Cyberpolar écrit en ligne sur le site de Corsicapolar et rediffusé sur Corse noire : Ida Renerel ‘s case!...
Première saison :
Sur une plage du Cap corse, Ida Renerel a passé son dernier appel téléphonique, à la gendarmerie, avant de disparaître, laissant derrière elle deux photographies dissimulées dans la cabine téléphonique.

Mention de main courante :
Disons que, ce jour, nous avons reçu un appel téléphonique d’une personne se présentant comme étant la Dame Ida Renerel nous informant que l’éclipse lunaire de la nuit du 3 au 4 mars dernier était annonciatrice d’un drame qui était en train de se jouer sur une plage de la commune,d’où elle était entrain de nous appeler. Elle a raccroché, sans nous laisser le temps d’essayer d’en savoir plus. D’heureux chef, nous transportons sur place.
L’Adjudant Sextius Denticoni.
Les ombres ont évolué et les photographies sont donc prises à des heures différentes de la journée. Les angles de prises de vue ne sont pas tout à fait identiques. Sur la photographie en couleurs, l’adjudant de gendarmerie Sextius Denticoni ( appelé Ticone dans son entourage) remarque une canne à pêche plantée dans le sable. Cette arme contre les poissons a disparu sur la photographie plus sombre. Quel temps s’est écoulé entre les deux clichés ? Une journée ? Une nuit ? Plusieurs jours ?
Quel péché ( peccatum )a commis un pêcheur (pescator) sur cette plage habituellement tranquille en ce mois de mars 2007 ? Miss Ida Renerel a-t-elle été prise au hameçon d’un pécheur (peccator) devant l’éternel ressac des vagues menaçant le rivage corse? Ou alors, est-elle la pécheresse ou une sirène qui a emporté gravement le pêcheur (pescator) au fond de la mer parfois tranquille, parfois rageuse et toujours mystérieuse… L’expectative dans laquelle il se trouve rend Denticoni d’une humeur péccante. Notre pandore corse avait pris l’appel de cette aventurière parlant le français avec un fort accent américain. Elle avait décliné son identité qu’il avait mentionnée dans le registre des appels avant d’y enregistrer sa déclaration téléphonique…
Mais est-on bien certain que ces photos aient été laissées par Ida Renerel ? A moins que cette dernière ne l'ait spécifié lors de son coup de fil à la gendarmerie ?
On ne saurait exclure qu'elle ait été enlevée et que ces deux clichés aient été placés là par son ravisseur. Une sorte de défi aux enquêteurs…
On ne peut pas exclure, non plus que ces clichés n'aient aucun lien avec Ida Renerel.
Que disait-elle, au juste, durant cet appel reçu par l'adjudant Denticoni ? Semblait-elle inquiète, voire affolée ?
Combien d'appels ont été passés ce même jour de la disparition d'Ida Renerel, depuis cette cabine sur la plage ? A qui ? Se pourrait-il qu'Ugo Pandolfi, par exemple, dont on sait l'admiration que lui voue Ida Renerel, soit au nombre des personnes contactées depuis cette cabine ? Peut-être, mais il l'ignore encore, n'ayant pas eu le temps de rentrer chez lui, qu'un message d'Ida l'attend, sur son répondeur. Un message qui pourrait éclairer la lanterne de Sextius…
L'adjudant Denticoni a-t-il bien inventorié le contenu de la poubelle située juste à côté de la cabine ?
A-t-il été possible, aussi, de déterminer depuis quand Ida se trouvait en Corse, par quels moyens s'y était-elle rendue, et si elle était descendue dans quelque hôtel proche de cette plage ?
C'est cela qu'il faudrait savoir…
Les bottes que l'adjudant Denticoni voulut prêter au substitut Camesson étaient trop petites. Malgré sa petite taille, le magistrat chaussait du 44. L' affaire s'annonçait mal. Après tout il n'y avait pas de cadavre à voir sur cette plage. Des traces de sang tout au plus, avait dit le gendarme. Deux photos et l'appel d'une étrangère à partir d'une cabine téléphonique que France Télécom avait eu l'idée saugrenue de poser sur la laisse de la mer comme on abandonne un chien avant de partir en vacances. Décidément Camesson n'avait pas de chance. Les deux dernières semaines qu'il venait de passer étaient maudites. La première gagnait le pompon au calendrier des cauchemars: Madame Camesson ne supportait plus rien, ni la Corse, ni les insomnies de son substitut de mari, ni les infidélités de son amant. Lundi, elle avait clairement signifié son intention de divorcer et de retrouver son Ile de France natale. Le lendemain, le 6 mars, Jean Baudrillard était mort. Le mercredi et le jeudi, Etienne Camesson avait tenté en vain de retrouver les deux premiers volumes des Cool Memories dans lesquelles il avait une envie folle de se replonger. Il ne les découvrit que vendredi dans les cartons abandonnés dans le fond du garage où les surmulots avaient fait leurs nids. Samedi, sa fille fêtait son quatorzième anniversaire avec une quinzaine de copines en folie. Camesson s'était réfugié au Palais de Justice. Il avait ensuite passé son dimanche à faire disparaître de son champ visuel les emballages de Carambar et les boites poisseuses de Coca Light. Les jours qui suivirent n'avaient rien apaisé. A présent, il était calme, serein presque, simplement parce qu'il était de permanence ce dimanche, et qu'il marchait sur la plage avec l'adjudant Sextius Denticoni. Le magistrat n'avait jamais été déçu par les gendarmes qui font du zèle. Et Denticoni, question zèle, il avait les palmes, le masque et le tuba. Total zélé, le Sextius, une couronne de lauriers sous le képi. Son inventaire de la poubelle située juste à côté de la cabine téléphonique était d'une précision exemplaire. Pas vraiment ragoutants les détails. Mais suffisament inquiétants pour que le substitut Camesson commence à se torturer les méninges.
Drôles de découvertes !…
...à se torturer les méninges car le fond de la poubelle réservait manifestement une bien curieuse surprise. Parmi les détritus, qu'un grouillement de vers de vase mêlés de sciure semblait se faire mouvoir, Denticoni avait relevé quelques indices intrigants. Une boîte d'appâts, tout d'abord. A peine entamée, pour peu que l'on puisse se fier à la quantité de lombrics qui infestaient la poubelle. Or, son emballage était maculé de sang. Mais ce n'est pas tout : au milieu de ces immondices, Denticoni avait exhumé trois étuis de munitions. D'un genre peu commun, vu la rareté de l'alliage utilisé. L'adjudant pensait à des douilles de balles explosives...
Les pièces sans conviction....

Procès verbal de découvertes, saisies et placements sous scellés :
Nous, Sextius Denticoni
Adjudant-chef, Officier de Police Judiciaire
Poursuivant nos constatations,
Sans désemparer,
Disons procéder à l’inventaire et à la mise sous scellés des objets et documents découverts dans la poubelle de la cabine téléphonique située sur la plage de notre commune, comme suit :
Scellé n° UN : Un exemplaire de la nouvelle policière " A case of identity " écrite par Sir Arthur Conan Doyle, contenant un marque page des Editions Little Big Man et deux photographies de la plage avec la cabine téléphonique.
Scellé N° DEUX : Un boite vide de cigares de marque Ninas contenant un cafard mort.
Scellé N° TROIS : un billet d’invitation à une répétition de la pièce de Shakespeare "la Tempête ", par une troupe de comédiens corses amateurs.
Scellé N° QUATRE : Une chaussette multicolore genre Burlington supportant des traces noirâtres.
Scellé n° CINQ : Dans un petit vase de Soissons, un petit poinçon rouge.
Scellé N° SIX : Une boite de conserve ronde non ouverte avec les indications "merda d’artista ", "artist’s shit ", 30 grammes, Piero Manzoni.
Scellé N°SEPT : Un rouleau de papier hygiénique sur lequel est imprimé un article signé par Marcel Duchamp.
Scellé N° HUIT : Une page du catalogue de La Redoute consacrée aux articles de pêche, sur laquelle une main a écrit : " Le chemin , c’est moi, parce que je suis la vérité et la vie. Personne ne va au père sans passer par moi. - Jean 14 :6. ".
Scellé n° NEUF : Une pierre enveloppée dans une feuille de papier sur laquelle est écrit : " Tamo ! Samo ! ".
Scellé n° DIX : deux douilles de balles explosives.
Disons qu’un doigt humain a été envoyé au laboratoire de police scientifique sous Scellé N° ONZE.
Disons que des recherches de traces papillaires et biologiques ont été effectuées sur les lieux et sur les différents objets et documents saisis. Les relevés effectués feront l’objet d’analyses au laboratoire de police scientifique.
Disons que des clichés photographiques ont été pris et seront annexés.
Disons que nous ferons appel à un interprète en langue anglaise pour traduire les termes : " A case of identity " et " artist’shit".
Disons que, avisé par nos soins, Mr CAMESSON, substitut de permanence, nous a rejoint sur les lieux.
L’officier de police judiciaire
De son côté, Sextius observait à la dérobée Camesson, avec la perplexité du pêcheur à la ligne qui vient de remonter une espèce non répertoriée. Drôle de petit bonhomme, avec ses panards comme des chaloupes de débarquement, son costume qui sortait indubitablement du bon faiseur mais semblait avoir séjourné longuement dans un panier de linge sale avant d'en être extrait en toute hâte sans passer par la case "teinturier", sa cravate -Denticoni misa pour de la soie- nouée à la diable, ses cernes prononcés et ce début de calvitie que, soit par négligence, soit par suprême crânerie, il ne cherchait pas à dissimuler. Pas brillant-brillant, mais Sextius avait appris, depuis fort longtemps, à ne pas s'arrêter à la prime apparence de ses semblables. Pas plus qu'à se fier aux "on-dit". Camesson passait pour un type compétent, bosseur. Pas le genre de magistrat à se faire muter en Corse pour s'y croiser les bras en méditant sur les discours qu'il tiendrait plus tard, à Lille, Aix ou Paris, sur l'impossibilité qu'il y avait sur ce fichu caillou à faire suivre à la justice le cours normal et serein qui était le sien partout ailleurs. Sans négliger l'incontournable tirade sur l'omerta, et quelques vacheries tout en demi-teintes sur le manque de zèle dont font preuve policiers et gendarmes, singulièrement lorsqu'ils se trouvent être du cru… Camesson semblait être d'une toute autre trempe. "Un pur" avait même entendu dire Sextius un jour à son propos. Mais il se méfiait des réputations, bonnes ou mauvaises, préférant ne s'en remettre qu'à sa propre expérience. Or si monsieur le substitut paraissait s'être échappé en toute hâte d'un camion-benne de la voirie ou -allez savoir ?- s'être arraché avec plus ou moins de regret aux griffes laquées de quelque cabouleuse de Bastia, Denticoni nota que malgré les cernes et les conjonctives de la couleur d'un bigarreau à l'eau-de-vie, le regard d'Etienne Camesson était tout sauf éteint. Las, mais pas blasé, l'homme.
Sans la moindre considération pour ses chaussures italiennes, le magistrat s'en vint rejoindre le gendarme qui arpentait à présent le rivage détrempé.
"Je ne suis pas certain que ce doigt coupé soit celui de la femme" dit-il.
A part lui, Sextius se fit la réflexion que Camesson avait employé la même formule que lui : depuis qu'il avait pris son appel, qu'il avait entendu sa voix, chaude, légèrement rauque, râpeuse comme un vieux velours précieux, il ne pensait pas à la disparue comme à "la dénommée Ida Renerel", ni comme à la "victime présumée".
Pour lui, elle était tout simplement "la femme"…
Mail à l'attention de l'Adjudant Denticoni:
Comment faire une action offensive?
http://pute2life.free.fr/public/tutorial.php
Cliquez sur "Boite", puis choisissez un cafard. En validant, vous aurez accès à toutes vos actions offensives disponibles
Rédigé par: Blatte man | le 14 mars 2007 à 10:03
Mail à l’attention du Substitut Camesson
C’est une P’tit Jazzman Noir
Un type bizarre
Qui boit sa bière au comptoir
En fumant son cigare.
C’est un p’tit Jazzman Noir
Au piano bar
Je l'ai rencontré un soir
Le prédateur de cafard.
http://poesie.webnet.fr/vospoemes/3356/22681.html
Gisèle d’hôpital psychiatrique, sa Carmen à cigare, sa Belle au bois dormant junkie …
http://www.lyonweb.net/agenda/e/864/Ballet-de-l-Opera-de-Lyon-Solo-for-two-1996-Fluke-2002-.htm
… Qui m’emmène vers nulle part
Et qui me ramène
Dos à dos avec mon cafard
Qui broie du noir
Dans tous les bars
En réalité je me marre
Car la vie c’est un cadeau
A quoi bon broyer du noir ?
Il vaut mieux fumer un bon cigare…
www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-106.html
Denticoni lisait et relisait le message signé Blatte man , lorsque le téléphone coupa le silence dans lequel somnolait la gendarmerie à l’heure de l’apéritif. C’était le substitut Camesson, destinataire d’un autre message signé le cancre las.
Le scellé N°2 prenait de l’ importance dans une enquête au point mort, ce qui faisait cafarder l’adjudant. Avec les deux messages et les indices, il se disait qu’il aurait bien besoin d’un profiler capable de lui fournir sur l’identité du coupable plus de renseignements que l’ADN… Mais coupable de quoi ? Cette question le soulagea .
Pour l’heure, il n’avait aucun cadavre sur la commune et , si un meurtre avait été commis sur la plage, ce serait peut-être une autre gendarmerie qui hériterait du cadavre jetée à la mer, d’autant plus qu’une tempête avait sévi causant même des dégâts à une des paillotes pas encore brûlée sur ordre d’un préfet.
Faute de spécialiste du profilage, il irait se jeter derrière le gosier un coup de blanc de Roglianu, en compagnie du Babbu du Village, ce patriarche dont la sagesse et la mémoire seraient des atouts précieux. En outre, le grand-père avait des dons de mazzeru qui se révélaient le plus souvent après quelques canistrelli trempés dans du vin blanc, lorsqu'on lui offrait de fumer un cigare. Il devenait volubile avec des volutes fumeuses qui éclairaient le réduit de son cerveau en même temps qu'elles opacifiaient sa vision des choses. Comme dans cette étrange photographie prise sous un ciel zinzolin.
Soudain, l'adjudant eut une illumination. La vue d'un chat noir, liée à l'action du blanc, réveilla en lui sa curieuse prédisposition au mazzérisme. Et là, un providentiel don de prophétie funèbre lui laissa entrevoir le visage de la victime. Celui d'une femme. Jeune. Brune. Fluette. Mais très vite, cette vision évanescente, semblable à une volute, se dissipa sous l’effet d’un cri de terreur, celui de " ma biche ".
Notre adjudant dégaina son arme et monta à quatre jambes les deux marches qui le séparaient de son épouse localisée dans la cuisine en train de préparer des "bastelle", sortes de chaussons de pâte à pain fourrés avec des blettes, du brocciu… et des olives noires.
Celle-ci s’était d’abord étonnée qu’une des olives aient des pattes qui lui permettent de venir toute seule se faire dénoyauter , suivie par une seconde, une troisième… celle de trop qui déclencha l’alarme et les cris de " ma biche ", donc Joséphine car tel était le prénom de la "femme d’adjudant"…
Nous disons bien la femme d’adjudant , et non pas " de l’adjudant " , car il s’agit d’un titre plus que d’une fonction matrimoniale. Oui ! En épousant un gendarme, on s’engage dans la gendarmerie.
Le " mari de femme d’adjudant ", essoufflé par l’effort produit pour sortir son arme et monter deux marches, trouva sa " collaboratrice conjugale " prête à enjamber la fenêtre. Il crut à un attentat commis par des agresseurs cagoulés. Devant leur nombre et leur taille, il réalisa qu’il s’agissait d’une armée de cafards et choisit l’arme chimique pour exterminer les intrus qui portaient atteinte à l’intégrité de son territoire familial. La réalité aurait du le faire rire mais elle le ramenait à l’énigme du doigt coupé, au cafard mort dans la boite de cigares, aux deux messages de Blatte man et du Cancre las…
L’invasion de cafards dans son appartement de fonction ne pouvait être fortuite. Cette pensée l’angoissa jusque pendant son sommeil rempli de cauchemars dans lesquels il voyait des cafards fumant des cigares qui se transformaient en balles explosives, pendant qu’un doigt coupé le désignait comme la cible à atteindre…
La première fois que Sextius vit Joséphine, il la trouva franchement belle. . Elle lui plut, enfin.
- Stop ! fit le lecteur. Y en a marre. Vous n'allez tout de même pas vous prendre pour Aragon et nous récrire Aurélien. Non, mais...
Il aima comment elle était habillée...tenta à nouveau l'adjudant Ticoni qui voulait participer à l'écriture d'un roman en ligne qu'une bande de farfelus avait lancé dans le cyberespace.
-Basta, je te dis ! Ta disparue de la plaine orientale, c'est pas l'inconnue de la Seine, d'accord ? Faites nous un polar normal...Je sais pas moi, un truc simple, avec des cadavres, des tueurs, des témoins, des mobiles, des vrais flics, une enquête. Comme à la télé quoi...
- Ecoute petit, tu nous les brises avec tes clichés. On écrit ce qu'on veut, où on veut et quand on veut, intervint Camesson. Le substitut se tenait assis, dans un coin de la pièce, en tentant de se débarrasser de bottes qui étaient trop petites pour lui.
- Qui t'es toi, bouffon ? fis le lecteur, surpris.
Camesson l'ignora. L'adjudant Ticoni sourit, se leva lentement de sa chaise et se dirigea lentement vers le lecteur.
Il se pencha vers lui et murmura quelques mots à son oreille.
- Je savais pas, m'sieur. Excusez moi. Je pouvez pas savoir...
- Petit con, nique ta mère ! répondit simplement le magistrat.
- M'injuriez pas, m'sieur le substitut. Je vous ai présenté mes excuses. Il me semble que...
- Comment y me parle, lui ! répondit Camesson. Et où t'as appris à parler sur ce ton ?
-C'est au collège, m'sieur. On fait des leçons de mots, chaque semaine. C'est obligatoire. On doit employer des mots nouveaux chaque fois. C'est pas ma faute, c'est obligatoire...Je vous jure.
L'adjudant Ticoni fixa le substitut. Celui-ci regarda à son tour le gendarme. Les deux hommes étaient dubitatifs. Ils se tournèrent ensemble vers le jeune homme.
-D'accord, on veut bien te croire, fit le substitut Camesson. Tu va nous raconter une petite histoire avec le mot...
Camesson hésita, interrogea du regard l'adjudant. Il cherchait un mot difficile. Ticoni restait muet. Camesson se décida enfin.
-Une histoire avec le mot...hameçon.
Le jeune lecteur leva les yeux, regarda tout autour de lui, réfléchit un long moment avant de se lever pour narrer son histoire.
-La semaine dernière, mon père a fait une grosse colère. Il voulait s'acheter des bottes pour aller à la pêche. Il a fait plusieurs magasins, mais il n'a rien trouvé. En rentrant il était furieux. Il criait après ma mère qui ne comprenait rien à son histoire de bottes. C'est qu'hameçon toutes trop petites lui a t il expliqué.
- Je la connaissais, fit le gendarme, hilare. C'est l'histoire de Johnny, a queu hameçon trop petites. C'est Johnny, à queu’oui...
-Je vous en prie adjudant, fit sèchement le magistrat. Elle n'est pas drôle. Et, je vous signale tout de même que c'est pas gagner, votre cyber enquête à la con avec cette histoire de cafard dans la boite et vos délires magico-ethniques. Je veux un dossier béton, moi. Vous entendez ? Béton !
Un long silence s'installa dans la pièce enfumée.
- Béton, c'est pas possible, monsieur le substitut. Pas dans l'immédiat, fit le gendarme, timidement.
- Et pour quelles raisons, s'il vous plaît ?
-Les ententes illicites, monsieur le substitut. Vous avez pas lu les journaux. Les cimentiers, ils viennent de se faire allumer par le Conseil de la Concurrence. Personne ne parlera.
-L'omertà, en Corse, c'est la bonne excuse des mauvais flics, répondit Camesson. C'est pas moi qui le dit. C'est l'ancien patron du SRPJ d'Ajaccio qui l'affirme. Et croyez moi, il sait de quoi il parle. On va les trouver vos témoins. Et ils vont parler. Ils vont être encore plus bavards que les touristes de Guantanamo.
-Vous voulez dire que l'enquête va reprendre comme dans un vrai polar ? interrogea le lecteur, audacieux.
A SUIVRE…|
Première saison :
Sur une plage du Cap corse, Ida Renerel a passé son dernier appel téléphonique, à la gendarmerie, avant de disparaître, laissant derrière elle deux photographies dissimulées dans la cabine téléphonique.

Mention de main courante :
Disons que, ce jour, nous avons reçu un appel téléphonique d’une personne se présentant comme étant la Dame Ida Renerel nous informant que l’éclipse lunaire de la nuit du 3 au 4 mars dernier était annonciatrice d’un drame qui était en train de se jouer sur une plage de la commune,d’où elle était entrain de nous appeler. Elle a raccroché, sans nous laisser le temps d’essayer d’en savoir plus. D’heureux chef, nous transportons sur place.
L’Adjudant Sextius Denticoni.
Les ombres ont évolué et les photographies sont donc prises à des heures différentes de la journée. Les angles de prises de vue ne sont pas tout à fait identiques. Sur la photographie en couleurs, l’adjudant de gendarmerie Sextius Denticoni ( appelé Ticone dans son entourage) remarque une canne à pêche plantée dans le sable. Cette arme contre les poissons a disparu sur la photographie plus sombre. Quel temps s’est écoulé entre les deux clichés ? Une journée ? Une nuit ? Plusieurs jours ?
Quel péché ( peccatum )a commis un pêcheur (pescator) sur cette plage habituellement tranquille en ce mois de mars 2007 ? Miss Ida Renerel a-t-elle été prise au hameçon d’un pécheur (peccator) devant l’éternel ressac des vagues menaçant le rivage corse? Ou alors, est-elle la pécheresse ou une sirène qui a emporté gravement le pêcheur (pescator) au fond de la mer parfois tranquille, parfois rageuse et toujours mystérieuse… L’expectative dans laquelle il se trouve rend Denticoni d’une humeur péccante. Notre pandore corse avait pris l’appel de cette aventurière parlant le français avec un fort accent américain. Elle avait décliné son identité qu’il avait mentionnée dans le registre des appels avant d’y enregistrer sa déclaration téléphonique…
Mais est-on bien certain que ces photos aient été laissées par Ida Renerel ? A moins que cette dernière ne l'ait spécifié lors de son coup de fil à la gendarmerie ?
On ne saurait exclure qu'elle ait été enlevée et que ces deux clichés aient été placés là par son ravisseur. Une sorte de défi aux enquêteurs…
On ne peut pas exclure, non plus que ces clichés n'aient aucun lien avec Ida Renerel.
Que disait-elle, au juste, durant cet appel reçu par l'adjudant Denticoni ? Semblait-elle inquiète, voire affolée ?
Combien d'appels ont été passés ce même jour de la disparition d'Ida Renerel, depuis cette cabine sur la plage ? A qui ? Se pourrait-il qu'Ugo Pandolfi, par exemple, dont on sait l'admiration que lui voue Ida Renerel, soit au nombre des personnes contactées depuis cette cabine ? Peut-être, mais il l'ignore encore, n'ayant pas eu le temps de rentrer chez lui, qu'un message d'Ida l'attend, sur son répondeur. Un message qui pourrait éclairer la lanterne de Sextius…
L'adjudant Denticoni a-t-il bien inventorié le contenu de la poubelle située juste à côté de la cabine ?
A-t-il été possible, aussi, de déterminer depuis quand Ida se trouvait en Corse, par quels moyens s'y était-elle rendue, et si elle était descendue dans quelque hôtel proche de cette plage ?
C'est cela qu'il faudrait savoir…
Les bottes que l'adjudant Denticoni voulut prêter au substitut Camesson étaient trop petites. Malgré sa petite taille, le magistrat chaussait du 44. L' affaire s'annonçait mal. Après tout il n'y avait pas de cadavre à voir sur cette plage. Des traces de sang tout au plus, avait dit le gendarme. Deux photos et l'appel d'une étrangère à partir d'une cabine téléphonique que France Télécom avait eu l'idée saugrenue de poser sur la laisse de la mer comme on abandonne un chien avant de partir en vacances. Décidément Camesson n'avait pas de chance. Les deux dernières semaines qu'il venait de passer étaient maudites. La première gagnait le pompon au calendrier des cauchemars: Madame Camesson ne supportait plus rien, ni la Corse, ni les insomnies de son substitut de mari, ni les infidélités de son amant. Lundi, elle avait clairement signifié son intention de divorcer et de retrouver son Ile de France natale. Le lendemain, le 6 mars, Jean Baudrillard était mort. Le mercredi et le jeudi, Etienne Camesson avait tenté en vain de retrouver les deux premiers volumes des Cool Memories dans lesquelles il avait une envie folle de se replonger. Il ne les découvrit que vendredi dans les cartons abandonnés dans le fond du garage où les surmulots avaient fait leurs nids. Samedi, sa fille fêtait son quatorzième anniversaire avec une quinzaine de copines en folie. Camesson s'était réfugié au Palais de Justice. Il avait ensuite passé son dimanche à faire disparaître de son champ visuel les emballages de Carambar et les boites poisseuses de Coca Light. Les jours qui suivirent n'avaient rien apaisé. A présent, il était calme, serein presque, simplement parce qu'il était de permanence ce dimanche, et qu'il marchait sur la plage avec l'adjudant Sextius Denticoni. Le magistrat n'avait jamais été déçu par les gendarmes qui font du zèle. Et Denticoni, question zèle, il avait les palmes, le masque et le tuba. Total zélé, le Sextius, une couronne de lauriers sous le képi. Son inventaire de la poubelle située juste à côté de la cabine téléphonique était d'une précision exemplaire. Pas vraiment ragoutants les détails. Mais suffisament inquiétants pour que le substitut Camesson commence à se torturer les méninges.
Drôles de découvertes !…
...à se torturer les méninges car le fond de la poubelle réservait manifestement une bien curieuse surprise. Parmi les détritus, qu'un grouillement de vers de vase mêlés de sciure semblait se faire mouvoir, Denticoni avait relevé quelques indices intrigants. Une boîte d'appâts, tout d'abord. A peine entamée, pour peu que l'on puisse se fier à la quantité de lombrics qui infestaient la poubelle. Or, son emballage était maculé de sang. Mais ce n'est pas tout : au milieu de ces immondices, Denticoni avait exhumé trois étuis de munitions. D'un genre peu commun, vu la rareté de l'alliage utilisé. L'adjudant pensait à des douilles de balles explosives...
Les pièces sans conviction....

Procès verbal de découvertes, saisies et placements sous scellés :
Nous, Sextius Denticoni
Adjudant-chef, Officier de Police Judiciaire
Poursuivant nos constatations,
Sans désemparer,
Disons procéder à l’inventaire et à la mise sous scellés des objets et documents découverts dans la poubelle de la cabine téléphonique située sur la plage de notre commune, comme suit :
Scellé n° UN : Un exemplaire de la nouvelle policière " A case of identity " écrite par Sir Arthur Conan Doyle, contenant un marque page des Editions Little Big Man et deux photographies de la plage avec la cabine téléphonique.
Scellé N° DEUX : Un boite vide de cigares de marque Ninas contenant un cafard mort.
Scellé N° TROIS : un billet d’invitation à une répétition de la pièce de Shakespeare "la Tempête ", par une troupe de comédiens corses amateurs.
Scellé N° QUATRE : Une chaussette multicolore genre Burlington supportant des traces noirâtres.
Scellé n° CINQ : Dans un petit vase de Soissons, un petit poinçon rouge.
Scellé N° SIX : Une boite de conserve ronde non ouverte avec les indications "merda d’artista ", "artist’s shit ", 30 grammes, Piero Manzoni.
Scellé N°SEPT : Un rouleau de papier hygiénique sur lequel est imprimé un article signé par Marcel Duchamp.
Scellé N° HUIT : Une page du catalogue de La Redoute consacrée aux articles de pêche, sur laquelle une main a écrit : " Le chemin , c’est moi, parce que je suis la vérité et la vie. Personne ne va au père sans passer par moi. - Jean 14 :6. ".
Scellé n° NEUF : Une pierre enveloppée dans une feuille de papier sur laquelle est écrit : " Tamo ! Samo ! ".
Scellé n° DIX : deux douilles de balles explosives.
Disons qu’un doigt humain a été envoyé au laboratoire de police scientifique sous Scellé N° ONZE.
Disons que des recherches de traces papillaires et biologiques ont été effectuées sur les lieux et sur les différents objets et documents saisis. Les relevés effectués feront l’objet d’analyses au laboratoire de police scientifique.
Disons que des clichés photographiques ont été pris et seront annexés.
Disons que nous ferons appel à un interprète en langue anglaise pour traduire les termes : " A case of identity " et " artist’shit".
Disons que, avisé par nos soins, Mr CAMESSON, substitut de permanence, nous a rejoint sur les lieux.
L’officier de police judiciaire
De son côté, Sextius observait à la dérobée Camesson, avec la perplexité du pêcheur à la ligne qui vient de remonter une espèce non répertoriée. Drôle de petit bonhomme, avec ses panards comme des chaloupes de débarquement, son costume qui sortait indubitablement du bon faiseur mais semblait avoir séjourné longuement dans un panier de linge sale avant d'en être extrait en toute hâte sans passer par la case "teinturier", sa cravate -Denticoni misa pour de la soie- nouée à la diable, ses cernes prononcés et ce début de calvitie que, soit par négligence, soit par suprême crânerie, il ne cherchait pas à dissimuler. Pas brillant-brillant, mais Sextius avait appris, depuis fort longtemps, à ne pas s'arrêter à la prime apparence de ses semblables. Pas plus qu'à se fier aux "on-dit". Camesson passait pour un type compétent, bosseur. Pas le genre de magistrat à se faire muter en Corse pour s'y croiser les bras en méditant sur les discours qu'il tiendrait plus tard, à Lille, Aix ou Paris, sur l'impossibilité qu'il y avait sur ce fichu caillou à faire suivre à la justice le cours normal et serein qui était le sien partout ailleurs. Sans négliger l'incontournable tirade sur l'omerta, et quelques vacheries tout en demi-teintes sur le manque de zèle dont font preuve policiers et gendarmes, singulièrement lorsqu'ils se trouvent être du cru… Camesson semblait être d'une toute autre trempe. "Un pur" avait même entendu dire Sextius un jour à son propos. Mais il se méfiait des réputations, bonnes ou mauvaises, préférant ne s'en remettre qu'à sa propre expérience. Or si monsieur le substitut paraissait s'être échappé en toute hâte d'un camion-benne de la voirie ou -allez savoir ?- s'être arraché avec plus ou moins de regret aux griffes laquées de quelque cabouleuse de Bastia, Denticoni nota que malgré les cernes et les conjonctives de la couleur d'un bigarreau à l'eau-de-vie, le regard d'Etienne Camesson était tout sauf éteint. Las, mais pas blasé, l'homme.
Sans la moindre considération pour ses chaussures italiennes, le magistrat s'en vint rejoindre le gendarme qui arpentait à présent le rivage détrempé.
"Je ne suis pas certain que ce doigt coupé soit celui de la femme" dit-il.
A part lui, Sextius se fit la réflexion que Camesson avait employé la même formule que lui : depuis qu'il avait pris son appel, qu'il avait entendu sa voix, chaude, légèrement rauque, râpeuse comme un vieux velours précieux, il ne pensait pas à la disparue comme à "la dénommée Ida Renerel", ni comme à la "victime présumée".
Pour lui, elle était tout simplement "la femme"…
Mail à l'attention de l'Adjudant Denticoni:
Comment faire une action offensive?
http://pute2life.free.fr/public/tutorial.php
Cliquez sur "Boite", puis choisissez un cafard. En validant, vous aurez accès à toutes vos actions offensives disponibles
Rédigé par: Blatte man | le 14 mars 2007 à 10:03
Mail à l’attention du Substitut Camesson
C’est une P’tit Jazzman Noir
Un type bizarre
Qui boit sa bière au comptoir
En fumant son cigare.
C’est un p’tit Jazzman Noir
Au piano bar
Je l'ai rencontré un soir
Le prédateur de cafard.
http://poesie.webnet.fr/vospoemes/3356/22681.html
Gisèle d’hôpital psychiatrique, sa Carmen à cigare, sa Belle au bois dormant junkie …
http://www.lyonweb.net/agenda/e/864/Ballet-de-l-Opera-de-Lyon-Solo-for-two-1996-Fluke-2002-.htm
… Qui m’emmène vers nulle part
Et qui me ramène
Dos à dos avec mon cafard
Qui broie du noir
Dans tous les bars
En réalité je me marre
Car la vie c’est un cadeau
A quoi bon broyer du noir ?
Il vaut mieux fumer un bon cigare…
www.algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-106.html
Denticoni lisait et relisait le message signé Blatte man , lorsque le téléphone coupa le silence dans lequel somnolait la gendarmerie à l’heure de l’apéritif. C’était le substitut Camesson, destinataire d’un autre message signé le cancre las.
Le scellé N°2 prenait de l’ importance dans une enquête au point mort, ce qui faisait cafarder l’adjudant. Avec les deux messages et les indices, il se disait qu’il aurait bien besoin d’un profiler capable de lui fournir sur l’identité du coupable plus de renseignements que l’ADN… Mais coupable de quoi ? Cette question le soulagea .
Pour l’heure, il n’avait aucun cadavre sur la commune et , si un meurtre avait été commis sur la plage, ce serait peut-être une autre gendarmerie qui hériterait du cadavre jetée à la mer, d’autant plus qu’une tempête avait sévi causant même des dégâts à une des paillotes pas encore brûlée sur ordre d’un préfet.
Faute de spécialiste du profilage, il irait se jeter derrière le gosier un coup de blanc de Roglianu, en compagnie du Babbu du Village, ce patriarche dont la sagesse et la mémoire seraient des atouts précieux. En outre, le grand-père avait des dons de mazzeru qui se révélaient le plus souvent après quelques canistrelli trempés dans du vin blanc, lorsqu'on lui offrait de fumer un cigare. Il devenait volubile avec des volutes fumeuses qui éclairaient le réduit de son cerveau en même temps qu'elles opacifiaient sa vision des choses. Comme dans cette étrange photographie prise sous un ciel zinzolin.
Soudain, l'adjudant eut une illumination. La vue d'un chat noir, liée à l'action du blanc, réveilla en lui sa curieuse prédisposition au mazzérisme. Et là, un providentiel don de prophétie funèbre lui laissa entrevoir le visage de la victime. Celui d'une femme. Jeune. Brune. Fluette. Mais très vite, cette vision évanescente, semblable à une volute, se dissipa sous l’effet d’un cri de terreur, celui de " ma biche ".
Notre adjudant dégaina son arme et monta à quatre jambes les deux marches qui le séparaient de son épouse localisée dans la cuisine en train de préparer des "bastelle", sortes de chaussons de pâte à pain fourrés avec des blettes, du brocciu… et des olives noires.
Celle-ci s’était d’abord étonnée qu’une des olives aient des pattes qui lui permettent de venir toute seule se faire dénoyauter , suivie par une seconde, une troisième… celle de trop qui déclencha l’alarme et les cris de " ma biche ", donc Joséphine car tel était le prénom de la "femme d’adjudant"…
Nous disons bien la femme d’adjudant , et non pas " de l’adjudant " , car il s’agit d’un titre plus que d’une fonction matrimoniale. Oui ! En épousant un gendarme, on s’engage dans la gendarmerie.
Le " mari de femme d’adjudant ", essoufflé par l’effort produit pour sortir son arme et monter deux marches, trouva sa " collaboratrice conjugale " prête à enjamber la fenêtre. Il crut à un attentat commis par des agresseurs cagoulés. Devant leur nombre et leur taille, il réalisa qu’il s’agissait d’une armée de cafards et choisit l’arme chimique pour exterminer les intrus qui portaient atteinte à l’intégrité de son territoire familial. La réalité aurait du le faire rire mais elle le ramenait à l’énigme du doigt coupé, au cafard mort dans la boite de cigares, aux deux messages de Blatte man et du Cancre las…
L’invasion de cafards dans son appartement de fonction ne pouvait être fortuite. Cette pensée l’angoissa jusque pendant son sommeil rempli de cauchemars dans lesquels il voyait des cafards fumant des cigares qui se transformaient en balles explosives, pendant qu’un doigt coupé le désignait comme la cible à atteindre…
La première fois que Sextius vit Joséphine, il la trouva franchement belle. . Elle lui plut, enfin.
- Stop ! fit le lecteur. Y en a marre. Vous n'allez tout de même pas vous prendre pour Aragon et nous récrire Aurélien. Non, mais...
Il aima comment elle était habillée...tenta à nouveau l'adjudant Ticoni qui voulait participer à l'écriture d'un roman en ligne qu'une bande de farfelus avait lancé dans le cyberespace.
-Basta, je te dis ! Ta disparue de la plaine orientale, c'est pas l'inconnue de la Seine, d'accord ? Faites nous un polar normal...Je sais pas moi, un truc simple, avec des cadavres, des tueurs, des témoins, des mobiles, des vrais flics, une enquête. Comme à la télé quoi...
- Ecoute petit, tu nous les brises avec tes clichés. On écrit ce qu'on veut, où on veut et quand on veut, intervint Camesson. Le substitut se tenait assis, dans un coin de la pièce, en tentant de se débarrasser de bottes qui étaient trop petites pour lui.
- Qui t'es toi, bouffon ? fis le lecteur, surpris.
Camesson l'ignora. L'adjudant Ticoni sourit, se leva lentement de sa chaise et se dirigea lentement vers le lecteur.
Il se pencha vers lui et murmura quelques mots à son oreille.
- Je savais pas, m'sieur. Excusez moi. Je pouvez pas savoir...
- Petit con, nique ta mère ! répondit simplement le magistrat.
- M'injuriez pas, m'sieur le substitut. Je vous ai présenté mes excuses. Il me semble que...
- Comment y me parle, lui ! répondit Camesson. Et où t'as appris à parler sur ce ton ?
-C'est au collège, m'sieur. On fait des leçons de mots, chaque semaine. C'est obligatoire. On doit employer des mots nouveaux chaque fois. C'est pas ma faute, c'est obligatoire...Je vous jure.
L'adjudant Ticoni fixa le substitut. Celui-ci regarda à son tour le gendarme. Les deux hommes étaient dubitatifs. Ils se tournèrent ensemble vers le jeune homme.
-D'accord, on veut bien te croire, fit le substitut Camesson. Tu va nous raconter une petite histoire avec le mot...
Camesson hésita, interrogea du regard l'adjudant. Il cherchait un mot difficile. Ticoni restait muet. Camesson se décida enfin.
-Une histoire avec le mot...hameçon.
Le jeune lecteur leva les yeux, regarda tout autour de lui, réfléchit un long moment avant de se lever pour narrer son histoire.
-La semaine dernière, mon père a fait une grosse colère. Il voulait s'acheter des bottes pour aller à la pêche. Il a fait plusieurs magasins, mais il n'a rien trouvé. En rentrant il était furieux. Il criait après ma mère qui ne comprenait rien à son histoire de bottes. C'est qu'hameçon toutes trop petites lui a t il expliqué.
- Je la connaissais, fit le gendarme, hilare. C'est l'histoire de Johnny, a queu hameçon trop petites. C'est Johnny, à queu’oui...
-Je vous en prie adjudant, fit sèchement le magistrat. Elle n'est pas drôle. Et, je vous signale tout de même que c'est pas gagner, votre cyber enquête à la con avec cette histoire de cafard dans la boite et vos délires magico-ethniques. Je veux un dossier béton, moi. Vous entendez ? Béton !
Un long silence s'installa dans la pièce enfumée.
- Béton, c'est pas possible, monsieur le substitut. Pas dans l'immédiat, fit le gendarme, timidement.
- Et pour quelles raisons, s'il vous plaît ?
-Les ententes illicites, monsieur le substitut. Vous avez pas lu les journaux. Les cimentiers, ils viennent de se faire allumer par le Conseil de la Concurrence. Personne ne parlera.
-L'omertà, en Corse, c'est la bonne excuse des mauvais flics, répondit Camesson. C'est pas moi qui le dit. C'est l'ancien patron du SRPJ d'Ajaccio qui l'affirme. Et croyez moi, il sait de quoi il parle. On va les trouver vos témoins. Et ils vont parler. Ils vont être encore plus bavards que les touristes de Guantanamo.
-Vous voulez dire que l'enquête va reprendre comme dans un vrai polar ? interrogea le lecteur, audacieux.
A SUIVRE…|







