Une fois de plus, je m'avançais, le long de ces couloirs où les tapis épais étouffaient les bruits de pas dirigés tantôt vers des miroirs, tantôt vers des fenêtres ouvrant des perspectives inconnues sur les statues impassibles des jardins de Marienbad.
(Li brement inspiré d'Alain Robbe-Grillet)
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Publié le 05/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
Alors que je participais à un tournoi de poker à couteaux tirés, m'est venue cette réflexion ou plutôt cette question : est-ce que c'est du sport?
(c) www.nellio.com
On me dira que l'effort physique est faible, et l'utilisation du corps est mineure... Pourtant, quel contrôle est nécessaire pour masquer un bluff ou feindre l'hésitation avant de surenchérir avec une paire d'as ! Il y a autant de différence entre une partie à fort enjeu et une partie entre amis, qu'entre un match entre Kramnik et Topalov et une partie de jeu d'échecs en maison de retraite. A ce sujet, le joueur d'échec qu'est Patrick Bruel donnait récemment une interview très intéressante sur ce sport , le comparant aux échecs. D'ailleurs, ce sport cérébral par excellence, le jeu d'échecs, fait appel à une utilisation très particulière du corps, mais cela reste un sport nécessitant entraînement, vivacité, concentration, intuition, adaptabilité, motivation. Et c'est tellement prenant quand on s'y lance...
La G.M.I. (Grand Maître International) Zhou Chen ne dirait pas le contraire, les échecs sont un art martial où l'équilibre parfait des pièces est toujours remis en question.
La question de la limite entre sport et jeu est aussi floue et fluctuante qu'entre sport et loisir (on se croirait dans les catégories du Trivail Poursuit (tm)). J'ai longtemps considéré le golf plus comme un loisir que comme un sport. Et pourtant, à force d'observer les infimes inflexions qui peuvent être données à une même balle, à force de constater l'hégémonie âprement défendue de Tiger Woods, en repensant au final du British Open où Jean Van De Velde avait trois coups d'avance au dernier trou et a tout perdu sur un geste légèrement trop mou, je dois reconnaître que c'est un sport de haut niveau, même si les tenues souvent ridicules et désuettes de nos golfeurs préférés nous le font oublier.
Ce genre d'exercice, ici effectué par Michelle Wie, n'est pas à faire sans un minimum d'entraînement, sinon c'est le lumbago et la balle dans le ruisseau ! Le curling est un sport olympique, tout comme le tir au pigeon, alors pourquoi pas les échecs ou le golf, sur le même mode que dans le football (seuls des jeunes, encore amateurs, peuvent y participer) ? Et à quand l'intégration du e-sport, qui devient de plus en plus pointu et compétitif ?Des esportifs aussi affûtés que des perchistes ou des joueurs de squash ((c) www.esportfrance.com)
Car finalement, ce qui caractérise un sport, c'est surtout la nécessité d'implication physique, technique, mentale que la haute compétitivité des adversaires et partenaires induit. Les loisirs ne sont pas compétitifs, ce sont juste des passe-temps. Et les joueurs de jeux (et non d'un sport) tirent leur principal plaisir de partager du temps sportif, et non de la satisfaction de la victoire. D'où les rappels de certains aux mauvais joueurs : "allez, arrête c'est qu'un jeu !".
Publié le 04/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
En empruntant le sous-marin jaune des Beatles, que l'armée américaine a rebaptisé USS-Art, je me suis trouvé sur un lieu de conflit sans merci ni adieu, la lutte des anti (qui parlaient beaucoup) et des pro (qui se taisaient dubitativement) tags. Soyons honnêtes, un tag n'est en général pas très beau, surtout lorsqu'il proclame:
Nike la police
Souhaitant ainsi dans un mélange de grec et de français la victoire (Nikè) de la police. Si vous avez déjà vécu à proximité d'une ville, d'une rame de métro, d'un établissement scolaire, d'un abribus, d'un pont routier ou de bancs en pierres, vous avez des exemples en tête de traits plus dégradants que valorisants.
Mais je fais partie de ceux qui ne s'interdisent pas de reconnaître la créativité, le talent voire même le génie sous prétexte qu'un art est secondaire, mineur, etc. Un exemple de transition possible entre l'art de la rue et l'art des galeries est proposé par Astekz, un grapheur - peintre aux inspirations très "piquantes". Ce qui est intéressant chez cet artiste, c'est qu'il n'a pas un seul mode d'expression, le graffiti; mais le graffiti est une part non négligeable et non inférieure de son travail. Disponibles et empruntés sur son site, voici 3 spécimens intéressants.
   Par ailleurs, le graffiti d'art n'est qu'un sous-genre de la peinture murale, qui n'a plus de difficultés à être reconnue : des trompe-l'oeil de Lyon et Chambéry aux immenses et magistrales fresques de Diego Rivera, ou aux plus récentes scènes peintes par Xavier Cortada, il y a de la valeur potentielle.  Xavier Cortada, Discover Biscayne Bay, 60" x 115", acrylique sur canvas, 2003 Le maître des tags, celui qui amène l'écrit au plus haut point de l'image, c'est Jean-Michel Basquiat . Doté d'un talent honnête (ce qui fait naître l'intérêt) mais surtout d'un génie profond (ce qui fait naître la valeur). En conclusion, vivent les tags, surtout lorsqu'ils sont mis en oeuvre par l'artiste.
Publié le 03/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Ironique
Alors que les résultats du baccalauréat sont tombés, il est d’usage de collectionner les perles produites durant les épreuves. On en trouve par exemple un joli digest dans L'Intégrale des Perles , sorti aux éditions City Editions début juin.
Mais certaines figures des perles sont récurrentes, et pourraient donner lieu à une production industrielle, par opposition à l’artisanat qui caractérise ces amateurs d’élèves Voici quelques exemples de perles de culture : - Jeanne d’Arc a été fusillée par les nazis - Gutenberg a été guillotiné pour avoir affirmé que la Terre était ronde - César a été tué par son fils, Césarion - Victor Hugo était en exil à Sainte-Hélène à cause de Napoléon - X a été tué de façon Y par Z (ou parce qu’il faisait Z’) On le voit, de nombreuses combinaisons sont possibles, mais quelques-unes seulement font sourire. Et surtout cela s’use au bout de la troisième ou quatrième erreur du genre. Il y a aussi l’expression mal retranscrite qui donne un sens absurde à la situation : - Le feu du palais n’a pas pu être circoncis (encore heureux !) - Le médecin pourrait voir la mygale du patient - Le poète Michel Ciment fait ici une bétonymie - Les Aryens vivaient en Nazie d’après Hilter. Il suffit de trouver deux mots suffisamment proches phonétiquement et éloignés sémantiquement pour provoquer un effet cocasse. En physique et en maths, on apprécie aussi l’erreur d’échelle, de l’infiniment grand à l’infiniment petit :
- Il faudrait 1830 ans pour que le train A arrive à Marseille
- Le terrain de Monsieur Paul mesure donc 1250 millimètres de long
- La masse volumique de l'eau est donc deux fois supérieure à la masse volumique de l'hydrogène à l'état gazeux
- Donc sin (x) = 235
Là encore, cela lasse assez vite. Les ruptures de niveau de langue sont elles aussi très savoureuses. Cela donne par exemple des citations très audacieuses, du genre "César dit à Vercingétorix : "ta situation est foutue, les mains en l'air, ren-toi !"" ou "Gallilée avait tellement tort qu'on est toujours pas tombé dans le trou au bout". C'est riche, mais sorti du contexte ça perd de son piquant.
Un dernière manière d'élever les perles artificielles consiste à attribuer une citation à une personne qui n'en est pas l'auteur. César, Napoléon, De Gaulle sont interchangeables facilement, mais c'est surtout en philo qu'on peut se régaler : Platon faisant du Descartes, Kant écrivant que "toutes nos connaissances nous viennent de nos sens", Rousseau s'exclamant que "L'homme est un loup pour l'homme", Adam Smith converti au marxisme, Jacques Chirac disant "on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière", tout est possible ! Même le recours à la splendide expression "un philosophe" est possible lorsqu'on n'est pas sûr de l'auteur d'une pensée : "un philospohe disait récemment que l'homme est un animal politique" (on est pas à 2350 ans près), "un philosophe soulignait que Dieu reconnaissait les siens dans les morts d'une guerre" (quelle belle philosophie que celle de l'abbé Amalric), "Comme l'a écrit un philosophe, chassez le naturel, il revient au galop".
Il faut le reconnaître, toutes ces perles artificielles ne valent pas l'ingénuité des amateurs. Il faudrait supprimer le bac, mais il faudrait garder des épreuves stressantes, pour que ne disparaissent pas les perles !
Publié le 02/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Ironique
Les questions, intimement liées, ne semblent pas être suffisamment réglées par la loi sur les Droits d'Auteurs et Droits Voisins dans la Société de l'Information (DADVSI ). Et les deux vidéos de la semaine du zapping (du 25 au 30 juin 2007) le montrent, au travers de l'exemple du journaliste anglais prisonnier à Gaza comme au travers du cas de fraude sur les gains d'un jeu de hasard .
Doit-on flouter les images d'un prisonnier, sachant qu'il peut être aisement identifié au travers de son nom ? Le meilleur moyen de protéger les opérations en faveur de la libération, est-ce de faire connaître cette captivité par tous les moyens ou de n'en montrer que le minimum ? La question se pose au sein de la même chaîne, ce qui est d'autant plus révélateur des précautions à prendre. La question fondamentale restant : comment protéger la vie de celui qui est filmé, au détriment du message proposé par le réalisateur du film donc par-delà les usages en matière de droit de regard sur l'image ? Le journaliste n'est pas libre, donc il ne donne pas librement son accord pour être filmé. Le réalisateur ne respecte pas les droits de l'homme, donc il est exclu du droit d'auteur, de fait, par les Etats démocratiques. Mais à qui le droit et les modalités de diffusion appartiennent-ils alors ? Je serais tenté de dire qu'en France c'est le CSA, mais en l'occurrence cet organisme a bien d'autres chats à fouetter et n'a pas les moyens de ses ambitions croissantes et de champs d'investigation en expansion.
On retrouve cette incertitude sur le droit de regard sur l'image à propos de personnes inculpées pour fraude, des buralistes ayant donné une interview à l'époque d'un tirage au sort gagnant. Partant du principe que l'extrait était disponible dans les archives de l'INA, une rédaction a jugé bon de la diffuser en l'état. Une autre rédaction, ayant pourtant à l'esprit les mêmes réglementations en matière de protection de la vie privée, a préféré flouter le visage d'un personne incriminée. Il s'agit sans doute là d'une anticipation sur une éventuelle plainte (un inculpé a droit à la présomption d'innocence), mais il faut dire que le plaignant serait mal venu de refuser la diffusion d'un reportage pour lequel il avait donné son accord quelques mois auparavant. Un accord de diffusion vaut-il pour toute la vie ? Si l'on ne veut pas que le droit à l'image, déjà extrêmement confus, ne devienne une jungle inextricable, je crois qu'il faut le considérer ainsi.
Publié le 01/07/2007
Par fxboffy
Humeur : En colère
Cela sent les vacances pour tout le monde, même pour nos amis les politiques et pour ceux qui les "suivent". Je corrige tout de suite mon expression, "nos amis" est condescendant alors que je ne les regarde ni de haut ni d'en bas, je préfère donc évoquer les événements, grands ou petits, qui agitent le monde politique.
En cette période d'acharnement sur les boucs émissaires, de François Hollande à Jean-Louis Borloo en passant par les entraineurs de ligue 1, je n'en ferai pas trop à propos des propos de monsieur le président du conseil général des Hauts de Seine sur Madame Anne-Marie Comparini. Je ne reviendrai pas sur son attaque anticommuniste à propos de la dangerosité de la Seine-Saint Denis, grotesque. Mais ce mot ordurier de "salope " a du mal à passer. Non seulement parce qu'aucune femme ne devrait être traitée de ... , parce que l'insulte est à la fois machiste, déshumanisante et arbitraire. Mais surtout parce qu'Anne Marie Comparini ne mérite en aucune matière le dénigrement pour son action politique. Le seul tort qu'elle puisse avoir, aux yeux d'un partisan de la droite dure et bornée, ancien membre du groupe Occident, c'est celui de s'être associé à la gauche pour empêcher Millon d'être président du conseil régional de Rhône Alpes avec le soutien du Front National.
Pour le reste, elle est restée fidèle à François Bayrou pour fonder le Modem, refusant de faire allégeance à l'UMP de M. Devedjian pour être assurée de retrouver son mandat de députée. Son courage en la matière l'a empêchée d'être réélue. Frapper une femme à terre avec ce mot injurieux, c'est trop. Puisque monsieur Sarkozy se targue de s'entourer des hommes et femmes de qualité, quel que soit leur bord, il pourrait aussi rejeter plus fortement ceux qui en manquent singulièrement. De toutes les qualités qui font qu'une personne est bonne politique, la première est qu'elle est policée dans ses rapports avec ses concitoyens. En guise de sanction, je propose que le président du conseil général du 92 devienne président de l'UMP. On rirait bien, alors.
Je fais juste une dernière remarque : le "off" est encore de la partie ! Car c'est bien une forme de "off", discuter devant une caméra ce n'est pas rien, pour un homme politique. S'il souhaitait avoir une conversation privée, qu'il se rende dans un endroit privé ! Quand je vous dis que les femmes et hommes politiques devraient sortir de leur esprit la notion de "off". Toute leur existence publique est "on", et c'est une lourde charge; qu'ils se concentrent donc sur un mandat local et au maximum un mandat national, cela leur donnera des respirations loin des médias !
Autre nouvelle politique, importante, Bernard Kouchner travaille, oeuvre, obtient des pas importants de la part de la Chine. C'est un véritable espoir pour le Darfour, si toutefois avec 50 % des Français heureux au soleil et couchés sur le sable brûlant, la majorité silencieuse ne pense pas qu'après tout, ils n'ont pas à se plaindre, au Darfour, c'est le Pilat toute l'année...
Le ballet des têtes d'affiche du PS est étrange, avec un acharnement de personnalités de poids sur la poupée vaudou d'une grande absente, qui invente le snobisme dans la simplicité. Comment madame Royal pourrait-elle être Sine NOBilitate ? Une noblesse populaire, c'est rare, je n'ai en mémoire que Eva Peròn ou Lady Diana qui y soient parvenu, et cela ne les a pas empêchées d'être mortelles... Mais je préfère m'intéresser aux seconds couteaux, si intéressants, si importants (car qui peut prendre place dans la cuisine d'un parti quand un couteau est usé, sinon les seconds couteaux ?).
Une personnalité me semble de plus en plus affûtée, et volontairement je ne dis pas aiguisée. Aiguisée, c'est pour une personne arriviste. Najat Vallaud-Belkacem est ambitieuse mais très loyale, très intègre, et son positionnement est une merveille. J'avais déjà admiré, je dis bien admiré la beauté claire de son discours devant les chefs d'entreprise du Cercle . J'applaudis maintenant à la précision et au courage de son positionnement, pour Ségolène Royal et favorable à DSK . Il y a une grande cohérence dans ses idées, et une parole très policée, elle n'aurait donc rien à craindre d'une disparition du "off".
Je n'ai bizarrement aucun commentaire à faire au "ghost government" de Jean-Marc Ayrault, qui peut être une initiative démocratique majeure ou un jet de concombre de mer apeuré. L'avenir seul répondra à cette incertitude.
En revanche, et ce sera mon dernier commentaire, le Timor Oriental vivait samedi des élections cruciales pour le retour au calme dans ce pays au bord du déchirement. Le nombre de sujets sur ces élections dans les grands journaux des chaînes généralistes se compte sur les doigts d'un main. Les 298 morts du Pakistan n'ont pas non plus fait le poids par rapport à 5 randonneurs dans les Alpes. Il faut dire que c'est pas les même morts, aussi... Bravo la myopie de nos médias, alors que le Maghreb, l'Allemagne, par exemple, ont souvent un vrai regard sur l'actualité internationale.
Publié le 30/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
Il y a des mots, comme ça, qui nous disent d'autant plus de choses qu'ils ont plusieurs sens.
Concours, c'est ainsi une grande loterie, où les réponses ne sont pas trop difficiles mais où le sort désigne les gagnants, si injuste que cela puisse paraitre. Concours (de circonstances par exemple), c'est une réunion de choses différentes qui font une situation unique, cocasse ou malheureuse. Concours c'est enfin un filtre méritocratique très prisé des administrations centrales françaises, sésame à l'ouverture soumise principalement à l'engagement du candidat dans une démarche, avec son lot d'investissement, d'imagination et de relations de bon conseil. Pour moi c'est aussi, en l'occurrence, une manière de prouver à personne que, finalement, je suis quelqu'un...
Une personne, c'est un être humain sans caractéristique particulière. La personne c'est aussi le caractère propre de quelqu'un, comme lorsqu'on dit "ce n'est plus la même personne". Personne, c'est enfin l'absence, réelle ou symbolique, de quelqu'un; c'est un atout plus qu'on ne le pense, dans le domaine du virtuel, dans le domaine des affaires, dans le domaine des responsabilités, dans le domaine de la sociologie historique, en politique. Qu'on pense à Ulysse, qui en étant Personne échappa au triste sort des humains prisonniers des Cyclopes. Qu'on pense au capitaine Nemo (personne en latin), en qui tant d'enfants et d'adolescents se sont rêvés.
Mais ces avantages ont leurs limites, et avec le concours des événements, c'est avec plaisir que votre serviteur (qui n'a pas envie de vous servir indéfiniment  ) agira dans le vaste monde en personne. Parce que, c'est quelqu'un, votre serviteur !
Publié le 29/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
 Avec une grammaire de type paysanne, on peut en effet se demander qui oserait jeter la nourriture tombée du ciel pendant l'exode, la manne, au Doubs, rivière traversant le département éponyme. Parce que depuis longtemps ce genre de miracle vaut de l'or ! Je n'ai pas dit veau d'or, c'est l'exode qui vous induit en erreur, j'ai bien parlé de la valeur de Laure, de son nom de famille Manaudou (un nom qu'on utilise de moins en moins, c'est une étoile qui s'élève, tels les noms de famille de Zinédine, Richard, Yannick, Ayerton, Diego, Miguel, Franz, Nadia, Carl, Johnny). Le groupe italien LaPresse ne sera donc pas l'avaleur de Laure, il ne la fera pas disparaître, il faudra d'autres difficultés, d'autres imprévus et d'autres adversités pour la faire tomber des podiums où elle marche, l'adolescence chevillée au geste et l'or pendu au cou.
(c) L'Equipe
Trève de cascade de jeux de mots, la cascade de titres remportés par Laure Manaudou durant les derniers championnats de France merite un très grand respect. Chapeau mademoiselle, parce que :
- Remporter 47 titres de championne de France à 21 ans, c'est incommensurable.
- Se maintenir en tête des compétitions alors que les autres nageuses françaises sont devenues dans l'ensemble plus performantes sur le plan international au cours des derniers mois, c'est une grande performance.
- S'imposer un programme complet alors qu'une récente blessure aurait pu l'amener à se ménager, c'est très audacieux.
- Etre aussi enragée de vaincre pour des championnats nationnaux que pour les mondiaux ou pour les jeux olympiques, c'est remarquable.
- Dans des conditions de préparation pas optimales, elle a plutôt bien géré ses courses dans les disciplines qui étaient jusqu'alors des points "faibles": 100 m dos, 50 m dos, etc.
- Enfin, par son palmarès, elle réussit à n'avoir qu'un listing de ses réussites internationales, par manque de place, sur le site du journal L'Equipe .
Publié le 27/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
 N'ayant que peu de temps, et me rendant compte des insuffisantes explications concernant les oeuvres que j'ai emmenées sur mon île privée, je vous écris le petit papier que vous trouveriez dans une bouteille jetée à la mer...
La Conversion de Saint Paul, à cause de la lumière, ici avec un double sens : la lumière divine qui éblouit Saint Paul sur le chemin de Damas, et la divine lumière à la fois douce et forte, qui éclaire la scène pour le spectateur.
Le Basquiat est une impression fugace et pourtant inoubliable, d'un choix de couleur remarquable, d'un trait violent, précis et émouvant. L'ordre du désordre, et le désordre des catégories picturales.
Du mythe de Laocon un peu oublié, il ressort la fatalité de la punition pour ce père avec ses enfants. Les bras sont violemment tordus, et ressemblent aux serpents puissants qui l'enchaînent. Pour une oeuvre immobile, le mouvement, les expressions, les sons même sont suggérés avec beaucoup de force.
Le Sauteur de taureau a un bleu étourdissant de vie, une stylisation étonnante qui arrachent cette peinture à une époque pour la rendre belle éternellement.
Dans les statues des Cyclades, j'aime l'art de quitter le naïf pour le pur. Quelle sérénité, quel absolu dans ces lignes claires ! Et ces visages sans yeux pour juger, sans bouche pour médire, sans rien d'autre que la forme humaine et le reflet de nos idéaux...
A propos de Néfertiti, son visage est plutôt commun, malgré des traits fins, quoi qu'on ait pu en dire. Peu de charme surtout. Mais quel port de tête, mais quelle classe ! Son visage tendu vers l'avant et la masse imaginaire de sa couronne rendent la finesse de son cou incroyable.
La Vierge au chancelier Rolin, à cause des petits personnages sur le pont au loin, et à cause de l'époustouflante restitution des tissus. Un tableau où les couleurs, les décorations, les flous et les contrastes sont remarquables.
Le Radeau de la Méduse : longtemps je n'y ai vu qu'une masse de naufragés, longtemps j'ai cru que le peintre s'appelait Jéricho, comme la ville de Palestine. Et puis j'ai compris. Et j'ai vu. Fascinant, dégoûtant, terrifiant et humanisant.
Van Gogh, c'est l'histoire d'une heureuse déception. D'abord le tableau, que je ne connaissais pas mais que j'ai découvert au musée d'Orsay, splendide. Puis les reproductions, plein de reproductions toutes plus plates les unes que les autres. Comment montrer ces points si lumineux, dans un ciel aux ténèbres bleutées si enveloppantes ? C'est le miracle de l'oeuvre d'artiste, absolument inimitable et traduisible dans tous les langages et de toutes façons.
Revoir Van Gogh, ou Picasso, ou Caravage, ou Bruneleschi, ou Basquiat, ou Michel-Ange, ou De Vinci, ou Renoir, ou Ingres, et mourir.
Publié le 26/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
Absent demain, j'anticipe mon message du 27/06/07. S'il fallait aller sur une île déserte, s'il était possible d'emporter 10 oeuvres d'art pictural, je choisirais:
- La conversion de Saint Paul, par Caravage (peinture)
- Une oeuvre dont le titre m'est inconnu, avec un crocodile représenté, montré dans le film de Julian Schnabel, de Basquiat (peinture)
- Laocon de Michelange (statue)
- Le Sauteur de taureau sur fond bleu turquoise, anonyme de l'époque minoenne (Crète) (peinture)
- Le Radeau de la Méduse de Géricault (peinture)
- Une statue des Cyclades (sculpture)
- Le buste de Néfertiti (sculpture)
- La Vierge au Chancelier Rolin de Jan Van Eyck (peinture)
 - La Nuit étoilée de Van Gogh (peinture)
(Les explications seront ajoutées ultérieurement.)
Publié le 26/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Lu ce matin, à 9 heures, dans le bilan des transfert français (journée du 25/06/07), sur le site du journal L'Equipe :
Mandanne passe à Dijon. L'attaquant havrais Christophe Mandanne, âgé de 221 ans, s'est engagé pour trois ans avec Dijon. Si on calcule bien, 221 + 3, ça lui fera 224 ans à la fin de son contrat, il pourra peut-être prendre sa retraite !
Publié le 26/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
 Souligné particulièrement en période de campagne, et dévoilé partiellement par les ouvrages parus ces derniers jours dans le camp des perdants, l'aspect "off" de certains propos est une caractéristique très particulière. Qu'est-ce que le "off", au fond ? Quelque chose qui est dit à des journalistes ou à un appareil médiatique, mais qui n'est pas destiné à publication. On parle parfois de "off - off", mais ce n'est qu'une façon de désigner du "vrai off" par rapport au "off publiable", qui n'est rien d'autre que des propos officiels.
Les personnalités politiques ont évidemment intérêt, à première vue, à maintenir cette différence entre le "on" et "off"; il ne peuvent pas rester continuellement sur le qui-vive pour maîtriser leur parole, leur discours et leurs émotions personnelles. C'est vrai aussi pour les personnes exercant une profession de représentation moins exposée, artistes, enseignants, commerciaux, avocats, journalistes, etc. Toutefois, dans le champ politique, une éthique de la transparence est de plus en plus mise en avant, à droite comme à gauche. Le "je ferais ce que j'ai dit, je m'y engage, et ceux qui me connaissent savent que je n'ai qu'une parole" de Sarkozy trouvant par exemple réponse dans le "mentir aux gens, leur faire croire des choses qui ne sont pas, ce n'est pas ma façon de faire de la pôlitique" de Royal.
Voilà pourquoi je me suis posé la question de l'existence, légitime ou pas, du "off". Au fond, quel est le métier des journalistes? Informer le plus précisément et le plus objectivement possible les citoyens. Les commentaires officieux doivent-ils être relayés dans les médias au nom du devoir d'information? Pouquoi pas, puisqu'il existe toujours (et dès lors il faut y veiller plus attentivement) des temps durant lesquels les personnages politiques ne sont plus entourés d'envoyés journalistiques. Le dilemme des journalistes est le suivant : soient ils disent toute la vérité y compris le "off", soient ils mentent sciemment sur les raisons qui poussent telle ou telle personne à agir comme elle le fait. Dans ce dernier cas, toutefois, des éléments "off" peuvent déformer leur discours pour suggérer ce qui ne peut pas être dit.
(Ici prend place la coupure de la nuit, l'article étant achevé dans la matinée)
Un exemple pour bien comprendre : Je suis journaliste et je vous entends dire, en "off", que vous vous ennuyez à mourir devant tous les films d'Abbas Kiarostami. Arrive le festival de Perruchon sur Marne, la ville dont vous êtes le député-maire (étiqueté ULM), avec pour invité spécial Abbas Kiarostami. Ce jour-là, vous rendez visite au grand centre hospitalier de Bidochon sur Oise, en compagnie du ministre de la santé (étiqueté UDS). Quelle va être mon analyse sur cette visite? Est-ce que je vais prédire un possible rapprochement politique entre l'ULM et l'UDS dans la perspective des cantonnales? Ou bien est-ce que je vais souligner votre désintérêt pour la vie culturelle, au sein de votre commune même? Je pourrais peut-être dire, dans une boutade, tel un Christophe Barbier des grands jours, "Il y voit son intérêt politique à plus long terme, et peut-être est-ce, plus pragmatiquement, un moyen - original - pour échapper à la projection d'un film qui ne l'enthousiasme pas vraiment...". L'information contenue dans le discours "off" est suggérée au grand public, à quoi donc sert ce label "off", si ce n'est ménager la sensibilité des admirateurs de Kiarostami?
Autre exemple, directement lié à une expérience télévisuelle classique, pour prouver que le "off" est de toute façon généralement décelable "on", car les journalistes font leur métier de commentateurs et de metteurs en lumière : le 6 mai, soirée des résultats définitifs des élections présidentielles. David Pujadas et Elise Lucet ont les résultats "off", mais ne doivent rien dire d'explicite avant 20 heures. A propos des foules massées devant les 2 QG de campagne de Royal et Sarkozy : "c'est étonnant qu'il y ait autant de monde devant les deux QG, à quelques secondes du résultat", avec un étonnement légèrement supérieur à propos des supporters de Ségolène. En creux, c'est dit : l'un des deux camps a perdu, tout le monde peut savoir lequel, mais les militants défaits ne veulent pas savoir. Cet étonnement n'aurait pas eu lieu si eux-mêmes n'avaient pas eu les résultats, s'ils n'avaient pas su que les internautes visitaient les pages web belges et suisses pour savoir à l'avance.
Il est certain qu'on ne peut pas supprimer le caractère officieux de tous les discours "off", il y a toujours une loi qui interdit l'atteinte à la vie privée, il y a toujours un moment où une personnalité perd le contrôle. Mais au nom de la crédibilité des journalistes, qui ne peuvent raisonnablement pas, dans le même temps, faire correctement leur métier et feindre de ne pas en savoir autant qu'ils en savent, je pense que les personnages politiques ne doivent plus dire "c'est off". Qu'ils se taisent, se confient à d'autres, ou admettent leur humanité, leurs convictions profondes et laissent paraître leur opinion de femmes et d'hommes.
Deux saynètes pour illustrer l'étrangeté du discours "off" :
- Je suis dealer de drogue, cela me pèse sur la conscience, je n'ai plus confiance en mes amis. Je demande, "off", au policier municipal qui surveille la sortie d'école : "Admettons qu'un dealer de drogue souhaite se reconvertir. Admettons qu'il cherche à passer un concours de la fonction publique, à se ranger, quelle peine risque-t-il s'il tombe à cause de ses anciens contacts". Le policier ne va-t-il pas avoir, un court instant, l'idée que son devoir serait de m'interroger dans le cadre de son métier?
- Je suis journaliste sur LCI et j'apprends "off" que Michel Charasse, proche de Laurent Fabius, ne peut pas supporter Ségolène Royal, mais n'apprécie pas vraiment Nicolas Sarkozy. Si ce dernier a une entrevue avec l'ancien ministre socialiste, est-ce que je vais dire que les personnalités socialistes sont vraiment séduites par Sarkozy, ou bien vais-je insister sur une possible manoeuvre de déstabilisation du PS "version Royal" ?
Publié le 25/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Au secours !
Par-delà le côté souvent raccoleur, un valeureux reportage de M6 sur la crise du Darfour m'oblige à la réflexion.
Sur un territoire grand comme la France, une poignée de résistants lutte contre les raids incessants des Janjawids (les miliciens à cheval proches du pouvoir central de Khartoum d'Omar Béchir), sans se rendre compte des scandaleuses tractations en haut lieu entre Chine, Etats-Unis et Union Européenne. C'est un scandale parce que discuter intérêts financiers, zone d'influence et gestion de matières premières alors que les massacres succèdent aux pillages, aux viols et aux bombardements secrets de l'aviation soudanaise est écoeurant de cynisme ou d'aveuglement.
 Cette guerre est exemplaire de la mondialisation de la politique, où il n'est plus possible de faire l'économie d'un ingérence sur les crises internes d'un pays. Puisque les Janjawids franchissent de plus en plus la frontière entre le Soudan et le Tchad, et réactivent les Tchadiens rebelles au pouvoir en place, la communauté internationale ne doit pas laisser les Toro-toros (miliciens pro-tchadiens) contenir seuls l'embrasement progressif du Sahel. Adré, au Tchad, est déjà un lieu de guerre larvée. Vous voyez le tableau.
 La politique nationale n'a plus de sens, ou tout au moins elle n'a de sens que prise dans une gestion politique à plusieurs échelles : or ce qui devrait permettre une meilleure résolution des conflit civils, c'est une juste information et une mesure correcte des causes, des dangers et des implications pour les autres régions du monde comme pour les populations elles-mêmes. Dans le cas du Darfour, on l'a dit, les relations internationales freinent la résolution de certains pays à endiguer cette violence. Mais si l'on projette différents scénarios d'extension des luttes à toute l'Afrique subsaharienne, si l'on évoque le Nigéria, La Côte d'Ivoire, la Libye, l'Egypte, si l'on considère le rôle joué par l'intervention des forces occidentales en Somalie et en Irak (Ben Laden a largement profité de l'aide du régime de Khartoum), si l'on souligne que cette crise prend une ampleur particulière à cause de la désertification liée à une gestion catastrophique des ressources en énergie (rejets de CO2 réchauffant l'atmosphère, exploitation de gisements de pétrole et surexploitation du bois en Afrique), on pourrait considérer que le Darfour est la première de nos priorités en matière de politique intérieure, en matière de politique migratoire, en matière d'environnement, en matière de lutte contre les pandémies, en matière de politique agricole européenne, etc.On trouve sur le site de MSF une excellente interview qui contredit ma position , mais c'est intéressant de comparer les deux optiques possibles face à ce genre de crise, ingérence ou intervention humanitaire, politique ou action non gourvenementale. Pour moi l'ingérence est nécessaire car elle utilise des leviers puissants qui, une fois en mouvement, peuvent vaincre les obstacles liés à l'aspect purement local d'une crise. Là où les ONG doivent agir seules, en toute pertinence, c'est lorsque les humains ne sont pas les uniques responsables de la situation (catastrophes naturelles, épidémie non provoquée).
Au Darfour, le temps de l'humanitaire n'est plus ou n'est pas encore venu. Mais le temps d'agir, lui, oui !
Publié le 24/06/2007
Par fxboffy
Humeur : En colère
Avec du retard, je réagis à la disparition de l’émission de Daniel Schneidermann, Arrêt sur image . De façon symptomatique, en arrêtant cette émission les responsables de France 5, les responsables d’une chaîne publique, ont en quelque sorte souhaité que l’image soit sans arrêt. Il y a une réaction très saine, lorsque de façon trop continue et trop longtemps, on est abreuvé d’image : on coupe, on « zappe » ou on change d’activité. Sinon, c’est la lobotomie assurée, avec grignotage de pizzas commandées, le sourire sur commande, le « la réponse est simple, madame Chabod, dans les usines, vous travaillez dur, vous êtes en droit d’attendre un peu de récompense, c’est tout de même formidable ». (Pardon au prénommé René, grand sportif devant l'Eternel, d'avoir détourné sa photographie, mais elle convenait très bien à mon propos)
Cette dernière phrase dérive vers la critique politique pour deux raisons : d’une part alors que j’écris ce message j’écoute l’extraordinaire discours programmatique de Nicolas Sarkozy déroulé lors de l’interview donnée aux journalistes de TF1, avec des « c’est bien simple », « c’est tout de même extraordinaire » et des « si les gens veulent ne rien faire ou ont peur, c’est leur choix, mais moi ma responsabilité est d’agir, selon mes convictions » à tout bout de champ. D’autre part, cette décision d’interdire tout « arrêt sur image » est clairement stratégique, pour ne pas dire politique. Autant je reconnaissais jusqu’alors à Patrick de Carolis un professionnalisme allant au-delà de ses convictions personnelles, autant désormais son choix ou son laisser-aller dans cette affaire est détestable. Les informations constituent une masse de plus en plus énorme pour les citoyens, impossible à gérer ou digérer sans mettre le flux continu en pause. Analyser les responsabilités, les erreurs et les incorrections déontologiques ne peut pas se faire sans un temps de digestion et avec l’aide de quelques personnes habituées à cet exercice. Daniel Schneidermann, présentateur et inspirateur d'ASI
Si on peut espérer que la démarche d’Arrêt sur image sera poursuivie au travers de sites de partage de vidéos tels que Dailymotion , Kewego , Google , ou Youtube , ou même au travers du Big Bang Blog , en tant que citoyen on doit regretter qu’il ne soit plus possible au téléspectateur « traditionnel » de prendre du recul par rapport aux images qui lui sont imposées par des rédactions de plus en plus suspectes (je l’avoue, je n’avale pas la pseudo-clarification de Jean-Pierre Pernaut au 13 heures de TF1 , le 3 mai, après le vif échange du débat sur l’accueil des handicapés : « Pour information, le nombre d’enfants handicapés accueillis à l’école a plus que doublé depuis 2002 » - encore heureux que depuis que ce sujet douloureux est régulièrement évoqué, il a été pris en compte par les gouvernements en place ; mais la quantité n’est pas la qualité, or c’est la qualité qui était en jeu lors du débat -). Une phrase telle que celle que je viens d’écrire, par exemple, endormirait tout citoyen normal. Grâce à Daniel Schneidermann, le même citoyen pouvait comprendre que c’est un risque de plus de tomber dans la pensée unique (que notre très saint président combat avec force, monsieur D’Arvor, au nom de l’intérêt supérieur, unique, des français). Il faudra des années pour que toute la population ait des notions élaborées de montage, de cadrage et de rapport entre son et image. Avant cela, une émission de décryptage est indispensable. Alors signez la pétition pour le maintien de cette émission , car dans le pire des cas vous ne regardez jamais la Cinquième, donc vous ne serez pas dérangé, et si au contraire vous la regardez souvent, vous êtes sensible à la pluralité des opinions, des points de vue et des analyses, donc il vous paraît normal qu’un programme de valeur reconnue soit maintenu à l’antenne.
Publié le 23/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
La littérature changera le monde, disait-on autrefois, plein d'espoir. Elle joue en tout cas un rôle croissant dans la vie politique française.
Les livres historiques des hommes politiques avaient déjà servi à élargir leur autorité. Les livres politiques deviennent des pions stratégiques essentiels. En particulier lorsque les personnalités politiques se targuent d'indépendance vis-à-vis des médias, comme c'est le cas pour Ségolène Royal. En effet, agir contre La Femme fatale eût été fatal à son image de marque, alors que les pressions de Nicolas Sarkozy pour empêcher la fuite d'informations concernant son couple est plus cohérent vis-à-vis de ses discours passés. Maintenant qu'il est président, de toute façon, on sait que le personnage ne rend que les comptes qu'il veut rendre, et aucune volonté de clarté et de justice n'est plus forte que cette raison d'état (cf. les cadeaux de Giscard, la maladie et les écoutes pour Mitterand, les affaires de la mairie de Paris pour Chirac, alors même qu'ils proclamaient ouvertement leur honnêteté et la fausseté des accusations).
C'est à cause d'un livre (La Femme fatale ) qu'un autre livre s'est "renforcé" d'une annonce choc (Les Coulisses d'une défaite ), et c'est à cause de ce deuxième livre que le parti socialiste s'est déjà lancé dans une remise en question des personnes, avant la remise en question des idées, comme il l'avait souhaité. Pourquoi des livres, pourquoi pas des moyens modernes, comme des discours sur internet, des sites web 2.0, des documentaires commandités, ou des nouveaux logos idéologiquement connotés ? Parce que d'après moi le livre est un moyen de dialogue entre les "élites intellectuelles" : quand les journalistes ont quelque chose de massif à dire aux CSP supérieures, ils le font par le biais des livres. Quand les personnalités politiques ont besoin de faire une réponse longue et sans contradicteur aux journalistes, elles font un livre. Le "peuple", lui, tout ça lui passe par-dessus la tête, et c'est aussi bien pour tout le monde. L'information people, ce sont les destinataires qui vont la relayer voire la faire "fuiter" : les journalistes, dont le métier est au fond souvent de vulgariser l'information politique (je distingue ici journalistes et analystes, tels que Apathie, Barbier, Reynié, Cayrol) !
Le livre politique c'est la guerre politique continuée par d'autres moyens. C'est un extrême, mais comme l'est aussi la chanson populaire, promue de plus en plus sous une étiquette politique (Faudel chantant Mon Pays face à Diams chantant Ma France à moi, Noah contre Hallyday, le rap enragé de Sniper contre la techno clean de Jean Roch ou Martin Solveig...).
Sur l'histoire de la vie privée de Ségolène Royal, honnêtement, si cela a vraiment de l'intérêt, cela n'a pas de valeur, si je me réfère à un article précédent . Quelle conséquence pour nous ? Des questions moins pesantes sur les rapports entre Ségolène Royal, candidate déjà à la présidentielle 2012, et le parti, dirigé par François Hollande (tout conflit serait justifié, aux yeux des Sainte-Beuve de la politique - Mesdames Chemin et Bacqué, etc. - par les rapports personnels, tout comme le rapport politique de Sarkozy à Chirac serait marqué par son rapport personnel à son père Pal Sarkozy). Une personnalité peut-être décomplexée par son positionnement à la fois PS, MRC et MoDem (oui, je parle bien de Ségolène Royal). Plus de politique des idées, en fait, ce qui serait un progrès à gauche. D'ailleurs, ce progrès, la gauche de la gauche ferait bien de le faire également, parce qu'on parle de refondation du PS, mais rien ne vient troubler les stupides divisions qui minent une situation des altermondialistes anticapitalistes déjà difficile.
Etat tout de même étonnant du PS : il devait perdre, mais finalement gagne relativement du terrain par rapport à ce qui précédait la séquence présidentielle / législatives. Et pourtant ce gain relatif a montré combien la défaite a tenu à peu de choses, et combien il est nécessaire, tel Lyon dans sa reconquête d'un 7ème titre de champion de France, de se débarasser des mauvaises cartes et de bien reprendre en main les bonnes. Au risque de surprendre, d'après moi, et au regard d'une doxa économique de moins en moins bornée dans son Friedman libéralissime, la gauche devrait jouer la carte de l'économie contre la carte du social. On ne peut pas mettre tout le monde d'accord sur le plan social, surtout à l'échelle de l'Europe. On peut parvenir à des objectifs nationaux communs en matière d'économie.
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