«Se souvenir de la magie d'une vie, l'essentiel d'être moi c'est de vouloir regarder en toi» Voilà la première phrase qui m'est revenue quand j'ai ouvert les yeux. Un drôle de cocktail d'homme en noir, de menace intérieure et de dialogues absurdes remplissaient encore mon esprit. Je me savais un peu illuminé, un auteur décalé, sorte d'extra-terrestre déjanté qui délivre son message au compte-goutte... Mais alors là, le kidnapping nocturne pour sauver le monde, j'avoue que mon originalité créative ne me l'avait pas fait depuis longtemps !
Une analyse rapide m'a permis de comprendre que, premièrement j'étais assis comme dans mon délire. Deuxièmement, j'étais dans un véhicule en mouvement, comme dans mon délire. Et, troisièmement, avec la lumière du plafonnier qui revenait, quelqu'un était assis à coté de moi... comme dans mon délire. Conclusion, je n'en avais pas fini avec cette aventure hors du commun.
Il était toujours là, à coté de moi, veillant sur ma sécurité dans un silence quasi obsessionnel. Celui-là même qui m'a pris en charge depuis quelques heures, « mon men in black à moi ». J'ai très vite compris que je n'en tirerais pas grand chose. Pas qu'il soit désagréable, non, juste un manque de dialogue assez chronique. Les quelques réponses que j'avais pu avoir de lui durant cette longue nuit furent, au choix : « affirmatif », « trop dangereux », et ma préférée, « vous ne craignez plus rien ». J'aurais pu vous décrire le paysage mais dans le véhicule j'étais comme dans un cocon, aucun bruit, aucune possibilité de voir ni l'extérieur ni même le chauffeur, rien d'autre que la compagnie du molosse tout de noir vêtu.
MOI : Dites moi... j'ai une chance de m'en sortir ?
HOMME 1 : Vous ne craignez... (puis il porte la main à son oreillette) Bien ! Monsieur Lefèvre je vais me permettre de vous poser une question... Ce n'est pas la première fois que vous vivez cette situation n'est-ce-pas ? (puis voyant que je cherchais vainement un souvenir) Non ce n'est pas la première fois car il ne s'agit pas de la première menace non plus. Reprenez confiance, pas en moi, ni même en lui... reprenez confiance en vous !
Je m'étais tellement habitué à son silence que là il venait en quelques mots de déverser en moi une tonne d'informations.
HOMME 1 : Nous sommes bientôt arrivés.
La menace est en moi. La menace vient de l'intérieur. Tout comme pouvait l'être le dernier des desperados je me sens vide et si seul dans cet espèce de mauvais rêve. Le dernier gringo, la poussière en moins, les idéaux évanouis en plus. Je suis ce mauvais cowboy qui pense plus vite que son ombre mais qui souffre à chaque mouvement, l'homme le plus lent du monde. Nous sommes arrivés où ? Et pourquoi autant d'égards pour moi ?
En ouvrant la portière, j'ai vu cet immense décor naturel, au milieu de nulle part, entouré de petites collines, comme dans une vallée, c'était encore la nuit mais je n'avais pas froid.
MOI : Pourquoi je suis là ?
HOMME 1 : C'est le moment de faire le point avec lui.
Et j'ai senti en moi cette volonté d'aller voir plus loin. Peu de livres sont aussi doux et généreux que celui qui se trouvait dans les mains de cet homme. Celui qui, il y a quelques heures, m'avait effectivement promis de faire un premier point.
MOI : Vous allez enfin m'en dire plus...
LUI : Vous dire ce que vous savez déjà ? Ou bien confirmer cette petite lueur qui brille en vous ? Ou bien encore, vous prouver que cette menace qui vous grignote les entrailles de l'intérieur, vous construit plus fort encore? Il n'y a pas plus d'homme en noir que de porte qui vous appartient. C'est à vous de jouer maintenant !
MOI : La menace c'était... mes désillusions ?
LUI : Beau texte d'ailleurs, « Comme ces vieux artistes épuisés et découragés. Sangloter dans le rideau rouge des scènes oubliées », l'image bien que terrible était touchante.
« Des illusions, désillusion » n'était qu'un simple article écrit dans la détresse d'un moment déchirant pour dire stop à un devenir.
LUI : « Et cette douce souffrance réparatrice du temps, qui viendra me recouvrir demain ou dans mille ans », naïf mais belle rime. Vous connaissez cette scène dans les films où un homme et une femme se rejoignent doucement pour ce retrouver dans les bras? Vous avez eu la chance d'avoir votre film... non ? Alors maintenant il est temps d'y mettre les mots dessus et d'ouvrir votre livre. La promesse d'une confiance, ce n'est pas simplement croire que c'est possible, mais plutôt de remarquer que le film est déjà commencé. Je vais maintenant rejoindre une femme qui me parle souvent de vous et qui vous a offert bien plus que la vie.
Il a refermé ce livre et j'ai regardé cette route devant moi. Les kilomètres qui défilent, les sources imperceptibles et les empreintes d'une famille. Ne plus jamais confondre civile et divine...Des illusions, des passions.
