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Bienvenue sur le blog Corse noir'soeur de vos nuits blanches
Blog non agressif et sans arrière-pensée. ..
Des articles après le Blog perso....
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RE NDEZ-VOUS:
- 5 décembre 2009, Salon Culture et écriture Institut Perrimond Roucas Blanc Marseille 7ème
- Les 20, 23 et 24 décembre 2009 Cultura La Valentine Marseille
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CHANTS CORSES: Pas de lien MP3 mais de l'écoute en ligne aux adresses ci-dessous...
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Le 1er juin 2009 à 22H15 .... 200.000ème visiteur I
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Les dix droits imprescriptible s du lecteur ( édictés par Pennac dans son ouvrage "Comme un roman")
1°/ Le droit de ne pas lire.
2°/ Le droit de sauter les pages
3°/ Le droit de ne pas finir le livre
4°/ Le droit de relire.
5°/ Le droit de lire n’importe quoi.
6°/ Le droit au Bovarysme (maladie textuellement transmissible…)
7°/ Le droit de lire n’importe où.
8°/ Le droit de grappiller.
9°/ Le droit de lire à haute voie.
10°/ Le droit de nous taire.
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A dopu!
A plus tard!
Publié le 25 août 2007 à 05:30
Par flicorse
« Héritier d'un riche passé, de croisements et d'influences très diverses, le Maroc est un creuset où des civilisations différentes viennent se mêler. La littérature, d'une réelle importance, nous offre des voix aussi singulières que diverses, modernes et engagées dans des débats modernes mais nourries aussi d'un fonds immémorial provenant de la tradition orale ».
La littérature marocaine et le monde du polar ont perdu un grand écrivain : Driss Chraibi.

Plusieurs auteurs marocains lui ont rendu hommage à l'annonce de son décès, dont notamment Tahar ben Jelloun qui a salué la mémoire d'un homme "engagé et courageux qui a ouvert la voie à plusieurs générations d'écrivains maghrébins", ajoutant que "Le passé simple est un chef d’œuvre aussi important que L'Étranger d'Albert Camus". Pour Fouad Laroui, que l'écrivain considérait comme son fils spirituel, "Il y a chez Driss Chraïbi presque un modèle de comment vivre sa vie dans la plénitude de la création, de la fantaisie, de la curiosité et de l'humour". Maati Kabal a salué son ""immense don de conteur public et son esprit libre et frondeur". Salim Jay, auteur du Dictionnaire des écrivains marocains, a pour sa part rendu hommage au "grand talent et à l'indépendance d'esprit" de l'écrivain.. Driss Chraïbi résidait depuis longtemps avec sa famille à l'Ile d'Yeu. Son corps a été rapatrié dans son pays natal pour y être inhumé le vendredi 6 avril au cimetière des Chouhada à Casablanca, près de la tombe de son père. Son épouse, Mme Sheena Chraïbi a déclaré que ""c'est très important qu'il repose dans son pays natal".
Driss Chraïbi est l'un des auteurs marocains les plus connus. Il aborde souvent dans son œuvre le colonialisme et ses conséquences. Il n'hésite pas à utiliser sa propre histoire comme trame romanesque. Il est décédé dimanche 1er avril 2007 à 81 ans. Ce grand écrivain marocain a écrit dans la langue du pays où il a passé la majeure partie de sa vie, la France. Ses livres sont traversés par les questions de l’exil, de la résistance aux pouvoirs, phallocrates ou d’État, de la corruption et de la colonisation. Son premier roman, le Passé simple, paru chez Gallimard en 1954, avait fait scandale dans son pays, en particulier parmi les nationalistes, qui s’estimaient trahis, parce qu’il y décrivait un jeune Marocain se rebellant contre la tutelle d’un père féodal et les pesanteurs de la société, avant de partir pour la France. Mais, comme dans tous les livres qui ont suivi, dont Civilisation, ma mère ! (1972) ou Une enquête au pays (1981), Driss Chraïbi ne s’y montrait pas manichéen.
Il est né le 15 juillet 1926 à El-Jadida (ex-Mazagan, situé à centaine de km de Casablanca), dans une riche famille de négociants cultivés et un Maroc alors sous Protectorat français. Il fréquente d'abord l'école coranique puis l'école française et le lycée Lyautey de Casablanca avant de venir étudier en France. Il part pour la France en 1945. Il suit des études de chimie et obtient son diplôme d’ ingénieur en 1950. En 1954, la sortie de son premier livre "Le Passé simple" fait scandale au Maroc. Cet ouvrage est très critique envers l'Islam et les traditions de la société patriarcale marocaine de cette époque. Bien accueilli en France, l'auteur attendra une quinzaine d'années avant qu'une nouvelle génération d'intellectuels marocains (Rachid Boudjedra, Tahar ben Jelloun,...), notamment via la revue Souffle, lui accorde une reconnaissance méritée. Les Boucs, second livre publié l'année suivante, aborde lui le thème du déracinement et de la condition des travailleurs maghrébins immigrés en France. Suivront plusieurs dizaines de titres très souvent traduits dans le monde entier. En 1959, après avoir exercé divers métiers et voyagé en Europe, Driss Chraïbi devient journaliste-producteur à Radio-France, responsable des dramatiques sur France-Culture. Il exercera cette activité en parallèle à sa carrière littéraire jusqu'à la fin des années '80. Il enseignera aussi quelque temps dans les années '70 à l'Université de Laval, au Québec. Driss Chraïbi a fait paraître ses mémoires en 1998 « Vu, lu, entendu » qui débutent ainsi « Je remercie la vie, elle m’a comblé. En regard d’elle, tout le reste est littérature. » Dans le deuxième tome « Le monde à côté » paru en 2000, il raconte son arrivée en France en 1945, ses rencontres professionnelles en Alsace, à l'Ile d'Yeu, au Canada et à Paris, son amour pour la vie, sa passion pour les femmes. Il a été producteur à l'ORTF. Il a reçu le Prix littéraire de l'Afrique méditerranéenne pour l'ensemble de son œuvre en 1973, le Prix de l'amitié franco-arabe, le 7 octobre 1981, le Prix Mondello pour la traduction de "Naissance à l'Aube" en Italie. (Source: Jean Déjeux)
Driss Chraibi était un auteur marocain d’expression française. Ses écrits ont suscité l’intérêt des linguistes. Pour ne citer que deux exemples : La langue de Driss Chraïbi « langue déplacée d'un écrivain déplacé » par Bernadette Dejean de la Bâtie ; Analyse sémio-linguistique de " La mère du printemps de Driss Chraibi" faite par Assia Bouayad-Benadada…
Driss Chraibi publiera au total une vingtaine de romans et récits, pour la plupart consacrés à l'histoire du Maroc, au colonialisme, à l'Islam et à la condition des femmes arabes. Il a gardé son humour acerbe pour une série de romans policiers plutôt loufoques dont le personnage central s'appelle "l'inspecteur Ali", personnage central est un drôlatique qui mène des enquêtes dans le Maroc contemporain. Parmi ses livres les plus connus, citons notamment, outre Passé simple et Les Boucs: La Foule (1961), Succession ouverte (1962), Un Ami viendra vous voir (1967), La Civilisation, ma mère ! (1972), Mort au Canada (1975), Une enquête au pays (1981), La Mère du printemps (1981), Naissance de l'aube (1986), L'inspecteur Ali (1991), Une place au soleil (1993), L'homme du livre (1995), Lu, vu, entendu (1998) et son autobiographie, Le monde à côté (2001). En 2004, il remet en scène son personnage fétiche, l’inspecteur Ali dans « L'Homme qui venait du passé, Denoël » . Extrait de « L’homme qui venait du passé » à l’adresse : http://auteurs.arald.org/extraits/Chraibi1926_AE.html
Une analyse de l'Inspecteur Ali et de son auteur: « Parmi les romans de Chraïbi qu'on peut considérer comme post-modernes à plusieurs titres, L’Inspecteur Ali (1991) est probablement celui où le procédé du double est utilisé de la façon la plus consistante et la plus dense pour explorer, en les parodiant et en les tournant en dérision, des identités duales. L’histoire de L’Inspecteur Ali peut être résumée de la façon suivante. Brahim Orourke, auteur marocain de romans policiers à succès – les aventures de l’inspecteur Ali – et gloire littéraire nationale, est récemment retourné vivre au Maroc avec sa femme Fiona, d'origine écossaise, et leurs enfants. Au moment où l'histoire commence, on apprend que les parents de Fiona, qui est enceinte, vont venir leur rendre visite. Comme c'est leur premier voyage au Maroc, Jock et Susan ont des appréhensions et Brahim prépare leur arrivée en cherchant à minimiser le choc culturel que va subir le couple, habitué au seul mode de vie écossais. Parallèlement, Brahim décide de donner une nouvelle orientation à sa carrière d’écrivain. Abandonnant le genre policier, il essaie d’écrire son premier roman politico-social, Le Second Passé simple, où il dénoncera les injustices que subit l’homme arabe dans le monde. Cependant, Brahim ne parvient pas à ses fins. S'il réussit enfin à écrire un roman, il ne s'agit pas du Second Passé simple mais d'une autre aventure de l’inspecteur Ali. L’Inspecteur Ali se termine sur la naissance du troisième enfant de Brahim et Fiona. L’Inspecteur Ali a une construction en abyme dans laquelle Chraïbi, écrivain, met en scène Brahim, un personnage d'écrivain, qui met en scène dans ses romans le personnage de l'inspecteur Ali. Le cadre de cet article n'étant pas la dimension autobiographique, on ne fera pas de conjectures sur les ressemblances et les différences entre Chraïbi et chacun de ses héros, Brahim et Ali. Cependant, on ne peut pas ne pas s'arrêter en guise de préambule à la présente analyse du jeu des doubles, sur l’avertissement qui ouvre le roman : "Toutes les scènes (...) sont dues à l’imagination effrénée de l’inspecteur Ali. Et tous les personnages sont fictifs (...). B. O’Rourke. p.c.c. Driss Chraïbi". Voilà donc les lecteurs prévenus : le roman qu'ils vont commencer a un triple auteur, qui n'est autre que le personnage fictif de l'inspecteur, dédoublé une première fois dans le personnage de l'écrivain Brahim, lui-même double de Chraïbi. Cet avertissement met l'accent sur le principal jeu de dédoublement dans L’Inspecteur Ali, à savoir celui de la littérature, à mi-chemin entre la réalité et la fiction, et les notions d'identité de l'auteur et de l'écrivain ». Extrait de Personnages et récits doubles dans L’Inspecteur Ali de Driss Chraïbi, Bernadette Dejean de la Batie, Université de Melbourne, analyse relevée à l’adresse cidessous: http://www.limag.refer.org/Textes/Iti27/Dejean.htm
Quelques autres auteurs marocains connus ou à découvrir:
Tahar Ben Jelloun est sans doute actuellement le plus connu des auteurs français d'origine marocaine puisque son œuvre est traduite dans près de cinquante pays. Enseignant en philosophie au Maroc, il dût quitter son pays en 1971 quand fut promulguée l'arabisation des études pour lesquelles il n'était pas formé. Collaborateur du Monde à partir de 72, il obtient un doctorat de psychiatrie sociale en 1975, expérience qui donna lieu à La réclusion solitaire (1976). La célébrité lui vint avec L'enfant de sable paru en 1985 et il connut un grand succès avec la suite qu'il en fit : La Nuit sacrée qui obtint le prix Goncourt en 1987. Tahar Ben Jelloun vit toujours à Paris avec sa femme et sa fille Mérième, à laquelle il a dédié le Racisme expliqué à ma fille en 1997. Ses trois derniers romans : Le dernier ami Le Seuil, mars 2004 - La belle au bois dormant Le Seuil, octobre 2004 – Partir Gallimard, janvier 2005. Son site officiel à l’adresse ci-dessous : http://www.taharbenjelloun.org/accueil.php
Maati Kabbah: journaliste-écrivain, auteur d'un premier recueil de nouvelles, Je t'ai à l'œil, paru chez Paris Méditerranée. A dirigé avec Nicole de Pontcharra un ouvrage collectif intitulé Le Maroc en mouvement. Actuellement responsable des jeudis de l'IMA, à l'Institut du Monde Arabe. En Mai 2007 il a publié « Maroc, éclats instantanés » - présentation de l’Editeur « Le Grand Souffle »: « L'écrivain entre deux rives, que Maati Kabbal personnifie parfaitement, est d'abord en butte à une interrogation : il sait d'où il vient, il sait à peu près où il est, mais il se demande si ce déplacement, cette errance, cet exil étaient vraiment nécessaires. Il y a donc des retours, des allers-retours plutôt, dans ce recueil de nouvelles - on devrait plutôt dire : de " choses vues " - où le talent de miniaturiste de Kabbal se donne libre cours, parfois de façon poignante - parfois drôle. Les nouvelles de Maati Kabbal peuvent déconcerter tant elles épousent au plus près tout l'absurde de la vie - après tout, nos péripéties quotidiennes ne font pas toujours sens non plus. On ne s'étonne pas de croiser Jennifer Lopez ou Claude Chabrol en tournant une page, en sautant d'un récit à l'autre. Rêve ou réalité ? Qu'importe, finalement. La vie est un songe, souvent triste, parfois gai. Ces éclats de vie signés Kabbal l'illustrent de façon très humaine, très fraternelle ». Mohamed Khair-Eddine (1941-1995) a vécu à Agadir, Casablanca, puis à Paris, où il a beaucoup publié, et animé des émissions sur France Culture.Iil est mort à Rabat en 1995. Ses œuvres, interdites au Maroc de son vivant, ont commencé à être rééditées en 2002. Ecrivain de l'exil, Mohamed Khair-Eddine a longtemps cultivé cette particularité qui a façonné son mythe et singularisé son style.
Abdelkébir Khatibi a étudié la sociologie à la Sorbonne et soutenu une thèse sur le roman maghrébin. Découvert par Maurice Nadeau, il fait paraître en 1971 son premier roman, La Mémoire tatouée, considéré comme son chef-d’œuvre. Il a ensuite publié des récits, de la poésie, du théâtre, de nombreux essais sur les sociétés et l'art islamique. Mohamed Leftah exerce le métier de journaliste littéraire au Maroc et au Caire. Auteur de nombreux manuscrits inédits, il a signé avec Les Demoiselles de Numidie un roman qui mérite d'être qualifié de chef-d'oeuvre.
Abdellatif Laâbi a joué un grand rôle dans le renouvellement culturel au Maroc, mais ses écrits et prises de position, hostiles au régime de Hassan II, lui ont valu la prison, puis l'exil en France en 1985.
Mahi Binebine a fait ses études à Paris et y enseigne les mathématiques pendant huit ans. Parallèlement, il peint. Après quelques expositions, il publie plusieurs romans traduits dans différentes langues ; il est à la fois un peintre reconnu et un auteur de la jeune littérature marocaine de la diaspora. Son frère Aziz Binebine fait partie des 28 survivants du bagne de Tazmamart, son histoire a servi de trame au roman de Tahar Ben Jelloun : Cette aveuglante absence de lumière.
Mohamed Choukri (1935-2003) a passé la plus grande partie de sa vie à Tanger, ville qui occupe une grande place dans ses écrits. A l'âge de 20 ans, il apprend à lire et écrire l'arabe ; il devient instituteur, puis professeur et se met à l'écriture. Il est découvert, publié et traduit grâce à Paul Bowles. A la même époque, il fréquente aussi Jean Genet et Tennessee Williams. C'est le premier volet de sa biographie, Le Pain Nu qui le fait connaître d'abord dans le monde anglo-saxon, puis en France grâce à la traduction de Tahar Ben Jelloun ; en raison de la censure, ce livre ne paraîtra au Maroc qu'en 2000. Il y raconte son enfance marquée par la misère, la brutalité et le manque de tout. Cultivant son image d'écrivain maudit, il est toujours considéré comme l'enfant terrible de la littérature arabe.
Fouad Laroui est un économiste et un écrivain cosmopolite . Il est également chroniqueur littéraire à l'hebdomadaire Jeune Afrique, la revue Economia et la radio Médi. Après avoir fait ses études dans les grandes écoles françaises de Casablanca, il quitte le Maroc pour l'Europe où il enseigne l'économie à Amsterdam et se partage entre Londres et Paris. Ses romans écrits en français connaissent un grand succés au Maroc pour sa façon de se moquer des blocages de la société marocaine, il le fait avec humour et sans discours politique trop radical, ce qui lui a permis de ne jamais avoir de problèmes avec la censure. Parmi ses œuvres, il faut citer: : Les Dents du topographe (Julliard, 1996) : la chronique d’un jeune au Maroc, un récit qui marque le refus de l’ordre établi et un sentiment de détachement pour sa patrie. Prix Découverte Albert-Camus - De quel amour blessé (Julliard, 1998) : l’histoire d’un amour impossible entre un maghrébin de Paris et la fille d’un juif. Prix Méditerranée des Lycées, Prix Radio-Beur FM.- Méfiez-vous des parachutistes (Julliard, 1999) : un portrait comique de la société marocaine à travers la vie de deux personnages loufoques. -Le Maboul (Julliard, 2000) : recueil de nouvelles qui sont autant de satires de la société marocaine.- La fin tragique de Philomène Tralala (Julliard, 2003) -Tu n'as rien compris à Hassan II (Julliard, 2004) : recueil de nouvelles.- De l’islamisme. Une réfutation personnelle du totalitarisme religieux (éditions Robert Laffont, octobre 2006)
Rajae Benchemsi: Après avoir vécu dix ans en France pour un doctorat de littérature sur Maurice Blanchot, Rajae Benchemsi est retournée vivre au Maroc où elle est née. Enseignante à l'école normale supérieure de Marrakech, elle se consacre aujourd'hui à la critique d'art, à la fiction et à la poésie.
Yasmine Chami-Kettani a passé son enfance à Casablanca, puis est venue faire ses études à Paris. Normalienne, elle est aujourd'hui anthropologue. Son premier roman Cérémonie Actes Sud,1999), évoque l'influence de l'univers social et culturel du Maroc dans la vie affective d'une jeune femme divorcée.
Salim Jay : Bibliomane de renom, essayiste, romancier, critique littéraire, Salim Jay est tout cela à la fois. Né à Paris d’un père marocain, grand poète entre autres, et d’une mère française, il est l’auteur de nombreux essais et romans : « La semaine où madame Simone eut cent ans », « Portrait du géniteur en poète officiel », « L’oiseau vit de sa plume » pour ne citer qu’eux. Il a été le premier à répertorier les écrivains marocains dans un petit dictionnaire. vient de publier un nouveau roman dont le titre promet un chef-d’œuvre d’ironie. « Embourgeoisement immédiat » est un titre qui en dit long sur le contenu de ce récit à base d’autodérision. Loin de tout onanisme autobiographique, l’auteur, s’exprimant à la première personne, met l’accent sur l’absurdité des aléas du quotidien, celle des attitudes des humains vis-à-vis des choses matérielles et de leurs semblables. Lorsqu’en 1999, à l’occasion de l’Année du Maroc, une journaliste fut chargée d’établir une sorte d’inventaire des écrivains, plumitifs, libellistes, polygraphes, fabulistes et même affabulateurs que compte le royaume, elle fit son travail très consciencieusement : elle inclut tout le monde - et oublia monsieur Jay.
La liste n'est pas exhaustive. Il existe un petit dictionnaire des écrivains marocians établi par Salim Jay.
Publié le 18 août 2007 à 05:30
Par flicorse
Saison six et dernière:

César Montalier éprouve les nerfs de Léa Renerdi. L'avocat de cette dernière ne dépasse pas le mètre cinquante. Le gendarme Denticoni se fait peur en rêvant d'une tempête tandis que la juge Millieri relit Shakespeare et se la joue Miranda. C'est dire que cette saison 6 n'a pas grand chose à voir avec les derniers épisodes de Desperate Housewiwes
Quésaco, installé derrière son ordinateur, prenait le temps d’un long silence pesant dans l’atmosphère tendue qui régnait dans son bureau : une mise en condition qu’il pensait éprouvante pour les nerfs de Léa Rénerdi, assise sur le rebord de sa chaise comme prête à bondir. Cette attente n’eut pas l’effet escompté car elle prit le parti de s’installer à ghjacara techja, comme une chienne repue. Elle avait gardé les manières d'autrefois lorsqu'on l'apelait "Natacha" dans les bafonds de Marseille. Toutefois, la lenteur que le flic mettait à débuter l’interrogatoire établissait la première règle du "je": il était le maître du temps. La deuxième était de faire croire qu’il avait des atouts dans le dossier. Un peu comme au poker, il ne dévoilait pas son "jeu" ( ni son "moi") et appliquait la stratégie des échecs en avançant ses pions prudemment.

 - Bon ! Avant que je ne vous pose des questions embarrassantes, je vous laisse la possibilité de faire preuve de bonne foi en m’expliquant comment vous avez perdu l’annulaire gauche. - Accidentellement lors d’une partie de pêche en mer avec… - Stop ! Vous allez me resservir la version de votre défunt compagnon. C’est vrai que vous avez perdu votre doigt lors d’une partie de pèche mais ce n’était ni en mer ni accidentellement. Si vous ne dites pas la vérité, je vais être obligé de vous représenter cette extrémité manquante de votre main… - Que ce soit en mer ou pas, c’était accidentel et je ne comprends pas d’être traitée en coupable alors que je suis une victime… - Je déteste les victimes quand elles respectent les bourreaux. C’est Jean-Paul Sartre qui l’a écrit. - Mon bourreau, aujourd’hui, c’est vous avec tout le respect que je vous dois ! - Belle répartie ! Un peu masochiste en la terminant par un homophone de " doigt ". Je constate que, n’étant pas votre bourreau d’hier, je suis encore en vie. Comment pouvez-vous croire qu’aucun rapprochement ne serait fait entre l’amputation de votre doigt et l’assassinat de Jean-Victor Moro ? - Vous pouvez faire les rapprochements que vous voulez. Mon doigt est un accident et je pense que l’assassinat de Jean-Victor est politique… - Vous diriez cela à un cheval de bois, il vous rirait au nez. Jean-Victor est un petit malfrat, un tout petit. Il n’a jamais été intéressé par la politique et il n’était même pas inscrit sur les listes électorales… - C’était un clandestin. Il a même été arrêté par les gendarmes qui l’ont interrogé dans une affaire de plastiquage… - En ce qui me concerne, il y a longtemps que j’ai quitté la gendarmerie de Tafoni. Je vais même vous faire une confidence, je n’ai jamais été gendarme ni à Tafoni qui n'existe pas ni ailleurs. Je ne vois pas des autonomistes partout… Jean-Victor a été entendu parce qu’il a un casier judiciaire. Ensuite il est devenu un indic des gendarmes. - Il a peut-être été tué pour ça ! - Jamais de la vie ! Aux gendarmes, il n’a donné que des tuyaux percés et, de toute façon, tout le monde se méfiait de lui. Même sa famille ne lui confiait aucun secret. - Après tout, c’est à vous de faire l’enquête. Moi, pour ce que j’en dis… - Mais l’enquête, c’est ce que je suis en train de faire, Madame. Et croyez-moi, elle a avancé l’enquête. Vous y êtes en plein dedans et vous avez choisi de prendre un chemin qui vous mène tout droit à un cul de basse fosse. - Vous m’avez bien dit que je pouvais demander un avocat ? - Je vous l’ai dit. - Alors, maintenant j’en veux un… - Cusi si! Cum’ella vi pare è piace ! Parfaitement ! Comme bon vous semble ! Vous avez un nom ou vous voulez un commis d’office ? - Je veux Maître Coppiu ! - Si vous pensez choisir un grand avocat, je vous préviens que " metru coppiu " (double mètre) ne mesure qu’un mètre cinquante…. En attendant grandeur et décadence, vous allez rejoindre les geôles et nous reprendrons notre conversation plus tard. Je vais appeler le pidochju rifattu, ce parvenu du Barreau de Bastia.
 Après avoir appelé Maître Coppiu, Quésaco ne lâcha pas le bigophone, se permettant un petit appel personnel. Il gardait un secret dans sa vie: depuis plusieurs mois, il entretenait une liaison amoureuse avec une bergère à qui il consacrait une partie de son temps libre.
Dès qu’il le pouvait, il la rejoignait comme un bandit prend le maquis, avec des ruses de Sioux. La belle ( homophonie involontaire avec le verbe bêler ) chevrière était l’explication de sa connaissance de la langue corse. Au début, il était venu dans l’île pour prendre son galon de capitaine de police et terminer sa carrière à Marseille. Dans la vie, il avait compris que l’on ne peut pas tout planifier. Lui qui croyait ne plus s’amouracher vivait une passion pour une femme corse qui le dévorait au point de changer son identité. Progressivement César Montalier devenait corse et il l’avait compris le jour où, remplissant un procès verbal, il avait fait une inversion involontaire sur le clavier de son ordinateur : Montalier était devenu Montaleri ! Au lieu de corriger l’erreur rapidement, il s’arrêta sur la faute et une pensée lui traversa l’esprit, en même temps qu’un sourire illuminait son faciès de sanglier : finalement " Quésaco Montaleri " sonnait bien en Corse et, à la retraite, lorsqu’il écrirait des romans policiers, il prendrait ce pseudo.
 Avec sa bergère, il avait tout appris sur l’élevage des chèvres et des brebis mais aussi un florilège d’expressions corses qui lui avaient fait découvrir que la galéjade n’était pas que marseillaise. Depuis lors, il ne ratait pas une occasion d’en placer une, avec une sorte de délectation intérieure toujours renouvelée. Il en était au point de se convaincre que, Marseille étant la ville la plus peuplée de Corses, il avait peut-être hérité d’un " i " insulaire et que l’erreur de clavier avait été commise sous l’influence occulte de quelque ancêtre corse fantomatique qui l’avait reconnu. Il s’était juré de faire des recherches généalogiques pour identifier le fantôme corse dans sa famille. Il savait qu’il ne le ferait jamais car les légendes, pour rester belles, n’ont pas besoin d’être vérifiées à la lumière de la réalité.
Lea Renerdi avait passé deux heures dans les geôles du commissariat. Son entrevue avec Maître Coppiu avait duré une demi-heure conformément à la loi.
Si court soit-il, ce temps de honte avait entamé sa résistance déjà mise à l’épreuve par les événements dramatiques qui s’étaient succédés et imposés à elle. Bien sûr, le silence était de rigueur et elle n’avait rien à espérer en déballant son histoire, mais avait-elle un autre choix ? Même si ce flic la bluffait, tôt ou tard il aurait suffisamment d’éléments pour la forcer à dire la vérité. De victime, elle se retrouverait complice, voire coupable.
Reconduite devant Quésaco, elle prit le parti de raconter les raisons pour lesquelles Jean-Victor avait sectionné son annulaire gauche…
- Depuis plusieurs mois, notre couple était devenu un enfer. J’avais fait savoir à Vicky que je voulais le quitter et il l’a très mal pris. Lorsque je lui ai annoncé que j’avais une autre liaison amoureuse, il est devenu comme fou et il ne me lâchait plus d’une semelle. Il m’obligeait à le suivre dans ses parties de pèche et je ne le supportais plus. C’est sur la plage qu’il m’a frappée et a coupé l’annulaire de ma main gauche pour que personne ne me passe l’alliance. - C’est vous qui avez appelé la gendarmerie? - Non ! - Il y avait quelqu’un d’autre sur la plage? - Je n’ai vu personne… - Pourquoi n’avez-vous pas déposé une plainte ? - Cela ne se fait pas chez nous… - Votre entourage a préféré régler le problème autrement, n’est-ce pas ? - Je vous ai tout dit et je n’ai rien à ajouter. - Moi, j’ai d’autres questions à vous poser sur l’assassinat de votre "vicky ". J’y viendrai comme César en Gaule où il a prononcé ses paroles historiques : Veni, Vidi, Vici. C’est l’heure de déjeuner. Je vais vous faire raccompagner dans les geôles où vous recevrez un plateau-repas…
 Quesaco était assez fier de cette référence historique à César qui était aussi son prénom faisant de lui un conquérant dans des batailles de mots selon les règles de la guerre procédurale. Dans un premier temps, il disposait de vingt-quatre heures pour vaincre les résistances de sa gardée à vue qui cependant n’était pas gauloise.
"All the world's a stage, And all the men and women merely players: They have their exits and their entrances…"
Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs; ils ont leurs entrées et leurs sorties … Léa Renerdi, actrice tragique, avait expliqué son doigt coupé mais, plutôt que d’en dire plus, elle aurait elle-même coupé sa langue.
Il faut rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar Montalier : ce dernier avait tout fait pour la faire parler. Notre fin limier subodorait que sa suspecte connaissait les tenants et les aboutissants du meurtre de son compagnon mais il comprit qu’elle ne répondrait plus à ses questions. Elle avait même refusé de dire le nom de son nouvel amant… Et c’était certainement là qu’il fallait s’orienter.
La garde à vue n’avait servi qu’à l’identification de la propriétaire du doigt coupé puis à celle du coupeur jaloux et sadique. Celui-ci était mort et l’action publique s’arrêtait là. Le tribunal des hommes ne juge pas les morts, car aucune peine terrestre ne leur est applicable. Il reste, pour les croyants, le jugement de Dieu et , in fine, la peur du jugement dernier qui fera le bilan de l’humanité.
Jean-Victor Moro était, à cet égard, une vie aggravant le passif collectif mais, si sa barbarie restait inexcusable, d’autres pourraient être, à grande échelle, responsables de la banqueroute humaine… à moins que nous nous activions à plus de générosité et de solidarité.
En pensant à la justice divine, Quésaco se consolait de la justice des hommes. Il croyait aussi à la justice immanente. Lorsqu’il désespérait de la nature humaine, notre Cesar relativisait inconsciemment des actes qui finalement étaient individuels. Il venait de résoudre un petit mystère et, pour un doigt coupé, Jean-Victor Moro avait reçu la mort. Cela dépassait la loi du talion mais ne le choquait pas.
 Depuis plusieurs mois, la presse relatait qu’un nouveau génocide se perpétrait en Afrique. Au Darfour, un peuple était exterminé par les armes et la faim, alors qu’une partie des grandes puissances s’en tenait à des déclarations de principes tandis que l’autre se rendait complice des génocidaires pour des raisons stratégiques et économiques. De quoi décourager un flic et relativiser le fait divers qu’était la mort d’un petit voyou…
Après la remise en liberté de Léa Renerdi, sur les instructions de la juge d’instruction informée des résultats des auditions, Quésaco appela Dentriconi. Ce dernier fut heureux d’apprendre que la partie de l’enquête à sa charge avait trouvé sa solution judiciaire; il pourrait ainsi retourner à ce qu’il considérait comme une noble tâche : la présence sur la voie publique. Il s’organisa un circuit de patrouille solitaire passant par différentes fontaines à vin blanc. Aviné, il se retrouva, sans savoir comment, sur la plage où avait débuté l’affaire. Il s’allongea sur le sable, près de la cabine téléphonique. Alors que son esprit sombrait dans un profond sommeil, un flash le réveilla, puis un autre…et un autre ! Ebloui, il lui sembla distinguer la silhouette d’une femme en robe longue qui s’enfonçait dans la mer. Une tempête s’était levée. Denticoni prit ses jambes à son cou pour aller chercher du secours…
 Sur la plage, il n’avait pas vu un homme en train de photographier une tornade qui se formait entre l'île d'Elbe et le Cap Corse a une distance d'environ 25 km du Cap Corse et 15 Km de l'île d'Elbe. C’était le 4 mai dernier et nous savons qu’il s’agit du photographe Thierry Venturini. Il serait également l’auteur des deux photographies mises sous scellés au début de l’enquête. Nous ne pouvons que lui conseiller de contacter l’Adjudant chef Denticoni qui, par sa faute, a déclenché une opération de grande envergure pour sauver de la noyade une tornade… à moins que cette tornade ait quelque chose à voir avec Ida Renerel ! Combien la Corse compte-t-elle de tornades?…
 O, merveille ! Combien de belles créatures vois-je ici réunies ! Que l'humanité est admirable ! O splendide Nouveau Monde Qui compte de pareils habitants !
Dans son bureau, Babeth Millieri relisait Shakespeare. Elle n’était pas le juge au ventre arrondi, garni d'un bon chapon, l'œil sévère, la barbe taillée d'une forme grave. Elle n’abondait pas en vieilles sentences, en maximes vulgaires. Ce n’était pas son rôle. Elle jouera Miranda.
 L’auteur de La Tempête c’était bien sûr Prospéro, il avait seul autorité, c’est-à-dire que lui seul dispose du droit d’agir… au risque de se mettre le doigt dans le nez.
Publié le 11 août 2007 à 05:00
Par flicorse
 Comme une main en enfer, la saison 5 de la cyber-intrigue est enfin disponible. Informé par l’Adjudant Denticoni, Quésaco avait rapidement acquis la conviction qu’il lui fallait cuisiner Léa Renerdi, la compagne de feu Jean-Victor Moro, sur l’amputation de son annulaire gauche.
 Pendant ce temps la juge Babeth Millieri rêve de croisière en Méditerranée avec Arturo Pérez-Reverte. Pleine de mystères, La boîte à Pandora, elle, est toujours ouverte ...Que fait la police ? Lorsque le substitut Camesson lui avait confié l’instruction de cette affaire de doigt coupé, la juge Babeth Millieri avait des raisons de ronchonner. Depuis le début de l’année, elle accumulait les dossiers, pendant que son collègue Jean-Hubert de Virevolte soignait sa dépression nerveuse sans avoir été remplacé.
Babeth avait beau être une battante, toujours prête à partir à la guerre contre le crime, elle avait aussi sa vie familiale et ses répétitions dans une troupe de comédiens amateurs qui préparaient une représentation de l’œuvre " La tempête ". Elle avait frémi lorsqu’elle avait lu qu’un billet de théâtre avait été retrouvé prés du doigt coupé. L’assassin ou la victime avait donc l’intention de venir voir la pièce de Shakespeare. Après un bref émoi, elle déplora qu’une place resterait vide et pire, peut-être au premier rang.
Pour l’immédiat, Camesson l’avait rassurée en lui disant qu’il s’agissait, en premier lieu, de délivrer une commission rogatoire et que le travail judiciaire serait fait par les gendarmes. Chose dite, commission rogatoire faite, elle avait rangé le dossier sur la pile rouge des crimes de sang, alors que , pour exemples, les couvertures vertes étaient réservées aux délits champêtres, les roses aux affaires de mœurs, ainsi de suite… un arc-en-ciel de paperasses.
Le dossier Ida Renerel’s Ida n’avait pas eu le temps de prendre la poussière qu’un dossier d’homicide avec cadavre lui tombait dessus, celui de l’assassinat du nommé Jean-Victor Moro. Elle avait d’abord espéré qu’il manquerait un doigt au cadavre , ce qui lui aurait permis de joindre les deux dossiers pour n’en faire qu’un, enrichi par l’identité du doigt dont l’empreinte digitale n’avait encore rien révélé. Il manquait seulement quelques dents a feu Jean-Victor Moro, résultat du à des caries mal soignées par un arracheur diplômés de la faculté.
Après les premières constatations, le lieutenant Martin Montalier n’avait évoqué aucune piste précise. Etant informé du sobriquet " Quesaco " dont il était affublé, elle se rassurait en se disant que ce policier savait au moins poser une question à laquelle elle pourrait espérer recevoir une réponse : Qu’est-ce que c’est ?… Un assassinat politique, un règlement de comptes, un crime passionnel, un suicide maquillé en meurtre ? Un mauvais polar sans doute?...
Dans la liste des pièces à conviction, elle nota la présence d’un médaillon pouvant avoir une certaine valeur… Elle ne savait pas encore que ce bijou avait aussi une valeur procédurale sur laquelle elle n’avait pas encore mis le doigt.
Le hasard des deux enquêtes les faisaient se rejoindre sur la même pile de dossiers…
A ce stade des investigations, devant les coïncidences, nous vous entendons : Quel hasard, Balthazar ! Direz-vous moqueur . Et Honoré de Balzac vient à notre rescousse par une citation : " Le hasard est le plus grand romancier du monde ; pour être fécond ( l’orthographe est bonne), il n’y a qu’à l’étudier. "
 Avant que Jésus ne ressuscite, Denticoni venait de recevoir les premiers résultats du laboratoire de police scientifique. Le doigt coupé était un annulaire de la main gauche d’une femme.
 L’empreinte digitale n’avait pas révélé l’identité de sa propriétaire inconnue aux fichiers de police et de gendarmerie. Le sexe avait été révélé par l’absence de chromosome Y comme Yo-yo dans l’ADN. Par contre, d’autres empreintes relevées sur la plupart des scellés avaient pu être attribuées à un certain Jean-Victor Moro, récemment assassiné sur le port maritime de Bastia.
Dans le Chef-lieu de la Haute-Corse, à l’Angélus du matin, Quésaco n’avait pas été encore informé de la découverte, sur une plage, des empreintes de celui qui était la victime dans l’affaire d’homicide qu’il devait résoudre. A ce moment-là, il assistait à son enterrement dans l’éventualité d’un fait nouveau, scrutant les proches du défunt à l’affût d’un signe , d’une mimique sur un visage, d’une présence insolite… A force d’observation, la seule chose qu’il remarqua était que la concubine de Jean-Victor Moro avait perdu un doigt à la main gauche : l’annulaire. C’était la seule chose qui clochait.
 La boîte à Pandora allait –elle livrer tous ses mystères ? Denticoni et Quesaco allaient-ils relier les indices comme on enfile des perles sur un fil ? Finalement, leur métier consistait-il simplement à enfiler des perles ?… Les fêtes de Pâques seront-elles celles de deux poulets qui mettraient leurs œufs dans le même panier ?… A qui allaient-ils sonner les cloches avant les vêpres siciliennes ?…
La juge Babeth Millieri allait quitter son bureau, lorsque son téléphone résonna. Elle devait rendre visite à Camesson pour faire un point sur l’assassinat de Jean-Victor Moro. La chancellerie avait questionné le Procureur de Bastia, qui avait questionné le Substitut qui voulait questionner la juge d’instruction qui décida de répondre à cet appel téléphonique même si Camesson devrait patienter dans son bureau en pensant que le Procureur s’impatientait de peur de faire perdre patience à la Chancellerie sans doute questionnée par le Ministre de la Justice, mis à contribution par le Premier Ministre actionné par le Ministre de l’Intérieur, impatient de savoir si on avait affaire à un crime politique.
Au bout du fil, elle reconnut la voix de Quésaco. Il tombait à pic pour lui remettre l’affaire en mémoire avec un espoir : peut-être avait-il trouvé une orientation d’enquête. En fait, il ne pouvait lui raconter que sa présence à l’enterrement. Le défunt n’avait pas eu droit aux honneurs militaires et on pouvait penser qu’il n’était pas un activiste indépendantiste. Aucune tête connue de la pègre locale ne s’était montrée. Finalement, seul un annulaire manquant à la main gauche de la veuve l’avait intrigué. Pour ne rien laisser dans l’ombre, il avait mené sa petite enquête à l’Hôpital de Bastia. L’accident était récent. Le couple s’était présenté aux urgences. La femme n’avait pas desserré les dents et l’homme, identifié comme étant Jean-Victor Moro, avait prétexté un accident en mer, le doigt n’ayant pas pu être récupéré…
Alors que Quésaco relatait ses investigations pour montrer qu’il faisait diligence, Babeth se saisit du dossier du doigt coupé et annonça :• Si c’est le doigt qui vous manque, j’en ai un…• Quésaco , Madame la Juge ?• J’ai un doigt sans cadavre dans un autre dossier récent…• Et alors ?• L’adjudant Denticoni m’a transmis le rapport du Laboratoire. C’est un doigt de femme !• Quel doigt ?• L’annulaire gauche…• C’est cela… C’était l’annulaire gauche qui manquait à la veuve…• Le couple avait des enfants ?• J’ai dit la veuve mais ils vivaient en concubinage et n’avaient pas d’enfant.• Lieutenant, il faudrait vous mettre en rapport avec l’Adjudant Denticoni. On ne sait jamais. Nous sommes peut-être à un doigt de la solution…• Madame le Juge ! Vous, alors !…• Quoi !• A un doigt de la solution ! Vous aimez l’humour noir !…• Je ne mets aucun humour dans mon travail et surtout pas du noir. Ma formule n’était pas intentionnelle. A posteriori, elle ne me fait même pas rire…
Quésaco se mordit la langue, juste châtiment infligé à ce petit muscle visqueux qui avait encore manqué l’occasion de rester dans sa boîte. Un instant, il avait oublié que Madame Babeth Millieri était allergique à toute familiarité, une façon de préserver l’indépendance de la Justice. Tout était dit et Quésaco n’ayant plus rien à dire, la conversation téléphonique fut close.
La langue douloureuse, Quésaco appela l’adjudant Denticoni qui ne fit aucun difficulté pour relater l’affaire Ida Renerel dans le secret espoir de s’en débarrasser par un dessaisissement au profit de la police bastiaise. Bien sûr, il passa sous silence la piste d’une revenante mais insista lourdement sur la merde d’artiste, en soulignant qu’il n’avait suivi aucune formation en matière de trafic d’œuvre d’art… Il allait presque oublier l’identification du nommé Jean-Victor Moro, élément pourtant essentiel de son enquête..• Ah ! Il y a cependant un autre élément important : le laboratoire a identifié un nommé Jean-Victor Moro mais cela sert à rien puisqu’il vient de se faire buter…• Tu en as parlé au juge ?• Pas encore !• Tu ne pouvais pas commencer par là ! Si je t’appelle, c’est que je travaille sur cet homicide…• Donc ! Toi, tu as un cadavre alors que je n’ai qu’un doigt. Qu’est-ce que je fais de mon dossier?• Pour le moment tu poursuis ton enquête et on se tient au courant…• Je vais aviser Mme MILLIERI.• C’est la première chose à faire… C’est toi qui possèdes tous les éléments et il serait normal que tu revendiques toute l’affaire. Ce serait dommages car, en coopérant, on devrait arriver à quelque chose…
Quésaco était un malin. Denticoni l’avait compris et devait se résigner encore pour un temps à chercher la femme, alors qu’il était déjà marié. Il réprima rapidement une pensée pour Joséphine : si cette dernière n’avait pas eu d’annulaire gauche, il aurait fait l’économie d’une alliance qui était vite devenu le prix d’une corde au cou.
Pour l’heure, bien que " mari marri ", l’adjudant devait s’estimer heureux que, avec doigtée, son collègue de la police nationale n’ait pas montré l’intention de lui fourguer l’assassinat de Jean-Victor Moro.
 Dans la soirée, la juge Millieri chassa ses soucis en se replongeant dans " Le peintre des batailles ". Le dernier roman d'Arturo Perez-Reverte était une terrible réflexion sur les guerres, la peinture, la photographie. Il enflammait aussi l'imagination de la magistrate: Babeth Millieri se serait bien vue , au pied d'une tour pisane, compagne silencieuse d'un Faulques, revenu de tout, retiré dans l'un de ses îlots magnifiques de l'archipel toscan. Amoureuse, maîtresse, amante, elle le rendrait à la vie, son photographe blessé à mort. Elle serait sa renaissance.
A minuit passé, la jeune femme relut plusieurs fois le passage où Olvido s'adresse à son amant (pages 175 et 176):"Alors, s'il te plaît, donne moi ce qui manque dans ce monde qui était le mien"...Puis encore plus loin:"C'est pour ça que je t'aime, en ce moment. Tu es ma façon de dire: finies les photos de mode, finie la collection de printemps à Milan, à la poubelle Giorgio Morandi qui a passé la moitié de sa vie à représenter des natures mortes avec des bouteilles, à la poubelle Warhol et ses boîtes de soupe, aux chiottes la merde d'artiste qui se vend en paquets-cadeaux dans les enchères pour millionnaires de Claymore. Bientôt je n'aurai plus besoin de toi, Faulques, mais je te resterai toujours reconnaissante pour tes guerres"...
La juge Millieri s'endormit en rêvant: elle embarquait sur le voilier du séduisant Arturo Perez-Reverte. L'écrivain, tombé fou amoureux de la magistrate, l'emmenait, loin, entre le ciel et la mer.
Pendant que Babeth Millieri, lectrice imaginative, rêvait d’amour et voguait avec le photographe des batailles, devenu romancier qui ne dormait plus à cause des images qui le hantaient… que faisait la police?
Informé par l’Adjudant Denticoni, Quésaco avait rapidement acquis la conviction qu’il lui fallait cuisiner Léa Renerdi, la compagne de feu Jean-Victor Moro, sur l’amputation de son annulaire gauche. Il l’avait convoqué pour le lendemain, sans attendre son identification à partir des analyses biologique du doigt retrouvé sur une plage.
 Dans son appartement bastiais, Quesaco n’avait pu trouver le sommeil qu’en ingurgitant un somnifère. Il était insomniaque car il pensait trop. Dans ses monologues nocturnes, il lui arrivait même de s’interroger sur la raison pour laquelle l’homme aime torturer et tuer… " Son intelligence, supposait-il. Voilà qui est intéressant. La cruauté objective, élémentaire, ne serait pas cruauté. La véritable implique un calcul. Une intelligence… Voyez les orques. Pourquoi les orques ?… Comment ces prédateurs marins au cerveau évolué, qui opéraient au sein d’un milieu social complexe en communiquant entre eux par des sons sophistiqués, s’approchaient des plages pour capturer de jeunes phoques, qu’ils se renvoyaient ensuite à coup de queue de l’un à l’autre, en jouant avec eux comme si c’étaient des ballons, les laissant s’échapper jusqu’au bord de la plage pour les rattraper ensuite, et comment ils continuaient ainsi par pur plaisir jusqu’au moment où, fatigués du jeu, ils abandonnaient leur malheureuse proie, disloquée, ou la dévoraient s’ils avaient faim. "
Au matin, son réveil tardif avait obligé Quésaco à négliger sa toilette et surtout empêché de retrouver ses lunettes de vue dans son capharnaüm de célibataire divorcé. Mal rasé, le cheveux rebelle, les nippes fripées, il fit une halte à la pharmacie Ricci-Lucciani, place Saint Nicolas pour acheter une paire de loupe en dépannage. Acharnement du sort, la seule qui correspondait à sa vue était une monture rose pour presbyte féminine. Dans le ridicule, qui peut le plus peut le moins. Il pouvait le plus et les acheta donc, préférant y voir même si on le regarderait de travers. Il longea ensuite les quais, en commençant par celui du Fango où Jean-Victor Moro avait été abattu. Au niveau du quai du port, alors qu’un voilier emportait un couple vers une île lointaine, il bifurqua à gauche pour s’engouffrer dans le pâté de maisons et ressortir dans la rue Luce de Casabianca où se trouve le commissariat de police.
Malgré toutes les vicissitudes de cette matinée pourtant radieuse, il était à l’heure et arriva, sous les regards moqueurs de ses collègues, en même temps que sa convoquée qui le toisa avec mépris. Il la conduisit lui-même directement dans son bureau où il enfila ses lunettes roses mettant en valeur ses pupilles noires, tout en expliquant à sa vis-à-vis les raisons d’une monture rose inadaptée au cheval pur-sang de la police nationale qu’il était.
Léa Renerdi était avertie : elle avait affaire à un policier viril qui ne lui promettait pas un avenir immédiat tout en rose. Il le lui signifia en lui notifiant sa mise en garde à vue dans l’information judiciaire suivie contre X… du chef d’assassinat. Elle ne réclama ni avocat, ni médecin et l’interrogatoire pouvait rapidement débuter…
Publié le 06 août 2007 à 21:44
Par flicorse
L’Atinoir est une collection de L’écailler du sud, consacrée au roman noir latino-américain.
 Elle est dirigée par Jacques Aubergy ( traducteur et libraire) et elle a pour conseiller littéraire l’auteur mexicain Paco Ignacio Taïbo II.On se souvient que l’écailler du Sud était à la fois un hommage aux Cahiers du Sud et une allusion aux fruits de mer d’un restaurant marseillais… Les Editions de L’Ecailler du sud cherchent toujours la perle littéraire dans les manuscrits qu’ils reçoivent et ont ouvert de nouvelles collections dont L’Atinoir.
Alors, pourquoi avoir donné le nom " L’Atinoir " à cette nouvelle collection de romans noirs latino-américains ? Dans l’Atinoir, on trouve latin et noir (qui en latin se dit " ater ") … " Latin " et " ater " donnant l’Atinoir, ater et noir insistant doublement sur le noir ? A chacun d’avoir son opinion. A collection nouvelle, mot nouveau ! Nouveau !… Néo ! A partir des dires de Paco Ignacio Taïbo II, le terme nous conduira à faire une digression sur le roman noir et le néo-polar.
La nouvelle collection de l’Ecailler du sud propose déjà deux parutions, sur le conseil littéraire de Paco Ignacio Taïbo II .
 Paco Ignacio Taibo II est né en 1949 à Gijón, dans les Asturies, en Espagne. En 1958, sa famille, de tradition socialiste, émigre pour le Mexique quand il a neuf ans pour fuir le franquisme qui régit en Espagne.. En 1967, il écrit son premier livre mais ce n'est qu'en 1976 qu'il publie son premier polar Días de combate, où il met en scène pour la première fois son héros, le détective " Héctor Belascoarán Shayne ". Il choisit le pseudonyme de Paco Ignacio Taibo II pour se différencier de son père, célébrité de la télévision mexicaine.
 Journaliste et historien des mouvements ouvriers, Paco Ignacio Taibo II est considéré comme le fondateur du courant néo-policier en Amérique latine. Militant syndical engagé et membre du Parti de la Révolution Démocratique, ses prises de positions lui ont inspiré de nombreux ouvrages politiques et historiques, en particulier de monumentales biographies d’Ernesto Che Guevara et de Pancho Villa, modèles de rigueur d’investigation et d’originalité narrative. Il est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages traduits en une douzaine de langues.
Paco est un passionné de lecture grâce à son grand-oncle, ferru de littérature. Pour lui, " le polar c’est continuer la lutte par d’autres moyens mais sans assujettir le roman à l ’engagement. "
Il a écrit un texte fondateur de sa collaboration à la collection L’Atinoir, en tant que conseiller littéraire. Il écrit : " Nous mettons à nu en les révélant des faits et des histoires, et nous courons aujourd’hui le risque de devenir de simples chroniqueurs. Mais atteint d’un optimisme pathologique, je continue à croire que la santé du roman est toujours éclatante et que les meilleurs livres n’ont pas encore été écrits. Depuis ces dernières années, je me sens chaque fois plus attiré, comme lecteur et écrivain, par les expériences qui mènent au roman total. Je veux aller à la rencontre du roman fleuve grossi par de multiples affluents, hybride parce qu’ouvert à tous les genres, né évidemment de toutes sortes de métissages et forcément baroque dans la structure narrative tout en faisant la part belle à l’anecdote et qui préfère à l’expérimentation du langage le canevas du couturier qui unit et assemble avec son fil invisible. Un roman qui, tout en conservant la tension du noir dont l’intrigue est le noyau dur , s’approprie le grand roman d’espionnage, le roman historique et le feuilleton avec des milliers de trames souterraines. Il a la capacité de divulgation de la science-fiction et le souffle grandiose du roman d’aventure du 19ème siècle. Il sera bien sûr toujours charpenté par une proposition inédite, le pouvoir de surprendre et l’épaisseur de la construction des personnages… "
 Gombrowicz disait : ." Il faut abandonner l’excès de théorie et les attitudes pédantes. Le style est le véhicule pour atteindre, non les théories mais les hommes ". Il poursuit dans ce sens en affirmant que "de nos jours, le courant de pensée le plus moderne sera celui qui saura redécouvrir l’individu". Cette affirmation apparaît aujourd’hui visionnaire. Un de nos amis ( Il pourra commenter l’article en se reconnaissant ) dirait sans doute que Paco Ignacio Taïbo II a un point de vue " gombrowiczien " de la littérature dite ( et mal dite) " mineure ", et détourne le qualificatif " mineure " de son sens deleuzien… Cet ami nous avait écrit au sujet de la littérature polonaise " Gombrowicz, conscient de ce qu’elle s’enfermait dans un statut de littérature minoritaire et tentant de la désenclaver, non pas en partant de " dieu sait quelle position universaliste ", mais du singulier de cette littérature pour en faire un modèle universel. C’est donc Gombrowicz dépoussiérant toutes les formes usées de la littérature polonaise, mais les réactivant, de la gaweda ( littérature picaresque ) à la littérature romantique, travaillant un peu comme un membre de l’ULIPO, pour faire passer, en contrebande des formes anciennes, un propos neuf… "
 Concernant le polar, qu’en pensait Manchette ? : " J'ai pas mal réfléchi à la question : " qu'est-ce que le polar ? qu'est-ce qu'écrire un polar ? " — je suis un indécrottable intello, d'ailleurs pas honteux de l'être. Je refais comme les grands Américains ; mais refaire les grands Américains, c'est faire autre chose qu'eux : c'est le problème de " Pierre Ménard auteur du Quichotte " ! Que fait-on quand on refait un truc avec la distance, parce que ce n'est plus l'époque du truc ? Il y a eu une époque de polar à l'américaine. Écrire en 1970, c'était tenir compte d'une nouvelle réalité sociale, mais c'était tenir aussi du fait que la forme polar est dépassée parce que son époque est passée : réutiliser une forme dépassée, c'est l'utiliser référentiellement, c'est l'honorer en la critiquant, en l'exagérant, en la déformant par tous les bouts. Même la respecter, c'est encore la déformer, c'est ce que j'essaie de faire dans ma prochaine œuvrette : respecter à l'excès, respecter la forme-polar à 200 %. Par rapport à cette question-là, qui relève à proprement parler de l'esthétique, la question des contenus-de-gauche, dont les commentateurs brouillons veulent faire la question essentielle, est débile. " (Entretien paru dans Polar en juin 1980, rééd. dans Chroniques, op. cit., p. 16) …
 Et Jean-Berrnard Pouy, qu’est-ce qu’il en dit ? : " Parce que ça fait un paquet de temps et de textes que le roman noir a gagné. Le roman policier est à enfoncer dans les poubelles de l’Histoire, le thriller dans les chiottes du néo-freudisme et le roman à énigme dans le compost du sudoku. Et ça depuis Sophocle, Dostoeivski ou Gadda….Ces putains de polars accompagnent efficacement la mondialisation (pour le plus grand nombre) et l’Internationalisme trotskiste (pour les plus "radicaux"). Faire gaffe, quand même, à ce mot : polar, qui, s’il rime pauvrement avec soixante-huitard, rime aussi avec vicelard, ringard, connard, faiblard, etc… " propos " couillus " comme un " polard " et trouvés sur le site Noir Comme Polar à l’adresse ci-dessous :http://www.noircommepolar.com/f/actu_archives.php
Affection néoplasique du polar ?Une question se pose : Le polar connaît-il une affection néoplasique, comme le dénonce Jean-Bernard Pouy ? A l’époque de l’écologie et du recyclage des déchets, à fouiller dans les poubelles de l’histoire, les chiottes du neo-freudisme et le compost du sudoku, ne pourrait-on pas y trouver des néo-romans policiers, des néo-thrillers et des néo-romans à énigmes ? Et Simenon, dans quelle poubelle, chiotte ou compost, doit-on l’enfoncer ? On le classe dans le roman à énigme, le roman policier ou le roman noir ? Le " roman noir " est-il l’AOC du néo-polar ? A quand le néo-néo…, le néo carré, le néo cube… ? Il ne faudrait pas oublier que néolithique commence aussi par " néo ". La polar aurait-il eu besoin d’une nouvelle ère néozoïque incarnée par les auteurs du roman noir? Exit tout ce qui s’est écrit en Europe avant 1970 ?
Manchette avait clarifié le terme de néopolar en expliquant : " J'ai formé […] le mot " néopolar ", sur le modèle de mots de " néopain ", " néovin " ou même " néoprésident ", par quoi la critique radicale désigne les ersatz qui, sous un nom illustre, ont partout remplacé la même chose. Une partie des journalistes et des fans a repris l'étiquette apologétiquement, sans y voir malice, c'est amusant. " (" Ravale ta salive, petite tête ! ", dans Le Matin, 24 février 1981, rééd. dans Chroniques, op. cit., p. 200.)
Quelque soit l’importance du hard boiled, de mai 1968 et de Manchette dans l’évolution du polar en France, comptent aussi le nombre de " néophytes " qui le liront demain, celui des nouveaux auteurs et des nouveaux éditeurs. Le polar doit-il rester soumis au népotisme de quelques caciques, reproduisant à leur manière ce qu’ils ont combattu dans le monde impitoyable et clos de l’édition?
Bien sûr , les différents propos rapportés ne résument pas la pensée de ce qui les ont formulés. Tout au plus pourraient-ils permettre d’ouvrir un débat sur la place et l’avenir du roman noir " dans ou hors de la littérature" et de revenir sur le sens deleuzien de la " littérature mineure et :ou marginale ", sans en arriver à un procès kafkaïen du roman policier, du roman à énigme et du thriller. A un moment, dans le greffe du tribunal, Monsieur K découvre qu’ils ont tous le même insigne... Heureusement, dans le polar, les auteurs n'ont pas d'insigne et la pensée unique n’a jamais pu s’installer longtemps.
Malheureusement, Manchette est parti trop vite. Par contre Paco Ignacio Taîbo II et Jean-Bernard Pouy, mais aussi d’autres auteurs, pourraient en débattre avec Frank Frommer, comme modérateur.
Revenons à la nouvelle collection l’Atinoir et aux deux premiers romans noirs " gagnants " de la collection l’Altinoir :
" Almagro dans ses brumes ", polar qui rime avec du grand Conrad et non pas avec connard ; Et " fausse lumière ", polar qui rime avec art de la fable et non pas faiblard…  Almagro dans ses brumes écrit par Eduardo Monteverde et traduit par Jacques Aubergy.
" Ainsi Nezahualcóyotl s’entretenait en jouant, mais, une fois, il tomba à l’eau. Et on dit que l’en sortirent Les hommes-hiboux, les magiciens ; Ils vinrent le prendre, l’emmenèrent Là-bas, au Poyauhtécatl, La montagne du seigneur de la brume... "Extrait d’un texte du mythique poète roi Nezahualcóyotl (1402-1472)
Nous avons trouvé cette citation comme une entrée mythologique en matière… ou plutôt en brumes, les brumes du Mexique, les brumes qui engloutissent le passé et obscurcissent l’avenir, les brumes d’Almagro, héros révolutionnaire au nom de conquistador … Les brumes d’une culture riche de belles métaphores avec le discours de l’ancienne parole, ses chants de la pensée, ses chants érotiques, ses chants divins et religieux… les brumes d’une société moderne cynique et corrompue.
Almagro, médecin de campagne, apparaît dans ses brumes existentielles comme le seigneur de la brume mexicaine, celle de la misère et de la mort. La jeune Agueda le rencontre un soir de débauche à Mexico, le suit dans un duplex puis jusque dans un hôpital de campagne, non par amour mais par curiosité, pour vivre une aventure et avoir quelque chose à raconter. Almagro la conduit à Nonnes.
Sur le site d’Uxmal, le Quadrilatère des Nonnes, formé de 4 palais réunis autour d'une cour carrée est un remarquable exemple d'architecture PUUC-CHENES. Cet ensemble fut réalisé vers le 10ème siècle après J.C. Il doit son nom au grand nombre de petites pièces qui font penser à un couvent. De nombreux palais et temples complètent ce site unique : El Palomar, unique vestige d'un grand temple, la Grande Pyramide du haut de laquelle on découvre le site dans son ensemble. Vers la fin du 10ème siècle, période de l' "effondrement" de la civilisation Maya, Uxmal fut occupée par la dynastie des Xiu, de lointaine ascendance Maya, jusqu'à l'arrivée des espagnols.
La jeune fille et le médecin énigmatique nous entraînent dans les brumes de l’humanité mexicaine, du post colonialisme, du néocolonialisme, des puissances financières et de la corruption. Les tueurs en série y sont ceux qui détournent les secours médicaux et s’enrichissent par la corruption. Les victimes sont des amérindiens installés dans du placoplâtre et du plastic… dans les brumes d’un génocide rampant dont l’arsenal est plus sophistiqué que le massacre pur et simple. Les armes des crimes sont la maladie et la faim. Que reste-t-il de la culture aztèque ? Des bribes archéologiques dans les brumes du passé. " Almagro dans ses brumes " est un voyage initiatique… En lisant le livre d’Eduardo Monteverde, on pense à Aguirre s’enfonçant dans les brumes des terres inconnues. Ces brumes auraient du protéger les indigènes. Elles les engloutit dans l’indifférence et l’oubli… Tout s’y perd : le passé et l’avenir. C’est, pour les Indiens, un chemin sans retour et sans espoir. On les a rangés dans la catégorie des Amérindiens. Ils portaient d’autres noms et ont laissé derrière eux de grandes civilisations ( Aztèque, Maya, Inca…). Ils ont été réduits en esclavage, chassés, exterminés… dans des proportions incroyables. Des ethnies ont été entièrement décimées. Il n’existe plus d’indiens des Caraïbes, plus de Natchez, Biloxi, Catawba, plus de Tupi et neuf dixièmes des tribus amazoniennes ont été anéanties. D’autres ont été totalement métissées et christianisées. Tous font l’objet d’un ethnocide culturel. C’est la mythologie des forts qui l’emporte sur la mythologie des faibles ou affaiblis, eux-mêmes capables de cruauté et de barbarie.
Etrange et déroutant ce couple Almagro – Aguéda ! Brumeuses , leurs relations ! Nébuleuses, les motivations d’Agueda ! Déroutante, la brutalité puis la tendresse d’Almagro dont les gestes amoureux semblent les préparatifs pour un sacrifice. A-t-il l’âme d’un missionnaire ou celui d’un Che Guevara? Est-il saint ou malsain ? Jusqu’où est-il déjà allé et jusqu’où ira-t-il ? Chaque fois qu’on semble le connaître, il nous distance. Les brumes s’épaississent, se lèvent sur un monde hideux et désenchanté, s’épaississent à nouveau mettant les êtres dans un écrin noir où se joue leur destin forcément tragique. C’est de la noire entre néo-polar et roman d’aventure, entre social et psychodrame… On se laisse envoûter par Almagro. Il nous souffle le chaud et le froid…On le suit là où il a décidé de nous conduire. On pèse ses paroles. On y regarde à la loupe pour trouver quelques indices. On cherche des trouées dans ses brumes. Et puis nos yeux s’adaptent à cet univers clos, sans horizon. Dans cette gangue brumeuse, y aurait-il un joyau noir à découvrir Tour à tour, l’auteur vous enchantera et vous tourmentera dans ce bout du monde, ce grand chaos triste, cette terre de mystères, de secrets et d'énigmatique obsession. ?… Entrez dans les arcanes embrumées d’Almagro !
Paco Ignacio Taîbo écrit dans la préface : " … L’attrait de ce roman ne vient pas seulement de l’anecdote en soi, il vient surtout du personnage principal, le docteur Almagro. Il n’est pas facile de le définir et c’est peut-être là tout le talent de l’auteur qui a su dépeindre son personnage sous les traits d’un aventurier avec une conscience sociale, d’un homme d’honneur sur une terre de canailles et de victimes, d’un moine laïque armé de son seul serment d’Hypocrate, d’un être voué à l’autodestruction cherchant le bûcher sur lequel il ira s’immoler, d’un érudit privé d’auditoire, d’un cynique de gauche, d’un homme dévoré par la face obscure de son être, d’un don quichotte qui dénonce les turpitudes et soignent les blessures, sans perdre pour autant son sens de l’humour le plus noir… "
Et lorsque Paco Ignacio Taïbo II parle de son ami Eduardo Monteverde, il le fait avec humour " noir " : " Je l’ai rebaptisé dans un de mes récits " le nouveau docteur Frankestein de la littérature mexicaine … Il est peut-être bien le seul personnage à avoir connu comme journaliste, comme médecin et aussi comme patient le même hôpital psychiatrique… "
Nous avons choisi un extrait : " … Il entendit des pas dans le réfectoire désert de sa tête et un répons qui venait d’une chaire sans lecteur. Comme soulevé par une machinerie, le sol se souleva , couvert de croûte d’un pain cuit dans un four du Moyen-âge, un chemin de pierre sur lequel apparaissaient les traces laissées dans tous les asiles où il avait fait escale, quelquefois comme médecin, d’autres comme malade avec au bord des lèvres des filaments de salive démente. Mais Aguéda ne verrait pas ça. Quand elle s’enfuirait de Nonnes, elle partirait sans retirer la belle leçon des récits d’Almagro. C’est pour cela qu’il ne se supprimerait pas tant qu’elle sera là, pas question de lui faire un cadeau de plus, pas le moindre petit morceau de quelque chose de vrai, pas la moindre cellule d’épiderme qui donnerait le fin mot de l’histoire. Jamais, Almagro, non jamais le docteur Almagro ne ferait ça. La gamine ne savait pas qu’il était déjà mort, qu’il était déjà l’humus d’un cadavre depuis qu’il était apparu dans ce duplex , mêlant par mimétisme son odeur putride qui sentait l’eau-de-vie à l’odeur des lotions, exsudat et parfums qui remplissait l’endroit. "
Notes de l’éditeur :L’auteur, Eduardo Monteverde, a été chroniqueur de faits divers, documentariste, scénariste et navigateur dans la marine marchande. Lauréat du prix Raul Walsh 2005 de la Semana Negra de Gijón, il est aussi médecin, et mexicain. Entre le journalisme et l’enseignement de l’histoire et de la philosophie de la médecine à l’Université Nationale Autonome de Mexico, il lui arrive de donner des consultations dans un café de la capitale mexicaine...Dans une sorte de voyage initiatique qui commence à la suite d’une fête privée dans un des quartiers branchés de Mexico, la jeune Águeda va découvrir, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, le vrai quotidien des indigènes dans le village de Nonnes, en suivant Almagro, un médecin plus tout jeune, qui a décidé de l’emmener comme s’il allait en faire sa femme, dans des contrées reculées où les brumes ont établi leur royaume. Almagro est plus que médecin, il agit comme un curé laïc et un activiste, vénéré par la plupart des indiens qui vivent dans l’épaisseur sauvage de la forêt ; il est aussi craint et détesté par d’autres.Almagro dans ses brumes est un parcours à travers les espaces oniriques d’un Mexique méconnu où se mêlent le passé et la culture de deux civilisations que l’Histoire a opposées et forcé à coexister mais sans leur permettre de partager. On y trouve aussi une dure réalité, celle de l’enfer sur terre qu’habitent des indiens en chair et en os, qui, loin d’être toujours d’innocentes victimes, peuvent devenir d’impitoyables bourreaux. Un portrait au scalpel de la pauvreté et de l’oubli dans un pays qui n’en finit pas de confondre la misère avec le folklore et la superstition, écrit avec une prose digne du grand Conrad et un style porté par un souffle faulknérien.
 Présentation de " Fausse lumière " écrit par Juan Hernández Luna:
Juan Hernández Luna, mexicain, Prix Dashiell Hammett 1997, est l’auteur de plusieurs romans et de nouvelles qui en ont fait un écrivain de référence dans la littérature noire latino-américaine. Un écrivain qui peut aussi bien écrire, la nuit, des articles et faire des entrevues pour l’édition mexicaine de Playboy comme donner, le jour, des cours de littérature aux policiers municipaux dans un des quartiers difficiles de la gigantesque capitale mexicaine.L’écailler du Sud a publié en 2005 " Naufrage ", son troisième roman publié en français.
Un romancier vit et rêve en ne pensant qu’au chef d’œuvre qu’il écrira un jour et le fera sortir de l’ombre. Il passe ses journées à chercher les premiers mots du roman total tout en admirant, impuissant, le talent et l’habileté des grands écrivains qui leur permettent d’inventer et de créer histoires et personnages.Des pensées qui deviennent souffrances et le torturent au point de l’amener à se détruire lentement. La solitude et la nostalgie s’invitent pour partager dans la misère avec celui qui a tout perdu sauf une confiance indestructible dans cette muse qui finira bien un jour par arriver.Tout au long de cette léthargie contemplative et au plus profond des abîmes de la désillusion et du découragement, Juan Hernández Luna, construit une fable habitée par des atmosphères obscures, dramatiques et décadentes pour parler de l’esprit humain et de ses limites, des rêves et des fantômes qui le hantent. Il nous parle aussi de la lumière qui jaillit, vraie ou fausse, du mot et de l’écrit et des efforts surhumains que l’écrivain doit faire pour la capter.
L’Ecailler du Sud : Une édition et une librairie à Marseille.
L 'écailler du Sud est né en 2000 à Marseille. En 5 ans, une soixantaine d'ouvrages ont été édités. Depuis 2005, des nouvelles collections ont été lancées : un "Ecailler du Nord", basé à Lille, pendant de L'écailler du Sud, et une collection "overlitterature" dirigée par Serge Scotto, André Not et Gilles Ascaride. La collection l’Atinoir vient de s’ajouter en 2007… Aujourd’hui, L’Ecailler du Sud édite de nouveaux auteurs mais aussi des auteurs déjà connus dans d’autres collections, tout en menant des actions et en participant à des événements littéraires, démontrant en permanence le dynamisme de l’équipe et l’existence d’un lectorat fidélisé…  Dans la librairie L'Ecailler du Sud , Jacques Aubergy vous accueillera avec gentillesse au milieu d'étagères bien garnies de polars qui riment avec panard, bonard, plumard et plum'art, etc...
Publié le 30 juillet 2007 à 00:33
Par flicorse
Un sac de moeuds!
 Entre les anagrammes d' Ida Renerel et les nouveaux outils de la version beta d'Europeana, les enquêteurs se prennent la tête. Les indics sont aussi bavards que l' attachée de presse d'un narco-trafiquant en cavale. Quant à la boîte aux indices, c'est un gros sac de noeuds gordiens... Courage, lecteurs !
 Personne n’avait entendu parler de Ida Renerel avant sa disparition. Depuis lors, l’épicier avait vu ses ventes d’aulx augmentées notablement et, pour protéger des démons, leurs tresses étaient apparues au dessus des portes de nombreuses demeures.
L’adjudant Denticoni revenait sans cesse à la liste des pièces à convictions. Il faudrait plusieurs semaines au Laboratoire de police scientifique de Marseille pour lui fournir les résultats des diverses analyses. Il ne pouvait qu’échafauder des théories plus fumeuses les unes que les autres car alimentées par la rumeur et les croyances. La phrase tirée d’un texte saint l’intriguait…. " Le chemin , c’est moi, parce que je suis la vérité et la vie. Personne ne va au père sans passer par moi. " Le père de qui ? Le Bon Dieu ? Il s’agissait peut-être du curé du village… Personne va au père sans passer par moi ? Le criminel voulait-il imposer l’omerta jusqu’à contrôler les confessions en établissant une censure préalable : venez tout me dire et je vous dirai ce que vous pourrez confesser à votre curé sans que je vous coupe un doigt. Cela voudrait dire que tout le village le connaissait… Impossible ? En Corse, l’impossible est parfois possible et c’est le possible qui tourne trop souvent à l’impossible…
 Et cette pierre associée aux deux mots Tamo ! Samo !… Il en avait parlé au Babbone. Le grand-père du village connaissait la pierre de Castirla et le pouvoir de cette calcidoine du Col d’Ominanda. En la tenant dans une main, il fallait prononcer cette incantation " Tamo ! Samo ! ", une sorte de sésame qui ouvrait la porte d’une quatrième dimension : " voir sans être vu "… Une chose était sûre, pour affronter cette enquête, il fallait savoir lire sous la pierre : notre adjudant est un malin qui sait attendre tout en réfléchissant… Il savait qu' un Corse préférait se mettre des pierres dans la bouche plutôt que de parler… Et même si la pierre de Castirla ne rendait pas invisible, elle pouvait laisser muets… Notre adjudant mit cette pierre magique dans ses mains jointes et prononça l’incantation " Tamo ! Samo "… Il attendit quelques minutes devant un miroir qui, incrédule, lui renvoyait avec insistance son image inversée et , en fond, son épouse Joséphine qui se signait de droite à gauche… Des anomalies sans mystère lorsqu’on y réfléchit… avec l’aide de la science!
Le substitut Camesson n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. Le passage à l'heure d'été entre le 24 et le 25 mars n'y était pour rien. Paul Féval et son histoire de revenants l'avaient hanté jusqu'à l'aube. Camesson avait lu cette histoire extraordinaire, moitié bretonne, moitié parisienne, à cause du dernier rapport que lui avait transmis l'adjudant Denticoni et de l'incroyable découverte qu'il contenait. Denticoni expliquait comment son collégue Olivieri, un passioné d'informatique, avait découvert que Ida Renerel disposait d'un compte sur europeana.eu, la version expérimentale française de la Biblliothéque Numérique Européenne. Ce compte, permettant d'accéder à une bibliothèque personnalisée, contenait quatre document dont le roman de Paul Féval, deux ouvrages de Gabriel Tarde sur la politique et le crime et le huitième volume des figures célèbres répertoriés par Angelo Mariani, l'inventeur du vin à la cocaïne.
Au delà du caractère éclectique de son contenu, ce qu'il y avait d'extraordinaire dans ce compte d'Ida Renerel, c'était son existence même. Ida Renerel était portée disparue depuis le début du mois de mars. Le problème, c'est que europeana.eu n'était accessible au public que depuis le 22 mars 2007, soit prés deux semaines après sa disparition.
Camesson avait besoin qu'une commission rogatoire obtienne auprès des hébergeurs de la bibliothèque numérique la date exacte de l'ouverture de son compte. La disparue de la plaine orientale devait faire partie des intiés qui avaient mis au point la version béta de la Bibliothèque Numérique. C'était la seule explication possible. Où alors Ida Renerel était une revenante !
L’adjudant Denticoni, utillisateur d’une vieille machine à écrire Japy, avait du mal à supporter l’informatique et le gendarme Olivieri. Il considérait que ce " bidouilleur " du numérique prenait un peu trop d’importance au sein de la brigade. Ce ressentiment était exacerbé lorsque ce dernier répondait à une question par le rituel " C’est trop long à vous expliquer, je vais le faire, mon adjudant". Force était de constater qu’ Olivieri était ainsi devenu seul maître à bord devant le clavier de l’ordinateur, ayant décidé que son chef était trop primaire pour comprendre le langage binaire. Et voilà que maintenant, ce jeune gendarme, originaire de la Balagne, la jouait fine pour aller chercher sur Internet une histoire de revenante, en se basant sur une identité dont personne n’était sûr. Ida Renerel pouvait être l’anagramme d’une multitude d’identités féminines, à condition que nous ayons affaire à une femme. Pour contrer son subalterne, Denticoni s’était amusé à chercher tous les anagrammes possibles : Ida Nerrele, Léa Dreiner, Léa Derrien… Derrine Ale.. et pourquoi pas Iréne Adler ou Lina, Renée, Aline etc.. Et si l’inconnu était un homme s’appelant Adrien Léré ou René Ladrie.
 De son côté , le substitut Camesson s’était donc souvenu qu’il avait hérité de quelques livres rares " Une histoire de revenants " , écrite par Paul Féval, Editeur Albin Michel (Paris) monographie imprimée année 1926. Et plus moyen de fermer l’œil après la lecture qu’il venait d’en faire. La nuit, sans qu’il sache pourquoi, il s’était mis à penser à une courtisane : Ida Saint Elme dont il connaissait l’ouvrage : Souvenirs d'une courtisane de la Grande Armée ou les mémoires d'une jeune femme belge (1792-1815), texte présenté par Jacques Jourquin (éd. Tallandier, texte présenté par Jacques Jourquin) . Il alla consulté le site: http://www.geocities.jp/rougeaud1769...
 ... où il trouva un portrait : Ida Saint-Elme (1778-1845)
Que serait l'Histoire, la "grande", avec ses héros et ses monstres, sans les "petites" histoires qui gravitent autour d'elles comme Titan autour de Saturne ? Ce sont souvent des histoires de femmes, d'ailleurs... Voici une de ces "petites" histoires, celle d'Ida Saint-Elme (1778-1845), courtisane de la Grande Armée. Comme le chevalier Eon, Ida Saint-Elme reste dans l'histoire des mœurs un exemple fameux du travestissement et de la confusion des sexes ; courtisane, amazone, espionne, parfois habillée en homme, elle maniait l'épée et tirait au pistolet. Fille de pasteur, elle fut aussi la maîtresse des grands hommes de son temps, parmi lesquels le général Moreau ou le maréchal Ney. On la jugea sévèrement pour cette liberté de vie hautement revendiquée. Ses Souvenirs firent scandale et connurent un immense succès sous la Restauration. Jamais réédités depuis lors, ils constituent un témoignage appréciable, sinon précieux.
Serait-elle celle qui se cache sous le pseudo d’Ida Renerel ? Aurait-elle connu Bonaparte, voire Napoléon ? Si oui, serait-elle venue en Corse ?… La petite histoire d’un fait divers rejoindrait-elle la grande Histoire ? L’informatique avait peut-être permis de remonter le temps au delà de son invention. Etait-il possible qu’une femme ayant vécu au 18ème siècle puisse s’inscrire à la Bibliothèque numérique européenne ? L’informatique, l’Europe, Napoléon et l’empire, une courtisane… Tout cela se bousculait dans la tête de notre Camesson qui se serait bien bu un petit verre de Vin Mariani.
 Angelo Mariani ! C’était Denticoni qui avait pu lui faire part de son érudition en matière de vins corses et de sa réprobation en ce qui concernait l’usage qu’en avait fait ce Mariani, en y ajoutant de la cocaïne. Il était devenu un véritable dealer avec ses clients devenus toxicomanes dont certaines célébrités de l’époque. Olivieri avait alors ramené sa science en faisant remarquer que les Américains s’étaient servi de l’idée pour fabriquer leur Coca cola. Denticoni avait fait sournoisement remarquer que les toxicocacolisés étaient légions et même parmi les jeunes gendarmes. Content d’avoir le dernier mot puis rêveur, notre adjudant songea que , si les Corses en avaient fait autant, l’île de beauté serait l’Amérique et la tête de maure aurait envahi le monde entier. Lui, Denticoni, arborerait une étoile de Shérif et, comme John Wayne, entrerait dans le seul bar du village sur la musique de Dimitri Tiomkin inspiré par le 'degüello', Denticoni ignorait qu’il s’agissait du thème traditionnel mexicain, réutilisé dans d'autres westerns. "Deguello" signifie égorgement. Il s'agit de la chanson chantée par les Mexicains pendant le siège d'El Alamo…
Malgré le fort Chabrol de l’adjudant Denticoni (rêvant d’être le shérif John T. Chance) contre le bien fondé de la piste trouvée par Olivieri, le Substitut Camesson, après une nuit blanche, avait ouvert une information judiciaire pour qu’un Juge d’instruction puisse délivrer une commission rogatoire dont Olivieri se trouva immédiatement en charge, sous l’œil réprobateur de son chef.
Le Substitut Camesson, en dehors de son trisaïeul Ferdinand, avait un secret contemporain. Il écrivait un livre sur la criminologie et espérait obtenir le "Prix Gabriel Tarde" Depuis 1972, ce prix récompense, tous les deux ans, le meilleur travail francophone de recherche en criminologie. Il est décerné par un jury international indépendant, réuni sous l'égide de l'Association Française de Criminologie. Quant aux deux livres de Gabriel Tarde référencés dans le procès verbal du gendarme Olivieri, il ne les avait pas lus et projetait de le faire.
NOTE DE RENSEIGNEMENTS Urgent et confidentiel. Provenance : Ministère de la Défense – Direction générale de la Gendarmerie Nationale Destinataire : Gendarme Olivier Olivieri sous couvert de l’Adjudant Sextius Denticoni Adresse courriel : sextius.denticoni@gensdart.net Objet : réponse du Centre national de documentation opérationnelle
Pour faire suite à votre interrogation sur cinq points, nous vous faisons parvenir les éléments relevés par notre centre national de documentation opérationnelle.
1°/ Ida Saint Elmes / Bonaparte:
Le 3 mai 1798, Bonaparte quitte Paris pour aller s’embarquer à Toulon. Joséphine accompagne son mari. Prosper Jullien est aussi du voyage. Il part pour l’Égypte le 19 mars 1798 et embarque avec Bonaparte sur " l’Orient ". Il est alors aide de camp de Bonaparte. Le 30 juillet 1798, il part pour Alexandrie portant des lettres adressées à l’amiral Brueys, aux généraux Kléber et Menou. Lors de cette mission, il est massacré avec son escorte par les habitants du village d’Alkam (Alquam) peu de temps après, certainement le 2 août 1798. Le 25 août, Bonaparte donnera l’ordre au général Lanusse ( no comment! Et on ne plaisante pas dans le genre : Est-il mort sur le champ de bataille d’une deuxième trou de balle ?…) de piller le village, puis de le détruire. En note des Mémoires du capitaine Gerbaud, à propos de l'assassinat de l'aide de camp, on relève :" Thomas Prosper Jullien, né en 1773 à La Pallud, lieutenant en 1792, capitaine adjoint aux adjudants généraux en 1794, aide de camp de Bonaparte en 1798. " Fidèle au souvenir, l’empereur Napoléon fit placer un buste du capitaine Jullien dans la salle des maréchaux, aux Tuileries, pendant toute la durée de l’Empire. Ce buste est actuellement exposé à Versailles, château de Trianon. Son frère, le Général, Comte d’Empire en commanda cinq copies en plâtre, dont deux furent mises dans les demeures des Jullien à Lapalud, deux à Vannes dont une à la préfecture. En Egypte, l’ancien Fort Rashid remis en état prend le nom de Fort Jullien en souvenir de l’aide de camp Thomas Prosper Jullien. C’est au cours de travaux de fortification que fut mise à jour une pierre de granit noire recouverte d’inscriptions en trois langues. C’est la fameuse " Pierre de Rosette" qui permit plus tard à Champollion de percer le secret des hiéroglyphes. Selon L'abbé Rose, curé de Lapalud, Mme Ida de St Elme, ayant retrouvé au Caire la sépulture de Prosper JULLIEN, y aurait cueilli une fleur pour la classer dans son herbier puis suspendu une branche de laurier sur la tombe du héros en témoignage d'admiration et de sympathie. " Tous les grands spécialistes du Premier Empire s’accordent pour dire que Jullien Thomas Prosper était un officier de grand talent et aurait été sans nul doute nommé Maréchal d’Empire par Napoléon s’il n’avait pas malheureusement péri lors de la campagne d’Égypte.
Ida Saint Elme, Hollandaise, courut l’Europe et les champs de bataille napoléoniens maniant l’épée et le pistolet. Elle fut la proche du général Moreau, rival de Napoléon, la tendre amie du maréchal Ney et la maîtresse d’un grand nombre d’officiers. Confidente des hommes de pouvoir, elle fut une femme de passion. Ses Souvenirs d’une courtisane de la Grande Armée témoignent d’un caractère libre et insolent.
Des voyageuses comme George Sand ou Ida Saint-Elme conçoivent leur voyage comme une libération de la femme, ce qui peut les conduire, comme dans le cas de La contemporaine en Égypte (1831), à refuser de se servir du registre de l’intimité, d’habitude réservé aux femmes, et à communiquer leurs expériences d’ordre privé à un public plus large. Plus radicalement encore, on trouve dans le récit mi-moralisateur, mi-anecdotique d’Ida Saint-Elme, qui se donne pour objectif de comparer d’un point de vue contemporain la décadence de la cour du vice-roi égyptien et de l’empire français, des passages dans lesquels la voyageuse conteste absolument l’idée qu’elle se déplacerait en tant que " femme ".
Elle est allée au Sinaï et en Haute-Égypte, où elle trouve les traces de Champollion, dont elle parle d'ailleurs sans aménité. Quant à Soliman Pacha, elle semble avoir vécu pendant des semaines, chez lui, soit au Vieux- Caire, soit sous la tente au camp de Toura, et ne tarit pas d'éloges sur son compte.. "
2°/ Recherches des ventes et vols d’œuvres littéraires et artistiques : Ida Saint Elme.
Le 18 octobre 2006, une édition originale des mémoires de cette courtisane auraient été achetée aux enchères : SAINT-ELME (Ida). Mémoires d'une contemporaine, ou souvenirs d'une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat, de l'Empire, etc... Troisième édition. Paris, Ladvocat, 1828. 8 volumes in-8 cuir de Russie citron. Un portrait et une figure au trait. Lot estimé à 5000 euros de la BIBLIOTHEQUE DES ROIS & PRINCES DE HANOVRE, vendue DROUOT-RICHELIEU - SALLE 6. .
Le 4 mars 2007, une sculpture étaient volée et les références figuraient aux fichiers de l’Office central du trafic des œuvres d’arts soit : Sculpture : médaillon ; relief , DAVID Pierre Jean, DAVID D'ANGERS (dit) Titre IDA DE SAINT-ELME (1778-1845) Ecole France 2e quart 19e siècle.- Lieu de conservation et du vol : Angers ; musée David d'Angers.
3°/ Spécialiste de l’époque Napoléonienne et d’Ida Saint Elme : Jacques Jourquin:
Avec un cahier d'illustrations ; Ida de Saint-Elme, Souvenirs d'une courtisane de la Grande Armée, 1792-1815, édition établie et présentée par J. Jourquin, éd. Tallandier, coll. Bibliothèque napoléonienne, 2004.
Après des études dans une grande école de commerce, Jacques Jourquin (né en 1935) est sollicité par les éditions Hachette pour occuper un poste à la direction commerciale des éditions Tallandier, avant de rejoindre la direction éditoriale et de diriger la revue Historia. Il y créa dans les années 70 la collection Bibliothèque napoléonienne, qu'il dirige de nouveau après une interruption de quelques années. Jacques Jourquin fut également le rédacteur en chef de la Revue du Souvenir Napoléonien de 1993 à 2006. Vice-président de l'Institut Napoléon depuis 2004, il devient en 2006 membre du jury des prix d'histoire de la Fondation Napoléon. Historien, Jacques Jourquin a publié de nombreux articles et ouvrages.
4°/ Mythologie :
 Les dieux de Samothrace commandent spécialement aux vents et aux tempêtes, et sauvent les navigateurs du péril de la mer, ce qui, comme on l'a remarqué, est bien le propre de dieux dont le culte a traversé les flots pour venir s'établir dans l'île ; ils apparaissent aux marins qui les invoquent, sous la forme des flammes électriques du feu Saint-Elme. Tout ceci leur est commun avec les Tyndarides ; aussi est-ce à Samothrace, suivant une des formes de la légende , que les étoiles du feu Saint-Elme descendent pour la première fois sur la tête des Dioscures après qu'ils ont adressé leur prière aux Cabires, qui se manifestent en eux de cette façon. Aussi pour Ovide et pour Plutarque, les deux dieux de l'île deviennent purement et simplement les Tyndarides.
 Nous tendons à rapporter l'origine des Cahires à l'Asie Mineure et en particulier à la religion de l'Ida. Dans la religion phrygienne le mythe de la mutilation d'Attys est celui qui correspond dans une certaine mesure au meurtre de ZAGREUS, et l'histoire du Cahire mis à mort, telle que la raconte Clément d'Alexandrie, tient à la fois de celle d'Attys et de celle de Zagreus. Il l'a si bien compris lui-même qu'il ajoute, après l'avoir narrée : " Ce n'est donc pas sans raison que quelques-uns voudraient qu'on donnât le nom d'Attys à Dionysos, après sa mutilation.
5°/ Feux de Saint Elme:
 Les feux de Saint Elme sont des manifestations électriques dues à un violent conflit de masses d'air de températures radicalement différentes : ils correspondent à un espèce d'halo scintillant que nous pouvons observer le long des mâts des bateaux, des ailes d'avion ou encore des clochers lorsqu'il y a de l'orage .Ce phénomène provient du personnage Saint Elme recueilli par un marin alors qu'il risquait la noyade ; pour le remercier, il dit au marin qu'il enverra une boule de feu pour le prévenir de fortes rafales de vent dans l'immédiat .
Formation des feux de Saint Elme : Au voisinage de la pointe d'objets pointus, le champ électrique augmente considérablement car la densité des charges électriques n'est pas uniformément répartie sur l'objet ; une très grande quantité d'électrons affluent vers la pointe ; mélangés avec des particules d'air, les électrons provoquent la dissipation de l'énergie contenu dans les particules : des étincelles apparaissent, les feux de Saint Elme sont nés !
La couleur des feux de Saint Elme est variable selon l'intensité des charges électriques mais surtout de la densité des charges électriques ; les couleurs les plus fréquentes sont le jaune, le bleu et le violet .
Conséquences : Lors de l'apparition des feux de Saint Elme, il y a grand danger : en effet, de nombreuses charges électriques sont présentes et le champ électrique au maximum de son intensité ; du coup, la différence de potentiels augmente entre le nuage et l'objet : le coup de foudre est alors imminent ! Il ne serait trop conseillé de ne pas toucher aux feux de Saint Elme ( comme son nom l'indique, vous risquez de vous cramer les doigts ); Or ce phénomène est assez mobile ; il peut même rentrer dans les maisons et semer la panique ; ce phénomène va même jusqu'à susciter des phobies, des fausses croyances, bref de tout et n'importe quoi .
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