sarajevo d'après- guerre.
Au revoir!...
Publié le 11 septembre 2006 à 16:55
Par flicorse
Voyage en Croatie, escapades en Bosnie Herzégovine et au Monténegro :  Bien que faisant partie d’entités diverses plus vastes, la Croatie a réussi à préserver son identité. Sa culture se présente comme une mosaïque des différentes influences au carrefour de plusieurs civilisations. Un séjour dans ce pays indépendant, au seuil de l’Union européenne, est l’occasion de découvrir des paysages à la fois uniques et proches de la Corse mais aussi son riche héritage culturel longtemps occulté sous différentes identités dominatrices. En Corse le CCU présidé par Ghjacumu Thiers a organisé une rencontre avec la littérature Croate en présence de Drazen Kutunaric, philosophe et poète, né à Zagreb. Sur le site de l’Adecec, vous pouvez retrouver un article sur cette rencontre sous le titre « Du côté de Corti » avec en prime des poèmes de Katunaric traduits en corse par Maria Anna Versini. A Ajaccio, le 1er avril 2005, au cours d’une cérémonie, à l’occasion de sa visite en Corse, l’Ambassadeur de Croatie en France , M. Bozidar Gagro, a décoré de l’Ordre de l’Etoile du matin ( à l’effigie de Katarina Zrinski), au nom du Président de la République croate ( M. Stipe Mesic), Mme Yolande Tabak-Raibaldi, Présidente de l’association France-Croatie-Corsica, pour son action en faveur de l’amitié et des échanges culturels entre la Croatie et la Corse ainsi que son engagement humanitaire en faveur des populations croates pendant la guerre de 1991. Depuis l’émission « Des racines et des ailes » consacrée à Dubrovnik, la Croatie est devenue une destination de vacances pour les Français. Certes ce pays ne décevra pas les photographes, les sportifs et les adeptes de la bronzette en bord de mer. Il serait dommage toutefois de passer à côté de son histoire et de ne pas s’intéresser à la culture de cette « Autre Europe », pour reprendre l’expression trouvée dans le titre du livre écrit par Pedrag Matvejevitch, écrivain né de père russe et de mère croate : « Epistolaire de l’Autre Europe », traduit en français aux Editions Fayard. Il s’agit d’un recueil de lettres ouvertes dont la lecture n’est absolument pas ennuyeuse et qui donne des fragments de la vie intellectuelle sous le régime soviétique. L’auteur, dans son combat contre la censure et la répression idéologique, nous fait part de ses réflexions et de ses voyages à travers différents pays de l’Est, de l’été 1972 jusqu’au 3 avril 1992. Les escales de ce voyage littéraire sont des étapes dans l’histoire de cette « Autre Europe » et de sa marche vers la liberté avec des moments d’actualité qui, au fil du temps, expliquent l’évolution et les ruptures de cette vaste partie du monde où les nations, les races, les religions… toutes les influences convergent. La quatrième page de couverture reprend deux extraits : - un extrait d’une lettre à Mickhaïl Gorbatchev : « Quel sera le nouvel Etat russe : populiste et traditionnel comme auparavant ou démocratique et moderne, orthodoxe ou schismatique à la fois, plus blanc que rouge, moins slavophile qu’occidentaliste, aussi asiatique qu’européen, davantage « une Russie que la raison ne saurait embrasser » et « en laquelle on peut seulement croire » (Tioutchev) , ou bien cette autre Russie « robuste et au gros cul » qu’a chanté Alexandre Block, avec le christ ou sans la croix ? Quelle qu’elle soit, elle devra compter avec tout ce que lui laisse l’Union soviétique, tout ce, aussi, dont celle-ci l’a privée, peut-être à jamais. » - un extrait de la lettre « Sur le mal s’identité » à Czeslaw Milosz et à François Fetjo : « Il serait souhaitable que l’Europe à venir fût moins auro –centriste que celle du passé, plus ouverte au reste du monde que l’Europe colonialiste, moins égoïste que l’Europe des nations, plus consciente aussi de son « esprit européen » et moins portée à l’américanisation. Il serait utopique de s’attendre à ce qu’elle devienne, dans un temps prévisible, plus culturelle que commerciale, moins communautaire que cosmopolite, plus compréhensive qu’arrogante, moins orgueilleuse qu’accueillante, plus encline à l’action qu’à la rhétorique et, en fin de compte, pourquoi pas, un peu plus socialiste à visage humain ou moins capitaliste sans visage. » Dans cette lettre sur le mal de l’identité, il écrit : « La définition de l’identité suppose une altérité : l’existence de l’autre, le « regard d’autrui ». Il met aussi en garde : « L’identité au sens étroit du mot risque de devenir un nouveau joujou national »… Matjevevitch s’est donné comme ligne de conduite la défense de la libre pensée et du droit à la différence, tout en mettant en garde contre les dérives nationalistes. Bien que censuré, il n’a pas connu la prison, avouant que la situation était plus favorable en Yougoslavie que dans les autres pays de l’Est. Il ajoute que le pouvoir sévissait plus particulièrement contre le nationalisme séparatiste et qu’il n’était nullement nationaliste. Il précise sur lui-même : « Au cours des années soixante et dix, je fus confronté aux conséquences des Goulags. Je fis quatre voyages en URSS et appris quel avait été le sort de membres de ma famille la plus proche. Ces découvertes renforcèrent mes convictions et encouragèrent mes refus. Ne voulant pas me conformer à la ligne officielle ni soutenir les particularismes nationaux, je me rapprochais des philosophes de l’Ecole de Korgula réunis autour de la revue zagréboise « Praxis » qui critiquait également les staliniens et les nationalistes, les déformateurs de la théorie et de la pratique, tant soviétiques que yougoslaves ». Le livre s’ouvre à Zagreb en novembre 1970 sur l’évocation du manuscrit « 7000 jours en Sibérie » de Karlo Steiner et sur une lettre écrite à Leonid Brejnev au printemps 1971 pour la libération de André Siniaski et Iouri Daniel qui firent paraître des livres sous des pseudonymes (respectivement Abraham Terz et Nikolaï Arjjak) . Le 28 juin 1972, l’auteur était à Moscou avec la délégation de l’Union des écrivains de Yougoslavie et, à son arrivée, il se demande ce qui reste de russe dans cette ville, dans la mesure où elle est devenue soviétique. Le 3 avril 1992, pour la dernière lettre, il se trouve à Zagreb où Karlo Steiner vient de mourir, après avoir séjourné au service de gériatrie de Vrapce, un mouroir d’où ses amis l’ont sorti pour qu’il puisse mourir dignement chez lui. Celui-ci est l’auteur d’un ouvrage sur les goulags écrit avant celui de Soljenitsine, sans bénéficier de la même diffusion. Dans le premier chapitre intitulé « Une bouteille à la mer », lorsqu’il n’est pas à Zagreb, Matvejevitch voyage dans les grandes villes comme Moscou, Leningrad, Odessa (où est né son père), Erevan en Arménie (où il se lie d’amitié avec la poétesse Metaxe qui lui parle du génocide de 1915 ), Tbilissi et Gori (fief de Staline en Géorgie), Kiev… Le deuxième chapitre s’intitule « Exercices de morale » en référence au recueil de soixante-cinq lettres ouvertes qu’il avait écrit et qui est paru à Belgrade en 1985. Les deux derniers chapitres s’intitulent « Héroïdes » et « Epitaphes ». L’auteur, spécialiste des questions de dissidence dans les cultures et littératures d’Europe orientale, professeur de littérature française à l’université de Zagreb et professeur invité à la Sorbonne nouvelle de Paris (où il enseigne les littératures slaves) évoque à travers ses lettres ouvertes et ses réflexions des faits mais aussi les personnalités les plus diverses qui ont traversé l’histoire de cette Autre Europe. Vous y trouverez des grands noms de la politique et de la culture. Dans la grande librairie de Dubrovnik, située dans la rue principale qui relie la « porte de la terre » à la « porte de la mer » de la vieille ville fortifiée, avec l’aide de notre guide Vesna, nous avons choisi de découvrir le prix Nobel croate : Ivo Andric. La librairie ne disposait que de la version française d’un recueil intitulé « Contes de la solitude » préfacé par Pedrag Matvejevitch (incontournable lorsqu’il s’agit de littérature slave). La préface biographique est intitulée « Ivo Andric entre l’Occident et l’Orient ». Reprenant la formule schismatique de Miroslav Krleza (autre écrivain croate traduit en français) « Ni Rome ni Bysance », Pedrag Matvejevitch écrit ; « Ivo Andric regardait à la fois Bysance et Rome, sans perdre de vue l’islam, l’Est et l’Ouest, l’Europe et « l’Autre Europe », et plus particulièrement les Balkans appartenant à l’une et à l’autre ». Il ajoute ; « Croate par son origine et catholique par sa religion, Serbe par son choix et aussi d’adoption, Bosniaque de naissance et par ses racines, Yougoslave par sa détermination et son appartenance, non seulement nationale ou politique. Il n’était guère facile de porter toutes ces différences dans le pays où il était né et où il avait vécu. Les nationalistes croates l’ont accusé de trahir sa propre nation ; les nationalistes serbes se son efforcés de le « serbiser » entièrement, sans tenir compte des différences que relèvent son origine et son parcours ; les nationalistes bosniaques de confession musulmane lui reprochaient la description des supplices que la population chrétienne a soufferts sous l’oppression turque – oublient ainsi leur propre origine slave… Que reste-t-il, à part un masque, à un homme qui devait déjà porter le lourd fardeau de son propre génie – à celui qui était peut-être le plus grand écrivain né , au cours de ces derniers siècles, dans les Balkans. » Ivo Andric est mort le 13 mars 1975. Il avait reçu le prix Nobel de littérature en 1961. Comme « Les contes de la solitude », son roman « Le pont sur la Drina » (Na Drini cuprija) se trouve en livre de poche n° 3321 Biblio ( prix de 6, 10 euros). La postface est de….. Matvejevitch, bien sûr ! Le pont de la Drina relie les rives entre Serbie et Bosnie, Orient et Occident…. Il se trouve à Visegrad où se côtoient, depuis le 16ème siècle, chrétiens, juifs, musulmans de Turquie ou « islamisés ». C’est là que Andric a fait ses premiers pas et il a écrit : « Aux instants où me fatiguait et m’empoisonnait un monde dans lequel je vivais par un mauvais hasard et miracle me maintenais en vie, lorsque l’horizon s’assombrissait et que vacillait la direction, j’étendais alors pieusement devant moi, tel un croyant son tapis de prière, le dur sentier, misérable, sublime de Visegrad, qui apaise toute douleur et efface toute souffrance, car il les contient toutes en lui et toutes les surplombe » ( extrait d’un texte repris dans la préface des Contes de la Solitude). A Dubrovnik, nous avons donc trouvé une version française des contes de la solitude (édition « L’esprit des péninsules », éditeur installé 4 rue Trousseau à Paris 11ème, qui a une collection « Balkaniques » dirigé par Eric Naulleau). Ce recueil avait pour premier titre « La Maison isolée », ouvrage complété par deux textes et un portrait de la ville de Sarajevo sous le titre français. Matvejevitch, dans la préface, nous présente Ivo Andric, comme un écrivain de génie timide et ayant pour ligne de conduite la modestie. Dans son discours prononcé lors de l’attribution du prix Nobel , Ivo Andric indiquait comme modèle narratif celui qui « s ‘applique à l’instar de la légendaire et disserte Schéhérazade à faire patienter le bourreau, à suspendre l’inévitable arrêt de mort et à prolonger l’illusion de la vie et de la durée. » Il a su européaniser la narration orientale « alliant un fatalisme venu des Mille et Une Nuits à une analyse psychologique moderne », selon les commentaires sur son œuvre. Les contes de la solitude s’ouvrent sur un prologue qui décrit une maison de Sarajevo, où, lorsqu’il se prépare et se met au travail, « ne cessent d’affluer, avec une multitude de détails minutieux, personnages des récits et fragments de leurs conversations, réflexions et comportements. Viennent ensuite frapper à la porte (de son imaginaire) un vizir déchu, un menteur invétéré, un aventurier français en pays ottoman,, un prince aux yeux tristes, un directeur de cirque malheureux en amour, une prostituée au grand cœur, un géomètre jaloux, une esclave suicidaire… chaque personnage est une partie d’humanité avec sa grandeur et ses petitesses décrites par un épicurien dans la lignée d’Epitecte. En France, vous trouverez des œuvres de Andric en livres de poche. Lors de notre escapade en Bosnie, notre guide croate, Léonida, nous a communiqué deux autres noms d’écrivains : Miroslav Krleza et Slavenko Draculic. Nous n’avons pas trouvé de traduction française du second mais Miroslav Krleza, considéré comme la figure centrale de la littérature croate au 20ème siècle, est publié en France. Il est né à Zagreb en 1893 et sa mort remonte à 1981. Il a écrit dans tous les genres littéraires. Il s’est opposé aux autorités austro- hongroises, puis à la monarchie yougoslave. Il s’est ensuite rapproché du parti communiste et a été récupéré par le parti titiste sans avoir été un idéologue. Lorsqu’il réfute la formule de Naumann sur l’unité de la « Mitteleurope » utilisée comme prétexte politique par le pangermanisme et l’impérialisme autrichien, Krleza restait fidèle aux prises de position de sa jeunesse : c’est le point de vue d’un homme qui a souffert, du temps de l’Autriche-Hongrie, de son appartenance à une nation vassale, la croate » (selon l’incontournable Matvejevitch). On peut citer parmi ses œuvres traduites : Mars dieu Croate (recueil de nouvelles mettant en scène un paysan croate victime de la machine militaire austro-hongroise), Le balades de Petritsa Kerempouh (œuvre poétique racontant l’histoire de l’homme croate à travers l’Histoire) Le retour de Philippe Latinowicz (roman dont le personnage principal est un peintre introverti, en conflit avec les milieux socioculturels croates. Il souligne l’antagonisme entre une vision régionaliste étroite et une vision universaliste). Une thèse de doctorat présentée par Sinbeva Katunaric-Béné en 2001 souligne l’importance de Mirosla Krleza. Elle est intitulée « Deux écrivains dans le siècle. André Malraux, Miroslav Krleza littéraire de l’entre-deux-guerre ». Bien sûr, cet article n’est qu’une modeste approche de la littérature croate qui compte d’autres écrivains dignes d’intérêt. On peut citer parmi les poètes, Radivan Ivsic et Tin Ujevic. Parmi les écrivains contemporains, nous avons découvert une femme, Marica Bodrozic, née en 1973 en Dalmatie et qui s’est imposée d’abord en Allemagne avec un premier roman traduit depuis lors en français sous le titre « Tito est mort » : un recueil de nouvelles dont les récits nous plongent dans la paysannerie du Sud croate au début des années 1980. Il faut souligner que les plus grands écrivains croates du 20ème siècle ont partagé l’histoire de la Yougoslavie et une langue commune dans cette entité géopolitique disparue. Certains ont du s’expatrier dans divers pays d’Europe et d’Amérique. Les sujets contemporains les plus abordés sont tout naturellement l’identité culturelle, le nationalisme et les guerres d’indépendance. Il apparaît souhaitable de ne pas se limiter à la Croatie et de s’intéresser aux écrivains issus de toute la Yougoslavie. Certains n’ont jamais été traduits en français et notamment Radomir Konstantinovic, né en 1928 en Serbie, qui est décrit par Rada Ivekovic ( sur le site République des lettres ) comme « une grande figure isolée de la littérature et de la philosophie européennes ». Il est l’auteur de La mort de Descartes et de La philosophie du bourg, ouvrages qui attendent toujours une traduction française. On ne peut évoquer la littérature croate, sans rappeler que, au IXème siècle, l’écriture glagolitique y est inventée pour faciliter la christianisation des peuples slaves. La dévotion pour la langue écrite, mode de transmission de la culture classique et apanage d’une nouvelle classe sociale – que ce soit en caractères latins ou glagolitiques – restait une marque de la culture croate au Moyen âge et au-delà. Le latin demeura la langue officielle au Sabor, le Parlement croate, jusqu’au milieu du XIXème siècle, à une époque où la langue littéraire croate était pourtant déjà fixée. Alors que la Croatie a adopté l’écriture latine, les Serbes ont choisi la cyrillique. Nous avons résidé à Dubrovnik, dans le quartier de Babin Kuk (traduction : hanche de la grande mer), où en prenant le bus n° 6, nous étions à 20 minutes de la vieille ville. A partir de cette ville pittoresque, escale entourée d’îlots où d’immenses bateaux de croisières jettent l’ancre, nous avons fait des excursions : village de Cilipi et son folklore, Ston et ses 5kms de muraille, île de Korcula et ses philosophes, Mostar et son pont (Bosnie Herzegovine), et le Monténegro : la bouche de Kotor et Nicolas, enfin Budva et la Jet set. Il vous suffit d’acheter un guide touristique ou de surfer sur le Web pour trouver des photographies montrant la beauté de ces pays où la mer pénètre les terres montagneuses, multipliant les fjords, les presqu’îles et les îlots. L’île de Korcula et à son école philosophique avec Matvejevitch : Extrait :« Nous nous retrouvions dans l’île de Korcula. En 1971, les organisateurs me proposèrent d’entrer dans le conseil de cette école hérétique, au moment où elle subissait les pires avanies, attaquée aussi bien par les bureaucrates au pouvoir que des particularistes qui régentaient la culture. Je me retrouvais parmi des intellectuels qui, comme moi, cherchaient leur salut. Je rencontrais là le vieux Ernst Roch, marqué par son passage forcé de l’Allemagne de l’Est à celle de l’Ouest, Herbart Marcuse, au zénith de sa renommée, Henri Lefebvre avec ses soixante-huitards, Erich Fromm, en pleine maturité, Jurgen Habernas, encore jeune, Eugen Fink, Lucien Goldmann, Pierre Naville, Lombardo Radice, ainsi que de nombreux philosophes et sociologues appartenant à toutes les nationalités yougoslaves, parmi lesquels Rud Supek et Gaio Petrovitch. Aux premiers colloques assistaient également Leszek Kolakocski, venu de Pologne, et Karel Kosik, de Tchécoslovaquie. Nous lumes des passages de la lettre de « 2000 mots » et en discutâmes avant même qu’elle ne fût diffusée à Prague. Vinrent aussi Kostas Axelos et d’autres collaborateurs des revues parisiennes Arguments et Socialisme ou Barbarie ; puis Agnès Heller, Férenz Feher et Georges Markus de Budapest, encore liés à Lukacs ; quelques amis de Sartre, autour de « l’institut Gramsci » de Rome… Les Trotskistes réunis autour d’Ernest Mandel se manifestèrent à leur tour, ainsi que des anarchistes tels que Daniel Guerin et ses disciples, des libres penseurs comme Lelio Basso. Max Horkheiner et Theodor Adorno, fondateurs de « l’école de Francfort », sympathisèrent avec cette école d’hétérodoxie. Les dirigeants soviétiques ne permirent jamais à leurs philosophes de se joindre à nous… En Union soviétique, elle (l’école de Korcula) fut considérée comme « le pire des révisionnistes », ses membres qualifiés de traîtres et de calomniateurs du communisme et du socialisme. La ligue des communistes de Yougoslavie lui reprochait de se livrer à une critique de tout ce qui existe… notre école et la revue Praxis furent ensevelies, en 1974. Cette même année, j’adressai une lettre à Tito et lui conseillai naïvement de se retirer…» La lettre a été adressée le 17 juillet 1974. Matvejevitch y ajoute un post-scriptum dans lequel il reconnaît à Tito d’avoir résisté au fascisme et au stalinisme, d’avoir transformé les conflits fratricides en une résistance les plus puissantes d’Europe lors de la seconde guerre mondiale, et d’avoir évité à son pays le sort de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie sous le régime soviétique. Il lui reproche d’avoir gouverné trop longtemps, de s’être entouré d’incapables, de flatteurs et de politicards, d’avoir fait passé en premier ses ambitions d’acteur mondial et, par sa culture politique acquise en Union soviétique, son incapacité à affronter les problèmes de la démocratie moderne. Il ajoute : « Dans un pays plurinational, les responsabilités, au lieu de s’additionner, se multiplient. » Dubrovnik et la Croatie : « Il est difficile d’imaginer une ville qui offre à la vue plus d’unité, qui soit d’une solidité plus reposante. Tout est simple et fort : une loggia qu’on aperçoit de biais, le sol d’une rue aux larges dalles qui fuit entre deux lignes de toits : ou là-bas ces trois terrasses étagées comme les paliers d’un temple. Mais la merveille du site, l’instrument de charme inépuisable est ce chemin de ronde qui contourne la ville. Il vous promène un peu au dessus d’elle… » Jules Romains, extrait de « Les Hommes de bonne Volonté ». « La longue file beige et grise de touristes s’étirait dans la grande rue de Raguse… Les montagnes pelées de l’Herzégovine maintenaient Raguse sous des feux de miroirs ardents. » Marguerite Yourcenar , extrait de « Nouvelles orientales » « Raguse » ( Rocher ) est l’ancien nom de Dubrovnic. En parlant des habitants de Dubrovnic, on dit encore les Ragusains. Dubrovnik a subi un important tremblement de terre en 1667 dont certains murs gardent encore la trace. Elle a été sous occupation française pendant 9 ans à partir de 1809 (armée napoléonienne) puis est passée sous domination autrichienne. Après l’occupation austro-hongroise, la création du Royaume yougoslave (1918-1940) puis le communisme (1940 à 1991). La Croatie est devenue indépendante en 1991 et a été reconnue par l’Union Européenne en 1992. Elle est entrée dans deux conflits armés, en 1991 avec la Serbie et en 1993 avec la Bosnie. Le 6 décembre 1992, Dubrovnik a été bombardé par les Serbes, après que l’eau et l’électricité aient été coupées aux habitants de la ville assiégée. Les dernières guerres dans les Balkans ont duré 4 ans, jusqu’en 1995. En 2007, la Croatie devrait entrer dans l’Union Européenne. Cette entrée alimente les conversations et se fera sans grand enthousiasme puisque 70% des Croates y seraient opposés par crainte de la montée des prix dans un pays où le salaire moyen est de 650 euros et où la reconstruction est financée par la manne touristique. Beaucoup de Croates, comme Matvejevitch, pensent que la communauté européenne méprise les pays de l’Est pour leur pauvreté et leur impose des conditions trop draconiennes pour faire partie de cette union. Malgré leurs bas salaires, les Croates s’en sortent par une politique d’accession à la propriété et des revenus immobiliers (locations touristiques). La taxe foncière n’existe pas. La solidarité (nationale et familiale) explique l’absence de mendiants dans les rues et le sentiment de sécurité dans un pays où la délinquance est très inférieure à ce que nous connaissons en France. Le taux de chômage est de18% mais baisse jusqu’à 11% en été par les emplois saisonniers. L’allocation de chômage est de 120 Euros tous les trois mois. La Sécurité sociale prend en charge les visites médicales chez les généralistes et les médicaments prescrits sont gratuits. Les enfants vont à l’école à partir de 7 ans. C’est le système du contrôle continu qui est appliqué pour la délivrance des diplômes. Les études se terminent par une grande soirée avec les profs. L’âge de la retraite est à 65 ans. La population est très majoritairement catholique. Dans une ville comme Dubrovnik, les prix de l’immobilier ont augmenté de façon exponentielle jusqu’à atteindre 9 à 10.000 euros le mètre carré dans la ville historique (intra muros). Les capitaux étrangers sont à l’origine de cette envolée et notamment les capitaux de nouveaux milliardaires russes. Aujourd’hui, 7,2 kunas (monnaie nationale) correspondent à 1 euros (1 kunas est l’équivalent de 90 centimes de Franc et se divise en 100 lipas). Des appartements sont loués aux touristes pour un prix journalier moyen de 90 euros. La Croatie met en avant l’absence de pollution et la sécurité comme arguments touristiques. C’est encore vrai. Le coût de la vie est encore favorable au tourisme français car les prix sont inférieurs d’environ 10% par rapport à notre pays, bien que les produits y soient davantage taxés (ce qui n’est pas le cas en Bosnie Herzégovine où les prix sont encore inférieurs à ceux de la Croatie). Nous avons relevé, de façon anecdotique, que la longueur du bras de Roland de Roncevaux (à qui on a érigé une statue dans la ville historique de Dubrovnik) a servi de mesure avant d’être remplacé par le système métrique, et, pour un zeste d’histoire, que Napoléon Bonaparte a joué un rôle bénéfique dans la modernisation de la Croatie, notamment en matière d’infrastructure routière et de législation. Tito conserve une bonne image et non pas celle d’un dictateur comme le Roumain Ceaucescu, même si il a, lui aussi, abusé des procès politique, de la censure et du culte de la personnalité. Il nous a été dit que « Tito n’était pas un dictateur. Il était apprécié par tout le monde ». Il faut rappeler que Tito était d’origine croate. Feu Milosevic le Serbe est désigné comme le responsable des dernières guerres et donc comme le mauvais sujet des nationalismes dans les Balkans avec sa grande Serbie : rêve d’un mégalomane et cauchemar des populations des Balkans. En Bosnie Herzégovine, à Mostar où un pont relie les parties chrétienne et musulmane, il nous a été dit que, en novembre 1993, la destruction de ce pont construit au 16 ème siècle n’avait pas divisé les deux communautés et qu’elles avaient toujours rétabli un passage entre les deux rives. Ce pont reconstruit en 2004 à l’identique (et appelé le vieux nouveau pont) reste un symbole fort des relations qui devraient exister entre toutes les communautés religieuses (voir photo). Aucune précision n’a été fournie sur les auteurs de la dernière destruction mais nous avons appris que les bombes étaient croates. De jeunes hommes plongent de 25 mètres (milieu du Pont) dans la Néréva. Alors qu’en Croatie, la reconstruction a fait disparaître une grande partie des destructions dues aux dernières guerres, les dégâts sont plus visibles en Bosnie où certains bâtiments en moitié effondrés et criblés d’impacts témoignent de la violence des combats. Si vous allez en Bosnie, sachez que la monnaie nationale est le Mark compensé mais que vous pouvez payer en Kunas ou en Euro. Le calcul est simple, on vous divise l’addition par deux pour payer en euros et elle est multipliée par 4 pour les Kunas. La Bosnie, agressée par la Serbie de Milosévic, a été libérée par l’OTAN après 4 ans de Guerre (dont un an contre les Croates en 1993). La paix a été l’objet des accords de Dayton en 1995. Si vous passez par Mostar, aller au restaurant « Stari Mlin » ( le Vieux moulin). Vous pourrez y goûter une spécialité le « cévapcici » ( prix du plat 2,5 euros). Sarajevo sera associé au regret de n’avoir pas eu la possibilité d’y faire une excursion. Il paraît que c’est une ville qui a une âme. Notre guide Léonida nous a dit « Quand on arrive à Sarajevo, on se sent bien et les gens y sont très accueillants ». Nous n’attendrons pas les prochains jeux olympiques dans cette ville pour aller y passer un week-end. Dans le Monténégro, fraîchement indépendant, des véhicules roulent sans plaque minéralogique dans l’attente d’une première immatriculation monténégrine. Les monténégrins ont une réputation de méditerranéens, c’est-à-dire d’être peu travailleurs et donc plutôt fainéants. Ainsi, sous quelque latitude que nous nous trouvions, plus un peuple est au sud, plus il est entouré par la mer, et plus les mêmes traits de caricature (et non de caractère) reviennent dans les imaginaires collectifs de ceux qui vivent plus au Nord. La guide croate, Sonia, nous a énuméré les dix commandements du Monténégrin dont nous reportons un court extrait: « Chaque homme est né fatigué… Quand vous voulez travailler, attendez que ça vous passe. » Le Monténegro utilise déjà l’Euro comme monnaie nationale bien que ne faisant pas encore partie de la communauté européenne : une curiosité de la géopolitique européenne puisque la Grande Bretagne, composante importante de l’UE, a refusé l’ Euro, préférant royalement garder la Livre Sterling. Contrairement à la Croatie et à la Bosnie Herzégovine, nous y avons croisé quelques gitanes tendant la main, notamment à Budva, station balnéaire devenue le rendez-vous de la Jet-set après Saint-Tropez. Nous avons préféré Kotor, ville vénitienne située au fond d’un immense fjord ( la bouche de Kotor) entouré de montagnes noires, avec ses trois portes donnant respectivement sur la mer, la terre et la rivière, ses palais à trois niveaux de styles différents ( gothique, renaissance et baroque ), ses petits commerces et le charme de ses ruelles.
Publié le 11 septembre 2006 à 11:53
Par flicorse
A las cinco de la tarde, roman de g-m Bon , troisième volet d’une trilogie :

" A cinq heures de l’après-midi, il était juste cinq heures de l’après-midi, le glas commença à sonner et tout le reste n’était que mort… " Le poème de Fédérico Garcia Lorca raconte une corrida et la mise à mort d’un torrero. A las cinco de la tarde ! " ; c’est aussi le titre du troisième volet écrit par g-m Bon, créateur de " Cavalier " né avec " Bar de la Poste, Marseille " et " Contes cruels, Toulouse " ( aux Editions L'Ecailler du Sud).Ce personnage aux allures de novillero évolue dans les arènes sanglantes des guerres du Milieu marseillais. Après le décès de sa mère Millanoise, son père était resté près de Millau, dans l’Aveyron. Cavalier a vécu dans une ferme isolée sur les Causses du Larzac, au milieu des chevaux. Devenu citadin et flic, il traîne sa nostalgie des espaces ventés ( " Sa mer à lui, c’était le vent soufflant sur les roches grises du Larzac ") et de ses plus lointaines origines espagnoles . Le poète Garcia Lorca l’accompagne dans sa vie mais aussi des peintres : Greco, Goya ou Zurbaran. Il craque pour " des yeux de plaines brûlées, des yeux de gitanes andalouse ".A 45 ans, il sillonne Marseille au volant de sa MG d’occasion d’un rouge lie-de-vin, modèle de1974. Il a le visage émacié, aux traits fins, les cheveux broussailleux et la silhouette d’un novillero que l’on prenait parfois pour un gitan. Il a voyagé en Afrique et en Amérique du Sud. Du Portugal, il a ramené un maillot de l’équipe de foot de Benfica. Sombre et taciturne, il ne se lie qu’à de joyeux drilles qui l’extirpent de sa coquille, et , lorsqu’il boit de l’eau , c’est toujours avec du Ricard. Marseille lui apparaît comme une Babylone trépignante, chaotique, fiévreuse. Après un premier poste à Lille, il était passé par Paris et " il portait la marque de fabrique du 36 quai des Orfèvres, la police judiciaire parisienne, où il venait de passer plus de dix ans. Et aux yeux des Marseillais, il resterait un Parisien ". Il a du mal à s’adapter à la cité phocéenne, " sa moiteur, la pulsion même de la ville, trop de gens y courent après un rêve de grandeur perdue " et parmi eux deux vieux truands : Graziani, le Corse et Moretti , le Napolitain. Il n’est pas encore cinq heures de l’après-midi lorsque le cadavre de Graziani est découvert lardé de coups de couteau. Les blessures du truand corse ressemblent à une étoile à 6 branches : les six coups du diable ! Le dernier a l’avoir vu vivant ou mort est le parrain napolitain Moretti qui vit avec sa vieille mère. Autour de ce dernier, les victimes de règlements de comptes se multiplient. Est-ce le début d’une nouvelle guerre des gangs ? Un gnome semble diriger les meurtres sur le terrain. Qui est ce gnome accompagné de tueurs bulgares ? Cavalier est chargé de faire la lumière. Il peut compter sur son collègue corse Dionisi, le bien nommé qui aime et est aimé des femmes. Et puis, il y a Marciano, un vieux poulet pied-noir avec ses archives personnelles. Cavalier s’insurge contre la loi de l’argent et pense qu’il pourrait finir anar, comme son père, dans un pays où se pose la question de savoir si servir l’Etat avait encore un sens. Il n’a aucune indulgence pour les hommes politiques, désabusé par un Président qui " piétine les lois, jusqu’à plus soif " , et un Ministre de l’Intérieur, décrit comme étant " un petit coq ambitieux et arriviste. Beaucoup d’esbroufe et peu de réussite. Pas une journée sans une sortie devant les caméras ". Dans la fiction, il se nomme " Romani " même si les journaux annonce qu’il s’est fait prendre en photo à Séville en compagnie de son épouse, que l’on disait partie vivre au Maroc : un couple sur la voie de la réconciliation après des déboires sentimentaux. Pour clore la description , c’est un homme pressé de devenir Président. Cavalier s’épanche sur son métier, sans savoir ce qu’il aimait dans la police. Finalement, il ne se voyait rien faire d’autre et s’accommodait de tout, même de la mort. Cavalier croise dans la fiction quelques personnages pour lesquels les ressemblances ne sont pas forcément fortuites. Pour ceux qui vivent à Marseille depuis de nombreuses années, " Le chinois " qui animait des parties de Volley sur la plage des Catalans est un commissaire célèbre d’origine vietnamienne, chef du GIPN à Marseille. Antoine et Mémé GUERINI étaient de vrais truands qui ont alimenté les chroniques judiciaires . Des noms comme Croce, Mosca et Luchesi restent aussi associés au grand banditisme marseillais. En mélangeant fiction et réalité, l’auteur donne de la crédibilité à son récit, et il est bien informé puisqu’il est journaliste parisien ayant traité des faits divers. Le réalisme est encore renforcé par un connaissance apparente des milieux judiciaire et policier de Marseille, où " on a vu des gens se suicider de deux balles dans la tête et d’autres survivre avec onze projectiles dans la peau." Cavalier est un flic à la psychologie nuancée qui, " la vie étant ce qu’elle est, était rentré dans les rangs. Marre de se battre contre les moulins à vent. Marre de s’opposer à une hiérarchie qui, du commissaire de base jusqu’au préfet, fait siennes les pires inepties de la classe politique… La désinvolture de son chef commençait à lui taper sur le système. S’imaginait-il vraiment qu’on pourrait trancher la question en vingt secondes, entre deux portes ? " Lorsqu’il est sous le coup du découragement, il décide d’aller passer le week-end dans la bergerie du Larzac, héritage paternel… à la différence avec Fabio Montale, fils d’Italiens et flic débonnaire qui se réfugie dans son cabanon aux Goudes mais qui fréquente, comme lui, le Bar des treize coins, près de l’hôtel de police de Marseille. Italiens, Espagnols, Corses mais aussi Sénégalais, Réunionnais, Comoriens, Maghrébins… se sont succédés ou côtoyés dans le quartier du Panier. Jean-Claude Izzo disait justement : " Depuis sa fondation, Marseille n’est qu’une ville de l’exil. Nous devons sans cesse apprendre à vivre ensemble. " Finalement Cavalier reconnaît lui-même que " Au fil des mois, il commençait pourtant à s’adapter à Marseille. De toute façon, c’était Marseille ou rien. Ce qui le fascinait dans cette ville folâtre et rebelle ? Le métissage des cultures peut-être. Ou son erratique violence. Aucune autre ville de province n’aurait pu lui apporter ainsi son compte d’émotions "… tout en rêvant de vendre la bergerie, vider son compte d’épargne et filer en Andalousie, près de Jerez de la Frontera, la Mecque des dresseurs de chevaux , ou de Ronda. On peut être Marseillais et Corse, Marseillais et Espagnol, Marseillais et Italien, Marseillais et Arménien, Marseillais et … On est plus rarement simplement un Marseillais. Marseille est plus qu’une ville, elle est un port méditerranéen où tous se réclament de cette mer que Fabio Montale contemplait comme un paysage lunaire qui n’embrasse rien que du bleu. Le bonheur côtoie la nostalgie et, en regardant les bateaux quitter les quais, on peut rêver de retour au pays. Personne n’est obligé d’y renier ses origines. Lorsque l’on parle de Marseille, on est amené à évoquer toute la Méditerranée dont la Corse où Cavalier a séjourné : " Il se leva et alla se poster à la fenêtre d’où il observa, entre deux immeubles, une partie du pont supérieur d’un ferry. En raison d’une grève des marins, plus aucune liaison avec la Corse n’était assurée depuis trois jours. Et il se souvint alors de son unique enquête en Corse. Une sorte de voyage au pays de l’impunité. Là-bas, tous les témoins sont sourds, aveugles ou alités. Encore pire qu’à Marseille. Naturellement, il n’avait pas trouvé l’homme qu’il cherchait. Une quête insensée, de hameau en bergerie, jusqu’au col de Vizzavona où il avait retrouvé un peu les mêmes sensations qu’au Larzac. Là-haut, en parlant avec les bergers, il avait pris conscience que les Corses n’avaient aucune raison de se sentir français. Au nom de quoi ? Génois et Français les avaient à chaque fois soumis par la force. Et ce fut Bonaparte, le traître, qui écrasa durablement la résistance… " Une vision sans aucaun doute très caricaturale de la Corse en dehors du fait que cette île est devenue génoise et française par la force.
Le poète andalou fusillé à Grenade :
Frédérico Gracia Lorca est un poète, dramaturge, peintre, pianiste et compositeur espagnol né le 5 juin 1898 dans la province de Grenade où il sera fusillé le 19 août 1936 par les rebelles antirépublicains qui ont jeté son corps dans une fosse à Viznar. Sous la dictature franquiste , ses œuvres furent interdites puis censurés jusqu’à la mort de Franco, en 1975. Jean Cassou, écrivain et critique d’art français, lui a rendu un bel hommage en écrivant: " Toucher à Garcia Lorca, rompre cet hymne vivant, cette jeunesse et cet enivrement de rossignol, ce fut une offense atroce à tout ce qui, dans ce coin de terre, est nature ; floraison et beauté. Ce fut injurier la vigne et l’olivier, l’œillet et le jasmin, frapper à mort la nuit, la lune, la mer, jeter le plus insolent défi à ces passions que le peuple porte en lui et qui lui paraissent à ce point sacrées qu’il ne peut les égaler qu’aux éléments éternels… " Pour Jean Cassou, l’inspiration essentielle de ce poète " réside dans un sens exceptionnel de l’âme populaire et son plus haut talent en un art non moins extraordinaire pour transformer cette inspiration en une poésie pure..." "Frédérico Garcia lorca fut l’ami des surréalistes Luis Bunuel et de Salvador Dali, qui, en 1929, collaborèrent pour le film " Un chien andalou ", que Lorca prit comme une allusion à son homosexualité au moment de sa rupture avec le peintre Eimilio Aladren. Le poète fit alors un long séjour au Etats Unis qui lui inspirèrent sa collection de poèmes " le Poète à New York ". Il rentre en Espagne en 1930 , au moment de la chute de la dictature de Primo de Ribera et du rétablissement de la République. Il vit à Madrid où il devient le directeur de la société de théâtre étudiante , La Barraca ". Quand la guerre civile éclate, il rejoint Grenade , conscient du danger qui le menaçait dans le ville la plus conservatrice de l’Andalousie.En 2002, Michel Rostain avait mis en scène le poème de Frédérico Garcia Lorca, Il s’agit d’un chant funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, torero célébre mort le 13 août 1934 deux jours après avoir été blessé aux arènes de Manzanares. " Llanto por Igancio Sanchez Mejias " a été présenté au Théatre National de Toulouse sur une musique de Vicente Pradal. A las cinco de la tarde… à cinq heures de l’après-midi ! L’heure de la mort pour Frédérico Garcia Lorca. " A cinq heures de l’après-midi, terribles cinq heures de l’après-midi ! Il était cinq heures à toutes les horloges. Il était cinq heures à l’ombre du soir ".
l’Afghanistan, à cinq heures de l’après-midi :
Samira Makhmalbaf, jeune cinéaste iranienne, s’est approprié ce poème, chant funèbre, en projetant les images de l’Afghanistan au lendemain de la chute des Talibans. Une femme rêve de liberté sous sa burka bleue, liberté d’apprendre, d’être belle et d’être ambitieuse en écho aux versets, sourates et autres psalmodies du Coran. Espoir d’émancipation d’une jeune femme en opposition à un patriarcat nostalgique des archaïsmes intégristes dans un pays dévasté, miné, envahi par des réfugiés pakistanais, affamé… un pays où les femmes sont réduites à se taire, attendre et survivre, où l’espoir de changement ne semble pas permis. La famille de la jeune fille quitte finalement Kaboul sans destination.
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