Bonavinuta!
Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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RE NDEZ-VOUS:
- 5 décembre 2009, Salon Culture et écriture Institut Perrimond Roucas Blanc Marseille 7ème
- Les 20, 23 et 24 décembre 2009 Cultura La Valentine Marseille
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CHANTS CORSES: Pas de lien MP3 mais de l'écoute en ligne aux adresses ci-dessous...
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Le 1er juin 2009 à 22H15 .... 200.000ème visiteur I
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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.
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A dopu!
A plus tard!
Publié le 18 décembre 2006 à 13:51
Par flicorse
BABEL, film du réalisateur mexicain Alejandro Gonzàlez Inàrritu, prix de la mise en scène au 59ème festival de Cannes et prix du jury œcuménique, sorti en 2006. Principaux acteurs : Brad Spitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal et Kôji Yakusho. Babel serait le nom hébreu de Babylone, ou un mot akkadien « Bab-ili » la Porte de Dieu, ou encore « Bab-el » la cité de dieu. La tour de Babel a été d’abord évoquée par les Sumériens. Puis, selon la Genèse, les descendants de Noé représentaient l’humanité entière et parlaient la même langue adamique, jusqu’à l’édification de cette tour qui déclencha l’ire céleste. Dieu « brouilla les langues ». Les hommes ne se comprirent plus et ne purent plus faire œuvre commune. La tour de Babel resta inachevée et l’humanité se dispersa sur la terre avec de multiples idiomes et dialectes. Cette parabole biblique met en garde les hommes qui défient le pouvoir céleste de Dieu et, par exégèse, met en évidence la nécessiter de se parler, de communiquer et de se comprendre pour mener à terme un grand projet. Il n’est pas étonnant que la tour de Babel reste une source d’inspiration pour nombre d’auteurs.
 Babel, c’est le titre du dernier volet de la trilogie réalisée par Alejandro Gonzalèz Inàrritu , après « Amours chiennes » ( Amores perros) en 2000 et « 21 grammes » en 2004. L’auteur fait une nouvelle mise en scène des destins de plusieurs personnages, avec l’accumulation de faits contingents qui deviennent les rouages du drame humain. Dans chacun de ses trois films, les destins se nouent de façon accidentelle. Se servant de la nature humaine comme métier à tisser les fils disparates des vies de ses personnages, Inàrritu cherche une trame commune. C’est une grande ambition et un vaste champ d’investigation dans lequel les thèmes sont nombreux. Donc rien à voir avec le Babel de Gérard Pullicino qui, en 1999, avait réalisé, avec ce même titre, un film fantastique. En choisissant ce titre de Babel, Alejandro Gonzalèz Inàrritu a voulu « englober toute l’idée de la communication humaine, ses ambitions, sa beauté et ses problèmes, en un seul mot ». Il y déroule des vies totalement indépendantes qui vont se rejoindre à la suite d’un coup de feu dans le désert marocain. Ce sont deux jeunes marocains qui ont le fusil et qui ont appuyé sur la détente en déclenchant un drame accidentel qui va être le théâtre d’un choc des cultures entre des destins, jouets de malentendus. Le drame apparaît alors comme la conséquence d’un enfermement obsessionnel, d’un repli intra-muros des individus, murés dans l’incompréhension et la méfiance de l’autre. Dès lors, quels points communs peuvent exister entre deux jeunes chevriers marocains, un couple de touristes américains en proie à leur crise conjugale, une nourrice mexicaine avec deux enfants américains et une jeune sourde – muette japonaise révoltée dont le père est poursuivi par les policiers de Tokyo ? La solitude et la douleur. Les êtres sont condamnés au malentendu d’être autre. Entretenu pour que l’homme ne défie plus Dieu, ce malentendu éloigne du ciel les hommes qui, tout en se référant à des valeurs religieuses, ne se sont jamais montrés aussi peu solidaires. Privée de tour de Babel, l’humanité creuse des tunnels de solitudes. La multiplication et les progrès des moyens de communication devraient favoriser leur solidarité alors qu’ils se laissent guider par la paranoïa collective, telle qu’on a pu la ressentir après des attentats terroristes spectaculaires. Inàrritu explique que « chaque empire a tendance à avoir un regard sur l’autre… Généralement l’incompréhension engendre la paranoïa, tout le monde dès lors est un terroriste en puissance. Cette idée est devenue obsessionnelle aux Etats-Unis ». Si le constat est solipsiste et communautaire, Alejandro Gonzalez Inàrritu nous parle aussi de notre destin individuel lié à celui de l’humanité, de la douleur mais aussi des amours et des sentiments dans ce XXIème siècle qui voit s’installer la méfiance. « On est extrêmement vulnérable à travers les êtres que nous aimons, dit-il » et il ajoute, sur les personnages du film qu’ils « souffrent de leur incapacité à entrer en contact avec autrui : époux, enfants ou frontières… tout tourne autour de ce besoin d’être touché lorsque les mots ne fonctionnent plus. » Il nous entraîne sur des pistes humaines dans le désert marocain. A la croisée humaine de trois continents, il recherche ce qui peut se trouver d’universel dans l’intime. Il scénarise des réactions en chaîne humaine et nous fait entendre des échos dans le désert. Pour lui, « il s’agit d’un film sur les êtres humains et non sur les Marocains, les Mexicains ou les Américains ».
Babel versus Babel : Un humanité pluriculturelle ou rien ? Pour revenir à la Tour de Babel, que peut-on trouver d’autre dans cette parabole ? Ne serait-elle pas aussi une mise en garde contre la pensée unique, l’intégrisme, l’eugénisme et plus généralement toute hégémonie ? Si l’homme, dans son unité perdue, n’a pas atteint le ciel, cet échec n’avait-il pas pour but de lui montrer une autre voie, celle de son humanité ? L’humanité réduite à un seul peuple et une seule langue ? Ce projet fou ne vous rappelle rien ?... Donc, plus jamais ça ! La tour de Babel serait-elle, à rebours de ce que montre le film d’Inàrritu, le symbole de ce que l’humanité ne doit plus être, car la voie de cette humanité en devenir devrait se trouver dans la pluralité. Le premier but à atteindre ne serait pas le ciel mais la solidarité dans la diversité. Cette solidarité ne peut pas être une fin en soi mais le ciment de notre humanité dans la mesure où tout projet commun s’inscrit dans des perspectives humanitaire et humaniste, en commençant par porter un autre regard sur l’autre. Enfin, faut-il parler la même langue pour faire œuvre commune ? Pour Inàrritu : « Ce n’est pas un problème ; une langue peut être en effet vite apprise. En revanche, je pense que le problème concerne ces idées reçues qui maintiennent une séparation entre les peuples » et il ajoute : « J’ai voulu explorer la contradiction entre l’impression que le monde est devenu tout petit en raison de tous les outils de communication dont nous disposons, et le sentiment que les humains sont toujours incapable de s’exprimer et de communiquer les uns avec les autres au niveau fondamental... » Chaque culture, chaque civilisation qui disparaît est un appauvrissement pour l’ensemble de l’humanité. Les langues sont des facteurs identitaires de première importance. Elles permettent la survie et le prolongement de cultures minoritaires. « Interdire l’usage de sa langue à des peuples conquis » était la première mesure inique prise par leurs colonisateurs pour les intégrer de force. L’avenir, ce n’est pas un seul peuple et une seule langue mais des peuples polyglottes. Les langues ont des passerelles : les traductions. Si on prend pour exemple la littérature qui se nourrit de mots et transfuse la langue, les éditeurs s’honoreraient à proposer davantage de textes en éditions bilingues lorsqu’il s’agit de sauver un patrimoine culturel et promouvoir une culture dans ce qu’elle a de vivant. Enfin, il ne faudrait pas que, sous l’effet d’une hégémonie linguistique, des langues ne participent plus aux babils des enfants qui, plus tard, seront à la recherche archéologique et généalogique d’une identité perdue. La langue est un outil de pouvoir et de domination. Si les minorités sont aujourd’hui menacées, qu’en sera-t-il de certaines grandes nations demain ?… Qu’elles soient culturelles, économiques, politiques etc…, toutes les Babélisations ne sont pas bonnes à suivre ! C’est Dieu qui le fait comprendre si on tient compte de l’exégèse.
Exrtait de la genèse 11 de la Bible « la ville et la tour de Babel » , en français … « Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots… Allons bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Eternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là à ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons ! Descendons, et là, confondons leur langage, enfin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Eternel confondit le langage de toute la terre, et c’est là que l’Eternel les dispersa sur la face de toute la terre. »
… et en Corse : A Bibbia - Genesi 11… « Tutta a terra avia una sola lingua è e listesse parolle…. Aio ! custruimuci una cità è una torra chi a cima tocchi u celu, è fèmuci un nome, affinchi no un siamu spargugliati nantu à a fàccia di tutta a terra. L’Eternu falo per vede a cità è a torra ch’elli costruianu i figlioli di l’omi. E l’Eternu disse : Eccu, formanu un solu populu è hanu tutti a listessa lingua, è ghjè quessa ch’elli hanu intrapresu ; avà nunda l’impédiciaria di fà tuttu cio ch’elli avarianu prughjittatu. Aio ! falemu, è cunfundimu u so linguàgiu, affinchi l’uni un capiscanu piu u linguàgiu di l’altri. E u Signore i sparguglio luntanu da culà nantu à a faccia di tutta a terra ; è cissonu di custruisce a cità. Hè per quessa ch’ella fu chjamata Babele, perchè ghjè quà chi u Signore cunfuse u linguàgiu di tutta a terra, è ghjè da quà chi u Signore i spagliuglio nantu à a faccia di tutta a terra. » Nous nous excusons auprès des puristes pour l’absence de nombreux accents toniques, absence due à de « pures » raisons techniques…
Note : La belle édition bilingue de La Bible ( A Bibbia ) date de 2005. Nous la devons aux Editions DCL avec le soutien de la Collectivité Territoriale Corse. La traduction corse est de Christian Dubois en collaboration avec Ghjuseppe Maria Antone Rabazzani. Il s’agit d’une édition œcuménique réalisée sous la direction de Gabriel Xavier Culioli.

Publié le 09 novembre 2006 à 15:42
Par flicorse
Une fiction pour un témoignage serein et fier : « La huitième colline », écrit par Louis CARZOU Livre acheté le 24 avril 2006, 91ème anniversaire du génocide arménien. Un premier roman passionnant et convaincant. Son auteur est d’origine arménienne et, à 42 ans, rédacteur en chef adjoint à LCI. Site: http://www.louiscarzou.com
Comment les destins se croisent ? Bien souvent, par des rencontres banales. Et puis, il y a les tragédies de l’histoire de l’humanité qui révèlent des héros ordinaires parce qu’ils restent simplement humains alors que leurs congénères s’enlisent dans la barbarie par obscurantisme ou veulerie. Ce refus de la barbarie conduit forcément à un acte héroïque.
Dans son premier roman pétri d’humanisme au titre « La huitième colline », Louis Carzou évoque le génocide arménien. De nombreux ouvrages historiques ont été publiés sur le sujet. Il n’y a plus que des négationnistes, des hommes politiques cyniques et des affairistes pour en contester la réalité. L’auteur utilise le genre romanesque et donc la fiction à partir d’un fait historique majeur dans le cours fragile de l’humanité. Il fait appel à l’empathie du lecteur et, par là, nous donne à ressentir, par la lecture et donc l’imaginaire, ce que les Arméniens ont vécu dans leur chair.
Dans une famille turque, une grand-mère révèle, au seuil de sa mort, qu’elle est arménienne, enfant sauvé et adopté par un médecin turc. Ce choix révèle que, en 1915, tous les Turcs n’ont pas participé ou approuvé le génocide, de même que, de nos jours, des Turcs le reconnaissent avec tous les risques encourus. L’auteur met en scène des femmes arméniennes dans une histoire romancée à la fois tragique et belle par les émotions qu’elle suscite. Les personnages sont porteurs de vérités historiques et contemporaines. L’écriture est subtile et leur donne chair.
En 1915, le Colonel Mehmet, fier d’être un descendant des Janissaires, incarne la barbarie la plus cruelle à côté du lieutenant Zafer, intellectuel qui, au fil du temps, s’aguerrit et obéit par conviction ou couardise. Le bon Docteur Bey ( Ragip) découvre avec horreur le sort réservé aux Arméniens et se souvient de ce que lui disait un professeur, lorsqu’il était étudiant : « Un médecin fait un diagnostic. Un bon médecin agit ». Il y a aussi le personnage de Itsak. Protégé par le médecin, ce jeune turc est un pacifiste, amoureux de Gayané, jeune fille arménienne à en perdre la raison, dans une Turquie qui est en guerre et prépare le génocide. Dans la Turquie contemporaine, Sibel est une journaliste émancipée et une femme moderne qui résiste à la pression de sa famille : une mère, Nermin, qui l’appelle « Mon petit moineau » tout en la culpabilisant de n’être pas mariée à 27 ans ; un frère, Sédat, traditionaliste et conservateur lorsqu’il s’agit de la nation turque et de la religion musulmane ; et le père, Arda, qui, par ses regards et ses silences, veut peser sur la conscience de sa fille. La jeune femme a un amant, Volkan et travaille pour CNN Turquie, qui « n’est qu’une licence exploitée par un groupe de presse turc. » Elle s’intéresse à la répression contre les Kurdes et s’arrête sur une image d’une mère kurde qui offre son enfant à la caméra en disant : « Prenez-le ! Prenez-le ! Qu’est-ce que je vais en faire moi ? Qu’est-ce que je vais lui donner ? La misère ? La répression ? L’exil ? »… Un geste désespéré qui s’était déjà produit en 1915 … Ragip (Docteur Bey) et Sibel, à des décennies et trois générations d’intervalle, sont des personnages à la fois forts et fragiles dans une société turque figée dans ses croyances. L’arrière-grand-père turc et sa petite fille portent en eux cette humanité qui permet de ne jamais sombrer dans l’obscurantisme même lorsque tout vous y pousse. Louis Carzou met leurs vies en parallèle dans deux récits qui se suivent et s’imbriquent. Le premier élément matériel de l’intrigue est un ornement fait de « dix pétales qui tournaient dans le sens des aiguilles d’une montre autour d’un rond central ». En 1915, cet objet d’art est observé d’abord, dans la région de Sivas, par Ragip et appartenait au Colonel Mehmet. Celui-ci dévoile son racisme et sa cruauté en disant : « C’est un cadeau… le gavour ( infidèle arménien pour les Turcs) cet infidèle qui me l’a donné m’a assuré qu’il n’en fabriquait plus d’autres comme cela… Mais vous faites confiance, vous, à ces chiens ?... Ah, ça, pas moi ! A peine le dos tourné, ils vont chercher leurs saloperies de frères russes ! Alors pour être sûr qu’il tienne sa promesse, je suis parti avec ses bras !... hè…hè…hè… » A l’époque qui est la notre, Guluzar, grand-mère de Sibel, porte un pendentif au motif identique, en arménien « averjagan » qui signifie et symbolise l’éternité. Tout le monde appelle Guluzar par le petit nom de « Nine ». Sibel, qui adore cette grand-mère paternelle, nous confie même que, petite fille, elle lui avait demandé ce qu’était le noir et Nine lui avait répondu : « C’est la couleur qui est privée de lumière »… Sibel avait pris alors pour habitude, la nuit, de laisser sa chambre éclairée pour « consoler la nuit de l’obscurité »… Quelle métaphore à saisir !... allumer la lumière de la vérité pour consoler la longue nuit arménienne… La lumière de la vérité face à l’obscurantisme et au négationnisme… La lueur de l’espoir qui résiste à tous les éteignoirs… la fin de l’éclipse historique qui, depuis bientôt un siècle, maintient un soleil noir au dessus de la Turquie privée de lumière.
« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme » écrivait Victor Hugo. Plus près de nous, Kevork Témizian, cardiologue et poète arménien né en Syrie, a écrit un beau poème « Tes mots peuvent-ils ériger un nouveau monde ? ». Les premiers vers questionnent encore : « Tes mots peuvent-ils tracer des sillons dans la terre, se muer en semence, alliant la substance et la saveur des siècles passés aux siècles à venir ? ». Les mots ont une musique avec des échos intérieurs. Lorsque Sibel, intellectuelle, apprend que sa grand-mère est arménienne elle veut savoir et comprendre. Le seul livre qu’elle trouve en librairie est un vieux dictionnaire anglais-arménien. Elle y découvre le mot « Medz Mayrig », Grand-mère. Elle est prise d’un dégoût, d’une mélancolie jusqu’à la nausée face à son identité nationale turque. Elle dit : « Je ne sais plus si je suis turque ou arménienne, parce que les deux… Les deux, ça me semble difficile… Impossible … Parfois je me dis que je hais ce pays qui se ment, alors que c’est le mien… » Comment va-t-elle surmonter cette crise existentielle ? La huitième colline est une métaphore pudique utilisée dans le roman de Louis CARZOU qui a inventé une fin optimiste à son récit. Donc, ne la cherchez pas en Anatolie où une grande partie des massacres eurent lieu et à Sivas où le drame trouve son origine dans ce roman. A Sivas, le 4 septembre 1919, se réunissait le congrès qui a jeté les fondations de la République turque. Plus récemment, le 2 juillet 1993, des fondamentalistes sunnites y incendiaient l’Hôtel Madimak, en représailles de la présence de l’écrivain Aziz Nesin, traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie. Dans cet incendie, 36 intellectuels alévis et un anthropologue néerlandais ont péri.
Ce premier roman est profondément pensé et écrit tout en finesse, sans haine, sur un sujet qui concerne Louis CARZOU, puisqu’il a une origine arménienne. Il est édité aux Editions Liana Levi… à découvrir sans attendre la fin de l’ « année de l’Arménie ». En France, des événements culturels sont organisés dans de nombreuses villes et offrent l’occasion de découvrir un peuple martyrisé, issu d’une grande civilisation, et porteur de richesses pour le patrimoine de l’Humanité.
La reconnaissance du génocide arménien concerne en premier lieu les Arméniens et les Turcs. Elle est aussi un symbole fort de la communauté internationale pour toutes les minorités intégrées ou non dans une grande nation. Elle touche à leur droit de survie et de sauvegarder un patrimoine identitaire et culturel lié à leur histoire ancestrale dont ils sont les témoins vivants : « un témoignage serein et fier ». Elle est la condamnation des comportements hégémoniques qui refusent l’idée que l’on puisse vivre en harmonie dans un pays, en respectant des règles constitutionnelles, civiles ou pénales, mais sans renier son appartenance identitaire plus ancienne que celle nationale. Elle condamne la pensée et la religion uniques qui fondent, sur la haine de l’autre, le racisme, les dictatures et les communautarismes. « Il n’y a qu’un coin de la planète qui peut se revendiquer ethniquement pur… c’est le Groenland… Enfin, d’après ce que je sais des pingouins », dit un sage arménien dans le roman de Louis CARZOU, qui nous offre une happy end, avec une vision optimiste de l’évolution sociale en Turquie dans les années à venir. Le jour où la Turquie reconnaîtrait les années noires de son histoire, nous fêterions volontiers ce repentir à Istambul ou à Erevan. A Erevan, on pourrait boire un coktail Malkhaz, un verre dans chaque main, en écoutant l’ Américan Navy Band au Malkhaz jazz Akam et peut-être que le patron , Levon Malkhazian se mettrait au piano… A Istanbul, on consommerait un caïprina au bar 360°, avant d’aller flâner chez les bouquinistes de Sihangir pour feuilleter quelques livres sur le génocide arménien comme Arménie 1915 , un génocide exemplaire d’un certain Jean-Marie Carzou qui cite Jean Jaurés : « Nous en sommes venus au temps où l’humanité ne peut plus vivre avec, dans sa cave, le cadavre d’un peuple assassiné ». Et puis, rêvons encore un peu, il y aurait un rayon complet de livres sur le génocide chez un libraire prénommé Serguei avec : Les passagers d’Istanbul d’Esther Héboyan, Un poignard dans un jardin de Vahé Katcha, Les héritiers du pays oublié et Le ciel était noir sur l’Euphrate de Jacques Der Alexanian, 1915… Les derniers Laudes de Perdj Zeytoutsian, Les massacres des Arméniens de Arnold J.Tynbee, Nuit turque de Philippe Videlier, 1918-1920 , La république arménienne de Anahide Ter Minassian, L’Arménie à l’épreuve des siècles par Annie et Jean-Pierre Mahè, Les naufragés de la terre promise de Robert Arnoux, Les yeux brûlants d’Antoine Agoudjian, La victoire de Sardarabad de Serge Afanasyan, L’état criminel de Yves Ternon, Les lettres rouges de Jean-Pierre Badonnel, Embarquement pour l’Ararat de Michael J. Arlen, Moi, Constance, princesse d’Antioche de Marina Bédéyan, Arménia de Robert Dermerguerian, Dictionnaire de la cause arménienne de Ara Krikirian, Le tigre en flammes de Peter Balakian, Deir-es-Zor de Bardig Kouyoumdjian et Christine Simeone, La province de la mort de Leslie A.Davis… En 1915, les Arméniens avaient été condamnés à mort à cause de leur appartenance ethnique et de leur localisation géographique. La tension régnait entre les Arméniens séparatistes et les occupants turcs, la guerre mondiale avait atteint les Balkans, et, le 24 avril 1915, le débarquement des troupes alliées échouait à Gallipoli. Cet échec marquait la date du début des massacres organisés contre les Arméniens. En 1916, le peuple arménien avait perdu, en deux ans, 1.500.000 des siens, avec l’alibi turc de la subversion. Par la suite, d’autres génocides ont été perpétrés… Dans son roman, Louis Carzou évoque les massacres de femmes arméniennes avec leurs enfants. On peut évoquer à ce sujet les paroles de Pierre Loti de l’Académie française : « Je ne puis penser sans une spéciale mélancolie à ces femmes massacrées qui, pour la plupart sans doute, avaient d’admirables yeux de velours. » Pour finir en poème, dans « vô lu mondu » chanté par les Muvrini et dont un couplet est interprété par le chanteur arménien du groupe Bratch, nous avons relevé ces passages… U ventu dice un tu nome Da rompe a chjostra di tu campa… Calvacu mari è corgu mondi… Les mers défilent au long du voyage Pour découvrir la liberté Ma vie s’arrime à tant de peuplesTantôt en lutte ou en prière A tant d’attente, à tant d’espoir Pour la lumière qui reviendra... ...................E vo lu mondu… Carzou : Un patronyme déjà célèbre…
Louis Carzou dédie son roman « La huitième colline » à son grand-père Garnik Zouloumian, plus célèbre sous le nom de Jean Carzou, peintre, graveur et décorateur français d’origine arménienne, né le 1er Janvier 1907 à Alep (Syrie ) et décédé le 12 août 2000 à l’âge de 93 ans. Académicien à l’Institut des Beaux Arts, récipiendaire de hautes décorations, récompensé par des prix prestigieux, on lui doit la fresque « Apocalypse » qui décore l’église de la présentation à Manosque, œuvre qui traduit sa hantise de l’holocauste. Il a décoré la chapelle de l’Eglise du couvent de Manosque qui est devenu la fondation Carzou en 1991. Notre auteur ne s’arrête pas là en ce qui concerne ses illustres ascendants. Sa grand-mère Nane Carzou écrivait des recueils de contes et des livres pour enfants dont « Voyage en Arménie », un voyage fait avec son illustre époux ou bien Antranik et la montagne sacrée, des contes arméniens. Elle est décédée en 1998. Jean et Nane Carzou ont eu un fils Jean-Marie Carzou, auteur de l’ouvrage Arménie 1915 – Un génocide exemplaire- édité chez Flammarion en 1975, professionnel de l’information, producteur et réalisateur d’émissions pour la télévision et qui a, pour fils, Louis Carzou. Celui-ci, auteur de « La huitième colline », a pris la relève d’une lignée qui ne s’éteint pas. Son père avait ouvert la voie en écrivant sur le génocide arménien avant les autres. Dans son premier roman, il remplit son devoir de mémoire. Mémoire généalogique… Dans les familles arméniennes, le génocide est un lourd héritage que chaque enfant porte à son tour pour que les voix des Anciens, au-delà de la mort, traversent les siècles d’écho en écho. C’est cela que l’on appelle le devoir de mémoire. ENTRETIEN AVEC LOUIS CARZOU :
1°/ La huitième colline est votre premier roman publié. Vous êtes d’origine arménienne. A 42 ans, vous êtes rédacteur en chef adjoint à LCI. Vous êtes donc journaliste de formation et on aurait pu penser que vous auriez choisi le genre historique ou documentaire pour écrire un ouvrage sur le génocide arménien. Pourquoi avoir choisi le roman, donc la fiction ?
LC : L’écriture, qu’il s’agisse de romans, de nouvelles ou de tout autre forme de fiction, est chez moi un désir bien plus ancien que celui du journalisme, même si je suis très attaché à ce métier. Sur le thème du génocide arménien, mon père avait déjà ouvert la voie des ouvrages historiques avec la publication en 1975 du premier livre d’histoire en français consacré à cette tragédie. Surtout, je ne crois pas avoir écrit un roman sur le génocide des arméniens, mais plutôt sur la question de la transmission, de la mémoire. C’est d’ailleurs pour cela que mon héroïne est une jeune femme d’aujourd’hui. Lorsque j’ai commencé à travailler sur ce roman, elle se posait cette question : « A travers mes enfants, à quoi je donne une vie supplémentaire ? » . Et puis seule la fiction permettait cette construction avec l’alternance de passages contemporains et de plongées dans le passé.
2°/ Le génocide arménien est au centre de votre roman et vos personnages apparaissent porteurs de vérités historiques et contemporaines. Pouvez-vous nous parler des personnages de Ragip et Nine, du colonel Mehmet et du lieutenant Zafer, mais aussi, dans la Turquie contemporaine, de Sibel et Sedat?
LC : Sibel est évidemment le personnage auquel je suis le plus attaché. C’est aussi le personnage qui m’a donné le plus de difficultés, car, en toute humilité, rien n’est finalement plus complexe que de se glisser dans la peau d’un personnage féminin. Mais il n’y a rien de plus passionnant non plus, du moins à mes yeux. Paradoxalement, les heures passées avec Ragip ont été plus aisées, du point de vue de l’écriture. C’est paradoxal parce que c’est à sa suite que l’on traverse l’horreur de ce génocide, que l’on se trouve confronté à sa réalité la plus immédiate, sa dimension humaine. Je dois reconnaître que pour le personnage de Nine, je me suis inspiré de ma grand-mère paternelle, dotée d’un sacré caractère. Quant aux deux personnages de militaires turcs, ils me semblaient bien symboliser les deux faces d’une même volonté d’extermination : celle qui fait du zèle, qui se venge à travers sa cruauté de sa propre médiocrité, et celle qui laisse à sa propre lâcheté le soin d’oublier sa responsabilité lorsque l’on applique des ordres barbares jusqu’à en faire des réflexes.
3°/ A la fin de La huitième colline, la grand- mère Nine veut se convertir à la religion musulmane qu’elle n’avait pas réellement embrassée jusque là. Elle est née arménienne de naissance et donc chrétienne Grégorienne. Elle a vécu en musulmane sans l’être. Elle veut mourir en musulmane, par reconnaissance envers celui qui l’a sauvée. Cette conversion voulue et non pas subie est-elle simplement, pour vous, la reconnaissance d’un « Juste » parmi les Turcs ou doit-on y voir un autre message plus polémique sur les Arméniens vivant toujours en Turquie? Est-ce, à cet égard, un geste symbolique significatif ?
LC : Cette conversion m’a été racontée par un ami français d’origine arménienne, et c’est cette anecdote incroyable qui est à l’origine de ce roman. J’ai été tellement frappé par le récit de ce geste, qu’il me semblait impossible de ne pas écrire sur cette dernière volonté aux allures de révolution intime. Quinze jours après cette conversation, j’avais déjà pratiquement toute la structure du roman en tête, organisée autour de cette anecdote. J’ai demandé à cet ami la permission de me servir de ce geste, ce qu’il a accepté bien volontiers, d’autant que le phénomène des familles turques qui se découvrent un aïeul arménien est assez répandu en Turquie. C’est pour moi un acte très fort, symbolique, de réconciliation. Il est incontestable qu’il y a eu un génocide des arméniens, mais il est aussi incontestable qu’il y a eu, dans cette tempête d’inhumanité assassine, des hommes qui refusaient de prendre part à l’extermination de leurs voisins. Et je trouve important, dans le respect de mes origines arméniennes, d’être aussi capable d’écrire cela.
4°/ La Huitième colline se situe en Anatolie où une grande partie des massacres a été perpétrée et plus particulièrement la région de Sivas où a été réuni le 4 septembre 1919 le congrès qui a jeté les fondations de la République turque. Plus récemment, dans cette ville, des fondamentalistes sunnites ont incendié l’Hôtel Madimak le 2 juillet 1993, en représailles de la présence de l’écrivain Aziz Nesin, traducteur des Versets sataniques de Salman Rushdie. Dans cet incendie, 36 intellectuels alévis et un anthropologue néerlandais ont péri. Pour quelles raisons avoir choisi ce lieu ?
LC : Justement parce que cette ville symbolise les effets tragiques du nationalisme turc dans ce qu’il a de plus ombrageux, que ce soit en 1915 ou aujourd’hui. Si le lecteur se renseigne sur cette ville, il se rendra compte que le combat contre l’intolérance, les discours et les saillies extrémistes, est un combat toujours d’actualité en Turquie. De plus, cette ville était très loin des lignes de front de la première guerre mondiale. Or elle a abrité nombre de massacres. C’est donc, à cet égard, un parfait exemple contre l’un des arguments préférés des négationnistes aujourd’hui, qui consiste à dire qu’il s’agissait d’empêcher les populations arméniennes de pactiser avec les russes. Jamais, de toute la guerre, un soldat russe n’a mis le pied à Sivas. Or la population arménienne de Sivas a, elle aussi, été très largement décimée, dès 1915.
5°/ J’ai lu sur le site de votre éditeur, votre définition biblique des Arméniens comme « le peuple élu… au second tour ». Nous sommes dans l’année de l’Arménie en France. Pensez-vous que cet événement qui se concrétise par de nombreuses manifestations culturelles, soit de nature à faire encore bouger les choses, notamment en ce qui concerne la reconnaissance du génocide par la Turquie comme condition préalable à son entrée dans la communauté européenne ?
LC : Ma définition des arméniens est une boutade, et n’a rien de « biblique »… Quant à la reconnaissance du génocide des arméniens par la Turquie, je pense que nous finirons par y assister. Certes, les informations, que ce soient les procès contre les intellectuels, ou les actions plus perverses (la modification des noms latins de certaines espèces qui comportent le mot « armenia »…), ne rendent pas optimistes. Mais souvenez vous de l’exemple de l’URSS. En 1981, j’avais 18 ans, et c’était Brejnev qui tenait le Kremlin. A l’époque, si l’on m’avait dit que tout s’effondrerait huit ans plus tard, sans déclencher un conflit majeur, j’aurais pris mon interlocuteur pour un fou. Il faut donc continuer de se battre pour cette reconnaissance, parce que, parfois, l’Histoire peut être porteuse d’espoir. Surtout, je crois sincèrement que cette reconnaissance serait ce qui pourrait arriver de mieux aujourd’hui… pour les citoyens turcs. Car elle impliquerait trois changements majeurs pour eux : un vrai respect du droit des minorités, une authentique liberté d’expression et la remise en cause du rôle de l’armée dans ses institutions, acteur qui échappe encore au suffrage universel.
Publié le 25 juin 2006 à 13:45
Par flicorse
Une réalisatrice de films documentaires sur le monde du travail : Catherine POZZO DI BORGO et son parcours exemplaire.
En 1999, Mme POZZO DI BORGO Catherine, réalisatrice et professeur associée de l’Université d’Amiens, a réalisé un documentaire sur les élèves du Lycée Professionnel de Montrouge où elle avait rencontré, pendant l’année scolaire 1997-1998, Paul Noguès, Professeur de Lettres et auteur du polar "L.P BLUES" sous le pseudonyme Al Rabassou. Le documentaire s’intitule « Tu seras manuel, mon gars ». Nous avons voulu en savoir plus sur cette réalisatrice exemplaire effectuant son travail sur le terrain pour nous ramener des documentaires d’une grande honnêteté morale, en rassemblant des témoignages audiovisuels sur la précarité et le chômage, qui sont autant de pierres à l’édifice d’une humanité qui se cherche. Son nom « POZZO DI BORGO » ne laisse aucun doute sur ses origines corses, mais son parcours professionnel et ses mérites se situent dans son oeuvre qui donne une vision réaliste et humaniste du monde du travail avec des approches sur l’évolution de nos sociétés. Certains de ses documentaires ont été diffusés sur des chaînes télévisées thématiques comme la Cinq. Tous servent d’outils pédagogiques ou de bases de réflexion lors de nombreuses conférences organisées par divers organismes dans la France entière et à l'Etranger. Mme POZZO DI BORGO est exemplaire par son talent de réalisatrice et de scénariste, mais aussi par son intégrité morale et intellectuelle qui la pousse à une réflexion sur son travail lui-même dans un souci permanent de coller au plus juste possible dans des constats qui éclairent notre avenir pour y faire face. Elle porte sur le présent son regard de témoin du Futur et s'adresse aux consciences. Madame Catherine POZZO DI BORGO possède la science de l’art cinématographique et l’art de la science, alliant son talent créatif à sa rigueur. Le documentaire est souvent considéré comme de l’artisanat, un noble mot conjuguant art et savoir faire. En deux phrases, nous avons employé sciemment plusieurs fois le mot « art », redondance voulue pour une réalisatrice d’exception. Le documentaire est un art cinématographique. Nous tenions à le souligner en ce qui la concerne. Nous avons retrouvé le titre d’un opus récent : « Vues de l’Europe d’en bas » publié aux Editions L’Harmathan et imprimé en juillet 2005.
Quelques documentaires réalisés par Mme Catherine POZZO DI BORGO : A job of the birds en 1979, Shop talk en 1980, The great weirton steal en 1984. En 1991, Les vaches bleues. En 1996, Arrêt tranche, les trimardeurs du nucléaire. En 1999, Tu seras un manuel, mon gars ( à la même date Paul Noguès publie L.P BLUES ) . En 2202, Tout l’or de la montagne noire . En 2003, Chômage et précarité : L’Europe vue d’en bas.
Vous pouvez retrouver une partie de son parcours sur le site de l'INA où il suffit de passer son nom au moteur de recherche pour atteindre notamment les dossiers de l'audiovisuel. Affiche de conférence Dossiers de réflexion sur l’audiovisuel voir site: http://www.ina.fr/produits/publications/da/84/sommaire.fr.html
Entretien en quatre questions avec Mme Catherine POZZO di BORGO
I. Quels souvenirs avez-vous gardé de votre reportage au sein du Lycée professionnel de Montrouge, pendant l'année scolaire 1997-1998 (pour les besoins de votre film : "Tu seras manuel, mon gars"?) En ce qui concerne le film "Tu seras manuel, mon gars", après avoir réalisé plusieurs documentaires sur le monde du travail, j'ai eu envie d'aller voir en amont comment étaient formés les ouvriers. J'ai donc passé une première année d'observation au lycée professionnel de Montrouge, observant les différentes filières proposées et les problèmes qui se posaient. J'ai ensuite rédigé un scénario qui m'a permis d'obtenir une aide du ministère du Travail, ainsi qu'une co-production avec la 5. Puis j'ai tourné par étapes tout au long de l'année scolaire suivante. Le lycée professionnel de Montrouge, comme tous les établissements de ce genre, est devenu malheureusement une voie de garage où l'on envoie tous les jeunes qui n'arrivent pas à suivre l'enseignement normal. Or les métiers manuels qui faisaient la fierté des ouvriers sont aujourd'hui fortement dévalorisés. Les jeunes qui se retrouvent dans les lycées professionnels sont en majorité issus de l'immigration. Beaucoup n'ont pas de père et quand ils en ont, ce sont très souvent d'anciens ouvriers au chômage. Il n'y a plus comme autrefois cette transmission des savoir-faire du père au fils. Et les jeunes d'aujourd'hui ne veulent surtout pas être comme leurs pères, usés prématurément par le travail et trop souvent menacés par le chômage. Ils se rêvent dans des bureaux, mais sont incapables, pour des raisons essentiellement sociales, d'obtenir les diplômes requis pour ce type d'emploi. En outre, il est rare qu'ils puissent choisir leurs filières d'apprentissage. Ce travail m'a laissé deux impressions très fortes. La première était l'ordre et le calme qui régnaient au lycée de Montrouge. Certes, les jeunes avaient du mal à se tenir tranquille pendant les cours, mais en deux ans je n'ai assisté à aucune scène de violence et les rapports que j'ai eu avec eux ont toujours été très courtois. Ce qui va à l'encontre des présupposés que l'on a trop souvent sur les jeunes des banlieues. La deuxième impression était beaucoup plus négative. C'était d'être confrontée à des jeunes, certainement aussi intelligents ou talentueux que d'autres, mais qui, en raison de leurs origines sociales, n'avaient pour ainsi dire pas d'avenir. Et cela, il me semble, est inacceptable dans un pays comme le notre.
II. Quelle a été la motivation de votre parcours de réalisatrice de documentaires sur le monde du travail et avez-vous des projets en cours?
Le monde du travail m'a toujours fascinée pour sa richesse et ses contradictions et pour les personnages remarquables qu'on y rencontre parfois. Les documentaires que j'ai réalisés ne sont pas des films de divertissement. Ils exigent l'attention du spectateur, mais je pense qu'ils sont nécessaires en ce qu'ils contribuent à une meilleure compréhension critique de la société dans laquelle nous vivons. Je viens de terminer un film totalement différent. "Les Cris de Paris" dont voici le résumé: "Les Non Papa*, un ensemble de jeunes et talentueux chanteurs, préparent un spectacle autour des « cris de Paris » au temps de la Renaissance. Les cris étaient ceux que poussaient les petits vendeurs de rue sur une ou deux notes de musique et que des compositeurs de l¹époque ont recueillis pour en faire des chansons savantes ou populaires. Du déchiffrage des partitions au spectacle final, en passant par la fabrication des costumes, la recherche d¹accessoires et des essais de mise en scène un documentaire où la beauté de la musique côtoie des séquences prises sur le vif, pleines d¹émotion, de fantaisie, voire de franche gaieté. Une plongée dans le mystère de la création musicale." Je dois dire que cette échappée dans le monde de la musique m'a procuré un immense plaisir qui, je l'espère, sera partage par les spectateurs.
J'ai deux projets en cours, plus tournés cette fois vers le monde paysan: un film sur le Larzac et un autre sur les petites fermes, ou la survie de la petite paysannerie française.
III. Vous avez des origines corses, quel regard portez-vous sur l'île?
Je n'ai malheureusement aucune attache en Corse, ce que je regrette car c'est un pays magnifique. Si quelqu'un veut m'inviter....
IV. Dans vos documentaires, vous montrez une réalité qui sert souvent de décor dans la Noire et le neopolar. Etes-vous lectrice de romans noirs et, de façon plus générale, quels sont vos auteurs préférés dans la littérature ?
Je suis une grande lectrice de romans policiers. Avec une prédilection pour les auteurs américains: Dashiell Hammett, Ross MacDonald, Elmore Leonard, James Ellroy, James Lee Burke. Il y a aussi quelques français que j'aime beaucoup: Fred Vargas, Jean-Patrick Manchette, Tonino Benaquista, Jean-Claude Izzo. Sans oublier le merveilleux Paco Ignacio Taibo II.
En marge de l'interview:
Le groupe Non Papa* a été constitué en 2001 par quatre de ses membres et il comprend aujourd'hui 8 chanteurs issus de l'Université de Paris-Sorbonne associés au Jeune coeur de Paris, au Centre de musique baroque de Versailles et au CNSM de Paris. Son nom évoque le compositeur franco-flamand Jacob Clémens, connu sous le pseudo de Clemens Non Papa. Vous pouvez en savoir plus en allant sur leur site:
Cliquer ci-dessous http://nonpapa.free.fr

Publié le 11 juin 2006 à 13:29
Par flicorse
Slam et chjam’è rispondi:
Extrait d’un slam de Grand corps malade :J’ai constaté que la douleur était une bonne source d’inspiration Et que les zones d’ombre du passé montrent au stylo la direction La colère et la galère sont des sentiments productifs Qui donnent des thèmes puissants, quoi qu’un peu trop répétitifs A croire qu’il est plus facile de livrer nos peines et nos cris Et qu’en un battement de cils un texte triste est écrit On se laisse aller sur le papier et on emploie trop de métaphores Pourtant je t’ai déjà dit que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts C’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai décidé de changer de thème D’embrasser le premier connard venu pour lui dire je t’aime Des lyrics pleins de vie avec des rimes pleines d’envie Je vois, je veux, je vis, je vais, je viens, je suis ravi C’est peut-être une texte trop candide mais il est plein de sincérité Je l’ai écrit avec une copine, elle s’appelle Sérénité Toi tu dis que la vie est dure et au fond de moi je pense pareil Mais je garde les idées pures et je dors sur mes 2 oreilles
Si je vous dis i-slam, ce n’est pas pour vous parler religion. Le " i ", c’est pour Internet. " slam " ? Ne cherchez pas le mot dans le dictionnaire. Avant " slang " ( qui désigne l’argot anglais ), vous trouverez " slalomeur et slalom ".Pour expliquer ce qu’est le " slam " à un Corse, il faut lui évoquer les foires et les soirées au café du village quand, dans des jeux de mots, les hommes s’appellent et se répondent en termes poétiques, parfois le verre à la main. Ceux qui ignorent cette " coutume corse immémoriale " relient le slam à une compétition de " spoken words " ( = mots parlés ) venue de Chicago. Des Corses auraient-ils introduit, vers les années 80, le Chjam’è rispondi à Chicago ? A l’origine, comme le chjam’è rispondi, le slam est donc une joute verbale où les participants rivalisent avec des mots scandés. Il s’est propagé et a maintenant ses vedettes qui slament sous des " alias ", c’est-à-dire déclament leurs textes sous des pseudos d'artistes urbains. C’est du " parler - chanter " a capella mais aussi un nouveau mode d’expression des jeunes des banlieues parisiennes ( différent du Rap). Ce n’est pas de la poésie mais ça lui ressemble davantage que le rap. C’est de la tchatche poétique. En un mot, c’est du slam et, si ce mot n'existait pas en Corse,il y a des slameurs sur l'île depuis longtemps. J’ai entendu parler de nouveaux slameurs marseillais*. Le phénomène a donc envahi le continent en venant des Amériques, alors qu’il n’avait jamais fait la traversée avec la SNCM.
* Le groupe "Vibrion" de Frédéric Nevchehirlian ( prix Caisse d'Epargne au Printemps de Bourges 2005), sur lequel les éloges pleuvent: dont: "Le message poétique véhicule des valeurs d'engagement, d'invective et une philosophie où la noirceur des constats est aussi source de force." extrait de infoconcert. et: "Un univers sombre et lunaire dont la scansion hypnotique possède la faculté de happer le public pour le relâcher ensuite hagard et comme envoûté. Vibrion est l’expérience d’une poésie contemporaine vêtue d’oripeaux jazz, chanson et rap. Résolument à part" extrait du site de RNT ( Radio Nouveaux talents) Fréderic Nevchehirlian, jeune ex-enseignant, anime aussi de nombreux ateliers en collèges et lycées.
Grand corps malade à la Fnac le 10 juin 2006 avec le compositeur S.petit Nico.

Un slameur d’une banlieue parisienne, est en train de devenir célèbre. Il s’agit du pseudo " Grand corps malade " , connu à St Denis sous son prénom : Fabien. J’ai vu ce jeune homme de 28 ans à la Fnac de Marseille. C’est effectivement un grand beau jeune homme qui est apparu sur scène avec une béquille et qui a rapidement conquis un public marseillais d’âges et d’horizons diverses. Tout Paris se l’arrachait déjà et Marseille s’est mis sur les rangs avec un concert au Dôme prévu pour le 2 février 2007. Pour lui , " la détresse n’a pas de conversation ". Grand corps malade s’amusait et amusait par ses mots avec son handicap qui lui vient d’un accident de piscine survenu à l’âge de 20 ans. Aujourd’hui, il slame aussi sur d’autres sujets et œuvre même dans des ateliers d’écriture. Il harmonise ses mots a capella ou sur fond musical. Il a besoin d’une béquille pour se tenir debout et marcher mais, si le grand corps est malade, la tête est pleine de mots justes, de textes efficaces et d’humour ravageur. Fabien s’appelle et se répond. Le public l’entend. De la poésie, il en parle . Si elle lui paraissait " relou " , lorsqu’il étudiait la Pléiade au collège, elle l’a rattrapé " sous d’autres formes ". Il dit : " J’ai compris qu’elle était cool et qu’on pouvait braver ses normes ". Plus que braver les normes, il lui arrive aussi de partir en couille, lorsqu’il raconte le combat entre sa tête, son cœur et ses couilles mais, là encore, il déconne avec talent. Du talent, il en a aussi pour défendre, sans angélisme, sa banlieue de Saint Denis à qui il voue un réel amour et, à ce qui se dit, elle le lui rend bien.
Chjam’è rispondi versus slam : " Voix corses montant des profondeurs de l’âme,
Perpétuez le Chjam’è rispondi des temps immémoriaux, Cette Joute des beaux parleurs au comptoir d’un bistrot. Savez- vous que, sur le Continent, on l’appelle le slam " Texte dejpC Définition du Chjam’è rispondi par Angèle PAOLI sur le site " Terre de femmes " :
Un chjam’è rispondi est un exercice vocal ( debout, face à face, sans accompagnement instrumental et en public). Il consiste en une libre improvisation poétique très rythmé pratiquée par deux ou plusieurs poètes , sans critère d’âge ou de condition sociale, à l’occasion d’évènements publics : fêtes, concours, foires, noces, tontes des brebis. Si la mélodie de départ du Chjam’è rispondi est personnelle, le schéma musical repond, lui, à des règles constantes ( mélodie pentatonique descendante, avec suspension sur le second degré à la fin du premier vers, une fausse résolution à la fin du second vers, et un final qui s’achève sur la tonique du troisième vert). Il n’y a pas de thème imposé hors la poésie elle-même. Mais le contenu s’appuie couramment sur les débats de société qui sont de l’actualité proche ou " l’air du temps ". La règle veut que, dans cette joute oratoire, l’on reste d’une part toujours courtois et pétillant d’esprit et d’autre part que la réponse ( risponde) s’appuie sur le sujet de départ appelé , tel qu’il est énoncé dans le premier couplet ( à chjama = l’appel).
Site terres de femmes, cliquer : http://www.terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog Nota: Tdf, au nom de gynécée,n'est pas une gynécratie et Angèle Paoli n'a rien d'une Lysistrata. Ce site est à consulter sans modération. Il vaut le détour et même une longue errance...
Définition du slam par Grand corps malade sur son site i-slam: Il y a évidemment autant de définitions du slam qu’il y a de slameurs et de spectateurs des scènes slam. Pourtant il existe, paraît-il, quelques règles, quelques codes :
- les textes doivent être dits a cappella ("sinon c’est plus du slam" ?) - les textes ne doivent pas excéder 3 minutes (oui mais quand même des fois, c’est 5 minutes…) - dans les scènes ouvertes, c’est "un texte dit = un verre offert" (sauf quand le patron du bar n’est pas d’accord…) Bref, loin de toutes ces incertaines certitudes, le slam c’est avant tout une bouche qui donne et des oreilles qui prennent. C’est le moyen le plus facile de partager un texte, donc de partager des émotions et l'envie de jouer avec des mots. Le slam est peut-être un art, le slam est peut-être un mouvement, le slam est sûrement un Moment… Un moment d’écoute, un moment de tolérance, un moment de rencontres, un moment de partage. enfin bon, moi je dis ça… Grand Corps Malade
I.sl’âme " Grandcorpsmalade.com" : " Communiquer par I.mod, c’est à la mode. S’envoyer des sms, lancer des sos.
Ce kif ou cette détresse, C’est du communiquer express. Si vous prenez le temps, jetez vos portables Assis à une table ou au comptoir d’un bistrot, Aller jouer avec les mots. Si vous ne connaissez pas le slam Sur le Web, découvrez donc l’I.slam N’ayez pas peur, c’est un site de slameur. Etats d’âme et paroles du cœur en sont la trame. On y déconne même avec le drame. Je vous conseille le site de Grandcorpsmalade. Avec ce baladin, vous pourrez continuer votre I.balade. Pour vivre des attaques à mots armés, La valeur n’attend pas le nombre des années. " Texte de jpC Site de Fabien alias Grand corps malade cliquer : http://www.grandcorpsmalade.com
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