L'auteur "Al Rabassou", tel Dionysos, jaillira du sol comme un cep de vigne, figure nietzchéenne plutôt que sage visage apollinien.
« L.P BLUES
Al Rabassou,
une histoire française,
autoéditions du dernier Mammouth… »
Lorsque j’ai lu la couverture de ce livre, je l’ai pris dans une main et je suis allé à la la 4ème page de couverture qui m’annonçait le Lycée professionnel Robert Schuman de Montrouge comme scène de crimes pour une enquête menée par l’Inspecteur Labarde et son stagiaire Tricard.
Quatrième page de couverture :
« Albertine a disparu ! Sacré challenge que de retrouver cette super louloute après le meurtre de Jean-Marie, un élève du Lycée Professionnel Robert Schuman de Montrouge ! Lancés sur l’affaire, l’inspecteur Labarde et son stagiaire Tricard vont vite découvrir, côté profs ( La Truie qui doute, Concrètement, le Dernier Pédago...) comme parmi les élèves ( Banania man, Black et Decker, Danse avec les clous..) des personnages d’un genre peu ordinaires, pas toujours en totale harmonie avec l’établissement en pleine restructuration. D’autant que l’époque est troublée : dans les rues, les « Tous ensemble ! » paralysent une partie du pays ; l’élite (Jack Lacoquille et Romain Frappé, Jehan et Cosette Riquiqui, Fifi Lachèvre, Tonton, le beau Roro..) se délite avec la bénédiction du Fion nacional. Mais les bêtes s’en mêlent : Zoulou le matou, Baltic, Raymond le basset, exaspérés par Brigitte Cabot soutiennent les sans colliers et manifestent pour leur dignité… »
Je n’ai pas trouvé de L.P Robert Schuman à Montrouge mais seulement un LP Jean Monnet, celui d’où Youssef Fofana est sorti, sans diplôme et sans travail, à l’époque au Al Rabassou éditait son roman. Au mois de février 2006, cet ancien élève, devenu chef du « gang des barbares », était arrêté en Côte d’Ivoire pour le meurtre du jeune Illan Halimi. Par la suite de nombreux articles ont été écrits sur cette violence qui prend racine dans les cités et les établissements scolaires. Nous vous en citons un pour exemple écrit par Barbara Lefebvre dans Le Monde du 8 Mars 2006 et dont le titre est « Des barbarismes à la barbarie » et où il est dit que la violence verbale prépare ( dans nos écoles ) au pire passage à l’acte.
L.P BLUES sentait le prof de Lycée professionnel inspiré d’une éducation nationale à bout de souffle. « Rabassou » avait une sonorité provençale aux senteurs de truffière. La rabasse est une truffe, un diamant noir. Quel symbole pour un polar ! Un coup d’oeil sur le nom et l’adresse de l’imprimeur : Les Ateliers des Presse Littéraires de Saint Estève (Pyrénées orientales). J’orientais donc mes recherches vers un lieu géographique et je trouvais le chemin de la Carrierasse et de Rabassou dans le quartier nord de Frontignan. J’en étais là de mon enquête qui tourna court. Point besoin d’un cochon truffier pour débusquer l’auteur ! J’ai appris de source sûre que Al Rabassou n’habitait pas à Frontignan. On m’a même donné son nom et son adresse. Paul Noguès., professeur de L.P et d’origine catalane, vit toujours en région parisienne. Il a publié le roman « L.P BLUES » en 1999. Cet ouvrage, sous l’éclairage de l’actualité criminelle, mérite d’être revisité. Quant à Rabassou , il s’agit d’un terme catalan , qui signifie « Cep de Vigne », symbole dionysiaque, au sens littéraire bien sûr de l'adjectif. Que nous réserve donc ce Dieu de la fécondité animale et humaine?
Je me suis alors lancé dans le lecture de ce roman original qui s’ouvre, par un bestiaire : Zoulou, Raymond, Pépette … des sobriquets pour des chats et chiens qui s’expriment avec des mots humains sur leur quotidien auprès des humains qui les exaspèrent…. Et l’auteur provoque, avec humour, le lecteur en l’interrogeant :
« … Les bestioles qui causent ? … et alors ? Ce n’est pas nouveau, et puis, y a bien des flics qui grognent, des profs qui aboient ! »
Ce polar contemporain et truculent est un récit avec une intrigue "noueuse comme un cep de vigne" qui débute sur la découverte du cadavre d’un élève du Lycée Professionnel de Montrouge avec comme indices : des cheveux, des miettes de madeleines proustiennes et un pendentif avec l’inscription « Tsilaosa… D’emblée, j’aimai ce mot. (nous dit Labarde) Les quatre sons vocaliques, l’allitération en S, la douceur de sa chute, étaient aussi doux à mon oreille que sur mon palais le canard laqué aux quatre parfums de la Cité Interdite, un resto chinois de l’avenue de Choisy » L’enquête gordienne est parsemée de morceaux d’anthologie scolaire, tout en n’oubliant pas les vertus pédagogiques sur la langue française et ses subtilités. L’auteur nous offre aussi sa satire du monde politique des Guignols de l’Info. J’ai voulu en savoir plus sur Paul Noguès, alias Al Rabassou. Il est toujours enseignant en banlieue parisienne où je l’ai contacté pour le convier à un entretien en quatre questions.
Entretien en quatre questions :
1°/ Je m’adresse d’abord à l’auteur : Al Rabassou ! Après vos années parisiennes, les rousquilles ont-elles toujours une saveur Proustienne. En d’autres termes, avez-vous le sentiment d’appartenir à une identité catalane?
Les rousquilles ont toujours un délicieux parfum d’enfance (et Rousquille est le véritable nom de Pépette dans le roman). Je me sens Catalan, davantage par les couleurs et les odeurs de la garrigue au printemps, par les rafales décoiffantes de la Tramontane, par un verre de grenache ou de muscat clôturant une cargolade ou par les couillonades de Salvador Dali que par la langue ou la culture. Les revendications identitaires et nationalistes sont ,à mon sens, trop instrumentalisées. Je me sens plutôt « méditerranéen ».
2°/ Pouvez-vous nous raconter l’histoire de l’écriture de votre roman et celle de votre parcours pour vous faire éditer avec le choix d’une autoédition régionale ?
Comme les rousquilles, les bouquins (et notamment les polars et néopolars) sont mes « madeleines » à moi. Ils me procurent régression et jouissance… au point, il y a quelques années, de tenter l’aventure de l’écriture. Des « ruptures » dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle (nouveau public d’élèves plus « destructuré », beaucoup d’interrogations et de choses à « raconter », des situations de violences pas toujours faciles à comprendre ou à accepter) m’ont fait franchir le pas. J’ai commencé par dégueuler des mots sur des feuillets épars et tenté de leur donner une cohérence quelques mois plus tard. Le résultat c’est LP BLUES, récit bâtard, hésitant entre le neopolar, le journal intime et la chronique sociale. Quant à la suite, vous imaginez les problèmes :coût des tapuscrits, refus polis des éditeurs et…autoédition
3°/ L’entame de L.P BLUES est animalière. Vous mettez le bestiaire humain sous le regard d’une humanité animale. Votre héros, l’inspecteur Labarde est un ancien Professeur. Diogène déambulant dans le Lycée professionnel de Montrouge, quel regard porterait l’inspecteur Labarde sur l’affaire du gang des barbares qui a défrayé la chronique avec son chef, Youssef Fofana ?
Labarde déambule dans le lycée, Zoulou le matou dans les banlieues…Ce qu’ils voient n’est pas toujours réjouissant. Fofana était à Montrouge il y a quelques années. Ce n’était pas une terreur. Pourquoi a-t-il basculé ? Je ne me hasarderai pas à répondre ! Ce qui m’interpelle le plus chez certains jeunes c’est la situation de destructuration familiale et l’absence réelle ou symbolique du père. Qui reste-t-il pour leur rentrer dans le lard, pour les reconnaître au sens existentiel du terme ? …Les profs et les flics !
4°/ Vous citez à rebours Maigret et Nestor Burma. Si je devais classer L.P BLUES dans la Noire, je le rangerais sur le rayon des néo – polars. Dans la Noire, quels sont vos personnages et vos auteurs préférés ?
Je n’ai pas de collection de prédilection. Bill James, John Harvey, Fred Vargas, Izzo, Connelly, Douglas Kennedy sont des auteurs que j’ai beaucoup de plaisir à lire. Mais j’ai une tendresse particulière pour Pepe Carvalho, le privé catalan gastronome et jouisseur de Vasquez Montalban.
Extrait du dossier " Jeunes dans le Bâtiment " sur le site de Mutualité de France et du journal "Santé et Travail": http://www.mutualité.fr
Paul Noguès est professeur de français à Montrouge (Hauts-de-Seine), dans un lycée professionnel qui compte des classes de CAP, de BEP et des bacs pros formant aux métiers du bâtiment(1). Comment les jeunes appréhendent-ils leur avenir ? " Les réactions sont très différentes selon qu’on a affaire à des jeunes préparant un CAP ou un bac pro, répond l’enseignant. Les bacs pros savent déjà très bien à quoi s’attendre, car ils ont eu des stages en préparant leur BEP ou leur CAP. Mais, arrivés à ce niveau, ils prennent encore davantage conscience de la pénibilité du travail. " Trop souvent, les professeurs ont le sentiment de se retrouver face à des jeunes qui " subissent " leur orientation vers le bâtiment ou les travaux publics.
Démotivés
Malgré cela, observe Paul Noguès, " il y en a qui s’y trouvent assez bien ". Récemment, il a rencontré deux jeunes en bac pro sur leur lieu de stage, afin de vérifier si tout allait bien. L’un travaillait dans un bureau d’études des services techniques d’une commune, l’autre transportait des gravats dans une brouette sur un chantier du 19e arrondissement de Paris. Le prof de français a pu constater que " les deux garçons étaient satisfaits de leur stage ".
Les clashs pendant les stages sont le plus souvent le fait des jeunes en CAP. " Parmi les jeunes en formation dans le BTP, beaucoup sont issus de familles immigrées dont les pères travaillent déjà dans le secteur, remarque Paul Noguès. Comme ils ne sont pas bons à l’école, ils se retrouvent prisonniers d’une filière, avec en tête une image négative véhiculée par les parents. "
A l’occasion du tournage d’un film dans ce lycée professionnel de Montrouge pendant l’année scolaire 1997-1998(2), la réalisatrice Catherine Pozzo di Borgo s’est entretenue avec les jeunes sur leur vision de l’avenir. A l’écran, ces derniers paraissent dans l’ensemble assez démotivés. " Je ne veux pas rentrer dans la vie active maintenant, ce serait trop dur. On ne gagne pas assez d’argent dans les entreprises, et puis, travailler toute sa vie en étant ouvrier, ce n’est pas mon truc ", explique un élève âgé de 18 ans. Plus agressif, cet autre interroge : " Avec le bac pro, on va faire quoi ? On va être des crève-la-dalle sur un chantier. Et si on continue… De toute façon, le BTS, on ne l’aura jamais. " La dureté des conditions de travail fait office de repoussoir. " Les gars sur les chantiers, ils sont tellement usés par le travail… Ce sont des "cro-magnons" ", ironise un autre. " On ne peut pas travailler quarante ans sur un chantier, sinon, arrivé à l’âge de la retraite, on est foutu ", assure un dernier.
Résultat ? Les jeunes étirent au maximum le temps des études, même s’ils ne sont pas au niveau.







