UPSIDE DOWN SOUL
L'HOMME ET SON ENVERS
Episode 12 absurde
L’ENVERS DES MORTS
C’est dans la pire des cavernes, dans une de ces caves crasseuses couverte de vermine que j’ai découvert votre faculté incroyable, celle que vous n’imaginez même pas dans votre pire orgueil ou dans votre croyance supérieure. Dans le noir mouillé d’un soupçon de pénombre au meilleur de la journée, dans une odeur fétide faite d’excréments et de pourriture, dans cette soupe d’horreur qui efface tous les souvenirs, j’ai trouvé la face cachée d’un monde qu’il vous faudra bien atteindre. Chaque respiration était une souffrance et je sentais sur mes pieds grouiller une faune d’insecte rongeant mes plaies béantes. La nuit venue les rongeurs me rejoignaient et une quinzaine de rat espéraient me gratter jusqu'à l’os et je passais ces heures nocturnes à me battre pour une mort plus douce. Je vomissais la moindre nourriture que je grattais dans cette espace clos et avarié. Une vie corrompue, une vie interrompue où je vomissais ce que je croyais pouvoir ingurgiter. Je me refermais sur moi dans un intérieur lointain, une introspection profonde, le double d’une identité dont je n’étais plus propriétaire.
Et dans mes soubresauts pénibles où mon estomac se vidait dans cette putréfaction j’entendais le monde vomir sur moi. Je devenais forcément le mal de tous les maux. Des mots de tous ces mâles sans âmes, les vomissures de toutes ces femelles sans ailes. Je devenais celui qui est, qui fût et qui sera à jamais coupable. Facilité d’un univers qui crève sur lui-même, va vomir tes saletés sur lui, va accuser l’autre pour faire de toi une pauvre petit brebis blanche et innocente. L’autre sera toujours beaucoup plus coupable que tu ne le seras jamais. Insanités d’une ville morte où les gens croient encore vivre et respirer. Parler pour ne rien dire et surtout ne jamais voir ses propres fautes, là, dans la lueur naissante d’un nouveau jour, au milieu de nulle part, dans l’abjection de votre miroir, au milieu des poubelles de votre pouvoir d’achat, j’ai vu ce qu’enfin je devais voir, j’ai compris ce que je devais faire. Et au petit matin j’ai entendu monter de l’extérieur un vent différent fait d’une clameur qui s’élève d’un ailleurs.
Mais dans ce bourdonnement positif, dans la feutrine d’un lieu riche d’or et de paillettes j’ai entendu cette autre chose absurde. Le mélange d’un lumineux noyé dans la noirceur d’un nouveau monde où un fou devient important. Un homme battant sa femme dans la violence et l’absurdité d’une face cachée. L’évidence d’une nation à la dérive et le bras cassé de cette femme isolée dans son silence fait d’or et d’argent, de puissance et de fausse noblesse. Le roi et la reine sont en spectacle mais la reine devra s’éclipser, son accident, que dis-je cet incident minime doit être étouffé pour le bien du roi. Un bras cassé n’est rien, une femme battue n’a pas d’âme ni d’utilité et puis quoi ce n’était rien qu’un geste mal contrôlé, ce n’était bien sûr pas pour faire du mal, c’était… c’était… ce n’était rien un point c’est tout. Et le roi, caché par ces sbires ira s’octroyer une dose pour éviter de déraper. La dose d’un poison si bon et si fort et grâce à lui je deviens moi aussi le reflet d’un homme différent. Je deviens presque humain. Mes mouvements sont contrôlés par mon hypophyse et mon cerveau se dégage de cette brutalité du fou que je suis si je ne suis pas tenu en laisse. Je peux mordre, je peux tuer, je peux tout puisque je suis tout. Et l’homme roi devient dans cette clameur celui qui dans l’ombre dirigera un monde de fous. Quoi de plus normal que d’élire un fou pour diriger les fous. Quoi de plus normal que de voir tant de puissances mondiales être sous le contrôle de la folie des hommes. Dictateur, Despote, Monarque, Tyran et autre autocrate dément… vous êtes la souillure d’un monde en déviance.
Mes yeux me brûlaient, le globe oculaire rouge sang, des larmes faites d’un acide coulaient le long de mes joues. Je pleurais. Oui je pleurais de rage, cette rage qui fait de moi un animal. Et je me suis réveillé, dans cette crasse qui recouvrait ma peau, dans l’impureté de toutes ces pensées qui suintaient de vos cœurs. Je devenais à nouveau un homme qui pouvait penser. L’homme et son devoir. La femme et son savoir. Je me souviens de tout ce que j’ai été et plus bizarrement encore je me souviens de tout ce que je serai plus tard. Et mes larmes honteuses sont devenues propres et d’une beauté éblouissante. Depuis toutes ces années je n’avais jamais pleuré ainsi avec cet optimisme enivrant. Je me voyais habillé d’un bien beau costume au bras d’une femme éclatante. Moi qui ressemblais à un animal tapis dans le noir, moi qui ne savais plus parler, les dents noires, le visage couvert de croûtes, le moins que rien…. Dans un effort quasi surhumain je devais me mettre debout pour sortir de cet envers des morts. Je devais me lever et m’avancer vers mes neuf vies.
Neuf vies pour une unité inconnue, neuf vies et une unique faculté incroyable.













