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Mon bloc perso.
Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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B log cousin de CORSICAPOLAR à l'adresse : http://www.cors icapolar.eu
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RE NDEZ-VOUS:

- Festival du polar méditerranéen de Villeneuve lez Avignon (84) les 3, 4 et 5 octobre 2008
Parrain de cette 4ème édition: Didier Daeninckx
voir article

- Rencontres littéraires du Barreau de Marseille le 12 octobre 2008, Maison des avocats
rue Grignan 13006 Marseille. de 11 heures à 18 Heures.

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Opér ata "Noirs de Corse"

Initi é en Corse par l’association Handi 20, le projet d’éditer un recueil de nouvelles sur le thème du polar dans le but d’acquérir du matériel adapté aux personnes handicapées, prend en 2008 des allures de véritable challenge. Partenaire de ce projet solidaire en faveur de l’accessibilité , l’association Corsicapolar, organisatrice du premier festival du polar corse et méditerranéen qui avait obtenu un succès remarqué à Ajaccio en 2007, a décidé en effet de mobiliser toutes ses forces pour cette initiative.

Le blog des auteurs corses et amis de la Corse, www.corsicapola r.eu, a battu le rappel des troupes et les réponses n’ont pas été longue à venir. L’entraide n’est pas encore un vain mot. L’appel a été entendu par de nombreux auteurs et bien au-delà de l’île.

L’app el lancé par Fabrice Albertini, président d'Handi 20 a été entendu puisque 26 auteurs ont offert un peu de leur univers noir :

Trente nouvelles inédites signées par:
Arlette Shleifer, Claude Ferrieux, Danièle Piani, Denis Blémont Cerli, Elisabeth Milleliri, Eric Patris, Fabrice Albertini, Jacques Mondoloni, Jean-Louis Vassallucci, Jean-Michel Raffalli, Jean-Paul Ceccaldi, Jean-Pierre Orsi, Jean-Pierre Petit, Jean-Pierre Santini, Jeanne Tomasini, Jérôme Camilly, Marie-Catherine Deville, Marie-Hélène Ferrari, Martine Rousset, Michel Jacquet, Okuba Kentaro, Pierre-Paul Battesti, Pietr'Anto Scolca, Rémi Talbi, Ugo Pandolfi.

Pa trice Antona, chroniqueur de RCFM, a signé l'avant-propos.

Cet ouvrage a fait l'objet de nombreuses souscriptions et sera vendu et dédicacé à l'occasion du deuxième festival du polar corse et méditerranéen qui se déroulera du 4 au 6 juillet 2008 à Ajaccio. On pourra également le trouver sur le car ferry Danielle Casanova lors de la traversée Marseille-Ajacc io départ le 3 Juillet 2008 en soirée.

Tout es les informations sont données sur le site de Corsicapolar à l'adresse ci-dessous:
http://www.cors icapolar.eu

Pour les commandes aller sur le site Handi 20 : http://handi20. free.fr/
Courr iel : handi20@free.fr

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- Jean-Pierre Santini, écrivain et éditeur corse dans l'actualité littéraire en 2008

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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.

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A dopu!
A plus tard!
Ma photo
Corse noire
Publié le 28 octobre 2006 à 08:01
Par flicorse
Connaissez-vous Vibrion ?
Si vous répondez non
Je vais vous damer le pion
Vous marcher sur les arpions
Puis vous botter le fion,
Pour vous donner des sensations
Et vous sortir de l’inaction et la déréliction.

Sur parole, il faut me croire
Bougez-vous ! Allez les voir
Les écouter un de ces soirs
Même si on ne peut pas s’asseoir
Et plutôt debout avec un verre à boire
C’est un rendez-vous devant un comptoir
On vous y sert des mots en noir
Et noir, ça rime même avec espoir.

Sous la passerelle des docks
Jusqu’à plus de ten o’ clock
Loin de mon paddock,
J’ai écouté du slam n’roll on the Rock.
C’est mieux que d’aller chez Mister Doc ;
J’ai trouvé le remède ad hoc.
A ma journée, il fallait un électrochoc,
Ce fut le choc des mots sur une musique de choc.

Décibels et phrases rImées
Attaques à mots armés
Vérités déclamées
C’est Vibrion qui est venu slamer…
Par leur poésie urbaine rythmée
Sur des gestes saccadés et mimés
Le public a vite été arrimé.

De jeux de mots en jeux de scène
Vibrion entame ma passivité devenue obscène,
Bousculant les sons jusqu’à en perdre haleine.
Syllabes éclatées, vibrations extrêmes
Cris parlés, mots scandés, poèmes
L’ambiance se déchaîne
La glace fond et la retenue brise ses chaînes
La liberté sème sur le public ses graines
Le temps, malgré tout, s’égrène.


De jeux de mots en jeux de scène
Les "ego" ne sont pas égaux dans la haine
Le Slam veut que l’on s’aime
C’est l’amitié qui tue la peine
Lorsqu’il est noir et dur comme l’ébène
Le Slam récolte ce que l’on sème
Dans la nature humaine, ce que l’on s’aime.


Vibrions ! Tantôt colériques, tantôt sceptiques,
Remuez, remuez désespérément, vibrions tragiques
Remuez, comme Aragon, la rime poétique.
Vibrionnez tous les publics
Le Slam est aussi une musique…
Mais lorsque chacun se donne la réplique
En Corse, Chjam'e rispondi est le nom antique,
Celui d’une joute poétique,
A la fois Coutumière et magique.

Après Vibrion et son Slam en duo
Magie des mots qui agitent les maux
Grandcorpsmalade a soufflé le froid et le chaud.
Nous ne lui ferons pas un article de trop.
Il n’a pas l’âge encore d’ une rétro…
Ca a trop chémar ! Il est devenu pro…
C’était super ! C’était cadeau.

Au Vibrion, qui m’a envoyé un Mail
En post-scriptum, pour répondre à son appel
Je lui dis que j’étais dans ses décibels.
Je suis venu sans avoir recours à la SNCM
parce que la poésie urbaine, j’aime.

Et si mes rimes ne sont pas bonnes
Je voudrais qu’elles résonnent.
J’espère qu’elles auront des échos
Et que, au coeur de Vibrion, elles feront chaud.

jpC, le 27 octobre 2006



slam3.bmpmontage2.JPG
Publié le 23 octobre 2006 à 17:54
Par flicorse

« Le soleil est tragique lorsqu’il tombe ainsi sans pitié », Jean Giono :

Marseille, son mistral et son soleil radieux !... Vision solsticiale de la ville phocéenne où, à son Zénith, le soleil laisse les êtres sans ombres. Un poncif sur Marseille que l’on oublie dès que l’on plonge dans le premier tome de l’Album « Sans pitié ».


sanspitiédeux.JPG


Sur la couverture du premier tome « Mistral noir », un homme descend des marches. Son visage et une silhouette en haut du long escalier sont dans l’ombre… De quoi évoquer quelques vers de Louis Brauquier ;

« L’homme invisible qui prend une ombre en filature,
Et n’arrête à la fin que son complice obscur,

Coups de feu échangés, et l’ombre tombe morte… »


En première page, un ballez piétine devant un arrêt d’autobus, les mains dans son blouson de cuir, col relevé, jean, Rangers, bonnet de marin vissé sur la tête, visage typé, menton carré, pommettes saillantes. Noir c’est noir, on retrouve le nervi blessé, dans un local vétuste de société fantôme. La lumière de la Lune s’étire comme des rails sur le sol. Une lampe fait un halo blafard sur l’homme. Les jambes croisées, il est allongé sur un matelas qui, jeté dans un coin, côtoie une valise et un fusil mitrailleur…

Plus noir que noir, le livre entre ses mains : Deuil dans le coton* de Jim Thomson*. Le regard fixe et brillant, il s’est arrêté sur une phrase : « Ma tête était douloureuse et mes yeux me brûlaient. J’essayai de réfléchir… de décider ce que j’allais faire… ». Des images lui reviennent à l’esprit : des flashes d’opérations guerrières et un homme âgé assis sur un fauteuil roulant qu’il pousse vers la sortie dans un hall presque désert. Suit une vue nocturne de Marseille prise d’un toit de Libération, avec en premier plan l’Eglise des Réformés. A la gauche (a sinistra) du dessin, l’ombre de la Bonne mère est présente mais ce ne sont pas des personnages Pagnolesques qui occuperont le premier plan.

Manu, avec son tee shirt « No pasara » chante « Je suis de la mauvaise herbe, braves gens, braves gens je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés… c’est moi qu’on coupe et c’est pas moi qu’on met... Sa petite amie Nawel, beauté à la peau basanée et look de cagole, tient le comptoir d’un bar populaire et cosmopolite. La sœur de Manu, Axelle, est une toxicomane qui est tombée entre les sales pattes de la maffia. Lui, il n’a plus envie de travailler sur les chantiers et ambitionne d’être ingénieur du son. En attendant, il glande et, pour protéger sa sœur, fait partie d’une bande de dealers avec Frak , chef et organisateur d’une rave – partie* à Fos sur mer mais aussi Vince et sa coiffure rasta qui, tout en livrant la came et semant la police au volant d’une grosse cylindrée, rêve d’être le boss et se fait des lignes de poudre blanche sur sa « carte vitale »…


Les auteurs nous sortent de notre train-train quotidien et nous propulsent dans un univers où les rails de coke tracent des lignes de vie tragiques et d’autant plus brèves qu’elles croisent des caïds, gros trafiquants d’une maffia qui a infiltré la police. Dans ce monde interlope, une rave partie devient la kermesse noire de la dope et le champ de manigances mortelles. Notre nervi énigmatique y brise la nuque de Vince et fait un sourire kabyle à José, gros ventre qui joue les gros bras. Manu, lui, s’est défoncé à la limite de l’overdose et se réveille couvert de sang, près des deux cadavres, avant d’échapper à la police conduite par Campanella, un ripou. Au petit matin, dans une chambre, l’accalmie de deux corps jeunes dénudés, ceux de Manu et Nawel, et au réveil, l’angoisse... Les cauchemars de la nuit deviennent réalités. Une tempête a délavé le Vieux port et mis tout sans dessus dessous. Le tueur passe devant la Brasserie La Samaritaine, puis, impassible, s’attable à la terrasse du Grand Comptoir de Paris, une oreillette indiscrète à l’oreille droite… Qui est-il et qui sera sa prochaine victime ? A la fin, notre tueur énigmatique referme le roman de Jim Thomson, sur la phrase : « Parce que je savais que la seule chose au monde que je désirais vraiment serait actuellement une erreur.. » La mort violente est une cruelle banalité mise en poème par Louis Brauquier, avec justesse et, comme Izzo, j’ai un faible pour ce grand poète de Marseille.

« Dans une rue passe un vivant
Avec tout son sang dedans.

Soudain le voilà mort

Et tout son sang est dehors »

Le spectacle continue… jeu d’ombres entre victimes et tueurs. Point de longues tirades qui nuiraient à la vision filmique d’un thriller rythmé. Les scènes d’action se suffisent à elles-mêmes. Aucun commentaire superflu ne vient rompre la vision des images et le réalisme des dialogues.


Le deuxième tome est sorti sous le titre « Coupe franche » et c’est Manu qui est à l’affiche… Rappelez-vous sa chanson au début de Mistral noir « Je suis de la mauvaise herbe… C’est pas moi qu’on coupe et c’est pas moi qu’on met… ». Dans Mistral noir, on peut vous le dire, Manu a été enlevé et, séquestré, il passe un sale moment. La surprise vient de celui qui le libère. Que va-t-il lui arriver dans « Coupe franche ». On va en savoir un peu plus sur le tueur solitaire. Que fait la police ? Le Bien remportera-t-il son combat contre le Mal? Peut-être les deux sont-ils tellement imbriqués que, à la fin, il n’y aura que des perdants. Nous attendons le troisième tome et l’épilogue. Doit-on s’attendre à une « happy end » ? Peu probable lorsqu’on revient au titre « Sans pitié »… A moins qu’il ne soit la fausse piste d’une histoire qui se terminera bien sous le soleil radieux de Marseille. A vous de découvrir cet album de BD dont les deux premiers volets sont réussis.


Que sont les raves – parties ? Avec les free – parties, ce sont des rassemblements festifs à caractère musical, pouvant durer plusieurs jours au cours desquels on diffuse de la musique techno et où, parfois, circulent toutes sortes de produits illicites. Elles sont réglementées depuis la loi du 15 novembre 2001, ont fait l’objet d’un premier décret du 3 mai 2002 prévoyant une déclaration préalable en Préfecture à partir de 250 participants puis d’une décret plus récent du 21 mars 2006 relevant le nombre à 500. Cet ajustement est du au fait que, après les rassemblements de type « Teknival" allant jusqu’à 40.000 raveurs, les chiffres des fréquentations n’ont cessé de baisser passant de 712 en 2001 à 208 en 2005, la majeure partie des manifestations étant donc passée à moins de 500 participants. Des médiateurs préfectoraux ont été mis en place pour ce fait de société et les Préfectures ont été appelées à recenser les terrains pouvant accueillir ces rassemblements.


Didier Daeninckx a écrit la préface de « Sans pitié » et reconnaît que « pendant des décennies, il n’était de bons crimes qu’à Paris… La province, (comme s’il n’y en avait qu’une), était réduite à quelques accents, à quelques folklores ... Pourtant, de Casério jusqu’au massacre du Bar du téléphone en passant par Carbone et Spirito, le sang de la rubrique des faits divers coulait à flots sur la Canebière. Il a fallu attendre que René Merle et Jean-Claude Izzo se penchent pour y remplir les réservoirs de leurs stylos, bientôt suivis par une cohorte d’arpenteurs du réel… »

D’accord pour Merle et Izzo, mais il ne faudrait pas oublier Philippe Carrese et des précurseurs comme Pierre Yrondy et Jean - Toussaint Samat (voir notre article du 4/7/2006 à 19 :26).


Le roman « Deuil dans le coton » (titre original : Cropper’s Cabin) est sorti en 1952. Le premier roman de Jim Thomson est Now et Earth (1942), traduction littérale « Maintenant et ici-bas » ayant donné le titre « Ici et maintenant».

Jim Thomson a été découvert en France avec la parution de son roman « 1275 âmes », n°1000 de la Série noire (titre original : Pop 1280 et adaptation cinématographique de Tavernier dans « coup de torchon »).Plusieurs de ses romans, alors qu’il est mort dans l’indifférence aux Etats Unis, ont été adaptés au cinéma. En France, on peut citer aussi « Série noire » d’Alain Corneau.

Cet auteur texan a été comparé à Céline et avait une vision apocalyptique du monde. Il a raconté sa vie dans Bad boy (1953). Il a travaillé avec Stanley Kubrick pour « Ultime razzia » et pour « Les sentiers de la gloire » (1955). On le voit apparaître dans le film « Farewell My Lovely » de Dick Richard qui lui a donné le rôle d’un juge trompé par son épouse. Il a écrit dans les Pulps d’où ont émergé les premiers auteurs du hard-boiled qui ont inspiré le genre noire en France et « les arpenteurs du réel » auxquels fait allusion Daeninckx, qu’ils soient de Marseille ou d’ailleurs.

thompson-bonus1.jpg Jim Thomson dans "Farewel My Lovely"


Au Parc Chanot
, lors de l’événement « Lire en fête », dimanche 14 octobre, l’arpenteur Pascal Génot n’avait pas assez d’encre dans le réservoir de son stylo pour dédicacer les deux premiers tomes de « Sans pitié ». Il y avait foule et les albums s’entassaient en attente des dédicaces trop nombreuses à donner. Un franc succès ! Vous pouvez visiter le site de l’Album à l’adresse suivant :
http://sans-pitié.com


Pascal Génot est né à Bastia en 1975. Diplômé d’études cinématographiques, il a écrit un ouvrage : « La Corse au regard du film amateur ». Nous lui avons soumis cinq questions


1°/ Comment s'est formée et a fonctionné l'équipe de la trilogie?

Bruno Pradelle, co-scénariste et coloriste de la série, est un ami de longue date, originaire comme moi de l’Alta Rocca. En 1998, nous avions élaboré une première version du projet qui n’avait pas retenu l’attention des éditeurs. En 2000, dans un studio de dessin animé marseillais, Bruno a rencontré le dessinateur Olivier Thomas. Après « Arvandor », une série d’heroic-fantasy où Bruno faisait déjà les couleurs, Olivier souhaitait évoluer vers un genre plus réaliste, plus contemporain. Il nous a proposé de reprendre le projet « Sans pitié » : l’équipe était formée, et en 2004 nous avons signé avec les éditions EP. Depuis, nous travaillons par un aller-retour critique permanent : Bruno et moi faisons un premier travail d’écriture que nous soumettons à Olivier, puis nous établissons un synopsis très détaillé à partir duquel nous rédigeons le scénario séquence par séquence tandis qu’Olivier travaille un premier story-board que nous corrigeons tous ensemble. Une fois cette étape validée pour la moitié d’un tome, les dialogues sont remaniés et Olivier dessine les premières planches pendant que nous terminons le scénario en tenant compte des éventuels changements opérés en amont. Nous maîtrisons l’intégralité de la chaîne de création, ce qui nous permet d’apporter des améliorations jusqu’au dernier moment de la mise en couleur. Bref, c’est un vrai travail d’équipe.


2°/ Dans le premier tome "Mistral noir", on trouve tout ce que Marseille peut évoquer de noir: bandes de jeunes désoeuvrés, caïds de la drogue, flics ripoux... Pour noircir davantage le scénario, un nervi énigmatique lit "Deuil dans le coton" de Jim Thomson et traîne ses souvenirs de la guerre d'Algérie qui n'a pas encore refermé ses plaies. Pourquoi avoir sorti, comme un fantôme, des archives algériennes et des conflits Tchadiens, cet
ancien légionnaire harki, personnage noir d'une fiction qui va crescendo
?

Dès le départ, nous souhaitions que les motivations de l’intrigue trouvent leurs origines dans l’histoire collective. Nous voulions ainsi illustrer les répercussions des conflits et des ruptures que connaissent les peuples et les nations, comme une onde de choc qui se propage au fil des générations. La guerre d’Algérie nous paraissait exemplaire de ce phénomène et depuis l’actualité n’a eu de cesse de le confirmer. Le personnage de Ravel, cet ancien légionnaire harki, est donc en quelque sorte à la fois le symbole et le vecteur de cette onde de choc historique. En ce sens, nous sommes proches de la tradition du polar français où les sources de conflits individuels sont souvent sociologiques et historiques.


3°/ Le deuxième tome "Coupe franche" confirme le rôle du nervi mystérieux et celui de Manu, jeune paumé qui arbore sur son torse le slogan "No pasaran". Que pouvez-vous nous dire de Manu, personnage central qui se débat au milieu des manigances mortelles?

Si Ravel est le vecteur de cette violence historique à laquelle je viens de faire allusion, Manu témoigne du rapport à l’histoire d’une génération qui n’a pas pris directement part au conflit franco-algérien, mais qui ne peut pas pour autant faire comme si cela n’avait jamais été. Malgré lui, Manu est concerné et il va devoir assumer sa propre place dans cette histoire. Pour autant, « Sans pitié » n’est pas une bande dessinée sur la guerre d’Algérie. Disons qu’il s’agit d’articuler le lien entre deux citations : l’une de l’historien Marc Bloch qui disait que « les hommes sont plus les fils de leur temps que de leurs pères », l’autre du cinéaste Pier Paolo Pasolini qui pensait que « l’histoire, c’est la passion des fils de comprendre les pères ».


4°/ Voulez-vous nous dire quelques mots sur "Deuil dans le coton" et son auteur surnommé en France le "Céline Texan" ?

Jim Thomson est l’un de nos auteurs favoris, dont nous apprécions la noirceur et l’humanité. Avec des écrivains français comme Manchette ou Daeninckx, Thompson est l’une de nos principales influences. Introduire le récit par une scène où Ravel lit « Deuil dans le coton » nous permettait d’ancrer d’emblée notre histoire dans une référence explicite au noir. Le choix précis de ce roman tient aux rapports conflictuels de son personnage principal avec son père adoptif, rapports qui présentent des similitudes avec la situation du personnage de Ravel et qui seront développés dans le denier volet de la trilogie, « Table rase ». Il y a ainsi plusieurs allusions littéraires ou cinématographiques dans « Sans pitié », dont le titre provient d’ailleurs d’une phrase de Jean Giono : « Le soleil est tragique lorsqu’il tombe ainsi sans pitié. »


5°/ Vous êtes né à Bastia. Vous êtes diplômé en Etudes cinématographiques à l'Université de Provence. Vous avez écrit un ouvrage intitulé "La Corse au regard du film amateur". Quel regard portez-vous sur la Corse, terre de romans noirs?

J’avoue mieux connaître, de par mes travaux de recherches, la représentation de la Corse au cinéma que dans la littérature. Cependant, ce qui vaut pour le cinéma me semble l’être pour le roman, d’autant plus que l’héritage du romantisme français (dont Mérimée est avec « Colomba » le principal représentant) s’est transmis aux films dès les premiers temps du cinéma et perdure encore de nos jours. Le sujet est complexe, car il fait appel au réel comme à la fiction. D’un côté, il y a la réalité socio-historique, à savoir que la Corse est marquée par la violence et que certains corses ont joués un rôle de premier plan dans le milieu français. D’un autre côté, il y a l’usage récurent dans les fictions de la figure du « bandit corse », depuis le bandit d’honneur au nationaliste clandestin d’aujourd’hui, en passant par le voyou des grandes villes comme Paris ou Marseille. Cette systématicité dans la représentation contribue à produire une image de la Corse comme un autre déviant, à qui l’on rappelle sans cesse que sa nature est prétendument violente. Ce stéréotype devrait être remanié, travaillé avec les moyens du roman noir, mais il faut reconnaître, me semble-t-il, que la Corse ne connaît pas encore son Jean-Claude Izzo ou son Didier Daeninckx. La Corse comme « terre de romans noirs » ne me semble pas avoir livré tous ses fruits : le noir est un genre où les Corses peuvent encore largement travailler leur propre image. Néanmoins, des écrivains comme Jérôme Ferrari ou Marc Biancarelli me paraissent faire une part de ce travail, même s’ils n’écrivent pas des romans noirs au sens usuel du genre.

CouverturePascal.gif La Corse au regard du film amateur, Pascal Génot
Publié le 17 octobre 2006 à 13:05
Par flicorse

Les vignes des seigneurs de Trouillas:

augetrul.JPG

Jean-René Augè
vit dans la région de Perpignan. Lorsqu’on le rencontre, on s’attend à ce qu’il nous chante « que la montagne est belle … », avec son « vrai » air de Jean Ferrat. Mais c’est avec sa plume taillée dans le rabassou (cep de vigne en patois catalan) qu’il fait chanter les mots par grappes et qu’il nous trace le récit de Taïeb entre les rangées des vignes, lentement pour le bonifier comme du bon vin. Trouillas est un patelin viticole pas très loin de Perpignan, planté au milieu de mère Nature, toujours présente et vivante, avec sa « peau d’herbes sauvages », ses « naissances» de fruits et légumes dans les potagers sous « les yeux des maisons, timides »… Un coin du Sud de la France où le soleil « brûlait pareillement espagnols, gitans, arabes ou catalans ».


Taïeb y arrive à 15 ans avec sa famille. Son père y est embauché comme ouvrier agricole après une période de chômage dans la banlieue parisienne. Taïeb est un môme des cités banlieusardes avec des parents d’un « pays avant la France … un pays qui portait la mer en chapeau et le désert pour chaussures, avec des écritures comme des pas de mouches ivres qui allaient de droite à gauche » : l’Algérie. Il ne partage pas leur nostalgie ni leur Dieu qui l’empêche d’être ce qu’il est : un Français. « Mon père, dit-il, parle de ses racines, des vieux de là-bas, de tous ceux qui ont fait notre histoire et j’ai envie de lui crier que je me fous de la graine… C’est là où elle tombe qui a de l’importance. Là où elle pousse et j’ai poussé ici. En France. » Après quelques larcins commis plus par désoeuvrement que par cupidité, il découvre, dans un petit village du Sud de la France, la mer, la terre, l’amitié et l’amour. Il s’émerveille devant cette mer qu’il croyait immobile, comme sur les cartes postales, alors qu’elle bouge et qu’elle chante : « un drap tendu entre deux montagnes, bien accroché aux roches, avec un vent, dessous, prisonnier entre la terre et la toile, qui essaie de s’enfuir. Il souffle. Inutile. Le drap se gonfle. Il s’arrête. Le drap se creuse ».


A Trouillas, malgré sa peau un peu plus marron que les autres, le jeune beur décide qu’il est catalan et se baptise « Taïeb de Trouillas », une association, presque un titre de noblesse terrienne, qui devrait l’enraciner après avoir vécu dans une cité où le béton imperméable entretient le déracinement. Dés son arrivée, il rencontre son nouvel ami : Paulo , le fils du mas d’Avall, « un brave petit pas très porté sur les livres mais qui sait reconnaître le mildiou, la tavelure ou la cloque ». Et puis, apparaît son premier grand amour : Annie. Elle est grande, belle et fille d’un riche vigneron. Taïeb est petit, maigre et pauvre, mais il est « de la race de ceux qui rêve grand » et il nous dit : « Je suis pauvre, je rêve riche. Maigre, je rêve gros et même un peu costaud. Ca ne gâcherait pas. Et puis, je me réveille. Forcément, impossible de dormir une vie.» En lui offrant des fleurs volées, l’adolescent va-t-il conquérir sa bien-aimée, promise à Paulo?


Il faudra lire le roman de Jean-René Augé pour le savoir. Ce nouvel auteur du terroir catalan aborde, de façon originale, le sujet des jeunes beurs des banlieues parisiennes, mais aussi les mondes étrangers qui se côtoient : celui de la ville et de la campagne, celui des adultes et des enfants, celui des riches et des pauvres. Taïeb est l’un de ces jeunes beurs, étranger dans sa famille, étranger dans sa nationalité française, étranger dans la campagne catalane, étranger dans le monde des adultes, étranger dans sa pauvreté… Il rêve sa vie, au lieu de la vivre.

Trouillas est un village du Languedoc – Roussillon dans le département des Pyrénées orientales. Anciennement « Truliars »( An 844), l’étymologie de ce lieu fait polémique. Trouillas ex-Trullars pourrait venir de la racine catalane « « Trullas » ou « Trouill » du latin torcular, torcularis qui désignait un pressoir. Le mot s’est transformé en trohl ou trull qui est un pressoir ou un fouloir à raison. Mais pour d’autres, il s’agissait d’un pressoir à olives et le moulin à huile placé en décoration sur un parking pourrait appuyer cette thèse, comme, du reste le blason de Trouillas sur lequel quatre cercles symbolisent des pressoirs à olives. Le mot trull viendrait alors du latin torcu signifiant moulin à huile. L’orthographe du mot a varié selon les époques , passant de Truliares (18ème) à Trullas (1091), Trulares (1188), Locus de Trullares (1835), Trullas (1441), et enfin Trouillas en 1742. Mais ce n’est pas tout, « trulla » , toujours en latin, signifie « cuvette », vase à puiser le vin…

Situé dans les Aspres ( qui signifie « sec et caillouteux, âpre en catalan), ce village du contrefort des Pyrénées est entre la mer et la montagne, avec des alentours entièrement plantés de vignes et où l’on découvre plusieurs mas dont les plus importants sont le Mas Deu (ancienne commanderie des Templiers puis centre d’un important domaine viticole appartenant à la famille Durand avant d’être morcelé au 20ème siècle), le Mas de Canterrane ( du nom de la rivière qui traverse le village et qui ne coule que lors de fortes pluies), et le Mas Conte. Toute l’histoire de Trouillas est liée à la vigne introduite par les Grecques au 13ème siècle avant J.C . C’est là qu’est né le Vin doux naturel au 13ème siècle. On y a soigné des cépages blancs (macabeu, grenache blanc et gris) et des rouges (syrah, grenache noir, carignan, mourvèdre et cabernet sauvignon) puis au 20ème siècle, est apparu le chasselas.

Nul doute que Jean-René Augé est du coin et qu’il sait reconnaître le mildiou, la tavelure et la cloque. Il écrit sans phraséologie, donnant ainsi au personnage de Taïeb toute son épaisseur dans le « je » crédible du héros narrateur. Son livre a été d’abord édité par Les Editions Manuscrit qui ont accepté la résiliation du contrat d’édition et il est donc propriétaire des droits d’exploitation, de diffusion et d’adaptation audiovisuelle de son roman que l’on peut trouver à la FNAC de Perpignan et à la Librairie Privat, 10 rue du docteur Pous à Perpignan.

Publié le 11 octobre 2006 à 17:26
Par flicorse
Cœur de rocker et « doigts écorchés » :

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« Les doigts écorchés », une histoire à fleur de peau. Sylvie Robic nous livre l’intimité de la douleur d’un deuil avec le doigté d’une musicienne, le balancer et rouler d’une écriture au rythme tendu qui fait ressurgir l’esprit « Rock n Roll » toujours vivant d’une époque pas si lointaine.

A la fin … au début… non à la fin … non au début et à la fin du roman, un adulte suit la tournée du groupe Hoggboy (venu de Sheffield). Entre les deux, il renoue avec son passé sans savoir par où commencer. Alors, ses premiers mots sont « Il y a forcément plusieurs débuts » et le premier début s’impose chronologiquement, « … s’étend et se dilue sur une quinzaine d’années, du milieu des années 60 au début des années 80. Il met en scène deux garçons et leur mère, en Province, au sud-est de la France, sur les contreforts du Vercors ? » . Une enfance ordinaire provinciale : « … Une mère très jeune un peu débordée, des paysages de basse montagne. Les deux couleurs de ce temps – là sont le vert et le blanc mais la musique aussi est une couleur, la plus brillante, la plus intense ». Cette mère était tombée amoureuse d’un saisonnier au début de l’été 62. Le narrateur naissait un an plus tard et, ensuite vient la naissance de son frère qui coïncide avec l’abandon par le père qui leur a laissé une seule chose : le goût de la musique. « Dans la maison, de la musique partout, toute le temps, pour combler son absence ». Et puis en 1978, les réunions d’adolescents dans une chambre pour écouter des disques de LedZep jusqu’aux Sex Pistol… Anarchy in the U.K ou bien No more Heroes et les Stranglers répliquant à David Bowie. Le rock emplissait la vie quand sont venues les années 80 « … une ambiance beatnik revue et corrigée par le tranchant rouge, noir du punk ».

C’était le temps de l’adolescence et de sa révolte : « Heureusement qu’il y a les copains. Sans eux, on serait déjà mort. Parce que les couleurs, les odeurs, les conforts de l’enfance ont brusquement perdu tout intérêt à nos yeux et ça s’est fait d’un coup, sans même qu’on s’en aperçoive. Ce sentiment soudain insupportable de vivre dans un pot de chambre, au trou du cul du monde, sous une chape de plomb de montagnes … Passer au Punk, aux Sex Pistol, aux Stranglers, aux Cash,… c’est passer à l’insurrection, à l’intensité électrique. » et « Le rock a été inventé pour sortir les petits garçons des prisons des caresses maternelles. Le rock est une guerre inévitable pour échapper à sa mère ». L’important, c’était la musique ! Le rock qui écorchait les doigts sur les cordes d’une guitare électrique. Le « tout pour la musique » des écorchés vifs de l’adolescence… Les vibrations de l’être… Les révoltes… La guerre du Vietnam, les bombes américaines au nom de fille tueuse « Daisy Cutter », U2 devenu mythique...

Autre début : la mort de Maurice Pialat et l’hommage rendu à l’amour du cinéaste pour les apprentis rebelles en motocyclette. Le 11 janvier 2003, pour le narrateur, tout recommence. « Cette nuit-là, j’ai rêvé d’accidents, d’accidents de mobylette, et au réveil je n’ai pas pu m’empêcher de songer très fort à toi. ». Flash back : la présence du frère qui voulait une mobylette. Avec sa MBK, il avait pu frimer jusqu’à sa mort bête, une sortie de route, un arrêt de vie…. Et un « cœur renversé » de rocker. L’entrée brutale dans le monde des adultes. Vingt ans « d’erreur, de fatigue et d’exil », jusqu’à un concert du groupe Hoggboy. Le riff de la guitare… L’esprit Rock n roll… Les vibrations de l’être… Le goût proustien de la musique, Joy Division, Marquis de Sade… et les autres. Mais avant , l’enfance coulait ses jours. Les deux frères écoutaient la voix grave de Nico et The Velvet Underground, Gainsbourg, Birkin , Nino Ferrer et sa chanson pour Nathalie, le prénom de leur mère qui a affublé le chanteur de surnoms affectueux : « Nono Nano mon Nanounet »…

Comment raconter une vie ? Doit-on commencer par le début et finir par la fin. On dit que tout commence et tout finit par des chansons. Le narrateur a raison : Il y a forcément plusieurs débuts à l’histoire d’une vie. Le mot fin ne peut être que mortel… Comment accepter la mort d’un proche ? Le narrateur a mis vingt ans avant de dire : « J’ai perdu un frère, il est mort à quinze ans dans un accident de mobylette. ». Mais ce n’est pas un constat définitif. Au fond de lui, il cherche encore ce frère et reste à l’affût du moindre signe dans la vie. « Il y a des signes dans la vie. Il faut y croire », derniers mots d’espoir d’un autre début pour que rien ne soit définitif. A partir des mêmes notes, la musique parle plusieurs langues mais chacune s’adresse directement à notre être le plus profond. Je me souviens du récit d’une femme corse qui avait perdu son jeune garçon. Lors de la cérémonie religieuse, un cœur de voix d’hommes avait chanté « Diu di Salve Regina… ». Cette mère a reçu ce chant sacré comme un signe de vie. Grâce à cette musique, son fils n’était plus mort mais s’envolait, et cette image l’a apaisée. Il n’y avait plus la mort entre eux. Elle ressentait à nouveau la présence de son fils devenue son protecteur. Nietzsche a exprimé son point de vue philosophique sur l’importance existentielle de la musique. Le Rock n Roll et la musique populaire illustrent, en sortant de l’élitisme, ce que, pianiste et mélomane pétri de grande musique, il écrivait : « La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. »

Sylvie Robic, maître de conférences à Paris X, a été publiée pour la première fois en 1999. Il s’agissait d’un essai « Le salut par l’excès ». Et puis en 2003, il y a eu son premier roman « Une fille gentille » (Editions PUF). Elle a ensuite participé à une écriture collective eux Editions verticales en 2004 : « Tout sera comme avant », des nouvelles autour des chansons de Dominique A. Avec « Les doigts écorchés », elle nous a composé, avec grâce, un roman à la fois court et dense. Il s’agit d’une chronique intimiste de la Rock n Roll attitude qui sauve de l’autisme une adolescence en rupture avec le monde de l’enfance et en révolte contre les adultes : posters collés aux murs des chambres, look déjanté avec épingles à nourrice, vinyle des 45 ou 33 tours, plastic des minijupes, tournée avec les copains… Dans son premier Roman, la « fille gentille » est rattrapée par un amour perdu dont le film s’est estompé, ne livrant que des flashes et des images incertaines. Dans « Les doigts écorchés », le narrateur masculin renoue avec son adolescence et la mémoire de son jeune frère décédé à 15 ans. Dans les deux romans, les souvenirs hantent les héros. Le rapport avec la musique y est sensuel et charnel.

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