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Publié le Lundi 14 janvier 2008
Par Frédéric Lefèvre

IL ETAIT DEUX FOIS

La mort a cette délicate attention de vous ramener à un point de départ. Revenir et recommencer à nouveau. Celui qui reste doit donc reproduire ce gage d’amour, enfermé dans un carcan fait de doutes et d’angoisses.

IL ETAIT DEUX FOIS

26 septembre 2006, après des mois d’un ballet orchestré par une majestueuse force de vivre, j’ai lu, j’ai tenu cette dignité, pour elle et pour que mes mots soient justes et cohérent… puis elle fut enterrée

IL ETAIT DEUX FOIS

12 janvier 2008, réunis dans la même chambre mortuaire, autour d’un cercueil similaire, nous sommes tous là, les mêmes comédiens jouant le même rôle déchirant. Et dans cette boîte faite de bois et de tissu, il y a cet homme. L’ombre de celui qui vient de partir, la peau irréelle, le visage fermé dans son éternité.

IL ETAIT DEUX FOIS

Quand l’un nous apprend le combat de la vie contre la douleur, l’autre nous donne en cadeau l’image d’un homme bon, souriant, jovial. Deux talents, deux surprises, deux façons de mourir… deux âmes pour n’en faire qu’une seule et unique raison de les pleurer.

IL ETAIT DEUX FOIS

Deux textes et deux moi face à un auditoire conquis d’avance. J’ai eu samedi cette si lourde charge de commencer une cérémonie larmoyante mais pleine d’amour. Monter les quelques marches en essayant de faire le vide en soi. Ouvrir son cœur et fermer son corps, alors que quelques minutes auparavant, juste avant d’entrer dans l’église, mes yeux me lâchent, mon cœur explose et je pleure… Une Loulène vient pour me donner ce bout de force qui me manque. À l’instant où je déplie l’hommage fait à mon père je retrouve la dignité du comédien qui doit dire son texte et le faire vivre dans les yeux de l’autre. Chaque mot coule en moi vers eux, la lecture me paraît longue et je vois venir cette fin périlleuse qui, à chaque lecture, me faisait pleurer. Et les phrases s’enchaînent et mes souvenirs pour lui se déchaînent Puis viennent ces mots : « Quatre et quatre pour tout notre amour ». Et je vois devant moi un précipice dans lequel je peux tomber. Un temps, je m’arrête, un temps que je trouve interminable mais dans lequel je reconstruis l’âme d’un Fred qui s’évapore ailleurs. Ce goût amer dans la gorge et ces yeux qui trahissent encore ma peine. Je finis par énoncer « Dire je t’aime pour toi, pour toujours ». Et je me retrouve entre mes enfants, libéré d’un amour pour celui qui fut mon père et qui restera celui qui va nourrir cet auteur tapis en moi… tout comme une certaine femme dont je sens encore la caresse sur ma chevelure d’enfant.

Les commentaires
Publié le Lundi 14 janvier 2008
Par M
Triste circonstance mais ravie de vous avoir revus tous les 2. Tendre bisous à toi et Loulène.
Publié le Lundi 14 janvier 2008
Par Biquetto
« ... libéré d’un amour pour celui qui fut mon père et qui restera celui qui va nourrir cet auteur tapit en moi… tout comme une certaine femme dont je sens encore la caresse sur ma chevelure d’enfant. »

Après la peine, viendra l’acceptation puis la reconnaissance !!!
Cet auteur tapit en toi, a désormais deux très forts alliés !!!
Tu es issu de leur coeur; désormais ils vivront à jamais dans le tien !!!
Publié le Mardi 15 janvier 2008
Par Majolo
Quelle force il faut, ou être un "grand comédien" pour pouvoir lire un texte aussi émouvant, je l'avoue, j'en suis INCAPABLE, non pas parce que je ne tiendrai plus debout dans mon corps, cela si.......mais de tels mots ne pourraient franchir ma gorge, de plus ma page serait devenur illisible à lire........
M tu as donc revu Fred et Lou c'est vrai en une triste circonstance, je compte les revoir dans les mois à venir en d'autres lieux et peut-être ferai-je ta connaissance toi si fidèle et si discrète !
Fred je pars samedi à Dijon pour 4 jours, j'ai pris connaissance de ton sms, appelle-moi si tu passes comme convenu;
Je vous embrasse très fort vous 2 + M si tu passes par là

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