IL ETAIT DEUX FOIS
La mort a cette délicate attention de vous ramener à un point de départ. Revenir et recommencer à nouveau. Celui qui reste doit donc reproduire ce gage d’amour, enfermé dans un carcan fait de doutes et d’angoisses.
IL ETAIT DEUX FOIS
26 septembre 2006, après des mois d’un ballet orchestré par une majestueuse force de vivre, j’ai lu, j’ai tenu cette dignité, pour elle et pour que mes mots soient justes et cohérent… puis elle fut enterrée
IL ETAIT DEUX FOIS
12 janvier 2008, réunis dans la même chambre mortuaire, autour d’un cercueil similaire, nous sommes tous là, les mêmes comédiens jouant le même rôle déchirant. Et dans cette boîte faite de bois et de tissu, il y a cet homme. L’ombre de celui qui vient de partir, la peau irréelle, le visage fermé dans son éternité.
IL ETAIT DEUX FOIS
Quand l’un nous apprend le combat de la vie contre la douleur, l’autre nous donne en cadeau l’image d’un homme bon, souriant, jovial. Deux talents, deux surprises, deux façons de mourir… deux âmes pour n’en faire qu’une seule et unique raison de les pleurer.
IL ETAIT DEUX FOIS
Deux textes et deux moi face à un auditoire conquis d’avance. J’ai eu samedi cette si lourde charge de commencer une cérémonie larmoyante mais pleine d’amour. Monter les quelques marches en essayant de faire le vide en soi. Ouvrir son cœur et fermer son corps, alors que quelques minutes auparavant, juste avant d’entrer dans l’église, mes yeux me lâchent, mon cœur explose et je pleure… Une Loulène vient pour me donner ce bout de force qui me manque. À l’instant où je déplie l’hommage fait à mon père je retrouve la dignité du comédien qui doit dire son texte et le faire vivre dans les yeux de l’autre. Chaque mot coule en moi vers eux, la lecture me paraît longue et je vois venir cette fin périlleuse qui, à chaque lecture, me faisait pleurer. Et les phrases s’enchaînent et mes souvenirs pour lui se déchaînent Puis viennent ces mots : « Quatre et quatre pour tout notre amour ». Et je vois devant moi un précipice dans lequel je peux tomber. Un temps, je m’arrête, un temps que je trouve interminable mais dans lequel je reconstruis l’âme d’un Fred qui s’évapore ailleurs. Ce goût amer dans la gorge et ces yeux qui trahissent encore ma peine. Je finis par énoncer « Dire je t’aime pour toi, pour toujours ». Et je me retrouve entre mes enfants, libéré d’un amour pour celui qui fut mon père et qui restera celui qui va nourrir cet auteur tapis en moi… tout comme une certaine femme dont je sens encore la caresse sur ma chevelure d’enfant.
