
Comme une main en enfer, la saison 5 de la cyber-intrigue est enfin disponible. Informé par l’Adjudant Denticoni, Quésaco avait rapidement acquis la conviction qu’il lui fallait cuisiner Léa Renerdi, la compagne de feu Jean-Victor Moro, sur l’amputation de son annulaire gauche.

Pendant ce temps la juge Babeth Millieri rêve de croisière en Méditerranée avec Arturo Pérez-Reverte. Pleine de mystères, La boîte à Pandora, elle, est toujours ouverte ...Que fait la police ?
Lorsque le substitut Camesson lui avait confié l’instruction de cette affaire de doigt coupé, la juge Babeth Millieri avait des raisons de ronchonner. Depuis le début de l’année, elle accumulait les dossiers, pendant que son collègue Jean-Hubert de Virevolte soignait sa dépression nerveuse sans avoir été remplacé.
Babeth avait beau être une battante, toujours prête à partir à la guerre contre le crime, elle avait aussi sa vie familiale et ses répétitions dans une troupe de comédiens amateurs qui préparaient une représentation de l’œuvre " La tempête ". Elle avait frémi lorsqu’elle avait lu qu’un billet de théâtre avait été retrouvé prés du doigt coupé. L’assassin ou la victime avait donc l’intention de venir voir la pièce de Shakespeare. Après un bref émoi, elle déplora qu’une place resterait vide et pire, peut-être au premier rang.
Pour l’immédiat, Camesson l’avait rassurée en lui disant qu’il s’agissait, en premier lieu, de délivrer une commission rogatoire et que le travail judiciaire serait fait par les gendarmes. Chose dite, commission rogatoire faite, elle avait rangé le dossier sur la pile rouge des crimes de sang, alors que , pour exemples, les couvertures vertes étaient réservées aux délits champêtres, les roses aux affaires de mœurs, ainsi de suite… un arc-en-ciel de paperasses.
Le dossier Ida Renerel’s Ida n’avait pas eu le temps de prendre la poussière qu’un dossier d’homicide avec cadavre lui tombait dessus, celui de l’assassinat du nommé Jean-Victor Moro. Elle avait d’abord espéré qu’il manquerait un doigt au cadavre , ce qui lui aurait permis de joindre les deux dossiers pour n’en faire qu’un, enrichi par l’identité du doigt dont l’empreinte digitale n’avait encore rien révélé. Il manquait seulement quelques dents a feu Jean-Victor Moro, résultat du à des caries mal soignées par un arracheur diplômés de la faculté.
Après les premières constatations, le lieutenant Martin Montalier n’avait évoqué aucune piste précise. Etant informé du sobriquet " Quesaco " dont il était affublé, elle se rassurait en se disant que ce policier savait au moins poser une question à laquelle elle pourrait espérer recevoir une réponse : Qu’est-ce que c’est ?… Un assassinat politique, un règlement de comptes, un crime passionnel, un suicide maquillé en meurtre ? Un mauvais polar sans doute?...
Dans la liste des pièces à conviction, elle nota la présence d’un médaillon pouvant avoir une certaine valeur… Elle ne savait pas encore que ce bijou avait aussi une valeur procédurale sur laquelle elle n’avait pas encore mis le doigt.
Le hasard des deux enquêtes les faisaient se rejoindre sur la même pile de dossiers…
A ce stade des investigations, devant les coïncidences, nous vous entendons : Quel hasard, Balthazar ! Direz-vous moqueur . Et Honoré de Balzac vient à notre rescousse par une citation : " Le hasard est le plus grand romancier du monde ; pour être fécond ( l’orthographe est bonne), il n’y a qu’à l’étudier. "
Avant que Jésus ne ressuscite, Denticoni venait de recevoir les premiers résultats du laboratoire de police scientifique. Le doigt coupé était un annulaire de la main gauche d’une femme.

L’empreinte digitale n’avait pas révélé l’identité de sa propriétaire inconnue aux fichiers de police et de gendarmerie. Le sexe avait été révélé par l’absence de chromosome Y comme Yo-yo dans l’ADN. Par contre, d’autres empreintes relevées sur la plupart des scellés avaient pu être attribuées à un certain Jean-Victor Moro, récemment assassiné sur le port maritime de Bastia.
Dans le Chef-lieu de la Haute-Corse, à l’Angélus du matin, Quésaco n’avait pas été encore informé de la découverte, sur une plage, des empreintes de celui qui était la victime dans l’affaire d’homicide qu’il devait résoudre. A ce moment-là, il assistait à son enterrement dans l’éventualité d’un fait nouveau, scrutant les proches du défunt à l’affût d’un signe , d’une mimique sur un visage, d’une présence insolite… A force d’observation, la seule chose qu’il remarqua était que la concubine de Jean-Victor Moro avait perdu un doigt à la main gauche : l’annulaire. C’était la seule chose qui clochait.

La boîte à Pandora allait –elle livrer tous ses mystères ? Denticoni et Quesaco allaient-ils relier les indices comme on enfile des perles sur un fil ? Finalement, leur métier consistait-il simplement à enfiler des perles ?… Les fêtes de Pâques seront-elles celles de deux poulets qui mettraient leurs œufs dans le même panier ?… A qui allaient-ils sonner les cloches avant les vêpres siciliennes ?…
La juge Babeth Millieri allait quitter son bureau, lorsque son téléphone résonna. Elle devait rendre visite à Camesson pour faire un point sur l’assassinat de Jean-Victor Moro. La chancellerie avait questionné le Procureur de Bastia, qui avait questionné le Substitut qui voulait questionner la juge d’instruction qui décida de répondre à cet appel téléphonique même si Camesson devrait patienter dans son bureau en pensant que le Procureur s’impatientait de peur de faire perdre patience à la Chancellerie sans doute questionnée par le Ministre de la Justice, mis à contribution par le Premier Ministre actionné par le Ministre de l’Intérieur, impatient de savoir si on avait affaire à un crime politique.
Au bout du fil, elle reconnut la voix de Quésaco. Il tombait à pic pour lui remettre l’affaire en mémoire avec un espoir : peut-être avait-il trouvé une orientation d’enquête. En fait, il ne pouvait lui raconter que sa présence à l’enterrement. Le défunt n’avait pas eu droit aux honneurs militaires et on pouvait penser qu’il n’était pas un activiste indépendantiste. Aucune tête connue de la pègre locale ne s’était montrée. Finalement, seul un annulaire manquant à la main gauche de la veuve l’avait intrigué. Pour ne rien laisser dans l’ombre, il avait mené sa petite enquête à l’Hôpital de Bastia. L’accident était récent. Le couple s’était présenté aux urgences. La femme n’avait pas desserré les dents et l’homme, identifié comme étant Jean-Victor Moro, avait prétexté un accident en mer, le doigt n’ayant pas pu être récupéré…
Alors que Quésaco relatait ses investigations pour montrer qu’il faisait diligence, Babeth se saisit du dossier du doigt coupé et annonça :
• Si c’est le doigt qui vous manque, j’en ai un…
• Quésaco , Madame la Juge ?
• J’ai un doigt sans cadavre dans un autre dossier récent…
• Et alors ?
• L’adjudant Denticoni m’a transmis le rapport du Laboratoire. C’est un doigt de femme !
• Quel doigt ?
• L’annulaire gauche…
• C’est cela… C’était l’annulaire gauche qui manquait à la veuve…
• Le couple avait des enfants ?
• J’ai dit la veuve mais ils vivaient en concubinage et n’avaient pas d’enfant.
• Lieutenant, il faudrait vous mettre en rapport avec l’Adjudant Denticoni. On ne sait jamais. Nous sommes peut-être à un doigt de la solution…
• Madame le Juge ! Vous, alors !…
• Quoi !
• A un doigt de la solution ! Vous aimez l’humour noir !…
• Je ne mets aucun humour dans mon travail et surtout pas du noir. Ma formule n’était pas intentionnelle. A posteriori, elle ne me fait même pas rire…
Quésaco se mordit la langue, juste châtiment infligé à ce petit muscle visqueux qui avait encore manqué l’occasion de rester dans sa boîte. Un instant, il avait oublié que Madame Babeth Millieri était allergique à toute familiarité, une façon de préserver l’indépendance de la Justice. Tout était dit et Quésaco n’ayant plus rien à dire, la conversation téléphonique fut close.
La langue douloureuse, Quésaco appela l’adjudant Denticoni qui ne fit aucun difficulté pour relater l’affaire Ida Renerel dans le secret espoir de s’en débarrasser par un dessaisissement au profit de la police bastiaise. Bien sûr, il passa sous silence la piste d’une revenante mais insista lourdement sur la merde d’artiste, en soulignant qu’il n’avait suivi aucune formation en matière de trafic d’œuvre d’art… Il allait presque oublier l’identification du nommé Jean-Victor Moro, élément pourtant essentiel de son enquête..
• Ah ! Il y a cependant un autre élément important : le laboratoire a identifié un nommé Jean-Victor Moro mais cela sert à rien puisqu’il vient de se faire buter…
• Tu en as parlé au juge ?
• Pas encore !
• Tu ne pouvais pas commencer par là ! Si je t’appelle, c’est que je travaille sur cet homicide…
• Donc ! Toi, tu as un cadavre alors que je n’ai qu’un doigt. Qu’est-ce que je fais de mon dossier?
• Pour le moment tu poursuis ton enquête et on se tient au courant…
• Je vais aviser Mme MILLIERI.
• C’est la première chose à faire… C’est toi qui possèdes tous les éléments et il serait normal que tu revendiques toute l’affaire. Ce serait dommages car, en coopérant, on devrait arriver à quelque chose…
Quésaco était un malin. Denticoni l’avait compris et devait se résigner encore pour un temps à chercher la femme, alors qu’il était déjà marié. Il réprima rapidement une pensée pour Joséphine : si cette dernière n’avait pas eu d’annulaire gauche, il aurait fait l’économie d’une alliance qui était vite devenu le prix d’une corde au cou.
Pour l’heure, bien que " mari marri ", l’adjudant devait s’estimer heureux que, avec doigtée, son collègue de la police nationale n’ait pas montré l’intention de lui fourguer l’assassinat de Jean-Victor Moro.

Dans la soirée, la juge Millieri chassa ses soucis en se replongeant dans " Le peintre des batailles ". Le dernier roman d'Arturo Perez-Reverte était une terrible réflexion sur les guerres, la peinture, la photographie. Il enflammait aussi l'imagination de la magistrate: Babeth Millieri se serait bien vue , au pied d'une tour pisane, compagne silencieuse d'un Faulques, revenu de tout, retiré dans l'un de ses îlots magnifiques de l'archipel toscan. Amoureuse, maîtresse, amante, elle le rendrait à la vie, son photographe blessé à mort. Elle serait sa renaissance.
A minuit passé, la jeune femme relut plusieurs fois le passage où Olvido s'adresse à son amant (pages 175 et 176):
"Alors, s'il te plaît, donne moi ce qui manque dans ce monde qui était le mien"...
Puis encore plus loin:
"C'est pour ça que je t'aime, en ce moment. Tu es ma façon de dire: finies les photos de mode, finie la collection de printemps à Milan, à la poubelle Giorgio Morandi qui a passé la moitié de sa vie à représenter des natures mortes avec des bouteilles, à la poubelle Warhol et ses boîtes de soupe, aux chiottes la merde d'artiste qui se vend en paquets-cadeaux dans les enchères pour millionnaires de Claymore. Bientôt je n'aurai plus besoin de toi, Faulques, mais je te resterai toujours reconnaissante pour tes guerres"...
La juge Millieri s'endormit en rêvant: elle embarquait sur le voilier du séduisant Arturo Perez-Reverte. L'écrivain, tombé fou amoureux de la magistrate, l'emmenait, loin, entre le ciel et la mer.
Pendant que Babeth Millieri, lectrice imaginative, rêvait d’amour et voguait avec le photographe des batailles, devenu romancier qui ne dormait plus à cause des images qui le hantaient… que faisait la police?
Informé par l’Adjudant Denticoni, Quésaco avait rapidement acquis la conviction qu’il lui fallait cuisiner Léa Renerdi, la compagne de feu Jean-Victor Moro, sur l’amputation de son annulaire gauche. Il l’avait convoqué pour le lendemain, sans attendre son identification à partir des analyses biologique du doigt retrouvé sur une plage.

Dans son appartement bastiais, Quesaco n’avait pu trouver le sommeil qu’en ingurgitant un somnifère. Il était insomniaque car il pensait trop. Dans ses monologues nocturnes, il lui arrivait même de s’interroger sur la raison pour laquelle l’homme aime torturer et tuer… " Son intelligence, supposait-il. Voilà qui est intéressant. La cruauté objective, élémentaire, ne serait pas cruauté. La véritable implique un calcul. Une intelligence… Voyez les orques. Pourquoi les orques ?… Comment ces prédateurs marins au cerveau évolué, qui opéraient au sein d’un milieu social complexe en communiquant entre eux par des sons sophistiqués, s’approchaient des plages pour capturer de jeunes phoques, qu’ils se renvoyaient ensuite à coup de queue de l’un à l’autre, en jouant avec eux comme si c’étaient des ballons, les laissant s’échapper jusqu’au bord de la plage pour les rattraper ensuite, et comment ils continuaient ainsi par pur plaisir jusqu’au moment où, fatigués du jeu, ils abandonnaient leur malheureuse proie, disloquée, ou la dévoraient s’ils avaient faim. "
Au matin, son réveil tardif avait obligé Quésaco à négliger sa toilette et surtout empêché de retrouver ses lunettes de vue dans son capharnaüm de célibataire divorcé. Mal rasé, le cheveux rebelle, les nippes fripées, il fit une halte à la pharmacie Ricci-Lucciani, place Saint Nicolas pour acheter une paire de loupe en dépannage. Acharnement du sort, la seule qui correspondait à sa vue était une monture rose pour presbyte féminine. Dans le ridicule, qui peut le plus peut le moins. Il pouvait le plus et les acheta donc, préférant y voir même si on le regarderait de travers. Il longea ensuite les quais, en commençant par celui du Fango où Jean-Victor Moro avait été abattu. Au niveau du quai du port, alors qu’un voilier emportait un couple vers une île lointaine, il bifurqua à gauche pour s’engouffrer dans le pâté de maisons et ressortir dans la rue Luce de Casabianca où se trouve le commissariat de police.
Malgré toutes les vicissitudes de cette matinée pourtant radieuse, il était à l’heure et arriva, sous les regards moqueurs de ses collègues, en même temps que sa convoquée qui le toisa avec mépris. Il la conduisit lui-même directement dans son bureau où il enfila ses lunettes roses mettant en valeur ses pupilles noires, tout en expliquant à sa vis-à-vis les raisons d’une monture rose inadaptée au cheval pur-sang de la police nationale qu’il était.
Léa Renerdi était avertie : elle avait affaire à un policier viril qui ne lui promettait pas un avenir immédiat tout en rose. Il le lui signifia en lui notifiant sa mise en garde à vue dans l’information judiciaire suivie contre X… du chef d’assassinat. Elle ne réclama ni avocat, ni médecin et l’interrogatoire pouvait rapidement débuter…







