Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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RE NDEZ-VOUS:
- le jeudi 22 octobre 2009, aux Docks du Sud pour la Fiesta Stand de la librairie L'écailler, Marseille ( à partir de 20 Heures).
- le 24 octobre et le 7 novembre 2009 devant les Caves provençales, Cours Louis-Blanc à la Seyne sur Mer de 10 heures à midi..
- 5 décembre 2009, Salon Culture et écriture Institut Perrimond Roucas Blanc Marseille 7ème
- Les 20, 23 et 24 décembre 2009 Cultura La Valentine Marseille
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CHANTS CORSES: Pas de lien MP3 mais de l'écoute en ligne aux adresses ci-dessous...
Radio Alta Frequenza
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Le 1er juin 2009 à 22H15 .... 200.000ème visiteur I
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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.
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A dopu!
A plus tard!
Publié le 25 novembre 2006 à 23:37
Par flicorse
Collection Nera des Editions Albiana et Jean-Pierre SANTINI, auteur:Lorsqu’il avait été interrogé sur la création de la collection Nera, Bernard Biancarelli avait déclaré que les romans de cette collection étaient «sans concession souvent pour le petit monde dans lequel nous vivons, mais ce qui, selon moi, les caractérise, c’est qu’ils ont laissé de côté le victimisme et le désir de justification, le pamphlet ou l’explication de texte, notamment du «problème corse », qui sont autant de perte de temps et qui éloignent fatalement de la littérature ». Il avait ajouté plus loin «le Made in Corsica est un clin d’œil, un appel effectif à réagir au cliché. Ce qui fait la différence, c’est que les textes publiés, eux, ne trempent pas dans les clichés éculés. » Et sur le roman «isola Blues » de Jean-Pierre Santini, il avait répondu : « Il (le roman) crée un lien et du sens dans une société qui, en retour, se définit souvent en fonction de ses productions littéraires. Il est éminemment politique, au sens noble du terme. Si l’on comprend certaines choses profondes sur la Corse en lisant Isula Blues, c’est qu’il est un vrai roman (le bel oxymore !). »
L’éditeur de la Collection Néra avait affirmé que les romans y étaient en majorité courts pour un problème de calibrage, en ajoutant : « … S’il fallait quelques pages de plus, nous ferions en sorte de publier tout en gardant une fourchette de prix au plus bas» et c’est chose faite avec le troisième polar de Jean-Pierre Santini : « Nimu ». Le texte fait 402 pages au prix maintenu de 12 euros. L’auteur illustre par ses ouvrages les commentaires de l’Editeur sur la collection Nera. Dans le même article de Joël Jegouzo, il avait été interviewé et s’était un peu livré, se définissant comme «un militant parmi les autres ». Depuis la création de la collection Nera, il a écrit trois ouvrages : Corsica Clandestina (2004), Isula Blues (2005) et Nimu (2006). Le militant est aussi un écrivain à suivre ou à découvrir. Corsica Clandestina:
 C orsica clandestina (2004) vient un an après la publication du livre »indipendenza : pour une corse libre, démocratique et sociale » et un deuxième roman «un petit commerce de nuit » en 2003. Son premier roman «Le non-lieu » a été édité en 1967. Le titre de «Corse clandestine » situe le contexte de l’intrigue.
La réalité corse : Le 5 mai 1992, à 20 h 20, la tribune nord du stade de Furiani, montée en moins de quinze jours pour accueillir un maximum de spectateurs lors de la demi-finale de la coupe de France de football entre l'Olympique de Marseille et le Sporting Club de Bastia, s'effondre. La catastrophe fait 16 morts et 2 326 blessés, dont une quinzaine très lourdement handicapés. Un militant nationaliste, Robert Sozzi, dénonce publiquement l'attitude des dirigeants bastiais, en reprenant les griefs exprimés mezza vocce par les familles des victimes. Sozzi parle fort. Sozzi parle juste. Sozzi parle trop. Le 15 juin 1993, il prend la route depuis son village pour descendre travailler à Bastia. Un commando l'attend dans un virage et l’assassine : un avertissement clair aux détracteurs de Jean-François Filippi . Au lendemain de Noël, le 26 décembre 1994, il sort de sa maison de Lucciana. Il doit se rendre à l'aéroport, dont on aperçoit les lumières en contrebas. Il va signer à Sarcelles un contrat portant sur l'élimination des ordures ménagères de l'agglomération bastiaise. Mais la date de son voyage a été ébruitée. Jean-François Filippi se trouve encore sur le pas de sa porte lorsqu'un coup de feu, un seul, retentit. L'homme s'écroule, tué par un tireur embusqué, disposant apparemment d'un fusil à visée infrarouge. Trois jours plus tard, le soir de ses obsèques, le FLNC -Canal historique réplique à l'aveugle, en supprimant un autre dissident nationaliste, Franck Muzi: Comme son ami Sozzi, il avait osé dénoncer l'affairisme de Filippi et du SCB. Cette série de meurtres n'a jamais été élucidée. Et les assassins - nationalistes, mafieux ou les deux - courent toujours. Sorti en avant-première du procès qui s’est ouvert devant le Tribunal Correctionnel de Bastia le 3 octobre 1994, un ouvrage décrit au jour le jour toute cette tragédie, les erreurs, les lacunes et les irrégularités... La fiction de Corsica Clandestina : Sylvestre Soler, entrepreneur et président de l’Athlétic club de basket, est responsable de l’effondrement d’une tribune du stade de Casaluccia, agrandie à la hâte pour la finale de la coupe d’Europe des vainqueurs de coupes contre l’équipe yougoslave de Belgrade. Matea Bozzi, rendue veuve par ce drame, a constitué un comité des parents des victimes pour exiger que la justice soit rendue. Le leader du FNLC, Vincent Franchi soutient Sylvestre Soler, maire de la commune et bailleur de fond pour la formation clandestine. C’est l’émergence d’une dissidence, organisée par des scissionnistes purs et durs. Sylvestre Soler est assassiné sur la route de l’aéroport par un tireur embusqué. Entre nationalistes, la machine d’une guerre fratricide s’emballe. Dans un climat social et politique explosif, l’auteur décrit leur justice expéditive. Il dresse une série de portraits plus vrais que nature, acteurs d’une vendetta nationaliste sans pitié.
Extrait : « On ne dira jamais assez la fragilité du monde et ici plus qu’ailleurs sur les îles dérivantes bercées de sels et de lumières. La lenteur du temps donne des poètes égarés, des leaders charismatiques, des politiciens véreux et des foules infatigables sensibles aux mythes obscurs de la nation. » Isula Blues:
Dans Isula Blues (2005), Jean-Pierre Santini décrit la Corse profonde : un village perdu où les solitudes se côtoient, s’évitent et parfois s’épient. Sorties du village, des âmes maquisardes errent sur les sentiers de terre et de rocaille où l’on perçoit le drame sourdre. La mort rode et cherche sa proie… Un père et son fils, un commissaire fasciste à la retraite, une femme aussi belle que libre, un amoureux plus âgé qui n’ose pas se déclarer… Chacun a ses fêlures, ses faiblesses, ses névroses dans une Corse désertifiée où le temps épuise la vie et pousse à la mélancolie. Des vies se prennent dans la toile d’araignée que constitue ce récit construit sans espoir et de main de maître (du destin). Le ludi magister vous réserve une fin à la fois tragique et belle : un amour posthume donc éternel.
Extraits : « Cette île est un pays sans retour. Restent les chemins de terre où les pas se font rares et des maisons qui ferment les unes après les autres. Alors, les regards se tournent vers l’intérieur ». « Dominique craint parfois que la vie de son fils ne soit à l’image de la sienne. C’est que le pays est fermé. Mais ceux qui prennent le risque de l’évasion n’y reviennent jamais intact. Ils continuent de voyager. Dans l’absence. Comme des touristes que la lumière dissipe aux marches de l’été. Ceux qui restent s’exercent à la mélancolie sans jamais s’émouvoir de leur sort. Quand on est d’ici, l’orgueil commande. On apprend à vivre seul, à exister seul, à se battre seul, à ne jamais aimer s’il le faut puisqu’il n’y a plus personne. » Nimu:
Personne, « Nimu » (2006), est le titre du nouveau roman de Jean – Pierre Santini qui, dans la 4ème page de couverture, nous dit, comme un avertissement : « Personne ne peut y échapper… » Echapper à quoi ? Au vertige de la «la mise en abîme de cette Corse à la dérive ». Le récit s’ouvre sur un lendemain de cataclysme qui, en 2033, a ravagé la région du Cap corse, champ de ruines peuplé par les morts. Le commissaire Yann Caramusa, enfant du Pays et flic dans la lignée d’un Sherlock Homes, survit au désastre et, en professionnel, évalue les dégâts puis trouve quelques feuillets écrits soigneusement par Michel Casanova sur L'Etat clandestin de la Corse ( une prêche enflammée sur la responsabilité collective du choix du régime des ombres). Quel rapport existe-t-il entre ce cataclysme et l’assassinat de Pétré Céccé, ce curé de campagne soutenu par un quarteron de paroissiennes zélées et quitté brusquement par sa gouvernante, Maria Maddalena Felici, en 2000 ? Quel lien peut-il y avoir avec une Corse clandestine omniprésente? En ce temps – là, Polo était l’amant d’Alice. Il était chargé de la collecte des ordures dans un village ou chaque maison «mais aussi d’autres endroits les plus anodins éveillait quotidiennement la mémoire… Les souvenirs les plus persistants correspondaient à des faits ou des récits dramatiques… » L’auteur nous plonge dans un huit-clos Sartrien d’une Corse désertée où, gardiens de hameaux éparpillés, les derniers habitants, comme piégés, tournent en rond dans le vide de leur existence solitaire jusqu’à perdre les mots, comme Alice qui oublie son nom et celui des choses devenues des innommables. Innommables ! On pense au passage sur le canapé dans la Nausée de Sartre, mais le propos est tout autre. Le roman de Sartre fait de la nausée la prise de conscience par Roquentin de l’existence des choses et de sa propre existence alors que l’auteur de Nimu décrit chez Alice un processus inverse : celui de la perte du sentiment d’exister dans une île à la dérive, face à un abîme vertigineux. Roquentin affirme son existence qui l’atteint de plein fouet et l’envahit. Alice s’étiole dans la solitude qui ronge ses souvenirs jusqu’au plus profond de son être. L’existence la quitte et ne renvoie aucun échos à ses cris désespérés face à la beauté vide de la Nature. Sans véritable histoire d’amour, quel avenir pouvait avoir son couple avec Polo disparu en 2033 et, avec qui, elle avait l’impression d’avoir vécu une suite de vies minuscules… «le temps était devenu perceptible, presque pâteux, au point qu’ils s’étaient résigné à se dire le moins de choses possibles, tout juste le strict nécessaire pour marquer leur raison d’être encore là, presque sans mémoire, dans un monde vacillant ». Et puis, l'esprit de Polo se refuse à la complicité d'un monde qui se déshumanise et il s'enfonce dans l'inconnu pour trouver du nouveau...
Autre extrait : « On vivait une ère d’errance. Les uns passaient à proximité immédiate des autres comme des objets mobiles, extraordinairement neutres, glissant en orbites lentes dans une sorte de nomadisme intersidéral. Il semblait que l’on se fut lassé de tout et des mots par-dessus tout. Depuis bien longtemps d’ailleurs, il n’y avait plus de littérature. La communication sociale en était réduite à quelques consignes utiles. »
Jean-Pierre Santini ne nous a pas tricoté un récit pour nous tenir chaud l’hiver. Il défait maille par maille l’armure de l’égoïsme qui, comme une camisole, enferme chaque Corse et ses habitants les plus vulnérables dans la solitude et le silence d’une île à l’abandon. Et si, en 2033, la Corse connaissait un cataclysme ! Si ce silence et cette solitude étaient eux-mêmes ensevelis ou noyés sous un Tsunami ! Que resterait-il ? La constatation du désastre, de la catastrophe naturelle. La Corse mourante euthanasiée par une Nature qui, pillée et négligée, se déchaîne. Cette idée tragique, autant que celle d’une mort lente, devrait pousser à la réflexion et à l’action militante, dans le sens noble du terme.
Dans le recueil de Nouvelles «Corse noire » (collection Librio), un autre auteur corse, Jacques Mondoloni, avait déjà écrit un récit apocalyptique sur la Corse : Le dernier Corse. Le seul survivant y est un prêtre qui refuse de quitter la Corse sous les bombes incendiaires d’une armée envoyée par un pouvoir qui a décidé de couler l’île, comme l’on coule un vieux rafiot devenu inutile. Avant de mourir le curé écrit son journal. Il s’appelle Pascal Géronimi, de père corse et de mère anglaise. Il se raconte pour expliquer son choix de rester en Corse et d’y mourir en dernier témoin. Nous avons relevé ce passage final : « La terre ne fait que vibrer, et cette fois, je comprends pourquoi : la montage s’affaisse, je découvre l’abîme, des abysses vertigineux, des puits sans fond qui se remplissent de liquides et fusent comme des volcans : la Corse a été minée… ». Plus loin : « … Le Cap corse se décroche de son socle – On dirait une immense caravelle dérivant sur la mer. » On y retrouve des mots du roman « Nimu » : abîme, vertige, dérive… des mots qui provoquent le malaise. La Corse est-elle minée par la solitude et le silence qui, peu à peu, font disparaître le sentiment d’exister puis l’existence elle-même, plongeant un peuple et sa culture dans le néant ? Les Corses sont-ils progressivement amputés de leur corsité, dissoute dans un océan d’indifférence ?
Dans Nimu, le Curé du village a été tué, 33 ans avant un cataclysme. Pendant cette longue période, des lieux de culte disparaissent, la mort se désacralise... Quel sens donner à la Corsité, si les morts disparaissent comme éclatent des bulles de savon ? Si chaque décès n’est plus un arrachement, une plaie dans l’utérus social du groupe? Quelle histoire pourrait s'écrire sans lien entre les vivants et les morts ?
Et nous nous interrogeons... Un jour viendra-t-il où l’on n’aura plus besoin de livres pour mourir ? N’y aura-t-il plus, en Corse, de mère pour enterrer leurs fils en récitant des stances venues de la nuit des temps?... « Ghia ! Mon fils, va sous cette terre, ta nouvelle mère aux vastes séjours, aux bonnes faveurs ! Douce comme laine à qui sut donner, qu’elle te garde du néant ! Terre corse ! Forme voûte pour lui et ne l’écrase point ; Reçois-le, Terre, accueille-le ! Couvre-le d’un pan de ta robe comme une mère protège mon fils… » Cette incantation inspirée du védisme prend toute sa signification sur l’île de beauté où la mère doit rester la déesse de la famille, celle qui assurait la cohésion, la protégeait et la nourrissait. N’y aura-t-il plus de transmission orale, plus de généalogie entre les vivants et les morts?
Passer de l’ombre à la lumière ! Donner du sens à une résistance millénaire ! Porter son devoir de mémoire et le transmettre ! Faire peuple ! Entreprendre dans les situations les plus désespérées ! Sans doute, des exigences pour que les Corses écrivent enfin leur propre histoire et irrisent leurs hivers blancs.
Nimu (Personne), le terme polysémique exprime tout et rien. Une personne est un tout humain avec son identité. Personne, c’ est aussi sa négation, son rien. Sorti de la sémantique, entre le rien et le tout, il y a ce que, ensemble, nous y mettons d’humain et c’est de cet intervalle textuellement transmissible que dépend l’histoire d’une famille, d’un village… la survie d’un peuple et, au-delà, de l’humanité.
De Corsica Clandestina à Nimu, Jean-Pierre Santini nous invite, dans des récits construits et denses, à fouiller notre horizon noir. Lorsqu’on le questionne sur celui du peuple corse, il se dit toujours porteur du projet de Consulta Nazionale, projet ambitieux qui permettrait de passer de l’ombre à la lumière, de «faire peuple ». Mais, à partir de la singularité corse, il fait la cosmologie de l’agonie d’une culture, d’une langue, d’un peuple… En ce sens, il rend le drame corse universel. Il lui arrive de citer Paul Valery, grand poète français de père corse et de mère italienne, qui nous a appris que les civilisations étaient mortelles. Il nous parle de nos peurs, des sociétés qui fonctionnent sans nous, du cours trop tranquille d’une vie où l’existence diaphane se dilue en attendant un déluge final. Il incitera peut-être les Corses à faire de leur île l’arche de Noé d’une identité culturelle menacée. Jean-Pierre SANTINI:
Jean-Pierre Santini se décrit comme un militant parmi les autres. Il situe l’intrigue d’Isula Blues dans son village natal, Barretali (un village mourant, déplore-t-il) où il est revenu vivre, après trente ans d’absence. Il décrit la Corse qu’il a retrouvée : une île abandonnée dans sa désolation et ses habitants dans leur solitude. « Ici les hivers sont blancs », dit-il. Alors lui, pour noircir les pages hivernales, il décrit ce désert humain et cette identité corse qui se désintègre. Pour lui «les romans naissent des faillites de l’histoire ». Après des années de militantisme engagé qui a commencé avec la création du FNLC, il a écrit un livre intitulé « Front de Libération Nazionale, de l’ombre à la lumière ». « Nimu » est son troisième roman dans la collection Nera des Editions Albiana. Il écrit sur les Corses parce qu’il est engagé dans la survie de son peuple, dit-il. Il nous offre des passages au lyrisme inspiré et donne chair à des personnages désespérés ou désespérants. Ses ouvrages recèlent la pensée sans concession d’un militantisme qui pousse à la réflexion. Dans Nimu, le constat est amer : «… ce pays (la Corse) n’a jamais écrit sa propre histoire. Il a appris à résister à celle que ses envahisseurs successifs ont voulu lui imposer. C’est comme une histoire en négatif, qui, à une exception près, assez brève, n’a jamais pu se révéler et permettre aux Corses de se révéler à eux-mêmes. Dès lors, l’affaiblissement constant de l’affirmation identitaire était trop souvent compensé par une exacerbation nationaliste de plus en plus vide de sens. »
Cet auteur corse, avant la collection Nera, écrivait déjà. Il est publié depuis 1967, avec un premier roman «le non-lieu » aux Editions Mercure de France. Nous avons cité son ouvrage sur le FNLC publié en 2000 chez l’Harmattan. Entre 2001 et 2003, cinq ouvrages ont été édités par l’Editeur Lacour : Corse, un froid au cœur, Petite anthologie du racisme anti-corse, Pour une assemblée nationale provisoire, Un petit commerce de nuit (roman), Indipendenza : Pour une Corse libre, démocratique et sociale.
 Pour reprendre les mots de Bernard Biancarelli, le roman «crée un lien et du sens dans une société qui, en retour, se définit souvent en fonction de ses productions littéraires. Il est éminemment politique, au sens noble du terme. » Jean-Pierre Santini, qui, selon Joël Jegouzo de NCP, «travaille au corps une société en perdition », invente des histoires qui ressemblent à la vie plus que la vie elle-même, sans doute parce qu’il est un arpenteur du réel. « Nimu » est un roman noir d’anticipation sans concession au chauvinisme béat et aux clichés. Deux enquêtes, deux époques s'imbriquent à 33 ans de distance. C'est donc aussi un polar et plus encore. Il s’inscrit dans la ligne éditoriale définie par son éditeur pour la collection Nera : une collection dont la qualité semble être une constante depuis sa création en 2004.
Publié le 17 novembre 2006 à 21:18
Par flicorse
1ère Partie:
Les grandes lignes de son histoire: Le genre policier fait l’objet de controverses sur sa définition même, sur sa valeur littéraire et sur ses origines. Toutefois, il s’agit d’un genre qui, sans se renier, est en perpétuellement évolution avec ses variantes dont les auteurs ont un seul but « capturer le lecteur jusqu’à la dernière ligne ». On peut faire remonter l’origine du genre aux temps bibliques. Powel s’adressant au bon dieu, lui dit : « Seigneur, tu n’es pas contre l’assassinat, la Bible est pleine d’assassinats… ». J’en ai pour exemple les anecdotes de Daniel et les prêtres, de Suzanne et les vieillards, de Dalila trahissant Samson … On peut citer des tragédies antiques comme Œdipe, Les mille et une nuits, et les grands auteurs grecs ou latins : Esope, Archimède, Pline le jeune ou Cicéron, avec une mention spéciale pour Hérodote et son ouvrage «Les fils de l’architecte » considéré par certains comme la pierre angulaire du genre policier. Un mystère de chambre close en 1237 avant J-C et, comme ingrédients : vols mystérieux, corps sans tête, maison de débauche, bras coupé à un cadavre… Originaire de Carie, un état en Asie mineure conquis par les colons qui massacrèrent les hommes pour épouser les femmes, Hérodote était l’enfant d’un métissage entre l’Asie et l’Europe, d’une double appartenance identitaire. Il est considéré comme un géographe, un sociologue, un ethnographe et un reporter. Il a voyagé beaucoup, remplissant ce qu’il appelait des carnets « d’enquête » qui correspond au mot grec « historia » aux sens de documentation, exploration, découverte. Il racontait surtout les batailles et s’intéressait aux adversaires des Grecs, à leurs us et coutumes notamment. Allant toujours plus loin dans le détail de ses récits, il faisait de nombreuses digressions sur des anecdotes et des petites histoires qu’on lui racontait.
Plus près de nous, on peut évoquer le cours de médecine légale dans la tragédie de Shakespeare, Henri IV, ou bien les épisodes du « Cheval du roi » et de « L’épagneule de la reine », dans Zadig de Voltaire, la gaieté de l’amateur français de Beaumarchais et même le Barbier de Séville. On trouve dans ces récits des passages dignes de Sherlock Homes.
Le roman policier est un ouvrage littéraire qui met en scène principalement des personnages policiers ou détectives professionnels ou amateurs, en lutte contre des gangsters ou des criminels. Sur la base de cette définition liminaire et sans remonter aux chalandes grecques, c’est au 19ème siècle, celui de l’industrialisation et de l’urbanisation, que le genre policier va émerger, en même temps qu’évolue la police. Son inspiration va se trouver dans des biographies de bandits et des récits de meurtres étranges, vendus de porte en porte par des colporteurs. Des personnages deviennent des mythes comme Vidocq. Balzac est considéré, par certains, comme l’auteur des premiers romans noirs avec « La grande Bretèche » en 1832 et « Une ténébreuse affaire » en 1841 (enlèvement du Sénateur Clément de Ris. Mais c’est Edgar Poe en 1841 avec «Double assassinat de la rue Morgue » (première traduction faite par Charles Baudelaire) qui va être considéré comme le père du roman policier. Ce jeune américain a choisi Paris comme cadre de ses premiers romans et pensait avoir découvert une technique de raisonnement applicable à la fiction et fondé sur la détection d’indices. Il explique sa méthode dans « genèse d’un poème ».
Dans l’hexagone, le roman policier va garder sa spécificité française jusque vers 1918. On part de la découverte d’un crime pour remonter jusqu’aux causes (les mobiles) : un crime, un problème, une enquête. L’archétype du détective (raisonneur et psychologue) naît avec le chevalier Dupin.
Le premier disciple de POE est Emile Gaboriau, journaliste (C’est un métier qui, comme flic, donnera beaucoup de polardeux) il publie en 1866 « L’affaire Lerouge » avec un personnage dans la filiation de Dupin, c’est le Père Tabaret alias Tirauclair. Ensuite il invente le personnage de l’Inspecteur Lecocq qui , comme Sherlock Holmes plus tard, utilise la déduction et les moyens scientifiques dans ses enquêtes : relevés d’indices matériels, moulage d’empreintes. Les auteurs utilisent les techniques du roman populaire ou les péripéties l’emportent sur la déduction. On peut citer « Le coup d’œil de Monsieur Piédouche » de Fortuné du Boisgobey, « Maximilien Heller » de Henry Cauvin (publié en 1886 dont le héros ressemble à Sherlock Homes qui n’apparaîtra qu’un an plus tard et certains parleront de plagiat en direction de Conan Doyle) ou encore « La chambre du crime » d’ Eugène Chavette. Après 1918, les auteurs français vont suivre le modèle anglais en privilégiant l’analyse, la déduction. Jusqu’à la première guerre mondiale (1914-18) le récit policier est surtout distribué par des mensuels. Il entre dans l’édition après guerre, avec l’apparition de deux collections prépondérantes : « L’empreinte » et « Le masque », fondée en 1927 par Albert Pigasse. On passe des nouvelles composées d’une cinquantaine de pages aux livres plus étoffés. Il faut noter que, sur les 60 premières parutions de l’Edition «Le masque », trois seulement étaient françaises. Les historiens de polar définissent deux écoles : - la française avec Gaboriau qui s’est développée dans la veine des feuilletons alors très en vogue et qui met en scène un policier scientifique et professionnel, tout en préservant l’aspect romanesque du récit. - L’anglo-saxonne avec Edgar Poe qui privilégie le déroulement de l’enquête et la figure du détective amateur. Deux ans avant la parution de « double assassinat de la rue Morgue », Thomas de Quincey avait écrit un essai noir « De l’assassinat considéré comme l’un des beaux-arts » Si Edgar Allan Poe et Emile Gaboriau apparaissent comme les précurseurs d’un genre qui a ses codes, les historiographes comme Claude Mesplède ( surnommé « Le pape du polar » par ses amis polardeux en hommage à sa connaissance encyclopédique du genre), citent ensuite les pères fondateurs, inventeurs de héros : Conan Doyle, Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Pierre Souvestre et Marcel Allain, Arthur Bermède (Belphégor) ; Jacques Norbert (Docteur Mabuse), Maurice Renard ( Le mystère du masque et le bracelet d’émeraude) et Gustave Lerouge (Voleur de visages, Le mystérieux docteur Cornélius, Todd Marvel).
En 1887, Conan Doyle livre les premières aventures de Sherlock Homes avec, en premier lieu, « Une étude en rouge ». Sans doute dépassé par le succès de son héros affublé de son compagnon fidèle, le Docteur Watson, il le tue en 1893 dans « Le dernier problème », pour le ressusciter 10 ans plus tard sous la pression de son lectorat. Entre cette date et 1927, il écrira 4 romans et 56 nouvelles. C’est l’ère du QQOCP qui s’ouvre comme le cri du poulet à l’aube de chaque enquête : Quoi ? Un meurtre. Qui ? Une victime et un coupable. Où ? Découverte du cadavre dans un lieu insolite ou familier. Comment ? Les moyens sont multiples et variés… Pourquoi ? Par vengeance, par cupidité, par sadisme, par folie pure…. Sherlock a eu une suite récente en Corse; La vendetta de Sherlock Holmes de Jean Pandolfi - Crozie ( témoignage de son arrière grand-oncle Ugo Pandolfi)
En 1905, Maurice Leblanc livre les premières aventures d’Arsen Lupin, le gentleman cambrioleur, avec « L’arrestation d’Arsen Lupin ». En 1907, Gaston Leroux est l’inventeur de « Rouletabille », Joseph Joséphin, reporter – détective. On peut citer « Le mystère de la chambre jaune » et « Le parfum de la dame en noir». En 1911, les journalistes Pierre Souvestre et Marcel Allain composent l’anti-Lupin qu’est Fantômas, qui est « personne mais cependant quelqu’un » et « Il fait peur ».
Maurice Leblanc et Arsène Lupin par Nadia Dhoukar : « Arsène Lupin est un personnage de la Belle Epoque, empreint du positivisme et de la frivolité ambiante du moment. Il se divertit sans cesse, n'agit que par goût du jeu ; c'est un individu léger qui aime l'art, le défi et les jolies femmes. A l'instar de Sherlock Holmes, il fait rire et sourire et entraîne son lecteur dans un univers qui se moque des lois et des convenances, et cela, toujours avec intelligence et finesse. Mais surtout, plus que ses homologues tels Holmes ou encore Fantômas, Lupin n'est pas hiératique dans le sens où il prend corps au fil des aventures, change, se remet en question, éprouve des sentiments humains et s'avère plus proche du lecteur anonyme que d'un détective infaillible. La réunion de tous ces éléments a fait de Lupin un personnage qui a plu et qui plaît encore. En effet, Poirot par exemple et son esprit déductif a fait sensation au moment de son apparition, il plaît encore aujourd'hui mais son talent est quelque peu désuet parce qu'il puise la solution de l'énigme dans une analyse psychologique qui apparaît aujourd'hui comme schématique, réductrice et rudimentaire. Lupin lui, illustre une légèreté et une désinvolture qui plaisent de tout temps parce qu'il se joue des limites que les hommes ont tracées, limites qui, si elles se transforment, existent et existeront toujours. De ce fait Lupin possède un caractère qui relève de l'universel : celui du défi. Nous verrons d'abord en quoi Arsène Lupin n'est personne, ensuite de quelle manière, à travers la quête et le duel, il devient quelqu'un ».
Un peu d’histoire de la police : 1790, création du corps des commissaires de police qui remplacent les commissaires enquêteurs –examinateurs. 1791, Antoine Waldec de Lessart est le premier ministre de l’intérieur, gardien de la légalité, garant de la paix publique et de la sécurité des personnes et des biens, tuteur et responsable de l’administration territoriale. 1795, distinction entre police judiciaire et police administrative. 1800, création des commissariats et de le Préfecture de police, et organisation de la police urbaine en Province. 1829, première police en tenue d’uniforme, les sergents de ville. 1854-1856, mise en place de l’îlotage. 1870, remplacement des sergents de ville par les gardiens de la paix. 1879-1882, mise en place de l’anthropométrie inventée par Bertillon, adoptée en 1887 par la Préfecture de police puis répandue dans toute l’Europe. 1888, premières photographies métriques. 1902, Les services de l’Identité judiciaire relèvent et utilisent les empreintes digitales. 1907, création par Clemenceau des Brigades du Tigre qui deviendront les Services régionaux de police judiciaire. 1912, création de le Brigade criminelle. 1920, le commissariats sont équipés de camionnettes de police secours (surnommées par la suite « Les paniers à salades »). 1941, étatisation de la police et création de la police nationale…
Dans la lignée de ce que l’on appelle l’école anglaise, le roman est construit de façon rationnelle et scientifique. Il s’agit d’un puzzle dont chaque indice est une pièce ou pas. Le lecteur -détective doit faire appel à son esprit d’observation et de déduction pour découvrir la clef de l’énigme avant l’épilogue. C’est Agatha Christie, avec ses héros Hercule Poirot et Miss Marple, qui donnera au roman de détection ( à énigme ) sa marque de fabrique« Made in British ». En 1924, Austin Freeman, médecin et auteur, publie à 62 ans son essai : « L’art du roman policier ». On lui a reproché son approche trop scientifique, sa police de laboratoire qui déconcertait les lecteurs, malgré ses efforts de vulgarisation. Il a écrit de nombreux romans à problème dont : L’œil d’Osiris, L’os chantant, Le singe en argile, le mystère de la rue Jacob… Il est l’inventeur du personnage du policier Thorndyke, raisonneur et pragmatique.
En 1928, S.S. Van Dine se posera comme le théoricien du genre avec son opus énumérant les « Vingt règles pour le crime d’auteur ». Il est l’inventeur du détective Philo Vance, cultivé et fin psychologue. Pour résumer les règles de Van Dine, dans le roman policier, il doit pas y avoir d’intrigue amoureuse ; le coupable ne doit pas être un détective ou un policier, ni un domestique et il ne doit y en avoir qu’un même si les assassinats sont multiples ; Il doit bien sûr y avoir au moins un cadavre ( et plus ce cadavre est mort mieux ça vaut) et un seul détective ; le coupable doit avoir joué un rôle important dans le récit et l’épilogue doit y transparaître pour un lecteur suffisamment perspicace ; enfin, il faut proscrire les longs passages descriptifs, les analyses trop subtiles et de préoccupation d’atmosphère.
A la même époque la collection Le Masque ouvre une autre voie, celle des auteurs francophones avec une prépondérance des auteurs français et belges, des romans classiques qui sortent des règles de Van Dine. Dans cette veine, on peut citer Pierre Very, qui voulait « rénover la littérature policière en la rendant poétique et humoristique ». Il invente le personnage de Maître Prosper Lepicq avocat qui traque les criminels pour en faire ses clients. Le belge S.A Steeman invente le personnage d’un ancien policier installé à son compte M. Wens et un précurseur de Maigret, Aima Malaise. Charles Exbrayat entre dans le genre policier à l’âge de 51 ans avec un premier roman « Elle avait trop de mémoire » en 1957 suivi rapidement de deux autres en 1958 « La nuit de Santa Cruz » et « Vous souvenez-vous de Paco ? » pour devenir l’auteur vedette de la collection Le Masque et produite, par la suite, une centaine de titres. Mais l’auteur phare de cette école franco-belge est Georges Simenon, père du Commissaire Maigret, avec 400 livres et des centaines de millions d’exemplaires vendus dans le Monde. Il consacrera au commissaire Maigret, qui naît avec « Pietr le Letton » en 1929, 76 romans ou nouvelles avec la devise de son héros : « comprendre et ne pas juger ».
Le roman noir connaîtra son âge d’or dans les années 30-40 d’abord aux Etats-Unis, dans le contexte de la crise économique de 1929 et d’une société violente, avec Dashiel Hammet et la génération de ceux que l’on a surnommés les « fouille-merde » (Muckrakers). Ce sont les américains qui ont sorti le polar des salons feutrés anglo-saxons et ont mis au goût du jour le Thriller, découvert et apprécié en France dans les années 1950. Gallimard crée la collection prestigieuse « Série noire » après avoir créé en 1936 celle « Le scarabée d’or ». Aujourd’hui, en coup de chapeau à la Série noire, une collection « Suite noire » a été créée récemment par Jean-Pierre Pouy, auteur et éditeur qui fait partie de l’aventure du Poulpe. Avec Hammet, c’est donc les américains qui ont inspiré le roman noir français. Dans la suite, Chandler disait que Hammet « a arraché le meurtre du vase vénitien et l’a jeté dans la rue ». Pour Hammet, un détective devait « être un type dur et rusé, capable de se tirer de toutes les situations ».
Le roman noir américain :
Dashiel Hammet en est donc le père fondateur avec une première nouvelle « L’incendiaire ». Il se développe au temps de la prohibition dans des magazines à bon marché, les dime-novels au début des années 20 puis avec les Pulps dont le plus célèbre est Pulp Black Mask. Avec Hammet, naissent les personnages de détectives cyniques et désenchantés qui évoluent dans des milieux glauques sur fond de violence, de corruption et de misère sociale. Le sang appelle le sang et le coupable meurt par où il a péché. Dans ses écrits, Hammet fait aussi une critique acide des institutions américaines, ce qui lui vaudra un emprisonnement sous Mac Carthy. On peut citer parmi ses ouvrages : La moisson rouge et La sang maudit écrits en 1929 , mais aussi le faucon de Malte ( titre en coup de chapeau au Faucon Maltais) avec le privé Sam Spade, et encore La clé de verre (1930) et L’introuvable (1934).
Hammet va fasciner un autre auteur américain, Raymond Chandler qui publie son premier roman en 1939 « Le grand sommeil » avec l’apparition de Philip Marlowe qui traînera sa dégaine dans 6 autres titres qui suivront dont le dernier « The Pencil » écrit en 1958 et édité en 1960 après la mort de l’auteur qui survient en 1959. Chandler s’est voulu aussi théoricien du nouveau roman criminel avec son opus : »L’art d’assassiner ou la moindre chose » (1944). Son œuvre noire est parmi les plus violentes de son époque, avec des descriptions très visuelles et des atmosphères dans des récits facilement adaptables au cinéma.
Entre 1935 et 1939, un certain William Irish écrivait une centaine de nouvelles dans les Dime Détective et Black Mask. Il publie son premier roman, en 1940, sous le pseudonyme de Woolrich Cornell : « La mariée était tout en noir » , avant sa suite noire de cinq titres : Retour à Tillary street, Alibi noir, Ange, Une peur noire, Rendez-vous en noir, mais, à la même période, c’est William Irish qui signera Lady Fantôme, L’heure blafarde, la sirène du Mississipi et enfin j’ai épousé une ombre (1948). Il vivait avec sa mère malade et quand celle-ci décède, il se retire dans la solitude et l’alcoolisme. Après l’amputation d’une jambe à cause de la gangrène, il meurt d’une attaque dans l’oubli, tout en restant le maître du roman à suspens avec ses récits qui machiavéliques. Il faut citer ensuite William Riley Burnett qui se fait connaître en 1929 avec la parution de « Le petit césar » , vie d’un truand inspiré de celle d’Al Capone, suivie d’une trilogie urbaine avec Quand la ville dort, Rien dans les manches et Donnant -donnant. Il a obtenu l’Oscar du meilleur scénario pour La grande évasion en 1962. James Cain décrit un monde qui a pour métaphysique le sexe et de l’argent, notamment avec « Le facteur sonne toujours trois fois » (1934) et Assurance sur la mort (1936). Celui qui se dit l’écrivain maudit du roman noir, Horace MC Coy et qui est journaliste sportif, écrit « On achève bien les chevaux », en 1935, mais aussi « Un linceul n’a pas de poches » en 1937 et publié qu’en 1948.
Un arrêt sur Jim Thomson, un des plus noirs avec une galerie de personnages désespérés et désespérants, en passant par le shérif de « 1275 âmes » ( en France n° 1000 de la série noire), le représentant de commerce parano dans Des cliques et des claques) , le journaliste alcoolo dans M. Zéro, le garçon de café complètement névrosé dans La mort viendra, petite ou encore le nervi tueur dans Nuit de fureur. Une équipe de dessinateurs et scénaristes ont réalisé les deux premiers tomes d’une trilogie « Sans pitié » en rendant hommage à cet auteur. La premier page du premier tome, montre un ballez en train de lire : « Deuil dans le coton » (titre original : Cropper’s Cabin). Ce roman est sorti en 1952. Le premier roman de Jim Thomson est Now et Earth (1942), traduction littérale « Maintenant et ici-bas » ayant donné le titre français « Ici et maintenant ».
Jim Thomson a été découvert en France avec la parution de son roman « 1275 âmes » (J.B Pouy en comptera 5 de plus), n°1000 de la Série noire (titre original : Pop 1280 et adaptation cinématographique de Tavernier dans « coup de torchon »).Plusieurs de ses romans, alors qu’il est mort dans l’indifférence aux Etats Unis, ont été adaptés au cinéma. En France, on peut citer aussi « Série noire » d’Alain Corneau. Cet auteur texan a été comparé à Céline et avait une vision apocalyptique du monde. Il a raconté sa vie dans Bad boy (1953). Il a travaillé avec Stanley Kubrick pour « Ultime razzia » et pour « Les sentiers de la gloire » (1955). On le voit apparaître dans le film « Farewell My Lovely » de Dick Richard qui lui a donné le rôle d’un juge trompé par son épouse. Il a écrit dans les Pulps d’où ont émergé les premiers auteurs du hard boiled qui ont inspiré le genre noire en France et « les arpenteurs du réel » auxquels fait allusion Daeninckx, qu’ils soient de Marseille ou d’ailleurs. David Goodis était reporter et explorer les bas-fonds urbains, se déguisant même en clodo. Il a mis en scène des anti-héros, galériens urbains qui se révoltent dans un sursaut de dignité humaine avant de sombrer définitivement dans le néant. Pour exemples quelques titres évocateurs: La nuit tombe, Epaves, Sans espoir de retour.. Il est l’auteur de « Ne tirez pas sur le pianiste adapté au cinéma par Truffaut en 1957.
Un écrivain noir dans la Noire, Chester Himes qui, après avoir purgé sept ans de pénitencier aux USA pour braquage, s’installe en France où il rencontre Marcel Duhamel et écrit « La reine des pommes » en 1958 et « Fossoyeur Jones et Ed Cercueil », deux flics violents qui séviront dans une série de 9 romans. On peut citer aussi L’aveugle au pistolet, Affaire de viol et Fin du primitif. Aujourd’hui, un autre écrivain américain et noir vit en France. Il s’agit de Jake Lamar dont deux ouvrages sont publiés chez Payot et Rivages "Nous avions un rêve" (Thriller) et "Le caméléon noir" (noir). Il est né et a grandi à New York dans le Bronx. Il est journaliste diplômé de Harvard. Il était venu visiter la France en 1993 et s’y est établi. Le Caméléon noir est l’histoire d’un journaliste noir américain, Clay Robinette, épinglé pour une histoire de falsification de source d’information et recyclé dans l’enseignement. Son ami Reggie Brogus, obèse et ancien militant de la cause noire, trouve le cadavre nu d’une jeune femme blanche, une étudiante avec laquelle Clay a une liaison. Malgré les soupçons qui pèsent sur Brogus, Clay va se fourrer dans les ennuis pour couvrir son ami. L’autre roman est une anticipation de l’avenir policier et judiciaire de l’Amérique avec camps de rééducation des toxicos, exécutions télévisées des condamnés à mort de plus en plus nombreux, rétablissement de la pendaison par souci d’économie… et tout cela sous la houlette d’un attorney en passe de devenir le premier vice-président noir des Etats-Unis.
Il y a en d’autres écrivains américains comme Mickey Spillane, inventeur de Mike Hammer, Erie Stanley Gardner, père de Perry Mason, Ed Mc Cain et son commissariat du 87ème district ou encore James Hadley Chase et ses 89 romans dont « Pas d’orchidées pour Miss Blandish, adapté au théâtre. On ne peut tous les citer. Il existe des dictionnaires du polar. Il y a aussi de bons libraires qui mettent même des fiches de lecture dans leurs livres.
Evolution du roman policier en France : Le 20ème siècle, une pègre organisée s’est établie en France. Parmi les truands, des Corses mis en scène dans le décor parisien et notamment le quartier de Pigalle, qui devient le haut lieu de la drogue et de la prostitution. En France, alors qu’il devient un genre répandu chez les lecteurs, les auteurs et les éditeurs, le polar reste cantonné dans le giron de la capitale, Paris ou bien à l’étranger car les éditeurs choisissent le plus souvent d’éditer des traductions de romans américains.
Pendant que, aux USA , le détective « hard boiled » ( dur à cuire) enquête dans le roman noir, la France se plonge dans le Milieu, le Mitan et ses truands hauts en couleurs avec leur langage argotique. C’est la belle époque des tractions avant et des gros coups, mais aussi des auteurs à succès alimentant avec leurs romans le grand écran avec des belles gueules d’acteurs : Jean Gabin, Eddy Constantine, Lino Ventura, Bernard Blier, Michel Constantin, …
En 1953, Albert Simonin publie « Ne touchez pas au Grisbi », adapté au cinéma par Jean Beckert. Ce premier roman consacré à des truands vieillissants, sera suivi de deux autres : « Le cave se rebiffe » adapté au cinéma par Gilles Grangier en 1961, et « Grisbi or not Grisbi » adapté au cinéma par Georges Lautner sous un autre titre « Les tontons flingueurs » en 1963. Simonin a initié le lecteur à l’emploi de l’argot et a même écrit un dictionnaire de mots argotiques : « Petit Simonin illustré par l’exemple » ( édité en 1968) . Son ultime roman est « L’élégant » (1973).
José Giovanni est d’origine corse. Il a connu la prison. Il a été incarcéré à 22 ans, condamné à mort puis sa grace a été obtenue par son père qui l’a toujours soutenu lors de son incarcération. Il devient écrivain à 34 ans. Son premier ouvrage « Le trou », écrit en prison, sort en 1958 et s’inspire de sa propre tentative d’évasion de la prison de la Santé. En 1960, il sera adapté au grand écran par Jacques Becker et à l’affiche, apparaissent Jean Keraudy et Michel Constantin. Le réalisateur décédera le 21 février 1960 sans assister à la sortie de ce film qui sera suivie, jusqu’en 1988, d’une longue filmographie pour le nouvel écrivain, scénariste et réalisateur, José Giovanni : Le nommé Rocca d’après le roman « L’excommunié », La loi du survivant, Le rapace, Un aller simple, Dernier domicile connu, La Scoumoune, Deux hommes dans la ville, Le gitan, Comme un boomerang, Les égouts de Paris, Une robe noire pour un tueur, Le Ruffian, Les loups entre eux, Mon ami le traître. Dans ces films, ont joué les plus grands acteurs français du genre : Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Paul Meurisse, Marcel Bozzufi, Annie Giradot… La même année que « Le trou », il sortait ses romans « Le deuxième souffle, Classe tous risques et l’excommunié. Après une adolescence agitée, José Giovanni a beaucoup écrit dans la série noire. Il a souvent décrit avec justesse et réalisme, le milieu carcéral et le monde des voyous. Il a été un auteur prolifique dans le genre policier et d’aventure dans une œuvre où est présente une dimension sociale et politique. Il s’est montré préoccupé par le devenir de la jeunesse et la délinquance. Il s’insurgeait contre toute violence « qui ne tient pas compte de la valeur d’un être humain » et considérait la pornographie comme dégradante et destructrice chez les jeunes. En 1995, il sort le roman « Il avait dans le cœur des jardins introuvables » (Chez Robert Laffont), qu’il adaptera au cinéma avec son ami Bertrand Tavernier. Le film sortira sous le titre « Mon père ». C’est l’histoire de José Giovanni et de son père, qui s’est battu pour que son dernier fils échappe à la peine capitale dans la France d’après-guerre. Il met en scène ce père qui gagne l’argent du procès en jouant par habitude, par nécessité et parce que c’est le meilleur moyen, pour lui, de gagner cet argent. Très présent dans le monde du polar, josé Giovanni participait à de nombreux évènements organisés en France. Ilest décédé le 21 avril 2004 à Lausanne. Il avait 80 ans et s’était marié avec Zazie, secrétaire de Bernard Queneau.
Alphonse Boudard sait aussi de quoi il s’agit lorsqu’il parle de prison. Il a été maquisard pendant la dernière guerre et s’est reconverti ensuite dans le cambriolage, ce qui lui a valu de connaître les cellules de Fresnes. En 1962, il sort « La métamorphose des cloportes ». Une trentaine de romans suivront. Comme Simonin, il utilisera l’argot dans certains, comme « Les combattants du petit bonheur » ou « L’éducation d’Alphonse ». Il a travaillé pour le cinéma et la télévision avec de grands acteurs comme Jean Gabin, Alain Delon ou Simone Signoret. On peut citer aussi André Héléna (Les héros s’en foutent , Les flics ont toujours raison) , Pierre Lesou (Le doulos) et bien sûr Auguste Le Breton ( Du rififi chez les hommes, Rafles sur la ville) qui, à l’instar de Simonin, écrivit un dictionnaires « Argotez, argotez ».
Le roman noir en France : « Le roman policier ne voit de mal que dans l’homme alors que le polar voit le mal dans la société » selon Jean-Patrick Manchette, né à Marseille.
Deux noms vont marquer le roman noir français dans la deuxième moitié du 20ème siècle : Léo Malet avec son héros Nestor Burma et Frédéric Dard avec le commissaire San Antonio, affublé de l’inspecteur Bérurier comme faire-valoir.
Léo Malet, connu comme poète surréaliste anar, a d’abord publié sous des romans populaires sous des pseudonymes (Frank Harding, Léo Latimer, Jean de Selneuves et Lional Doucet). En 1943, il sort sous son nom 120, rue de la Gare et invente le personnage de Nestor Burma, détective français inspiré de son confrère américain. Mlle Nadia Dhoukar, a fait un énorme travail sur Léo Malet chez Laffont. Elle nous dit : « Léo Malet (1909-1996) a toujours été passionné de mystères. Né à Montpellier d'un père employé de commerce et d'une mère couturière, il est élevé par son grand-père, tonnelier de son état, qui l'initie au socialisme de Jean Jaurès et à la littérature de Victor Hugo, de Maurice Leblanc et d'Alexandre Dumas. A huit ans, il écrit ses premiers romans ; à seize, il vit à Paris de petits boulots et de chapardage et se produit comme chansonnier au cabaret de La Vache enragée. André Breton l'introduit auprès des surréalistes et l'encourage à publier ses poèmes (Ne pas voir plus loin que le bout de son sexe, 1936; L'arbre comme cabane, 1937; ...Hurle à la vie, 1939). Déporté dans un camp de travail allemand, il revient à Paris huit mois plus tard et aborde le roman policier par des chemins buissonniers, servi par une plume acérée et des penchants libertaires. Il commence à publier des " polars " à l'américaine sous les pseudonymes de Frank Harding et Léo Latimes. C'est en 1943 qu'il signe sous son vrai nom 120, rue de la Gare, la première enquête de Nestor Burma, un " détective de choc " qui lui ressemble (signes particuliers: libre et aventurier) et qui lui survivra. Léo Malet est mort le 3 mars 1996, laissant une oeuvre placée sous le double sceau de l'humour et de la poésie. Cette nouvelle édition en quatre volumes des romans de Léo Malet suit pas à pas la biographie fictive de Nestor Burma. Le lecteur découvrira en lui l'un des personnages les plus originaux de toute la littérature policière ». Léo Malet, créateur de Nestor Burma aux éditions Robert Laffont, collection Bouquins. « Léo Malet est de retour. Curieux homme, vagabond, anarchiste, vendeur de journaux à la criée, surréaliste, puis inventeur de Nestor Burma, ce personnage de détective privé (signe particulier : libre et aventurier) qui lui ressemble tellement. Etrange écrivain, qui a influencé beaucoup de nos auteurs de policiers et donné un nouveau style, sensible et poétique, au roman noir. Francis Lacassin l’avait aidé pour la première publication de ses œuvres chez « Bouquins ». Aujourd’hui, c’est Nadia Dhoukar qui a veillé sur cette nouvelle édition. Elle a notamment rédigé une biographie de Léo Malet placée en début de volume et nous offre quelques textes (chansons, poèmes, nouvelles, articles) en best off… note de l’éditeur.
Frédéric Dard, avec sa verve déjantée et son commissaire San Antonio, policier infaillible et tombeur de femmes, est un immense succès populaire et le nombre de sites qui lui sont dédiés est impressionnant. Il faut bien sûr citer l’inspecteur Bérurier, boulimique, gros, crasseux, libidineux, vulgaire et fort en gueule, mais virtuose du calembour, son épouse monumentale, Berthe, et son collègue Pinuche, minuscule, oublié et décalé. Dard fils a bien essayé de prendre la relève de Frédéric père en continuant à exploiter le filon paternel mais le charme est rompu. San Antonio restera orphelin. Frédéric Dard a su conquérir un large lectorat par un mélange subtil de burlesque jusqu’à l’extravagance et de rigueur dans l’intrigue dans des récits sûrs se déroulant sans détours inutiles et ménageant le suspense. Nous vous signalons un site à la fois très personnel et très documenté sur la bibliographie des San Antonio: http://www.crescenzo.nom.fr/san-antonio.html
Pierre Boileau et Thomas Narcejac sont connus comme théoriciens du genre, notamment dans l’opus commun « Le roman policier » ou bien « Esthétique du roman policier et une machine à lire : le roman policier » de Narcejac seul. Ils ont collaboré avec succès en écrivant L’ombre et la proie (sous le pseudonyme de Allain Bouccarèje). Le film « Les diaboliques » réalisé par Henri -Georges Clouzot est une adaptation de leur roman « Celle qui n’était plus » sorti en 1952. Hitchcock a adapté un autre roman intitulé « D’entre les morts » en lui donnant le titre Vertigo/Sueurs froides. On peut citer « Les louves » mais aussi « Les victimes » qui, au début de l’intrigue, donne davantage d’importance à la victime.
On peut citer aussi Jean Meckert qui a écrit, sous le pseudo de Jean Amila, dans la série noire : Y a pas de bon dieu en 1950, Le loups dans la bergerie, Noces de soufre, jusqu’à plus soif et langes radieux, La lune d’Omaha (Il y règle ses comptes avec la guerre). Après 1968, il invente le personnage d’un flic hippie surnommé Géronimo qui est « au service des victimes et pas au service des puissance » : Le grillon enragé, la nef des dingues, Contest-flic... Alain Demouzon écrit des romans utilisant le jargon du quidam (Quidam est un de ses livres paru en 1980) dans des atmosphères grises et pluvieuses. Après avoir abordé le genre noir avec son titre « Un coup pourri » et son héros le détective Placard , il écrit, en 1978, Adieu ma jolla, en hommage à Chandler… Georges J. Arnaud qui signe « ne tirez pas sur l’inspecteur » sous le pseudo de Saint-Gilles (1954), puis continue à écrire des romans noirs sous son nom dont « Le coucou » en 1978… Raf Valet avec Mort d’un pourri et Adieu Poulet…
Un arrêt sur Pierre Siniac : Pierre SINIAC est né le 15 juin 1928 à Paris. Il a donc connu les deux guerres. C’était un auteur prolifique. Le grand public a pu faire sa connaissance avec l’adaptation cinématographique de son roman " Les Morfalous ", qui traitait déjà de l’héroïsme en temps de guerre. Il a obtenu le grand prix de la Littérature policière en 1981. De cet auteur, on peut citer " Illégitime défense ", son premier roman en 1958, " Monsieur cauchemar " en 1960, " L’unijambiste de la côte 284 ", " reflets changeants sur marre de sang ", " Femmes blafardes ", " Aime le maudit ", " Des amis dans la police ", " Le mystère de la sombre Zone " …. Il a inventé aussi les personnages étonnants de Luj Infernan et la Cloducque. Pierre SINIAC est mort dans l’indifférence et l’anonymat en mars 2002. On a découvert son corps le 11avril 2002 dans son HLM d’Aubergenville (Yvelines). Il a écrit " la course du hanneton dans une ville détruite " (ou " Corvée de soupe " ) en 1994. Ce livre sera édité 4 ans après son décès. (Rivages/noir). Résumé : Juillet 1994, un manoir normand est en vente. Il recèle des tombes de FTP et de soldats de la dernière guerre. Une dalle tombale n’a aucune inscription et dessous repose Barbara ROUSSET, morte dans sa vingt sixième année. " C’était une fille de l’Est. Père inconnu. Enfin , on racontait que sa mère, une serveuse d’auberge dans la Meuse, l’avait eue avec un soldat américain, en 17-18, pendant l’autre guerre ; ce qui expliquerait le prénom. En 40, par ici, on a eu des réfugiés. Des Lorrains, des Alsaciens. Barbara était dans le lot… " Et nous voilà projetés en plein débarquement des Alliés dans ce Manoir où Barbara se retrouve seule avec huit orphelins à protéger et nourrir. Elle a , à sa disposition , un véhicule prestigieux : la Delage D8, modèle 1937 de couleur prune. Elle tente une première sortie, avec tous les enfants : " Et la voiture de tourner sans trêve, comme sous la coupe d’une mécanique devenue folle, prise dans ce malstrom de feux et d’acier, avec sur les neuf têtes enfermées dans le véhicule un ciel livré à un feu d’artifice démentiel ". Retour au manoir et puis, elle repart seule au volant du véhicule criblé d’impacts de balles pour la " corvée de soupe ", tel un hanneton qui cherche maladroitement son chemin au milieu des ruines.. Il s’en suit une épopée cauchemardesque, celle d’une jeune femme dont le courage n’a d’égal que la maladresse. Cette chronique d’une mort annoncée montre les horreurs et les dégâts collatéraux de la guerre. Barbara, pacifiste par nature, se retrouve en première ligne. Elle livre son propre combat au milieu du fracas des bombes. Pour le personnage de l’héroïne malgré elle, SINIAC s’est inspiré d’une histoire qui lui a été racontée à Canisy où l’écrivain passait ses vacances. Dans le roman, le narrateur est un certain Tiercelin, qui fait visiter le Manoir aux acheteurs.
Publié le 17 novembre 2006 à 21:17
Par flicorse
2ème partie:
Le néo polar :
C’est le polar d’après 1968, année de troubles sociaux quasi révolutionnaires et qui, par ailleurs, voit l’intégration de la police municipale parisienne à la police nationale. En France, parmi les interrogations politiques et sociales, la question se posait de savoir si la police était détournée de sa finalité, si elle n’était qu’un moyen d’oppression. On s’est interrogé sur son pouvoir régalien, sur ses bavures, sur le sens de ses missions, sur sa place dans la société en proie à des injustices sociales et à l’insécurité. Cette réflexion a entraîné des efforts de démocratisation de l’institution et la rédaction d’un code de déontologie policière.
Entre la France et les Etats Unis, il y a une différence de culture qui apparaît dans le polar. Alors que les auteurs américains n’ont pas de message politique, nos auteurs français sont beaucoup plus politisés en ayant compris tout ce que le roman noir pouvait contenir de social. Je reprends le slogan cher à des auteurs comme Jean-Pierre Pouy, Patrick Raynal… entre autres : « Le roman noir, c’est le roman de la vigilance ! De la résistance ! De la transgression ! ».
C’est dans la rue et dans les bas-fonds que ce genre trouve des espaces de liberté. C’est là que des auteurs anarchistes ou gauchistes ont pu jouer lesempêcheurs de tourner en rond et, pour reprendre un de vos termes dans nos sociétés « ronronnantes ». Patrick Raynal se souvient :"On avait tous un petit livre rouge dans une poche et un roman de Dashiell Hammet dans l’autre". C’est ce que certains ont appelé la nouvelle vague."La criminalité politique, avec ses prises d’otages, ses voitures piégées, ses détournements d’avions offre maintenant une riche matièreà la Série noire qui commençait à s’essouffler" (Boileau- Narcejac).
Sur le site « Noir comme l’espoir », Patrick Pécherot écrit : « Les seventies et leur parfum de révolution marqueront l’émergence d’une génération d’auteurs majeurs qui renouvèleront le style tout en poursuivant le chemin tracé par les grands anciens, y compris dans sa dimension critique. Qu’ils s’appellent Manchette, Raynal, Pouy, Daeninckx, Fajardie, Vilar, Jonquet… ils construiront une œuvre qui s’inscrit bien au-delà de ce que l’on a alors appelé, dans une tentative de qualifier en vrac tout récit policier en prise directe sur les réalités sociales ou politique, le néo –polar… » Le leader historique en est Jean-Patrick Manchette qui est entré dans la Série noire en 1971 avec un roman signé avec Jean-Pierre Bastid « Laissez bronzer les cadavres ». Il a dit : « Dans le roman criminel, violent et réaliste à l’américaine, l’ordre du Droit n’est pas bon, il est transitoire et en contradiction avec lui-même. Autrement dit le mal domine historiquement. La domination du mal est sociale et politique. Le pouvoir est exercé par des salauds. On reconnaît là une image grossièrement analogue à celle que la critique révolutionnaire a de la société capitaliste… Lorsque le héros n’est pas lui-même un salaud… lorsqu’il a connaissance du bien et du mal, il est seulement la vertu d’un monde sans vertu. Il peut bien redresser quelques torts, il ne redressera pas le tort général du monde, et il le sait, d’où son amertume. » A la suite de Manchette, les « barons » du Néo –polar sont Jean Vautrin ( A bulletins rouges, Billy Ze Kick, Boody Mary, Groom, Canicule), Marc Vilar( Légitime démence, Nès pour Perdre, Corvette de nuit…) , Frédéric H Fajardie (Tueurs de flics, Le souffle court, Clause de style, La théorie du 1%), Hervé Prudon ( Mardi gris, Tarzan malade, Banquise…), Joseph Bialot (Le salon du prêt à saigner ; Le sentier, Babel ville…), Sébastien Japrisot ( Compartiment tueurs, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) qui est devenu scénariste pour le grand écran ( Le passager de la pluie, La course du lièvre à travers les champs…) Manchette disait que le polar était une « littérature ferroviaire ». Jean Bernard Pouy sera surnommé « l’homme des trains » après avoir écrit un premier roman ferroviaire « La vie duraille » cosigné avec Daniel Pennac et Patrick Raynal. On lui doit aussi « Train perdu, wagon mort Il a multiplié les romans avec des titres évocateurs à deux reprises de son passé de professeur de philosophie comme Spinoza encule Hegel et la suite : A sec ! (Spinoza encule Hegel : le retour). Dans le néo –polar, les arpenteurs du réel sont plutôt spinoziens bien sûr. ». Il est à l’origine de l’aventure du Poulpe, alias donné au personnage de Gabriel Lecouvreur, à cause de ses longs bras. À partir de sa fiche identitaire, il a vécu sous la plume de nombreux polardeux revendiquant leur opinions de gauche et anti- Front national. Les petits polars du Poulpe étaient édités par les Editions La Baleine au premier petit prix de 39 francs. « Qu’est-ce qui fait courir Gabriel le juste ? L’injustice, surtout si elle est pratiquée par un patron sans scrupules, un intégriste vachard, des néonazis pédophiles, des trafiquants de cassettes porno et des politiciens véreux. Défenseur d’une gauche orpheline de ses promesses évanouies, Lecouvreur va, court, vole et nous venge… » - Article « La pieuvre est faite » de Emmanuel Laurentin dans Télérama n°2508 du 7 février 1998 dans une rubrique « La rage et le noir : le polar » pages 10 à 18. On peut citer comme bon récit du poulpe, celui de Patrick Raynal « Arrêtez le carrelage ». Patrick Raynal, patron de la série noir, a dit : « Je suis un marxiste qui pratique la concurrence ». Un arrêt sur Didier Daeninckx : Né en 1949 à Saint-Denis, l’arpenteur du réel Didier Daeninckx fait ressurgir dans le présent les ombres noires de l’histoire de la France et notamment son passé colonial. Pour cela, il imbrique dans ses récits le présent et le passé, la réalité et la fiction. Tel un archéologue, il fait ressurgir les dessous de l’histoire pour éclairer le présent à la lumière de ce passé souvent mis sous l’éteignoir. Il a donné sa définition du roman policier : « un type de roman dont l’objet se situe avant la première page » ; et celle du roman noir : « Un roman de la ville et des corps en souffrance ». Didier Daeninckx participe à la revue Amnistia.net Meurtre pour mémoire, roman qui revient sur la répression sanglante, le 17 octobre 1961, par la police parisienne d’une manifestation de ressortissants algériens. Parmi les mort : Thibaud. S’agissait-il d’une bavure policière ou d’un meurtre ? C’est son fils, en 1981, est tué à son tour, après avoir consulté les archives de la Préfecture de Police. L’inspecteur Cadin mène l’enquête qui va l’amener à s’intéresser à un certain André Veuillot, fonctionnaire compromis sous le régime de Vichy en 1942. Le retour d’Altaï : Il s’agit de la suite donnée par l’auteur à son excellent roman " Cannibale ". Vous y retrouverez Gocéné, trois quarts de siècle plus tard, qui revient en France sur les traces d’un kanak tué 124 ans plus tôt en Nouvelle Calédonie. De quoi sortir du formol des spectres historiques et parler aussi de la culture des kanaks, de leur humanité. La piste du repentir passe par le musée de l’homme, dans cet opus de 114 pages. Avec le retour d’Altaï, Gocéné nous donne une belle leçon de ce repentir généalogique et le chef de la tribu de Kowale peut lui accorder un pardon collectif. A méditer….Question extraite : " Vous tous qui dites " hommes de couleur ", seriez-vous donc des hommes sans couleur ?"Didier Daeninckx écrit, pour Shangaï express, une feuilleton " l’inspecteur L’entraille ", qui sifflote des refrains de Maurice Chevalier. Des meurtres sous le régime de Vichy et l’occupation allemande. Le décor historique est planté. Le coéquipier de l’inspecteur L’entraille est un certain " Verdier ". Justement, notre auteur a publié un recueil aux Editions Verdier. Il s’agit du titre : " Les cités perdus "…. à lire et, dernièrement, un livre également sous le régime de Vichy, au titre annonciateur: Itinéraire d'un salaud ordinaire! Daeninckx a écrit lui aussi dans la série du Poulpe. Il est à l’origine d’une querelle interne, lorsqu’il a révélé que Serge Quadruppani, auteur du n°2, aurait fréquenté les milieux révisionnistes. On a reproché à Daeninckx d’avoir lancé une fatwa !... sur Quadrippani et il a même du faire face à des « broncas » non littéraires lors d’un salon du Polar, place de la Bastille à Paris. Et tous les autres : « De Dominique Manotti à Thierry Jonquet en passant par Dennis Lahane ou Cesare Battisti et Paco Ignacio Taïbo II, les écrivains témoignent de leur temps et s’ancrent dans le réel. Même si l’imaginaire et l’efficacité de l’intrigue restent le pivot de ces fictions, la description de milieux particuliers, de marges interdites ou de professions singulières leur confère une valeur documentaire. » Christian Barbault dans un article de Valeurs mutualistes n°236 Mars/Avril 2005 – article « Le polar, une passion contemporaine ».
Les grandes collections de la Noire :
Le Masque : créée par Albert Pigasse en 1927 qui publie « Le meurtre de Roger Ackroyd » écrit par Agatha Christie. C’est la première vraie collection policière avec sa couverture jaune et un petit dessein de masque noir en haut et à gauche de la première page de couverture. Elle devient la référence. A ce jour, elle a publié plusieurs milliers de titres sous différends labels : Collection de roman d’aventure, séries « ‘Les Maîtres du roman policier » et « Reines du Crime », Les Intégrales, Les grands formats du Masque, Petits meurtres (Bandes dessinées policières en collaboration avec Jean-Bernard Pouy, Jérôme Charyn et Maud Tabachnick) et la série Bdétective.
La série noire : créée par Marcel Duhamel en 1945 chez Gallimard avec les titres « La Môme vert-de-gris », titre français de Poison Ivy) et « Cet homme est dangereux » de Peter Cheney. On y trouvera par la suite les auteurs américains du Hard boiled, dont certains parfois traduits par Marcel Duhamel lui-même, mais aussi les auteurs français de Albert Simonin jusqu’au Néo –polar de l’après 68 et, après le décès de Duhamel, Jean-Claude Izzo. Duhamel disparaît en 1977 et il est remplacé par Robert Soulat à la direction de la collection qui sera confiée par la suite à Patrick Raynal qui en 2001 fera peau neuve en remplaçant la couverture noire typo jaune par des photos en noir et blanc.
Il faut citer Fleuve noir crée en 1949 par Armand de Caro, Rivages Noir des Editions Payot et Rivages, mais aussi Les Grands détectives de 10/18, Serpent noir des Editions du serpent à Plume, Les classiques de l’aventure et du mystère des Editions Ombres, Babel noir d’ Acte Sud, « à corps et à crime » des Editions Liana Levi… et encore les petits qui montent : Kroaken, Zinc-Editions. Une collection « Suite noire » a été créée par Jean-Bernard Pouy en 2006, en hommage à Marcel Duhamel et à la couverture d'avant 2001.
Quelques livres sur le polar :
Claude Mesplède est l’incontournable du genre noir. Considéré comme le « pape du polar » pour sa connaissance encyclopédique du genre et sa passion infatigable (on pourrait dire sacerdotale), on l’aperçoit souvent dans les rencontres littéraires, toujours entourés de polardeux qui l’écoutent. Rappelons qu’il a participé aux aventures du Poulpe avec « Le cantiques des Cantines ». Il fait partie de l’équipe de la revue « Europolar », revue Web trimestrielle internationale consacrée à la littérature policière et à ses influences. A Claude Mesplède, il faudrait consacrer une édition spéciale tant ses actions dans le monde du polar sont nombreuses. On le retrouve dans de nombreuses revues consacrées à ce genre. On n’a pas oublié le plus vieux Fanzine de France : La tête noire. On ne peut pas évoquer Claude Mesplède, sans parler de son Dictionnaire des littératures policières qui est une véritable œuvre encyclopédique du genre, allant de Aarons à Zwingeelstein. Son opus est unique. Son travail y est immense à tel point que l’auteur d’un autre dictionnaire précise dans sa préface : « …Il manquait un dictionnaire proposant des notices sur les auteurs jusqu’au remarquable Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède. L’ouvrage que nous proposons ne saurait se substituer à lui…. » Cet ouvrage se décompose en deux tomes de plus de 900 pages chacun, plus de 1 800 biographies d’écrivains, 336 personnages et 68 romans phares analysés, 60 thèmes, une cinquantaine de collections et d’éditeurs abordés, 3 000 illustrations. La somme est plus qu’imposante. Il a été édité par les Editions Joseph K dans la collection Temps noir en deux tomes. Son autre ouvrage intitulé « Les Auteurs de la Série Noire avait été publié en 1996. Il a commis un polar dans la série Le poulpe et qu’il a intitulé « Le cantique des Cantines ».

Les autres : - Le détective novel et l’influence de la pensée scientifique – Régis Messac - Policier de roman et de laboratoire – et Manuel de technique policière, par Edmond Locard - Histoire et technique du roman policier – par François Fosca - Esthétique du roman policier et une machine à lire : roman policier, par Thomas de Narcejac - Le roman policier, par Boileau et Narcejac - D’Arsène Lupin à San Antonio, par Jean-Jacques Tourteau - Mythologie du roman policier, par Francis Lacassin - Le roman policier par Josée Dupuy - Puissance du roman, par Roger Gallois (analyse comparée du roman et du roman policier) - le Dictionnaire du roman policier, écrit par Jean Tulard - le livre de cuisine et des alcools de la Série noire , par Arlette Lauterbach et Alain Raybaud
Quelques sites et adresses : - Euro -polar : http://www.eurpolar.eu - Noir comme polar et ses liens : http://www.noircommepolar.com - Rue des boulets (anciennement Mauvais genre) et ses liens : http://www.ruedesboulets.com - Site de la revue 813 : http://www.813.fr - Le polar féminin : http://www.polarfeminin.com - La géographie du polar : http://perso.wanadoo.fr/geopolar - Bibliothèque des littératures policières, 48-50 rue du cardinal Lemoine 75005 Paris
Deux revues et deux guides : - Revue 813 : Le titre « 813 », paru en 1910, c’est aussi celui du premier gros roman de Maurice Leblanc qui a créé le personnage du gentleman cambrioleur sous les traits de plusieurs personnages. Ce titre « 813 » est repris dans la revue de l’association des amis de la littérature policière depuis 25 ans. - Shangaï express : Mensuel créé fin 2005 avec comme directeur éditorial Laurent Martin, auteur de Or noir peur blanche et Des rives lointaines (Editions Passage) et La tribu des morts (Série noire de Gallimard)
........les guides de la FNAC et de Folio.
Publié le 17 novembre 2006 à 21:17
Par flicorse
3ème Partie
Du néo –polar au roman noir régionaliste en Europe: C’est Manuel Vasquez Montalban, avec sa ville Barcelone, qui en a ouvert la voie dans les années 1970. Il est l’inventeur de Pépé Carvalho, personnage représentatif de la capitale catalane espagnole. Il a déclenché l’apparition d’une vague d’auteurs revendiquant leur identité, leur culture, leur ville… En premier lieu en France et en Italie. Le polar régional doit sans doute quelque chose au néo –polar, comme celui-ci doit beaucoup au Hard boiled… ainsi de suite, réciproquement et inversement…
En Italie, Andrea Camilieri va même appeler son héros récurrent « Montabalno » en hommage à l’auteur Catalan et en France, Jean-Claude Izzo va s’inspirer de Pépé Carvalho pour inventer Fabio Montale (Montale comme Montalban). Depuis lors d’autres auteurs ont émergé en Europe comme Petros Markaris en Grèce mais aussi au Maghreb comme Yasmina Khadra en Algérie, Driss au Maroc… Andréa Camilieri est l'auteur le plus lu en Italie. Son héros le commissaire Montalbano est un sicilien acharné à faire toute la lumière au bout de ses enquêtes. Camilieri n’a jamais caché que, depuis son enfance, il vouait un culte particulier au Commissaire Jules Maigret. Il a lu Simenon alors qu’il signé encore sous le nom de Georges Sim et qu’il était publié par un bimensuel italien, avant de découvrir une série complète des Maigret éditée par Mondadori, éditeur italien. Maigret est devenu son modèle pour Montalbano.
Définition de la littérature régionale par Elodie Charbonnier, docteur es Lettres modernes :
Les écrits de Nathalie Caradec proposés dans une étude sur la littérature de Bretagne illustrent parfaitement la difficulté de donner une définition, ne serait-ce qu’à l’échelle d’une seule région : Nous considérons la littérature bretonne de langue française comme si l'ensemble ainsi défini allait de soi, pourtant nous ne pouvons pas éviter le débat lancé depuis une trentaine d'années sur cette terminologie. En effet, dans les années 1970, la discussion a été ouverte dans les colonnes de la revue Bretagnes […]. Cette revue littéraire et politique a soulevé un certain nombre de questions et cherché des critères pour caractériser cette littérature. […] Plus récemment, Pascal Rannou s'est penché sur le sujet […]. En 1993, il retrace la chronologie de ce débat inachevé et problématique. Quelques années plus tard, Marc Gontard souligne la « difficulté de mettre en œuvre des critères décisifs de détermination » mais essaie de trouver « un certain nombre d'indices, thématiques ou formels, spécifiques d'un imaginaire ou d'une pratique textuelle, qui [lui] semblent caractériser cet ensemble nécessairement « pluriel » […] pour lequel on peut revendiquer le nom de littérature bretonne de langue française. » Plus récemment, Marc GONTARD considère que l'expression désigne « toute pratique textuelle où la question de l'identité, comme patrimoine culturel, travaille la question de l'écriture. » Privilégiant l’expression « littérature régionale » et non « régionaliste », toute connotation à caractère uniquement politique est donc exclue de cette étude. J’entends ainsi parler d’une littérature en région et non pas seulement d’un mouvement littéraire revendicateur ou contestataire. Néanmoins, la question de l’identité régionale reviendra obligatoirement dès lors que nous nous attacherons à l’étude de régions comme la Corse, la Bretagne ou le Pays basque. Si la littérature se décline en plusieurs genres reconnus, la « littérature régionale » n’en fait pas partie. Pourtant, il s’agit bien d’une forme littéraire particulière se distinguant du roman ou de la nouvelle généraliste. Présente au cœur de nos terres, cette littérature porte en elle une culture et retranscrit l’âme de sa région. Certes, notre étude ne portera pas sur les langues régionales mais il est indéniable que cette littérature contient des particularismes linguistiques propres au régionalisme. Ainsi, les nombreuses expressions linguistiques régionales ne sont guères employées dans la littérature dite « généraliste ». De fait, il ne faut pas ignorer les spécificités propres à chacune de ces régions pour les englober dans une unicité nationale. La littérature corse résulte des pratiques ancestrales d’une littérature orale. Ayant subi des transformations constantes par l’alphabétisation et l’apparition de supports écrits ou audiovisuels, elle conserve encore aujourd’hui les traces de son histoire. Ainsi, certaines pratiques des littératures orales se sont donc transformées en littératures écrites ou même chantées. Évidemment, toutes les régions françaises ne revendiquent pas autant les questions identitaires que la Corse, l’Alsace ou bien la Bretagne. Néanmoins, toutes les régions possèdent une identité, une histoire et des particularismes propres parfaitement représentés par la littérature régionale. Garante de la conservation et de la protection d’un patrimoine culturel, la « littérature régionale » devrait être au cœur de certaines préoccupations. En effet, à l’heure de la mondialisation, nombreuses sont les entreprises réalisées pour préserver les régions d’une unicité nationale ôtant toutes les spécificités locales. Ainsi, la démarche de reconnaissance d’une littérature régionale en tant que telle s’inscrit dans le contexte actuel de conservation de l’identité des minorités culturelles. Souvent jugée péjorativement et réduite au simple folklore local, la « littérature régionale » est pourtant un genre abondant qui concerne de nombreux acteurs du livre. Il répond ainsi à une demande d’un public soucieux de se rapprocher de sa région, de sa culture. « [C]'est au moment fort [d'une] prise de conscience que la littérature régionale émerge de par la volonté d'un groupe qui la voit comme un bien collectif important à revendiquer et à développer ». La littérature régionale, liée au développement et à la survie du groupe qu'elle représente, « vivra plus ou moins dans la mesure où elle accompagnera ce groupe dans son cheminement historique ». Je considère comme littérature régionale tout ouvrage littéraire de langue française affichant un rapport à sa région et édité dans celle-ci. Le choix des auteurs régionaux est le premier critère de sélection des ouvrages. Selon moi, l’auteur ne doit pas nécessairement être issu de la région dont il s’inspire, ni forcément y écrire, pour l’utiliser à des fins littéraires. Dans l’objet de ma problématique, il semble moins intéressant de considérer comme écrivain régional l’auteur qui possède ses racines en région, qui y écrit et y est édité mais qui n’y s’y réfère jamais. Différentes thématiques permettent de situer les ouvrages littéraires régionaux. Utiliser la région comme lieu d’action romanesque est une première possibilité ; ainsi, elle apparaît comme un repère géographique et culturel pour l’auteur mais aussi pour le lecteur. L’intervention d’un folklore régional incluant contes et légendes populaires est un autre moyen de « régionaliser » son ouvrage tout comme l’utilisation de la mémoire collective ; par cette dernière, j’entends parler des ouvrages littéraires liés à une histoire locale touchant des événements comme la Résistance en Alsace au cours de la seconde Guerre Mondiale ou le Débarquement en Normandie." Thèse de Doctorat présentée par Elodie Charbonnier.
Deux exemples de polars régionaux : 1°/Le polar corse : Dans une anthologie présentée par Roger Martin, on peut lire au sujet du genre policier comme étant universel : « Cette universalité –société, police, crime, nature humaine – permet d’avancer que le genre policier, qu’il soit français, anglais, espagnol, russe ou japonais, s’abreuve à des sources communes, auxquelles bien entendu, il convient d’ajouter celles propre au génie et à l’histoire de chaque peuple » Avant le western et le roman policier, c’était le roman d’aventure, de cape et d’épée, qui avait les faveurs du lectorat populaire. Un auteur corse y avait excellé avec son personnage du chevalier Pardaillan, il s’agit de Michel ZEVACO né à Ajaccio (1860), mort à Eaubonne (Val d'Oise, 1918). Militant, Zévaco se présente aux élections législatives de 1889, fonde des syndicats, et il sait se servir de sa plume pour faire passer ses idées (un article écrit contre le Ministre de l’Intérieur lui valut quatre mois de prison, séjour qui sera suivi d’un autre, pour raisons politiques également, quelques années plus tard). Sartre, qui le présente à plusieurs reprises comme l'un des auteurs qui ont le plus influencé sa carrière d'écrivain, le décrit comme un "auteur de génie [qui], sous l'influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d'épée républicain. Ses héros représentaient le peuple; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVème siècle la Révolution française, protégeaient par bonté d'âme des rois enfants ou des rois fous contre leurs ministres, souffletaient les rois méchants" (Les mots). Pour Zévaco, l’Histoire semble souvent un moyen commode de critiquer les mœurs et la politique de son époque. Le personnage de Pardaillan en témoigne, qui affiche volontiers ses opinions républicaines et anticléricales., Il a été feuilletoniste au journal Le Matin à partir de 1906, avec Gaston Leroux (à qui l’on doit la série des Rouletabille, L’épouse du soleil ou le fameux Fantôme de l’opéra). En France, alors que le polar devient un genre littéraire répandu chez les lecteurs, les auteurs et les éditeurs, le polar reste cantonné longtemps dans la capitale ou bien à l’étranger car les éditeurs choisissent de traduire les grands auteurs anglo-saxons. Dans ce contexte jacobin, un autre Corse, José GIOVANNI, pourtant montagnard, va devenir un auteur et un cinéaste célèbre. Ancien taulard, il va exceller dans le genre. Zevaco et Giovanni ont écrit sans référence avec leurs origines insulaires. La Corse est une terre de romans noirs et de polars. Dernièrement, un hebdomadaire publiait un article «Terreur sur Ajaccio » sous-titre « Le gang qui fait trembler la Corse ». La première phrase est « Ils sont tous des enfants du cru et forment le noyau dur de la bande du Petit bar. Des tueurs sanguinaires… » N’y a-t-il pas là le titre et le début d’un polar bien noir avec des héros hard boiled ? On y trouve même des idées de dialogue : « Hep, salut ! Je t’aurais bien offert un café… - Vaut mieux pas s’attarder aux terrasses de bistrot en ce moment, c’est trop risqué !... »L’article relate la réalité d’une série d’assassinats qui serait la suite d’une lutte sanglante entre bandes rivales venant déranger les vieux truands jusque dans leur « semi -retraite » ( Le point , du 19 octobre 2006 ).
Depuis quelques années, on a vu émerger le polar de terroir qui existait pourtant depuis de nombreuses années. Alors que Marseille et la Corse ont alimenté l’imaginaire de bon nombre d’auteurs et de cinéastes, mais il faudra attendre 1995 et Jean-Claude IZZO pour consacrer le polar marseillais en le faisant connaître à Paris. Et la Corse ? A la même époque, un Editeur ajaccien, Les Editions MEDITORIAL, avait créé une « collection Misteri » qui a édité, entre autres, Philippe CARRESE et François THOMAZEAU. Tous les deux font partie aujourd’hui des auteurs de polars connus. « Les trois jours d’engatse » de CARRESE a été d’abord édité dans la collection « Mistéri » en 1994 (un an avant TOTAL KEOPS qui a fait émerger le polar marseillais ), puis réédité au « FLEUVE NOIR » en 1995. François THOMAZEAU est l’auteur de plusieurs polars édités dans la collection Misteri et a créé, avec deux autres auteurs, « L’écailler du Sud », éditeur marseillais qui obtient un réel succès. Les premiers polars de THOMAZEAU de la collection Misteri ont été réédités par LIBRIO. L’éditeur ajaccien MEDITORIAL a fait connaître aussi des auteurs corses comme Ange MORELLI, Elisabeth MILLELIRI et Marie-Hélène COTONI. Depuis lors, si quelques auteurs de polars corses ont été édités, il n’existait plus de série noire insulaire. Les éditions ALBIANA ont lancé, en 2004, leur collection « Néra » qui compte déjà plusieurs polars dans son catalogue. Elles éditent quatre à cinq polars par an. La relève est assurée. Des auteurs corses se ré –approprient la Corse noire. L’éditeur ajaccien écrit : « Qui douterait encore que la Corse ne soit malheureusement définitivement, une terre de polar et de romans noirs ?... La collection Nera ouvre les portes des bas-fonds du crime avec l’aide des auteurs insulaires… Elle propose de donner à lire cette profonde noirceur, ce goût pour le drame et la mort chevillé à l’âme, avec l’indispensable dimension littéraire qui seule peut rendre justice des mécanismes à l’œuvre. Loin des clichés, jouant parfois avec eux, elle ouvre des espaces de pensée d’autant plus efficaces qu’ils viennent de l’intérieur de la société, des meurtrissures vécues enfin domptées par l’écriture. Néra est une jalousie précautionneusement ouverte sur la rue, sur la vie insulaire, ce que l’on voit et qui ne se dit pas… » (Il faut lire l’interview de Bernard BIANCARELLI par Joël JEGOUZO sur le site www.noircommepolar.com ) Des auteurs de nouvelles, précurseurs du polar et du roman noir, se sont inspirés de la « légende noire de la criminalité insulaire ». Librio a publié un recueil où l’on retrouve Mérimée, Balzac, Flaubert, Saint Hilaire, Gaston Leroux et deux Corses: Pierre Bonardi (qui a consacré l'éssentiel de son oeuvre à son île natale) et un contemporain, Jacques MONDOLONI, auteur par la suite de polars, comme « Corsica Blues » paru en 1996.
Ainsi, est née la Noire corse avec des auteurs comme Francis ZAMPONI, Jacques MONDOLONI, Jean-Paul BRIGHELLI, Jean-Marie COMITI, Jean-Pierre SANTINI , Alexandre DOMINATI, Ange MORELLI, Daniel PIANI, Jean-Louis ANDREANI, Jean-Pierre ORSI et d’autres. Il est dommages que Elisabeth MILLELIRI ne se commette plus dans le genre. Un homonyme vient de prendre la relève en 2006, Paul MILLELIRI qui a écrit son premier polar « Pace è Salute » aux éditions Albiana, mais déjà auteur de cette édition dans d’autres genres.
Les éditeurs corses de polars : Editions Albiana (collection Nera), DCL, Editions La Marge, Colonna Editions… et Méditorial qui a cessé son activité.
Editions Albiana et la collection Nera:
Déclarations de M. Bernard Biancarelli, directeur de la collection/ "Albiana existe depuis plus de vingt ans, c'est dire qu'elle est née en plein coeur du mouvement culturel appelé en Corse U Riacquistu (la ré-appropriation). Elle a d'ailleurs signé son entrée dans le monde éditorial par un monumental dictionnaire Corse/français en quatre volumes (suivi par de la poésie en langue corse !). Cette participation proclamée et assumée à un fort mouvement culturel - caractérisé dans les esprits par l'éclat soudain mondial des fameuses polyphonies - a procédé en quelque sorte de la même approche : inventorier le patrimoine, ré-étayer les fondements et puis enfin ouvrir les champs de la création. Dans un cadre où la langue par exemple avait été très peu écrite jusqu'à présent - pour des raisons historiques et politiques que tout le monde désormais connaît - c'était une vraie gageure que de se mettre soudainement à écrire, à créer et, évidemment, à publier en corse. En ce sens, les éditeurs historiques dont font partie les éditions Albiana, ont grandement aidé à l'expression telle qu'on la connaît aujourd'hui. Ils ont fait non seulement oeuvre utile mais aussi, et surtout, oeuvre nécessaire, et dans des conditions politiques qui n’ étaient pas les meilleures. Je le dis d'autant plus librement qu'à l'époque je n'étais pas concerné, sauf en tant que lecteur. Il est évident que les conditions ont évolué et que nous serions bien en peine de dire si celles d'aujourd'hui sont vraiment meilleures. Albiana, au bout d'un parcours de vingt ans, c'est une quarantaine de livres par an, un catalogue de plus de trois cent titres. C'est dire que le pourquoi de son existence aujourd'hui est devenu beaucoup plus simple à définir : une présence essentielle dans le panorama culturel insulaire à la fois comme médiateur de culture, passeur si l'on préfère, espace de création et d'invention, lieu de soutien à l'expression (notamment en langue corse). Tout cela adossé bien sûr à une structure d'entreprise importante à l'échelle insulaire (un secteur distribution, un secteur commercial, un atelier graphique et maintenant la grande librairie La Marge, forment un ensemble dont le secteur édition est le noyau de départ). La collection noire, j'en rêvais depuis mon arrivée aux éditions Albiana (en 1998). Mais il existait déjà un éditeur à Ajaccio quasiment spécialisé dans le noir (Méditorial) et plutôt bon dans ses choix (il fut l'éditeur de Thomazeau par exemple, qui a ensuite fondé « L'écaillers du Sud », une petite maison du Noir qui monte, qui monte,…). Sa collection était bien implantée et puis on ne marche pas sur les plates-bandes de quelqu'un que l'on connaît et que l'on respecte. Bref, nous étions restés en retrait. Son arrêt et notre envie toujours présente ont permis d'ouvrir le chantier.
La collection Nera permettait aussi de dynamiser notre ligne éditoriale, de signaler au public que nous étions toujours en évolution et prêts pour les aventures. Nous avions au cours des années précédentes pris des risques éditoriaux chaque année, en publiant notamment pas mal de premiers romans ou des recueils de nouvelles, en dépit des préventions largement répandues dans la profession à ce sujet. Nombreux sont assez durs et violents, sans concession souvent pour le petit monde dans lequel nous vivons, mais ce qui selon moi les caractérise, c'est qu'ils ont laissé de côté le victimisme et le désir de justification, le pamphlet ou l'explication de texte, notamment du « problème corse » qui sont autant de pertes de temps et qui éloignent fatalement de la littérature. Il s'agit d'un vrai mouvement qui est la mutation du «Riacquistu » dont je parlais précédemment. Une attention soudaine pour la Corse d'aujourd'hui (ni celle d'hier, ni celle que désire l'Autre - ou que nous croyons qu'il désire - ni celle des cartes postales, ni celle des chromos) s'est manifestée et il nous a juste fallu aider à l'éclosion. La collection noire est évidemment pour nous un des outils qui nous manquaient pour aider à cet avènement. Et je peux certifier que son apparition a donné un coup de fouet qui s'est traduit par l'arrivée d'un grand nombre de manuscrits. Non seulement la collection Nera était profondément désirée chez nous, mais elle était probablement attendue par les auteurs, et certainement aussi, par les lecteurs qui lui ont réservé un très bon accueil."
Albiana a maintenant ses auteurs comme Jean-Pierre Santini, Alexandre Dominati, Pierre Larminier, Jean-Marie Comiti, Ange Morelli, Pierre Lepidi... avec deux nouveaux dans la collection noire en 2006, Paul Milleliri (Pace è Salute) et Kentaro Okuba (Evanescence de l’hiver).
Consulter l'article de Joël Jegouzo sur le site noircommepolar:
http://www.noircommepolar.com/ktml2/images/uploads:pdf/albiana.pdf
Ancienne collection « Misteri » de MEDITORIAL : Un pionnier de la Noire made in Corsica: Si nous connaissons les carrières poursuivies par ces auteurs découverts par l’Editeur Méditorial, nous ignorons le parcours de l’Editeur inspiré, après sa cessation d’activité. Il s’agit de Paul-André BUNGELMI. Il y avait Misteri dans l’édition corse. Il s’agissait d’une collection de l’Editeur Méditorial qui a publié des polars corses dans les années 1990, d’excellents polars commis par des auteurs ayant pour la plupart fait leur chemin. J’ai lu huit de ces bouquins que j’ai le plaisir de citer : - Comme un chien dans la vigne et caveau de famille, écrits par Elisabeth Milleliri - La moisson ardente et raison d’état, écrits par Archange Morelli - Trois jours d’engatze, écrit par Philippe Carrese - La faute à Déguin et Qui a tué monsieur cul, écrits par Philippe Thomazeau.. Voilà, ce que deux auteurs en ont dit :
Philippe Carrese
A l’époque (1992), j’ai envoyé le manuscrit à plus de trente maisons d’édition, y compris “Fleuve Noir”. Tous l’ont refusé. J’ai croisé Paul André Bungelmi, en corse, un type adorable qui me l’a pris mais qui a été dépassé par le succès du livre. Fleuve Noir a repris la suite en moins de quinze jours. Paul André est un vrai méditerranéen, il a tout de suite tout compris, tout mon coté “sudiste” que pas mal de parisiens ont encore beaucoup de mal à cerner. François Thomazeau
Comme Carrese, je ne rendrai jamais assez hommage au patron de cette maison, Paul-André Bungelmi, un honnête homme comme on n'en fait plus. Il a arrêté l'édition faute d'argent et tient un bar de nuit extrêmement sympa à Ajaccio. On amène sa bouffe, y a une cheminée au fond pour faire cuire le rata, et lui fait payer le vin.
2°/ Le polar marseillais : « Marseille est très loin de la France profonde engourdie dans ses principes. Métropole orientale, flibustière et vaguement métèque, elle présente le visage ambigu d’un monde pétri de misères et d’ambition » M. Gouiran, auteur marseillais. Si Jean-Claude Izzo a fait monter le polar marseillais à Paris et si Philippe Carrèse peut mettre en avant la publication de « Trois jours d’engatse » (Collection Misteri de l’Editeur corse Méditorial) antérieure à celle de Total Khéops (1995), ce débat sur l’antériorité des uns et des autres car il faut remonter beaucoup plus loin. Il faut remonter avant la première guerre mondiale pour retrouver les pionniers de ce polar régional : Pierre Yrondy et Jean-Toussaint Samat.
Marius Pegomas , détective marseillais crée par Pierre Yrondy : D’abord, il faut expliquer le patronyme Pegomas qui est aussi le nom d’une petite ville entre les massifs de l’Esterel et du Tanneron, dans la région de Grasse et le département des Alpes Martimes. Le mot provençal de « Pegomas » signe la « pégue » , la colle provençale. Ce mot à donné Pégon pour désigner un individu collant dont on ne peut pas se débarrasser. Voilà une indication sur l’acharnement du détective Marius Pegomas lorsque il a un os à ronger. Son créateur Pierre Yrondy a créé ce personnage récurrent qui a fait l’objet de la parution de 35 fascicules connus aux Editions Baudinière. Tel qu’il apparaissait en illustration, il s’agit d’un personnage faisant les 30 à 40 ans, cheveux noir coupés courts et coiffés vers l’avant , portant une petite moustache bicéphale et une barbichette partant en pointe du milieu de la lèvre supérieure pour s’évaser sur le menton. Il a les yeux bleus très clairs, sourcils, barbes et moustaches soignés, le visage rond, le nez plongeant et fin. De ses lèvres bien dessinées, sort une pipe droite qu’il serre dans ses dents, crispant donc les mâchoires, ce qui a pour effet de faire descendre les commissures des lèvres donnant à la bouche une impression de sourire inversé, alors que le front fuyant marqué par quelques rides est soucieux. Les 35 fascicules, publiés en 1936 par L’éditeur Baudinière, étaient vendus 1 francs. Nous avons retrouvé les titres : - les gangsters de la joliette – Le crime de l’Etang de Berre – Le trafiquant d’opium – Ficelé sur le rail – L’ogresse de la Canebière – L’étrange aventure de M. Toc – Les bijoux de Lady Merry – L’énigme de Monte Carlo – La terreur d’Aubagne – Un drame au Palis du Cristal – Le naufrage du Sphinx – Un vol de 3 millions – L’aveugle de N-D de la Garde – Le bout de cigare – Une disparition de Bourse – Un mariage tragique – Le Mystère du cabanon – Le revenant d’Aix – Les ciseaux d’argent – Le moulin sanglant – Les incendiaires de La Ciotat – Le doigt coupe – Le Roi de la neige – Une macabre distribution – Le vampire de Martigues – Un cimetière dans le jardin – Le sourire de mort – Un enlèvement audacieux – Le cœur percé – Le village malade – Le Tyran de Nîmes – Une atroce machination - Le laboratoire diabolique – Un dangereux bandit. Pierre Yrondy est aussi l’auteur de pièces de théâtre comme « Un crime, les fusillés de Vingré » sur la guerre 14/18 pièce de 1924 et « Sept ans d’agonie – le martyre de Sacco et Vanzetti » pièce de 1927. Nous avons trouvé aussi une histoire vécue avec le titre de l’ouvrage : « De la cocaïne… au gaz ! », roman publié par les Editions Baudinière en 1934.
Jean Toussaint SAMAT et ses polars régionaux : Un auteur contemporain marseillais Jean Contrucci a obtenu le prix de roman policier Jean -Toussaint SAMAT en 2003 avec son roman « L’énigme de la Blancarde ». Ce prix est un hommage au père des romans polar marseillais puisqu’il a publié son premier opus « L’horrible mort de Miss Gildchrist » en 1932 avec lequel il fut lauréat du prix du roman d’aventure. En 1928, il avait déjà co-écrit un ouvrage engagé sur les trafics d’armes et d’hommes sous le titre « Aux frontières de l’Ethiopie ». Après son premier roman, il enchaîne les titres avec d’abord « Circuit fermé » en 1933. Il écrit deux romans d’espionnage en 1934 : « Les espionnes nues » et « L’espionne au corps bronzé ». Il revient au roman policier en 1935 avec « Circuit fermé » et « Le mystère du Mas piégé ». En 1946, il publie plusieurs polars : « La mort du vieux chemin « , « Le mort de la Canebière », « Le mort à la fenêtre » et « Le mort du vendredi saint »; en 1947 « Erreurs de caisse » ; en 1949 « Le mort et la fille » ; en 1950 « Concerto pour meurtre et orchestre », qui a été récemment repris en feuilleton par le Journal littéraire (2004-2005). Il a publié la plupart de ses romans policiers dans la collection « Cagoule « des Editions La Bruyère. Nous avons retrouvé une édition de « Le mort de la Canebière », Les Editions de France avec en première page la contre indication « … à ne pas lire la nuit ! ».
Et quelques décennies plus tard… « Le terme de polar marseillais recouvre une production très hétérogène et n’a donc aucune signification. Par contre, compte tenu de la publication foisonnante de romans noirs sur Marseille… nous pouvons nous interroger sur les raisons de cet engouement… Pour le polar, Marseille est plus qu’un décor, c’est souvent une héroïne (sans mauvais jeu de mot) parce que cette ville possède, pour des raisons à la fois historiques, économiques, sociologiques et politiques, tous les ingrédients du (bon) roman noir… explique Maurice Gouiran dans un article consacré au polar de la revue culturelle de la ville de Marseille n°213 de juin 2006. Les raisons sont les nombreuses migrations avec la constitution de familles, de clans avec des éléments au sang chauffé par le soleil qui exacerbe les haines et les passions dans la tradition méditerranéenne entre esbroufe et obstination, fraternité et conflits, vengeance et violence sur fond de misère sociale avec des poussées xénophobes dans des relations intercommunautaires pourtant paisibles. Une ville, terre de drames et de tragédies, donc de littérature noire. Un arrêt sur Jean-Claude Izzo : 
Marseille est resté le point fixe de Jean-Claude Izzo.. « son biotope, l’épicentre de sa destinée personnelle et littéraire », écrit Daniel Armographe dans la même revue. Jean-Claude Izzo qui a fait monter le polar « marseillais » à Paris, a tracé les chemins de sa géographie humaine de Marseille et, poète sur les traces de Rimbaud, en a saisi l’âme. Le photographe Daniel Mordzinski a fait des photographies de Marseille dans un ouvrage Le Marseille d’Izzo avec des textes d’Izzo L’éditeur Gallimard a sorti en juin 2006 la Trilogie de Fabien Montale dans la collection Folio, préfacée par Nadia Dhoukar qui avait déjà présenté une thèse de littérature française sur le pouvoir de fascination du personnage dans le roman policier, à partir des personnages d’Arsène Lupin, de Jules Maigret et de Nestor Burma. Captivée par les personnages récurrents du roman policier, c’est naturellement qu’elle a croisé le chemin de Fabio Montale. A signaler le prix : 10 euros.
Quelques éditeurs : Editions L’Ecailler du Sud, Edition Jigal, Editions Autres temps… Quelques auteurs actuels: Philippe Carrese, François Thomazeau, Jean Contrucci, Maurice Gouiran, Jean-Paul Delfino, Gilles Del Papas , Michel Jacquet, g-m Bon, Serge Scotto… Site et évènements : Pour les Marseillais et les visiteurs, nous signalons la présence d’une association « Pole art marseillais – polar marseillais » avec son site : http://www.lepolartmarseillais.com Cette association organise des mardis littéraires au restaurant Le Corléone, rue sainte à Marseille et l’évènement « Le balcon marseillais du polar ».
Publié le 09 novembre 2006 à 15:42
Par flicorse
Une fiction pour un témoignage serein et fier : « La huitième colline », écrit par Louis CARZOU Livre acheté le 24 avril 2006, 91ème anniversaire du génocide arménien. Un premier roman passionnant et convaincant. Son auteur est d’origine arménienne et, à 42 ans, rédacteur en chef adjoint à LCI. Site: http://www.louiscarzou.com
Comment les destins se croisent ? Bien souvent, par des rencontres banales. Et puis, il y a les tragédies de l’histoire de l’humanité qui révèlent des héros ordinaires parce qu’ils restent simplement humains alors que leurs congénères s’enlisent dans la barbarie par obscurantisme ou veulerie. Ce refus de la barbarie conduit forcément à un acte héroïque.
Dans son premier roman pétri d’humanisme au titre « La huitième colline », Louis Carzou évoque le génocide arménien. De nombreux ouvrages historiques ont été publiés sur le sujet. Il n’y a plus que des négationnistes, des hommes politiques cyniques et des affairistes pour en contester la réalité. L’auteur utilise le genre romanesque et donc la fiction à partir d’un fait historique majeur dans le cours fragile de l’humanité. Il fait appel à l’empathie du lecteur et, par là, nous donne à ressentir, par la lecture et donc l’imaginaire, ce que les Arméniens ont vécu dans leur chair.
Dans une famille turque, une grand-mère révèle, au seuil de sa mort, qu’elle est arménienne, enfant sauvé et adopté par un médecin turc. Ce choix révèle que, en 1915, tous les Turcs n’ont pas participé ou approuvé le génocide, de même que, de nos jours, des Turcs le reconnaissent avec tous les risques encourus. L’auteur met en scène des femmes arméniennes dans une histoire romancée à la fois tragique et belle par les émotions qu’elle suscite. Les personnages sont porteurs de vérités historiques et contemporaines. L’écriture est subtile et leur donne chair.
En 1915, le Colonel Mehmet, fier d’être un descendant des Janissaires, incarne la barbarie la plus cruelle à côté du lieutenant Zafer, intellectuel qui, au fil du temps, s’aguerrit et obéit par conviction ou couardise. Le bon Docteur Bey ( Ragip) découvre avec horreur le sort réservé aux Arméniens et se souvient de ce que lui disait un professeur, lorsqu’il était étudiant : « Un médecin fait un diagnostic. Un bon médecin agit ». Il y a aussi le personnage de Itsak. Protégé par le médecin, ce jeune turc est un pacifiste, amoureux de Gayané, jeune fille arménienne à en perdre la raison, dans une Turquie qui est en guerre et prépare le génocide. Dans la Turquie contemporaine, Sibel est une journaliste émancipée et une femme moderne qui résiste à la pression de sa famille : une mère, Nermin, qui l’appelle « Mon petit moineau » tout en la culpabilisant de n’être pas mariée à 27 ans ; un frère, Sédat, traditionaliste et conservateur lorsqu’il s’agit de la nation turque et de la religion musulmane ; et le père, Arda, qui, par ses regards et ses silences, veut peser sur la conscience de sa fille. La jeune femme a un amant, Volkan et travaille pour CNN Turquie, qui « n’est qu’une licence exploitée par un groupe de presse turc. » Elle s’intéresse à la répression contre les Kurdes et s’arrête sur une image d’une mère kurde qui offre son enfant à la caméra en disant : « Prenez-le ! Prenez-le ! Qu’est-ce que je vais en faire moi ? Qu’est-ce que je vais lui donner ? La misère ? La répression ? L’exil ? »… Un geste désespéré qui s’était déjà produit en 1915 … Ragip (Docteur Bey) et Sibel, à des décennies et trois générations d’intervalle, sont des personnages à la fois forts et fragiles dans une société turque figée dans ses croyances. L’arrière-grand-père turc et sa petite fille portent en eux cette humanité qui permet de ne jamais sombrer dans l’obscurantisme même lorsque tout vous y pousse. Louis Carzou met leurs vies en parallèle dans deux récits qui se suivent et s’imbriquent. Le premier élément matériel de l’intrigue est un ornement fait de « dix pétales qui tournaient dans le sens des aiguilles d’une montre autour d’un rond central ». En 1915, cet objet d’art est observé d’abord, dans la région de Sivas, par Ragip et appartenait au Colonel Mehmet. Celui-ci dévoile son racisme et sa cruauté en disant : « C’est un cadeau… le gavour ( infidèle arménien pour les Turcs) cet infidèle qui me l’a donné m’a assuré qu’il n’en fabriquait plus d’autres comme cela… Mais vous faites confiance, vous, à ces chiens ?... Ah, ça, pas moi ! A peine le dos tourné, ils vont chercher leurs saloperies de frères russes ! Alors pour être sûr qu’il tienne sa promesse, je suis parti avec ses bras !... hè…hè…hè… » A l’époque qui est la notre, Guluzar, grand-mère de Sibel, porte un pendentif au motif identique, en arménien « averjagan » qui signifie et symbolise l’éternité. Tout le monde appelle Guluzar par le petit nom de « Nine ». Sibel, qui adore cette grand-mère paternelle, nous confie même que, petite fille, elle lui avait demandé ce qu’était le noir et Nine lui avait répondu : « C’est la couleur qui est privée de lumière »… Sibel avait pris alors pour habitude, la nuit, de laisser sa chambre éclairée pour « consoler la nuit de l’obscurité »… Quelle métaphore à saisir !... allumer la lumière de la vérité pour consoler la longue nuit arménienne… La lumière de la vérité face à l’obscurantisme et au négationnisme… La lueur de l’espoir qui résiste à tous les éteignoirs… la fin de l’éclipse historique qui, depuis bientôt un siècle, maintient un soleil noir au dessus de la Turquie privée de lumière.
« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme » écrivait Victor Hugo. Plus près de nous, Kevork Témizian, cardiologue et poète arménien né en Syrie, a écrit un beau poème « Tes mots peuvent-ils ériger un nouveau monde ? ». Les premiers vers questionnent encore : « Tes mots peuvent-ils tracer des sillons dans la terre, se muer en semence, alliant la substance et la saveur des siècles passés aux siècles à venir ? ». Les mots ont une musique avec des échos intérieurs. Lorsque Sibel, intellectuelle, apprend que sa grand-mère est arménienne elle veut savoir et comprendre. Le seul livre qu’elle trouve en librairie est un vieux dictionnaire anglais-arménien. Elle y découvre le mot « Medz Mayrig », Grand-mère. Elle est prise d’un dégoût, d’une mélancolie jusqu’à la nausée face à son identité nationale turque. Elle dit : « Je ne sais plus si je suis turque ou arménienne, parce que les deux… Les deux, ça me semble difficile… Impossible … Parfois je me dis que je hais ce pays qui se ment, alors que c’est le mien… » Comment va-t-elle surmonter cette crise existentielle ? La huitième colline est une métaphore pudique utilisée dans le roman de Louis CARZOU qui a inventé une fin optimiste à son récit. Donc, ne la cherchez pas en Anatolie où une grande partie des massacres eurent lieu et à Sivas où le drame trouve son origine dans ce roman. A Sivas, le 4 septembre 1919, se réunissait le congrès qui a jeté les fondations de la République turque. Plus récemment, le 2 juillet 1993, des fondamentalistes sunnites y incendiaient l’Hôtel Madimak, en représailles de la présence de l’écrivain Aziz Nesin, traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie. Dans cet incendie, 36 intellectuels alévis et un anthropologue néerlandais ont péri.
Ce premier roman est profondément pensé et écrit tout en finesse, sans haine, sur un sujet qui concerne Louis CARZOU, puisqu’il a une origine arménienne. Il est édité aux Editions Liana Levi… à découvrir sans attendre la fin de l’ « année de l’Arménie ». En France, des événements culturels sont organisés dans de nombreuses villes et offrent l’occasion de découvrir un peuple martyrisé, issu d’une grande civilisation, et porteur de richesses pour le patrimoine de l’Humanité.
La reconnaissance du génocide arménien concerne en premier lieu les Arméniens et les Turcs. Elle est aussi un symbole fort de la communauté internationale pour toutes les minorités intégrées ou non dans une grande nation. Elle touche à leur droit de survie et de sauvegarder un patrimoine identitaire et culturel lié à leur histoire ancestrale dont ils sont les témoins vivants : « un témoignage serein et fier ». Elle est la condamnation des comportements hégémoniques qui refusent l’idée que l’on puisse vivre en harmonie dans un pays, en respectant des règles constitutionnelles, civiles ou pénales, mais sans renier son appartenance identitaire plus ancienne que celle nationale. Elle condamne la pensée et la religion uniques qui fondent, sur la haine de l’autre, le racisme, les dictatures et les communautarismes. « Il n’y a qu’un coin de la planète qui peut se revendiquer ethniquement pur… c’est le Groenland… Enfin, d’après ce que je sais des pingouins », dit un sage arménien dans le roman de Louis CARZOU, qui nous offre une happy end, avec une vision optimiste de l’évolution sociale en Turquie dans les années à venir. Le jour où la Turquie reconnaîtrait les années noires de son histoire, nous fêterions volontiers ce repentir à Istambul ou à Erevan. A Erevan, on pourrait boire un coktail Malkhaz, un verre dans chaque main, en écoutant l’ Américan Navy Band au Malkhaz jazz Akam et peut-être que le patron , Levon Malkhazian se mettrait au piano… A Istanbul, on consommerait un caïprina au bar 360°, avant d’aller flâner chez les bouquinistes de Sihangir pour feuilleter quelques livres sur le génocide arménien comme Arménie 1915 , un génocide exemplaire d’un certain Jean-Marie Carzou qui cite Jean Jaurés : « Nous en sommes venus au temps où l’humanité ne peut plus vivre avec, dans sa cave, le cadavre d’un peuple assassiné ». Et puis, rêvons encore un peu, il y aurait un rayon complet de livres sur le génocide chez un libraire prénommé Serguei avec : Les passagers d’Istanbul d’Esther Héboyan, Un poignard dans un jardin de Vahé Katcha, Les héritiers du pays oublié et Le ciel était noir sur l’Euphrate de Jacques Der Alexanian, 1915… Les derniers Laudes de Perdj Zeytoutsian, Les massacres des Arméniens de Arnold J.Tynbee, Nuit turque de Philippe Videlier, 1918-1920 , La république arménienne de Anahide Ter Minassian, L’Arménie à l’épreuve des siècles par Annie et Jean-Pierre Mahè, Les naufragés de la terre promise de Robert Arnoux, Les yeux brûlants d’Antoine Agoudjian, La victoire de Sardarabad de Serge Afanasyan, L’état criminel de Yves Ternon, Les lettres rouges de Jean-Pierre Badonnel, Embarquement pour l’Ararat de Michael J. Arlen, Moi, Constance, princesse d’Antioche de Marina Bédéyan, Arménia de Robert Dermerguerian, Dictionnaire de la cause arménienne de Ara Krikirian, Le tigre en flammes de Peter Balakian, Deir-es-Zor de Bardig Kouyoumdjian et Christine Simeone, La province de la mort de Leslie A.Davis… En 1915, les Arméniens avaient été condamnés à mort à cause de leur appartenance ethnique et de leur localisation géographique. La tension régnait entre les Arméniens séparatistes et les occupants turcs, la guerre mondiale avait atteint les Balkans, et, le 24 avril 1915, le débarquement des troupes alliées échouait à Gallipoli. Cet échec marquait la date du début des massacres organisés contre les Arméniens. En 1916, le peuple arménien avait perdu, en deux ans, 1.500.000 des siens, avec l’alibi turc de la subversion. Par la suite, d’autres génocides ont été perpétrés… Dans son roman, Louis Carzou évoque les massacres de femmes arméniennes avec leurs enfants. On peut évoquer à ce sujet les paroles de Pierre Loti de l’Académie française : « Je ne puis penser sans une spéciale mélancolie à ces femmes massacrées qui, pour la plupart sans doute, avaient d’admirables yeux de velours. » Pour finir en poème, dans « vô lu mondu » chanté par les Muvrini et dont un couplet est interprété par le chanteur arménien du groupe Bratch, nous avons relevé ces passages… U ventu dice un tu nome Da rompe a chjostra di tu campa… Calvacu mari è corgu mondi… Les mers défilent au long du voyage Pour découvrir la liberté Ma vie s’arrime à tant de peuplesTantôt en lutte ou en prière A tant d’attente, à tant d’espoir Pour la lumière qui reviendra... ...................E vo lu mondu… Carzou : Un patronyme déjà célèbre…
Louis Carzou dédie son roman « La huitième colline » à son grand-père Garnik Zouloumian, plus célèbre sous le nom de Jean Carzou, peintre, graveur et décorateur français d’origine arménienne, né le 1er Janvier 1907 à Alep (Syrie ) et décédé le 12 août 2000 à l’âge de 93 ans. Académicien à l’Institut des Beaux Arts, récipiendaire de hautes décorations, récompensé par des prix prestigieux, on lui doit la fresque « Apocalypse » qui décore l’église de la présentation à Manosque, œuvre qui traduit sa hantise de l’holocauste. Il a décoré la chapelle de l’Eglise du couvent de Manosque qui est devenu la fondation Carzou en 1991. Notre auteur ne s’arrête pas là en ce qui concerne ses illustres ascendants. Sa grand-mère Nane Carzou écrivait des recueils de contes et des livres pour enfants dont « Voyage en Arménie », un voyage fait avec son illustre époux ou bien Antranik et la montagne sacrée, des contes arméniens. Elle est décédée en 1998. Jean et Nane Carzou ont eu un fils Jean-Marie Carzou, auteur de l’ouvrage Arménie 1915 – Un génocide exemplaire- édité chez Flammarion en 1975, professionnel de l’information, producteur et réalisateur d’émissions pour la télévision et qui a, pour fils, Louis Carzou. Celui-ci, auteur de « La huitième colline », a pris la relève d’une lignée qui ne s’éteint pas. Son père avait ouvert la voie en écrivant sur le génocide arménien avant les autres. Dans son premier roman, il remplit son devoir de mémoire. Mémoire généalogique… Dans les familles arméniennes, le génocide est un lourd héritage que chaque enfant porte à son tour pour que les voix des Anciens, au-delà de la mort, traversent les siècles d’écho en écho. C’est cela que l’on appelle le devoir de mémoire. ENTRETIEN AVEC LOUIS CARZOU :
1°/ La huitième colline est votre premier roman publié. Vous êtes d’origine arménienne. A 42 ans, vous êtes rédacteur en chef adjoint à LCI. Vous êtes donc journaliste de formation et on aurait pu penser que vous auriez choisi le genre historique ou documentaire pour écrire un ouvrage sur le génocide arménien. Pourquoi avoir choisi le roman, donc la fiction ?
LC : L’écriture, qu’il s’agisse de romans, de nouvelles ou de tout autre forme de fiction, est chez moi un désir bien plus ancien que celui du journalisme, même si je suis très attaché à ce métier. Sur le thème du génocide arménien, mon père avait déjà ouvert la voie des ouvrages historiques avec la publication en 1975 du premier livre d’histoire en français consacré à cette tragédie. Surtout, je ne crois pas avoir écrit un roman sur le génocide des arméniens, mais plutôt sur la question de la transmission, de la mémoire. C’est d’ailleurs pour cela que mon héroïne est une jeune femme d’aujourd’hui. Lorsque j’ai commencé à travailler sur ce roman, elle se posait cette question : « A travers mes enfants, à quoi je donne une vie supplémentaire ? » . Et puis seule la fiction permettait cette construction avec l’alternance de passages contemporains et de plongées dans le passé.
2°/ Le génocide arménien est au centre de votre roman et vos personnages apparaissent porteurs de vérités historiques et contemporaines. Pouvez-vous nous parler des personnages de Ragip et Nine, du colonel Mehmet et du lieutenant Zafer, mais aussi, dans la Turquie contemporaine, de Sibel et Sedat?
LC : Sibel est évidemment le personnage auquel je suis le plus attaché. C’est aussi le personnage qui m’a donné le plus de difficultés, car, en toute humilité, rien n’est finalement plus complexe que de se glisser dans la peau d’un personnage féminin. Mais il n’y a rien de plus passionnant non plus, du moins à mes yeux. Paradoxalement, les heures passées avec Ragip ont été plus aisées, du point de vue de l’écriture. C’est paradoxal parce que c’est à sa suite que l’on traverse l’horreur de ce génocide, que l’on se trouve confronté à sa réalité la plus immédiate, sa dimension humaine. Je dois reconnaître que pour le personnage de Nine, je me suis inspiré de ma grand-mère paternelle, dotée d’un sacré caractère. Quant aux deux personnages de militaires turcs, ils me semblaient bien symboliser les deux faces d’une même volonté d’extermination : celle qui fait du zèle, qui se venge à travers sa cruauté de sa propre médiocrité, et celle qui laisse à sa propre lâcheté le soin d’oublier sa responsabilité lorsque l’on applique des ordres barbares jusqu’à en faire des réflexes.
3°/ A la fin de La huitième colline, la grand- mère Nine veut se convertir à la religion musulmane qu’elle n’avait pas réellement embrassée jusque là. Elle est née arménienne de naissance et donc chrétienne Grégorienne. Elle a vécu en musulmane sans l’être. Elle veut mourir en musulmane, par reconnaissance envers celui qui l’a sauvée. Cette conversion voulue et non pas subie est-elle simplement, pour vous, la reconnaissance d’un « Juste » parmi les Turcs ou doit-on y voir un autre message plus polémique sur les Arméniens vivant toujours en Turquie? Est-ce, à cet égard, un geste symbolique significatif ?
LC : Cette conversion m’a été racontée par un ami français d’origine arménienne, et c’est cette anecdote incroyable qui est à l’origine de ce roman. J’ai été tellement frappé par le récit de ce geste, qu’il me semblait impossible de ne pas écrire sur cette dernière volonté aux allures de révolution intime. Quinze jours après cette conversation, j’avais déjà pratiquement toute la structure du roman en tête, organisée autour de cette anecdote. J’ai demandé à cet ami la permission de me servir de ce geste, ce qu’il a accepté bien volontiers, d’autant que le phénomène des familles turques qui se découvrent un aïeul arménien est assez répandu en Turquie. C’est pour moi un acte très fort, symbolique, de réconciliation. Il est incontestable qu’il y a eu un génocide des arméniens, mais il est aussi incontestable qu’il y a eu, dans cette tempête d’inhumanité assassine, des hommes qui refusaient de prendre part à l’extermination de leurs voisins. Et je trouve important, dans le respect de mes origines arméniennes, d’être aussi capable d’écrire cela.
4°/ La Huitième colline se situe en Anatolie où une grande partie des massacres a été perpétrée et plus particulièrement la région de Sivas où a été réuni le 4 septembre 1919 le congrès qui a jeté les fondations de la République turque. Plus récemment, dans cette ville, des fondamentalistes sunnites ont incendié l’Hôtel Madimak le 2 juillet 1993, en représailles de la présence de l’écrivain Aziz Nesin, traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie. Dans cet incendie, 36 intellectuels alévis et un anthropologue néerlandais ont péri. Pour quelles raisons avoir choisi ce lieu ?
LC : Justement parce que cette ville symbolise les effets tragiques du nationalisme turc dans ce qu’il a de plus ombrageux, que ce soit en 1915 ou aujourd’hui. Si le lecteur se renseigne sur cette ville, il se rendra compte que le combat contre l’intolérance, les discours et les saillies extrémistes, est un combat toujours d’actualité en Turquie. De plus, cette ville était très loin des lignes de front de la première guerre mondiale. Or elle a abrité nombre de massacres. C’est donc, à cet égard, un parfait exemple contre l’un des arguments préférés des négationnistes aujourd’hui, qui consiste à dire qu’il s’agissait d’empêcher les populations arméniennes de pactiser avec les russes. Jamais, de toute la guerre, un soldat russe n’a mis le pied à Sivas. Or la population arménienne de Sivas a, elle aussi, été très largement décimée, dès 1915.
5°/ J’ai lu sur le site de votre éditeur, votre définition biblique des Arméniens comme « le peuple élu… au second tour ». Nous sommes dans l’année de l’Arménie en France. Pensez-vous que cet événement qui se concrétise par de nombreuses manifestations culturelles, soit de nature à faire encore bouger les choses, notamment en ce qui concerne la reconnaissance du génocide par la Turquie comme condition préalable à son entrée dans la communauté européenne ?
LC : Ma définition des arméniens est une boutade, et n’a rien de « biblique »… Quant à la reconnaissance du génocide des arméniens par la Turquie, je pense que nous finirons par y assister. Certes, les informations, que ce soient les procès contre les intellectuels, ou les actions plus perverses (la modification des noms latins de certaines espèces qui comportent le mot « armenia »…), ne rendent pas optimistes. Mais souvenez vous de l’exemple de l’URSS. En 1981, j’avais 18 ans, et c’était Brejnev qui tenait le Kremlin. A l’époque, si l’on m’avait dit que tout s’effondrerait huit ans plus tard, sans déclencher un conflit majeur, j’aurais pris mon interlocuteur pour un fou. Il faut donc continuer de se battre pour cette reconnaissance, parce que, parfois, l’Histoire peut être porteuse d’espoir. Surtout, je crois sincèrement que cette reconnaissance serait ce qui pourrait arriver de mieux aujourd’hui… pour les citoyens turcs. Car elle impliquerait trois changements majeurs pour eux : un vrai respect du droit des minorités, une authentique liberté d’expression et la remise en cause du rôle de l’armée dans ses institutions, acteur qui échappe encore au suffrage universel.
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