Mes états d'âme ou l'histoire d'un mauvais jour qui deviendra plus fort encore quand chacun retrouvera son chemin. Dans ma petite automobile, j'ai pianoté sur le GPS, entrant les coordonnées d'une commune pour me laisser aller à ne surtout pas contrôler la route. Un bon café, la batterie de mon téléphone rechargée à bloc, et une envie de ne pas être là où j'allais. Mes états d'âme bourgeonnent et je plonge corps et femme vers celle qui est mon amie pour une vie, la mienne, et ce jour-là précisément c'était sa vie qui m'importait le plus. Je traverse une campagne, comme l'on croise des tranches de vies, en franchissant les villes. J'évite l'autoroute sans vie et sans charme, je lui préfère tout ces visages inconnus qui nourrissent les voyages. J'ai dans la bouche un goût de bonbons acidulés et tel un enfant, je regarde les images défiler devant moi, comme défile cette route hors du temps. Un présent qui se reconstruit à chaque instant avec cette faculté de garder en soi les secrets du passé pour réussir un futur qui s'enfuit sans cesse.
Parc du Crématorium, c'est ici que j'ai rendez-vous. Ici, pour une raison qui m'échappe encore. Il y a des fois des choses qui vous cassent, des choses passent, des gens trépassent... et moi tout me dépasse. C'est ainsi depuis toujours, y'a des questions qui existent en vous et des réponses qui subsistent en moi. Une plus quatre et cinq à la une. Comme un film qui démarre par la fin, un bon film, une bonne fin, avec larmes et chagrin à multiples facettes dont les dégâts vivront en eux bien plus qu'en nous... Comment vous dire que dans les quatre il n'y a ni larmes ni chagrin mais juste une putain de volonté de dire stop et ouf... Quatre et toi qui est, une.
Une vie est partie, une vie déchirée dans un inaccomplissement abominable, un trait et puis c'est tout. Perdre l'équilibre et exécuter un geste terrible, mise en scène solitaire, souffrance d'un père. Je le sens dans cette solitude, je le vois dans cette pièce sombre pour un acte final qui jamais ne disparaîtra, des âmes marquées au coeur, des pierres qui jamais n'oublieront la violence des dernières secondes. Je serai là, et j'entrerai dans ce lieu, pour une fois dans ma vie donner ce qu'il m'a été donné d'offrir. J'irai pour lui ouvrir la porte...
Un crématorium, une journée comme les autres avec des gens qui vont poursuivre leur deuil. Je suis arrivé le premier, j'arrive toujours le premier, partout, tout le temps. J'ai été dernier en tout, toujours. Maintenant, je suis premier, sans aucune fierté, je suis premier parce que je respecte le temps, le mien et celui des autres. Jean-Christophe est arrivé ensuite, il essayait d'entrer dans l'antre du bâtiment, dans cet enfer autorisé, canalisé, aseptisé. Bien habillé, smart et décontracté, le visage toujours aussi doux avec ce sourire qui se lit jusques dans les yeux. Je suis allé le rejoindre vite, comme s'il me manquait. Oui, il me manque ! Il n'est pas bien le Jean-Christophe... c'est clair, c'est sans équivoque, c'est touchant et cela fait mal aux tripes, les miennes. On a échangé nos états d'âmes dépressifs et comateux, deux amis qui ont tant de choses à dire et qui ne disent finalement pas grand-chose. Puis Christophe est venu nous rejoindre, lui et son allure détendue, sa démarche à la fois sûre et un peu ailleurs, comme s'il naviguait entre deux mondes, le réel et l'imaginaire, celui que l'on dit devant un public. L'un et l'autre ont leurs publics, la radio pour l'un, le théâtre pour l'autre. Deux voix, deux âmes brillantes et captivantes, deux amis à moi, à nous et à elle... Justement là voilà, elle. Elle flottait, elle était devenue un rêve, elle était devenue un ange. Et nous la regardions, comme pour porter un peu plus notre amour pour elle... Épisode interminable des embrassades dans cette foule d'inconnus pour venir vers nous. Pas une larme, pas d'effusion autre que celle de nos amours en commun. Notre Cathy et nos vingt ans d'amitié. C'était d'une beauté pure, la sensation de nos caresses qui se réunissent pour lui dire tout notre amour. Une Cathy au milieu de son petit noyau d'amis venus d'ailleurs. Jean-Christophe, Christophe, moi Frédéric et elle, Cathy, au centre de notre amour.
Puis est venu le temps du recueillement dans une absurdité tout aussi débordante qu'inexplicable. Toujours ce film qui trotte dans ma tête. Avant d'entrer dans cette salle sans nom, sans âme, vide de tout sens, le cinquième est arrivé. Si je suis toujours premier, il est toujours dernier. Olivier, une petite baraque de chair et d'os qui cache ses désamours et sa tendresse pour les autres. Nos sommes tous là... On s'est tous embrassés comme des frères même si le groupe ne se connaît pas complètement. Un groupe, des identités si différentes, nos joies et nos peines qui se mélangent dans un temps qui ne nous appartient plus.
Le film commence là, avec cette image frappante : les uns à côté des autres, trois chaises pour quatre, celui qui restera debout, lira un texte qu'elle a écrit et qu'elle n'a pas la force de lire. Le coeur des hommes, le voilà le film qui me frappe aujourd'hui, là au milieu de mes amis, non loin de ce cercueil enfermant un inconnu. Je sens chacun d'entre eux, je ressens leurs énervements et leurs détachements. Mais le respect vaut de l'or et cet or-là, nous l'offrons à cette femme et ces deux enfants totalement perdus. Des pleurs déchirants, des larmes d'enfants, des âmes d'enfants, une petite fille tombée dans un monde sombre, avec dans les yeux, la marque d'un papa à jamais immobile. Et ce tout petit être, encore plus bébé aujourd'hui, dans cet univers d'adulte un peu faux, le doudou collé sur le visage. Tant et trop de mélancolie pour de si petits humains... Il est dur mon film, il est dur parce qu'il est vrai. Il est vrai parce qu'il est présent en nous cinq. Cinq pour tout et pour rien à la fois. L'histoire d'un cercueil qui glisse pour disparaître et se confondre dans ces âmes abîmées.
Elle est pas drôle ma journée, revoir ses amis et les sentir un peu perdus, un peu ivres de la vie avec cette éternelle envie de jeunesse qui nous réunit dans un humour noir mais vivant, un humour pour rire sans jamais vouloir faire mal. Des mots d'amours, des mots pour rire, des mots, en veux-tu, en voilà. Des mots car, bizarrement, ce qui nous réunit le plus ce sont les mots, ceux que l'on dit pour aider ses semblables, leur réapprendre à vivre, à entendre et à avancer. Des mots que l'on dit derrière un micro pour toucher celui ou celle qui vit derrière son poste de radio. Des mots que l'on jette sur des planches qui nous portent dans un talent inoubliable, des mots et des applaudissements. Des mots que l'on couche, tant de mots les uns derrière les autres, des romans, des scénarios, des tout, des riens, mais des mots, pour être plus proche encore des autres.
Voilà notre force à nous cinq, les mots...
Parc du Crématorium, c'est ici que j'ai rendez-vous. Ici, pour une raison qui m'échappe encore. Il y a des fois des choses qui vous cassent, des choses passent, des gens trépassent... et moi tout me dépasse. C'est ainsi depuis toujours, y'a des questions qui existent en vous et des réponses qui subsistent en moi. Une plus quatre et cinq à la une. Comme un film qui démarre par la fin, un bon film, une bonne fin, avec larmes et chagrin à multiples facettes dont les dégâts vivront en eux bien plus qu'en nous... Comment vous dire que dans les quatre il n'y a ni larmes ni chagrin mais juste une putain de volonté de dire stop et ouf... Quatre et toi qui est, une.
Une vie est partie, une vie déchirée dans un inaccomplissement abominable, un trait et puis c'est tout. Perdre l'équilibre et exécuter un geste terrible, mise en scène solitaire, souffrance d'un père. Je le sens dans cette solitude, je le vois dans cette pièce sombre pour un acte final qui jamais ne disparaîtra, des âmes marquées au coeur, des pierres qui jamais n'oublieront la violence des dernières secondes. Je serai là, et j'entrerai dans ce lieu, pour une fois dans ma vie donner ce qu'il m'a été donné d'offrir. J'irai pour lui ouvrir la porte...
Un crématorium, une journée comme les autres avec des gens qui vont poursuivre leur deuil. Je suis arrivé le premier, j'arrive toujours le premier, partout, tout le temps. J'ai été dernier en tout, toujours. Maintenant, je suis premier, sans aucune fierté, je suis premier parce que je respecte le temps, le mien et celui des autres. Jean-Christophe est arrivé ensuite, il essayait d'entrer dans l'antre du bâtiment, dans cet enfer autorisé, canalisé, aseptisé. Bien habillé, smart et décontracté, le visage toujours aussi doux avec ce sourire qui se lit jusques dans les yeux. Je suis allé le rejoindre vite, comme s'il me manquait. Oui, il me manque ! Il n'est pas bien le Jean-Christophe... c'est clair, c'est sans équivoque, c'est touchant et cela fait mal aux tripes, les miennes. On a échangé nos états d'âmes dépressifs et comateux, deux amis qui ont tant de choses à dire et qui ne disent finalement pas grand-chose. Puis Christophe est venu nous rejoindre, lui et son allure détendue, sa démarche à la fois sûre et un peu ailleurs, comme s'il naviguait entre deux mondes, le réel et l'imaginaire, celui que l'on dit devant un public. L'un et l'autre ont leurs publics, la radio pour l'un, le théâtre pour l'autre. Deux voix, deux âmes brillantes et captivantes, deux amis à moi, à nous et à elle... Justement là voilà, elle. Elle flottait, elle était devenue un rêve, elle était devenue un ange. Et nous la regardions, comme pour porter un peu plus notre amour pour elle... Épisode interminable des embrassades dans cette foule d'inconnus pour venir vers nous. Pas une larme, pas d'effusion autre que celle de nos amours en commun. Notre Cathy et nos vingt ans d'amitié. C'était d'une beauté pure, la sensation de nos caresses qui se réunissent pour lui dire tout notre amour. Une Cathy au milieu de son petit noyau d'amis venus d'ailleurs. Jean-Christophe, Christophe, moi Frédéric et elle, Cathy, au centre de notre amour.
Puis est venu le temps du recueillement dans une absurdité tout aussi débordante qu'inexplicable. Toujours ce film qui trotte dans ma tête. Avant d'entrer dans cette salle sans nom, sans âme, vide de tout sens, le cinquième est arrivé. Si je suis toujours premier, il est toujours dernier. Olivier, une petite baraque de chair et d'os qui cache ses désamours et sa tendresse pour les autres. Nos sommes tous là... On s'est tous embrassés comme des frères même si le groupe ne se connaît pas complètement. Un groupe, des identités si différentes, nos joies et nos peines qui se mélangent dans un temps qui ne nous appartient plus.
Le film commence là, avec cette image frappante : les uns à côté des autres, trois chaises pour quatre, celui qui restera debout, lira un texte qu'elle a écrit et qu'elle n'a pas la force de lire. Le coeur des hommes, le voilà le film qui me frappe aujourd'hui, là au milieu de mes amis, non loin de ce cercueil enfermant un inconnu. Je sens chacun d'entre eux, je ressens leurs énervements et leurs détachements. Mais le respect vaut de l'or et cet or-là, nous l'offrons à cette femme et ces deux enfants totalement perdus. Des pleurs déchirants, des larmes d'enfants, des âmes d'enfants, une petite fille tombée dans un monde sombre, avec dans les yeux, la marque d'un papa à jamais immobile. Et ce tout petit être, encore plus bébé aujourd'hui, dans cet univers d'adulte un peu faux, le doudou collé sur le visage. Tant et trop de mélancolie pour de si petits humains... Il est dur mon film, il est dur parce qu'il est vrai. Il est vrai parce qu'il est présent en nous cinq. Cinq pour tout et pour rien à la fois. L'histoire d'un cercueil qui glisse pour disparaître et se confondre dans ces âmes abîmées.
Elle est pas drôle ma journée, revoir ses amis et les sentir un peu perdus, un peu ivres de la vie avec cette éternelle envie de jeunesse qui nous réunit dans un humour noir mais vivant, un humour pour rire sans jamais vouloir faire mal. Des mots d'amours, des mots pour rire, des mots, en veux-tu, en voilà. Des mots car, bizarrement, ce qui nous réunit le plus ce sont les mots, ceux que l'on dit pour aider ses semblables, leur réapprendre à vivre, à entendre et à avancer. Des mots que l'on dit derrière un micro pour toucher celui ou celle qui vit derrière son poste de radio. Des mots que l'on jette sur des planches qui nous portent dans un talent inoubliable, des mots et des applaudissements. Des mots que l'on couche, tant de mots les uns derrière les autres, des romans, des scénarios, des tout, des riens, mais des mots, pour être plus proche encore des autres.
Voilà notre force à nous cinq, les mots...
